A. Moisan - Codex Calixtinus livre II : Miracles  

 

                                                            Les miracles dans le livre II du Codex Calixtinus

 

                                                           in ANDRÉ MOISAN - LE LIVRE DE SAINT JACQUES

                                                              ou CODEX CALIXTINUS DE COMPOSTELLE

                                                                             Etude critique et littéraire

                                                Librairie Honoré Champion, Editeur. 7, quai Malaquais - PARIS. 1992

 

  Les hagiographes ont eu l'habitude, dès le Haut Moyen Age, de prolonger la Vita ou la Translatio d'un saint par un Liber Miraculorum destiné à publier les manifestations de sa puissance. Cet ensemble de textes était naturellement utilisé pour les célébrations liturgiques. Auprès de l'apport essentiel que constitue le livre I pour les fêtes de saint Jacques, le livre des vingt-deux miracles (f. 140-155) se présente, aux yeux du rédacteur, comme indispensable. Celui-ci, en effet, indique clairement, tant au début de son oeuvre que dans l'argumentum Calixti en tête du livre II, que ces textes constituent un ensemble délimité par un chrisme, réservé aux lectures et aux chants des messes et des offices. Les deux Passions du livre I et les deux Translations du livre III encadrent le recueil des miracles, l'ensemble reconstituant en quelque sorte le schéma en usage dans l'hagiographie. Le miracle, on le sait, revêtait aux yeux de l'homme médiéval, friand de merveilleux, une importance que l'esprit moderne sent mal, si même il n'en sourit pas; il lui faut entrer dans la mentalité du rédacteur qui s'est appliqué à s'informer et à faire le tri. La lecture en est facile et, à première vue, ne paraît pas poser de questions fondamentales. Hamel n'en a parlé qu'incidemment; P. David et Kl. Herbers se sont surtout attaché à les résumer et à tenter de les classera. J'ai cru bon, outre le livre des vingt-deux miracles,  de ne pas négliger d'autres miracles épars dans le Codex et non dépourvus d'intérêt, ne serait ce que par le soin qu'ont pris plusieurs copistes du manuscrit de Compostelle de les joindre aux précédents. L'hymne Ad honorem regis summi, à la fin du Codex (f. 190v-191), signée par Aimeri Picaud de Parthenay, et qui est construite sur un résumé par distiques des vingt deux miracles, témoigne de l'importance qu'ils avaient à ses yeux. M. de Menaca, dans un ouvrage récent, s'est attachée la première à traduire le livre II en français et à en étudier l'ordonnances. La question du sens et de la structure du Liber sancti Jacobi reparaît ici, qui sous-tend l'examen critique de cette série de miracles.

 

  Une vue d'ensemble ne donne pas l'impression d'une distribution logique, ni dans les rapporteurs de miracles, ni dans la chronologie, les lieux et les catégories. Pas de regroupements satisfaisants, en dehors des n° 7 à 10. La tranche la plus importante des faits datés (18) se situe entre 1080 et 1110; rien entre 1110 et 1135. S'y ajoutent le miracle n° 2 dont la rédaction est faussement attribuée à Bède, le n° 19 (1064), le n° 18 (1075), et le plus récent, le n° 13 (1135). Les indications: miraculum quod ipsi didicimus (n" 1), nuper (n° 18), nostris temporibus (n° 20, 1100-1110), nostro tempore (n° 21, c. 1100), sont éloignées de l'époque de la rédaction définitive du livre II indiquée par le miracle n° 13 (1135). Première indication en faveur des sources écrites anonymes, utilisées telles quelles par le Pseudo-Calixte, à côté de Bède, Hubert de Besançon et Anselme de Cantorbéry. L'attribution du n° 2 à Bède est une commodité qui ne surprend pas, quand on connaît les libertés prises par ailleurs par le rédacteur à l'égard de l'histoires. Le n° 1, situé sous le règne d'un roi Alphonse et d'un comte Ermengotus, s'entend plutôt du règne d'Alphonse VI, roi de Castille (1072-1109), de Galice (1073-1109) et de Leon (1065-1109) que du règne d'Alphonse V (999-1028), Ermengaud IV ou Ermengaud V étant comte d'Urgel (1065-1092 et 1099-1102)7. Le n° 19 peut être daté de 1069, sous le règne de Ferdinand I, roi de Castille et de Léon (1035-1065). Le laps de temps que couvre le livre II est donc étendu, même si l'on observe une concentration à la fin du XIe et au début du XIIe siècle, qui laisse loin le miracle de 1135. On est amené à se poser la question du pourquoi.

 

 Les lieux sont aussi fort divers, parfois très éloignés du centre galicien, témoignant de la célébrité de l'apôtre: d'abord Compostelle près du tombeau (n° 2, 18, 19,21) et sur la route du pèlerinage (n° 3, 4, 6, 16, 17), l'Espagne avec Saragosse (n° 2) et Almeria (n° 22), la France (n° 5, 13, 20), l'Italie du Nord et du Sud (n° Il, 12, 15), la route de Terre Sainte (n° 7-10), le n° 14 restant seul sans localisation. Les interventions de saint Jacques, avec ou sans apparition, se situent ordinairement en relation avec la basilique qui garde son tombeau et les routes saintes qui y mènent; elles se font en faveur de pèlerins dans leur démarche, ou de dévots qui, à distance parfois longue, bénéficient de la protection du saint. Plusieurs ont tenu à venir témoigner du miracle, pour que la mémoire en soit conservée dans le sanctuaire galicien. L'association de la route de Terre Sainte à celle de Saint-Jacques témoigne à sa manière de la notoriété des deux pèlerinages, qui constituent avec Rome les trois principaux de la chrétienté. P. Sigal, en conclusion d'une longue enquête sur cette époque, fait remarquer que "l'idée générale reste, aux XIe et XIIe siècles, que les miracles se produisent normalement là où se trouvent les reliques, et que plus la distance est grande, plus le miracle est extraordinaire ... Les miracles à distance progressent avec le temps : les saints de plus en plus célèbres opèrent plus loin et on les invoque plus volontiers chez soi". Cependant, à la même époque, "le rapport entre miracles et reliques demeure, comme aux siècles précédents, très étroit". La lecture des vingt-deux miracles illustre parfaitement cet état de fait.

 

  Les types de miracles se répartissent ainsi: délivrances de prisonniers de Sarrasins (n° 1, 22), libérations de détentions injustes (n° 11, 14, 20), sauvetages de la guerre (n° 15), de la noyade (n° 7-10), châtiments de mauvais hôtes (n° 5, 6) ,bienfaits divers (n° 18, 19), guérisons (n° 9, 12, 13, 21), sauvetages de la damnation éternelle (n° 2, 16, 17), résurrections (n° 3, 17). Distribution disparate, si l'on excepte une tendance à de petites agglutinations. Deux remarques viennent à l'esprit: d'une part, on retrouve dans les n° 5 et 6 la véhémence du ton avec lequel le rédacteur du livre I avait stigmatisé la conduite des hôtes qui rançonnent les pèlerins (f. 82, 84v-86r), au n° 22 une preuve parmi d'autres que lui-même fut pèlerin de Saint-Jacques, et aux n° 6-10 une nouvelle preuve qu'il s'était rendu en Terre Sainte; d'autre part, dans plusieurs miracles apparaît la figure de Jacques "chevalier de Dieu, matamore, invictissimi imperatoris miles", défenseur de la justice, en Espagne (n° 1, 18, 19) ou sur la route des Croisés de Terre Sainte (n° 7, 9), intervenant ailleurs dans des mêlées (n° 15).

 

  Si les bénéficiaires des miracles - dont la plupart mettent en scène des Français - sont d'âges fort variés, ils sont aussi de conditions sociales très diverses. A côté des dignitaires de l'Eglise (n° 2, 8, 19) et du siècle (n° 1, 18), les chevaliers de petite noblesse (n° 9, 12, 20, 21) et les gens du peuple (n° 13), anonymes ou bien situés, le rédacteur ayant été ou non à même de s'informer avec précision. Enfin, l'on remarquera qu'à l'exception des trois miracles rapportés par Anselme de Cantorbéry, les rédactions se terminent par la formule A Domino factum est istud et est mirabile in oculis nostris (Ps. CXVII, 23), qui souligne le merveilleux surnaturel, et qui semble être de la main du rédacteur final, puisque systématique (formule conclusive pour la lecture à l'office ?), d'autant que les huit leçons morales assez vigoureuses, qui suivent à l'occasion de cette formule, rappellent les passages les plus enflammés des sermones Calixti et plusieurs fins de chapitres de la Chronique de Turpin.

 

  Plusieurs autres miracles méritent attention. Ceux du livre I, notés sans développement, rappellent (cf n° 5) que le saint, ami de Dieu, peut aussi être son justicier contre ceux qui refusent de célébrer sa fête. Ces faits, comme ceux du livre V relatifs au soutien auquel ont droit les "marcheurs de Dieu", se perdent dans la nuit des temps (olim), sans doute conservés sans plus par la mémoire populaire; mais celui de 1139 ajouté in extremis, et bien circonstancié, est le fait d'Aimeri Picaud sur le point de partir de Vézelay pour aller offrir à Compostelle son Jacobus. Il se trouve juste avant la lettre en forme de sauf-conduit du pape Innocent II, pour les porteurs du manuscrit. Rappelons ici son importance pour déterminer le terminus ad quem (1139-1140) que l'on doit assigner à la composition du Liber-Codex. Les deux miracles du folio 194r, datés de 1164, sont donc postérieurs au dépôt du Codex à Saint-Jacques, et sans lien organique avec l'ouvrage qui se terminait avec le folio 192. Leur intérêt vient du fait qu'Arnauld du Mont, bénédictin de Ripoll les joindra en 1172-1173 à son catalogue qui réunira l'ensemble des miracles dont il a été parlé jusqu'ici. Sur le verso de la feuille collée au Codex, on ajoutera en 1190 (fol. 194v) trois miracles utilisables, comme le titre l'indique, pour la fête des Miracles (3 oct.) instituée entre 1140 et 1172, miracles où saint Jacques fait triompher deux rois portugais sur les Maures entre 1184 et 1189, et où il apparaît comme signifer au siège de Jérusalem.

 

  A côté de l'édition des Bollandistes, qui ajoute aux vingt-deux miracles celui de 1139 et les cinq du livre l, Migne en publie une liste incomplète et d'une datation non conforme à celle du Codex original. Vers le milieu du XIIIe siècle, Vincent de Beauvais, dans son Speculum Historiale, et Jacques de Voragine, dans sa Legenda aurea, donneront des listes dans un ordre différent, et avec des omissions, signes peut-être d'un choix, mais aussi de l'usure d'une tradition exploitée. Tout autres sont les relations des deux manuscrits copiés sur le Codex. Le moine de Ripoll, pressé par le temps, a même commencé sa transcription par le livre II, dans l'ordre et sans omission; celui d'Alcobaça, sans doute plus au calme, transcrit au complet les vingt-deux miracles avec celui de 1139, laissant en place ceux du livre I. Il n'y a pas pour autant à en inférer nécessairement que le Codex, dans son état actuel, n'est lui-même qu'une recomposition non conforme en tous points au manuscrit déposé à Compostelle en 1139-1140. Enfin, il n'y a pas à s'étonner que l'Historia  Compostellana, qui s'achève avec l'année 1139, ne fasse pas mention de ce Liber miraculorum: il n'avait pas encore dû y être apporté, pour prendre place près des archives de la basilique, qui conservaient par écrit le récit des mirabilia de l'apôtre, sans doute depuis longtemps, à la garde des chanoines.

 

  La célébrité du pèlerinage qui voyait accourir des foules de toute la chrétienté, au dire du prédicateur Calixte (f. 78), était illustrée par les nombreux miracles attribués à saint Jacques. Beaucoup de témoignages écrits ou oraux étaient naturellement conservés, diffusés, amplifiés même par le temps, déformés, ou d'une authenticité douteuse. On comprend que le rédacteur du Liber sancti Jacobi ait voulu mettre bon ordre dans ce foisonnement, en dressant une sorte de liste officielle de faits dûment vérifiés. Dès la première page du Codex, on s'en souvient, le souci de vérité est manifeste: l'auteur veut trier et éliminer ce qui lui paraît douteux, En ce qui concerne les miracles, l'argumentum Calixti prend un ton des plus péremptoires: ex his miraculis ...quedam scripte repperi... quedam in horis barbaris... narrantibus illis qui ea viderunt vel audierunt, didici, quedam propriis occulis vidi; que diligenter ad decus domini et apostoli litteris commendavi (f. 140r).

 

  Les sources utilisées par le collecteur sont donc de trois sortes : sources écrites, traditions orales, et témoignages recueillis par lui-même. Du premier type relèvent le miracle n° 2, dont la relation est attribuée à Bède le Vénérable, faussement, puisque d'un siècle postérieur à sa mort en 735, mais qu'il a pu lire dans un manuscrit lui en attribuant la paternité, les miracles n° 16, 17 et 18, que l'on trouve presque littéralement dans les Dicta Anselmi. On connaît la vie itinérante de l'archevêque de Cantorbéry (+ 1108), exilé d'Angleterre, en particulier son passage à Cluny en 1097 ou 1099, et sans doute en 1104, où il fut accueilli par l'abbé Hugues l er, qui gouverna l'abbaye de 1049 à sa mort en 1109. R.W. Southern a remarqué que les chapitres XXI-XXXIV du recueil d'Anselme contiennent des histoires rapportées par ou sur l'abbé Hugues, collectées pendant le séjour du prélat à Cluny. B. de Gaiffier, dans le compte-rendu des travaux de Southern, conclut qu' "il y a là de précieuses indications sur les méthodes de travail du mystérieux compilateur du recueil jacobéen". Précisément, c'est à Cluny que Picaud, peut-être ancien moine d'obédience bénédictine et grand voyageur, a dû prendre connaissance des Dicta Anselmi. De même, c'est un manuscrit de l'Historia Silense, rédigée entre 1109 et 1115, qu'il a consulté pour recueillir le miracle n° 1922. Faut-il invoquer une influence des Miracula sancti Aegidii rédigés par Pierre Guillaume entre 1121 et 1138 ? P. David hésite, en remarquant que l'auteur a pu tirer de la Vita sancti Aegidii (Xe - début XIe s.) le miracle de la cédule (n° 2), qu'il a transposé de la célèbre légende de Charlemagne, et parfaitement connu à Saint-Gilles. Quant au défunt chanoine Hubert de l'église Sainte-Madeleine de Besançon, invoqué pour le miracle n° 4, c'est un inconnu pour l'histoire, mais le rédacteur a pu le rencontrer dans une région qu'il connaissait, sans que l'on sache l'origine de cette relation.

 

  Peut-on aller plus loin dans l'identification des sources écrites ? Il ne le semble guère, en dehors d'un Liber miraculorum qu'on avait toutes les raisons de tenir à Compostelle, mais dont on n'a pas connaissance. Faut-il lui attribuer les miracles transcrits par Calixte en prenant l'indication conscriptum au sens strict de rédaction antérieure à notre recueil (n° 1, 3, 5-7), alors que ceux qu'il a appris par oral seraient indiqués par editum, au sens de publiés pour la première fois (n° 8-15, 19-22) ? Faut-il réserver le recueil utilisé aux miracles les plus anciens ? Il est impossible de se prononcer. Les témoignages donnés par les miraculés à Compostelle, en particulier le jours de fête, ont pu être mis par écrit; d'autres faits merveilleux peuvent relever de la mémoire orale et ont été colportés sur les routes, dans le but de raviver la piété des pèlerins. Notre compilateur, lors d'un premier pèlerinage au sanctuaire galicien, comme dans ses autres voyages, avait d'ailleurs été à même de satisfaire ainsi l'un des aspects de son tempérament avide de connaissance et de merveilleux. Quant au témoignage directement recueilli du miraculé, le cas est manifeste pour le n° 22, le rédacteur l'ayant rencontré sur la route entre Estella et Logroño. Enfin, le miracle de 1139 recueilli par l'abbé Auberi de Vézelay, et qu'on ne lit nulle part ailleurs, paraît avoir été communiqué oralement à Aimeri Picaud, lors de son dernier séjour au prieuré d'Asquins, avant son départ pour l'Espagne.

 

  On a tenté d'en savoir plus sur les étapes qui ont abouti à l'actuel livre II du Codex. Pour P. David, "le Liber miraculorum serait le livre le plus ancien des livres du Codex,  et sans doute le premier qui ait été présenté sous le nom du pape Calixte". Etant donné qu'il y a beaucoup de miracles entre 1100 et 1110, et 25 ans (1135) d'écart avec le dernier, "il semble naturel d'admettre que notre recueil des miracles est constitué par un double élément". Dans une première forme, quatorze récits sous le nom de Calixte II constituent le noyau primitif du recueil, un autre rédacteur ayant consigné les n° 16, 17 et 18. Les trois miracles recueillis à Compostelle (n° 1, 2, 19) "auront été ajoutés au recueil primitif par un continuateur, pèlerin de Compostelle, qui les avait recueillis sur place", le n° 13 étant d'un autre continuateur. "La rédaction finale du Livre des miracles, sur la base du recueil de 1110, se place donc au plus tôt en 1135". L'auteur conclut en soutenant que son "hypothèse" se présente "avec un haut degré de probabilité". En dehors de la datation de 1135 qui est une évidence, ne peut-on répondre qu'à trop vouloir prouver, on ne prouve rien? La prudence est de mise, plutôt que d'inventer de nouvelles hypothèses aléatoires pour expliquer ce qui a échappé aux précédentes, A. Picaud a pris son bien des trois manières qu'il a indiquées, et dont j'ai noté les illustrations les plus claires, lui-même mettant sa marque dans la rédaction finale, comme il l'avait fait dans le livre 129. Pour P. David, l'auteur du recueil primitif avait des rapports avec les milieux lyonnais. N'est-il pas plus vraisemblable de voir notre compilateur-voyageur s'informant ici et là, comme il l'a fait à Cluny pour les relations d'Anselme? Son passage à Saint-Gilles-du-Gard témoigne de sa curiosité pour les miracles écrits ou racontés, autant que pour les sites, les monuments et objets d'art.

 

  La position de M. de Menaca est fragile, d'autant qu'elle s'appuie sur un manuscrit déficient. Le recueil primitif serait constitué par sept miracles (n° 1- 6, 8) que les moines de Cluny avaient sélectionné "parmi les innombrables qui circulaient sur le Chemin de bouche à oreille". Une seconde collection a été compilée par les Italiens "mortifiés sans doute de voir le petit rôle joué par la Péninsule dans le Livre des miracles de Saint-Jacques insérés dans le Codex Calixtinus". Les miracles de 1011 (n° 1), du début du IXe siècle (n° 2), d'avant 1061 (n° 18), de 1064 (n° 19), seraient les plus anciens du recueil, leur datation approximative se déduisant du contexte. Un second recueil datant de la seconde moitié du XIe siècle, réunissait les miracles n° 3 - 6 et 8. Un troisième groupe formé par les autres miracles, dont ceux de Palestine, celui de Vézelay, celui attribué à Hugues de Cluny, etc ... serait de la main d'Aimeri Picaud. Un tel rangement paraît artificiel; la méthode eût gagné à s'appuyer sur le contexte général du Codex, dont on ne peut extraire le livre II sans risque d'erreur. Il faut, ici encore, rester modeste dans l'investigation.

 

  Tels sont les vingt-deux miracles (et quelques autres) choisis pour leur exemplarité aux yeux de leur collecteur, qui, pour une bonne part, a agi comme on l'a fait avant et après lui, en copiant et recopiant les mirabilia des saints. Est significatif de cette méthode le fait .qu'on peut lire. chez les hagiographes et les historiographes des XIIe et XlIIe siècles, la totalité ou presque des miracles recueillis par le Liber sancti Jacobi, dans une chronologie plus ou moins bouleversée, ou, au détour d'une page, une petite gerbe qu'il leur a plu de sélectionner. Ils allaient être recueillis très tôt, avec attention et en totalité par les moines de Ripoll et d'Alcobaça, comme par Guibert de Gembloux qui, avant 1187, dit les avoir copiés à l'abbaye de Marmoutier, avec les miracles du retour des reliques de saint Martin. Le lecteur du Codex est à même d'apprécier comment le livre II s'intègre à la réforme liturgique préconisée par le livre l, dans la même recherche de l'authenticité. Enfin, les faits relatés apportent des éléments non négligeables pour la connaissance des routes du pèlerinage, sur un laps de temps assez étendu. Pèlerin lui-même en France, en Galice et en Orient, voyageur perambulans barbaras terras, le clerc poitevin était à même d'apporter au sanctuaire galicien un florilège de merveilles capable d'exalter, à leur proclamation et en complément des fastes de la liturgie, le coeur de ceux qui, dans la peine comme dans la joie, avaient marché vers le saint tombeau, en quête des faveurs célestes.

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                                                           delhommeb at wanadoo.fr -  12/11/2016