Codex Livre V : chapitres X et XI

 

                                                                       

  (traduction personnelle)

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                                                                                 CHAPITRE X

                                                        Du nombre des chanoines de Saint-Jacques.

 

  A cette église sont attachés, selon la tradition, et d'après le nombre des soixante-douze disciples du Christ, soixante-douze chanoines, suivant la règle du bienheureux Isidore d'Espagne, docteur. Les offrandes à l'autel de Saint-Jacques leur sont partagées chaque semaine. Au premier sont données les offrandes de la première semaine; au second, de la seconde; au troisième, de la troisième; et ainsi de suite jusqu'au dernier. Chaque dimanche, selon la tradition, on fait trois parts des offrandes, desquelles le semainier reçoit la première, qui lui revient; des deux autres parts, réunies à leur tour, on fait trois parts, dont une est généralement donnée aux chanoines pour leur repas, une autre, aux oeuvres de la basilique; une autre à l'archevêque.

 

  Mais le produit de la semaine entre les Rameaux et Pâques est donné en droit aux pauvres pèlerins de Saint-Jacques de l'hospice. Bien plus, si l'on observait la juste loi de Dieu, la dixième partie des offrandes faites à l'autel de Saint-Jacques devrait être donnée en tout temps aux pauvres qui arrivent à l'hospice. En effet, tous les pauvres pèlerins, la nuit qui suit le jour de leur arrivée auprès de l'autel du bienheureux Jacques, doivent recevoir à  l'hospice, pour l'amour de Dieu et de l'apôtre, l'hospitalité complète; les malades doivent être charitablement soignés jusqu'à leur mort, ou jusqu'à leur complet rétablissement; ainsi qu'on fait en effet à Saint-Léonard. Où les pauvres pèlerins qui arrivent là reçoivent tout réconfort. En outre, on doit donner, selon la coutume, les offrandes qui arrivent à l'autel depuis le début de la matinée jusqu'à tierce, chaque dimanche, aux lépreux de la ville. Et si quelque prélat de cette basilique commettait quelque fraude à ce sujet, ou détournait de quelque manière les offrandes à donner, ainsi que nous l'avons indiqué, que son péché soit entre Dieu et lui.

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                                                                               CHAPITRE XI

                                     Comment doivent être accueillis les pèlerins de Saint Jacques.

 

  Les pèlerins, pauvres ou riches, revenant de Saint-Jacques, ou y allant, doivent par tous être reçus et honorés avec charité; car quiconque les aura reçus et hébergés avec empressement, aura pour hôte, non seulement le bienheureux Jacques, mais le Seigneur lui-même; ce Seigneur disant dans l'Evangile "Qui vous reçoit me reçoit".

 

  Ils furent nombreux jadis, ceux qui encoururent la colère de Dieu, qui n'avaient pas voulu recevoir les pèlerins de Saint-Jacques et les indigents. A Nantua, qui est une ville entre Genève et Lyon, la toile d'un tisserand, qui avait refusé du pain à un pèlerin de Saint-Jacques qui lui en demandait, tomba tout à coup par terre, déchirée par le milieu. A Villeneuve, un pauvre pèlerin de Saint-Jacques demanda à une femme, qui gardait du pain sous des cendres chaudes, l'aumône pour l'amour de Dieu et du bienheureux Jacques; elle répondit qu'elle n'avait pas de pain. Le pèlerin lui répondit: "Plût au ciel que le pain que tu as se change en pierre!". Et lorsque le pèlerin, s'étant éloigné de cette maison, se trouvait loin, cette mauvaise femme s'approcha des cendres, pensant prendre son pain; elle trouva à la place du pain une pierre ronde. Le coeur contrit, aussitôt à sa recherche, elle ne trouva pas le pèlerin. Dans la ville de Poitiers, deux vaillants français, revenant jadis de Saint-Jacques sans rien, demandèrent l'hospitalité, pour l'amour de Dieu et de saint Jacques, depuis la maison de Jean Gautier jusqu'à Saint-Porchaire, mais ils n'en trouvèrent pas. Comme, à la dernière maison, c'est à dire près de la basilique du bienheureux Porchaire, ils étaient hébergés par un pauvre, voici que, par la vengeance divine, un incendie très rapide embrasa cette nuit-là toute la rue, en commençant par la maison où ils avaient demandé tout d'abord l'hospitalité, jusqu'à celle où ils étaient accueillis; et ces maisons étaient environ un millier; la maison où les serviteurs de Dieu avaient été reçus demeura intacte, par la grâce de Dieu. C'est pourquoi on doit savoir que les pèlerins de Saint-Jacques, soit pauvres, soit riches, doivent être reçus de droit, et soignés avec attention.

 

                                            Ici se termine le cinquième livre de saint Jacques apôtre.

                                                       Gloire à celui qui l'écrit, et à celui qui le lit.

 

  Ce livre, l'Église de Rome, la première, le reçut avec empressement; on le trouve écrit en effet dans bien des endroits, à savoir à Rome, dans les parages de Jérusalem, en France, en Italie, en Allemagne, en Frise, et principalement à Cluny.

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delhommeb at wanadoo.fr -  03/01/2013