Codex Livre V : chapitre IX

 

                                                                            

  (traduction personnelle)

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                                                                                          Chapitre IX

                                   Du caractére de la ville et de la basilique de Saint Jacques, apôtre de la Galice.

 

  Calixte pape, et Aimery chancelier.

 

  La ville de Compostelle est située entre deux fleuves, dont l'un s'appelle Sar et l'autre Sarela; le Sar est à l'est, entre le monte do Gozo et la ville; le Sarela à l'ouest. Les entrées et portes de la ville sont sept. La première s'appelle porte de France; la seconde, porte de la Peña; la troisième, la porte de Sous les Frères; la quatrième, porte de saint Pèlerin; la cinquième, porte des Fougères, qui mène à Padron; la sixième, porte Suzannne; la septième, porte des Bouchers, par laquelle un bétail estimable arrive à la ville.

 

  1. Des églises de la ville

 

  Dans cette ville, il y a dix églises, dont la première est celle du très glorieux apôtre Jacques, fils de Zébédée, qui, située au milieu de la ville, resplendit de gloire; la seconde, celle du bienheureux apôtre Pierre, qui est une abbaye de moines, située près du chemin de France; la troisième, celle de Saint Michel, dite de la Citerne; la quatrième, celle de saint Martin, évêque, dite de Pinario, qui est aussi une abbaye de moines; la cinquième, celle de la Sainte Trinité, qui est la sépulture des pèlerins; la sixième, celle de sainte Suzanne, vierge, qui est près du chemin de Padron; la septième, celle de saint Félix, martyr; la huitième, celle de saint Benoît; la neuvième, celle de saint Pélage, martyr, qui est derrière la basilique de saint Jacques; la dixième, celle de la Sainte Vierge Marie, qui est derrière l'église  de saint Jacques, et a une entrée dans cette basilique, entre l'autel de saint Nicolas et celui de la Sainte Croix.

 

  2. Des dimensions de l'église

 

  La basilique de Saint Jacques mesure en longueur cinquante-trois fois la taille d'un homme, depuis la porte occidentale jusqu'à l'autel du Saint Sauveur; en largeur, quarante fois moins une, depuis la porte de France  jusqu'à la porte méridionale; pour la hauteur intérieure, elle a quatorze fois la taille  d'un homme; quelles sont la longueur et la hauteur extérieures, cela ne peut être mesuré par personne.

 

  L'église compte neuf nefs dans sa partie inférieure, et six dans la partie haute, et une chapelle plus grande que les autres où se trouve l'autel du Saint Sauveur, un déambulatoire, une nef, et deux bras de transept, et huit autres petites chapelles.

 

  Dans chacune d'elles se trouve un autel; et des neuf nefs, disons qu'il y en a six petites et trois grandes. La première, qui est la nef principale, va du portail occidental jusqu'aux piliers du milieu, au nombre de quatre, qui commandent toute l'église; cette nef est bordée à droite d'un bas-côté, et à gauche d'un autre. Les deux autres grandes nefs se comportent comme deux bras, dont l'un va de la porte de France aux quatre piliers de la croisée du transept, et l'autre va de ces piliers à la porte méridionale; ils ont chacun deux petites nefs latérales. Ces trois nefs principales s'élèvent jusqu'au faîte de l'église, et les six bas côtés ne montent que jusqu'aux demi-berceaux. Chacune des grandes nefs mesure en largeur onze fois et demie la taille d'un homme; nous évaluons la taille d'un homme à juste huit paumes.

 

  Dans la grande nef, il y a vingt-neuf piliers, quatorze à droite, autant à gauche, et un isolé qui se trouve entre les deux portails à l'intérieur, s'opposant à l'ouest, et qui divise les porches; dans les nefs qui forment le transept de cette église; depuis la porte de France jusqu'à celle du midi, il y a vingt-six piliers, douze à droite, et autant à gauche, et deux placés devant les portes à l'intérieur, qui divisent les porches et les portails.

 

  Dans le déambulatoire de l'église, il y a huit colonnes isolées autour de l'autel de saint Jacques. Les six petites nefs qui se trouvent en haut dans les tribunes de l'église sont égales en longueur et en largeur aux bas côtés qui leur correspondent en bas; d'un côté, les murs les supportent, et de l'autre, ce sont les piliers qui, d'en bas, montent des grandes nefs jusqu'au faîte, et, en outre, des piliers géminés s'élevant au-dessus de ce que les tailleurs de pierre ou maçons appellent demi-berceaux.

 

  Autant il y a de piliers en bas dans l'église, autant il y en a dans les parties hautes; de même, autant il y a de cintres ou arcs doubleaux en bas, autant il y en a en haut dans les tribunes; mais dans les nefs des tribunes ou galeries hautes, il y a en outre, entre chaque pilier, deux colonnes géminées que les maçons appellent colonnes-cintres.

 

  Dans cette église, il n'y a aucune fissure, aucun défaut; elle est admirablement construite, grande, spacieuse, claire, de dimensions harmonieuses, bien proportionnée en longueur, largeur et hauteur, d'un appareil plus admirable qu'on ne peut l'exprimer, et même elle est construite à deux étages comme un palais royal. Celui qui parcourt les parties hautes, s'il y est monté morose, s'en va heureux et réjoui, après avoir contemplé la beauté parfaite de cette église.

 

  3. Des fenêtres.

 

  Les fenêtres avec des vitraux qui se trouvent dans cette basilique sont au nombre de soixante-trois; au-dessus de chacun des autels qui entourent le déambulatoire, il y en a trois; dans les parties hautes de la basilique, autour de l'autel de Saint Jacques, il y a cinq fenêtres, par lesquelles l'autel de l'apôtre est bien éclairé; dans les galeries hautes, les fenêtres sont au nombre de quarante4rois.

 

  4. Des portails.

 

  Cette église compte trois portails principaux et sept petits; un qui est tourné vers l'ouest, c'est le principal, et un autre vers le sud, un autre vers le nord; et à chaque portail principal, il y a deux entrées, et deux portes dans chaque entrée. Le premier des sept petits portails est appelé portail de Sainte-Marie; le second, de la Voie Sacrée; le troisième, de Saint Pélage; le quatrième, du Chapitre; le cinquième, de la Pierrière des maçons; le sixième de même de la Pierrière; le septième, de l'École des Grammairiens, qui donne accès aussi au palais de l'archevêque

 

  5. De la fontaine Saint-Jacques.

 

  Quand nous autres, gens de France, voulons pénétrer dans la basilique de l'Apôtre, nous entrons par le côté nord; devant la porte se trouve, au bord du chemin, l'hospice des pauvres pèlerins de Saint Jacques, et au delà du chemin s'étend un parvis, auquel on accède en descendant neuf marches. Au bout des degrés de ce parvis se trouve une fontaine admirable, qui n'a pas sa pareille dans le monde entier.

 

  Cette fontaine repose sur un socle à trois degrés, qui supporte une très belle vasque de pierre, ronde et creuse, qui a la forme d'une coupe ou d'une cuve, et qui est si grande que quinze hommes, me semble t-il, pourraient s'y baigner à l'aise. Au milieu se trouve une colonne de bronze, plus large à la base, avec sept panneaux carrés, d'une hauteur bien proportionnée; au sommet se dressent quatre lions, de la gueule desquels jaillissent quatre jets d'eau, pour le réconfort des pèlerins du bienheureux Jacques et des habitants. Les jets qui sortent de la gueule des lions retombent aussitôt dans la vasque qui se trouve au-dessous, et de là s'écoulent par une ouverture dans la conque et se perdent dans le sol. Ainsi, l'on ne peut voir, ni d'où vient l'eau, ni où elle s'en va. De plus, cette eau est douce, fortifiante, saine, claire, excellente, chaude l'hiver, fraîche l'été.

 

  Sur la susdite colonne est gravée de la façon suivante, sur deux lignes aux pieds des lions et tout autour:

+ Moi, Bernard, trésorier du bienheureux Jacques, j'ai amené cette eau jusqu'ici, et réalisé cet ouvrage pour le salut de mon âme et de celle de mes parents, troisième jour des ides d'avril, ère locale 1160. (11 avril 1122)

 

  6. Du parvis de la ville.

 

  Derrière la fontaine se trouve le parvis, comme nous l'avons dit, pavé de pierre; c'est là qu'on vend aux pèlerins des coquilles marines, les insignes du bienheureux Jacques; on y vend aussi des outres de vin, des souliers, des besaces en peau de cerf, des bourses, des courroies, des ceintures, et toutes sortes d'herbes médicinales, et d'autres condiments, et bien d'autres choses encore. Il y a aussi, sur le chemin de France, des changeurs, des aubergistes, et divers marchands. Le parvis mesure un jet de pierre, de part et d'autre.

 

  7. Du portail nord.

 

  Après ce parvis, on trouve le portail nord de la basilique Saint-Jacques, ou porte de France; il y a deux entrées, qui sont ornées de belles sculptures. Dans chaque entrée, il y a six colonnes à l'extérieur, les unes de marbre, les autres de pierre; trois à droite et trois à gauche; soit six à une entrée, six à l'autre; en tout douze colonnes. Au-dessus de la colonne qui est entre les deux portes à l'extérieur, sur le mur, le Seigneur est assis, en majesté; de la main droite, il donne sa bénédiction, et dans la gauche il tient un livre. Autour de son trône sont les quatre évangélistes, soutenant presque le trône; à droite est sculpté le Paradis, où le Seigneur lui-même figure une autre fois, reprochant à Adam et à Ève leur péché; et à gauche, il s'y trouve encore sous une autre effigie, les chassant du paradis.

 

  En outre sont sculptées tout autour des figures de saints, de bêtes, d'hommes, d'anges, de femmes, de fleurs et d'autres créatures, dont nous ne pouvons donner la description et le caractère, à cause de leur grand nombre. Cependant, au-dessus de la porte de gauche en entrant dans la basilique, sur le tympan, est sculptée l'Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie; l'ange Gabriel lui parle. A gauche aussi, au-dessus des portes, sur les côtés, sont sculptés les mois de l'année et beaucoup d'autres belles oeuvres. Il y a deux lions grands et féroces contre le mur à l'extérieur, qui regardent les battants de portes comme pour surveiller l'entrée, l'un à droite, l'autre à gauche. En haut des montants de porte, il y a quatre apôtres, tenant chacun un livre dans la main gauche, et donnant à ceux qui entrent dans la basilique leur bénédiction de la main droite levée. A la porte de gauche, Pierre est à droite, Paul à gauche; et à la porte de droite, l'apôtre Jean à droite, et le bienheureux Jacques à gauche. Au-dessus de chaque tête des apôtres, sur les montants, des têtes de boeuf sont sculptées en haut relief.

 

  8. Du portail sud.

 

  Au portail sud de la basilique apostolique, il y a, comme nous l'avons dit, deux portes et quatre vantaux. A la porte de droite, extérieurement, sur le premier registre, est sculptée de façon remarquable, au-dessus des vantaux, la Trahison du Seigneur. Ici, Notre-Seigneur est attaché à la colonne par la main des juifs; ici, il est frappé de verges; là, Pilate est assis sur son fauteuil, comme le jugeant. Au-dessus, sur un autre registre, la bienheureuse Marie, mère du Seigneur, est représentée avec son fils à Bethléem, ainsi que les trois rois qui viennent visiter l'enfant et sa mère, lui offrant leur triple présent, et l'étoile, et l'ange les avertissant de ne pas retourner auprès d'Hérode.

 

  Sur les montants de cette même entrée sont deux apôtres, comme gardiens des portes, l'un à droite, l'autre à gauche. De même, à la porte de gauche, il y a sur les montants deux autres apôtres. Et au premier registre au-dessus de l'entrée est sculptée la Tentation de Notre-Seigneur; il y a en effet devant le Christ des anges hideux, ressemblant à des spectres, qui l'installent sur le faîte du temple; et d'autres lui présentent des pierres, l'adjurant de les changer en pain; d'autres lui montrent les royaumes de ce monde, feignant de vouloir les lui donner si, tombant à genoux devant eux, il les adore, ce qu'il refuse. Mais d'autres anges purs, c'est à dire les bons, sont derrière lui; et il y en a d'autres au-dessus, l'encensant.

 

  Il y a quatre lions à ce portail; un à droite à une entrée; et l'autre à gauche; entre ces deux entrées, au-dessus du trumeau, il y a deux autres lions féroces, dont l'un a son derrière contre celui de l'autre. Il y a onze colonnes à ce même portail; à l'entrée de droite, c'est à dire à droite, cinq; et à l'entrée de gauche, c'est à dire à gauche, autant; la onzième se trouve entre les deux portes, séparant les porches. Ces colonnes, les unes de marbre, les autres de pierre, sont admirablement sculptées de figures, fleurs, hommes, oiseaux, et animaux; ces colonnes sont de marbre blanc. Et il ne faut pas oublier la femme qui se trouve à côté de la Tentation du Christ, tenant entre ses mains la tête décomposée de son amant, tranchée par son propre mari, baisant celle-ci deux fois par jour, obligée par son mari. O quel grand et admirable châtiment de la femme adultère, à raconter à tous!

 

  A la partie supérieure, au-dessus des quatre vantaux, vers les galeries hautes de la basilique, une belle composition de marbre blanc resplendit magnifiquement. C'est là, en effet, que se tient Notre-Seigneur debout, saint Pierre à sa gauche, tenant les clés dans ses mains, et le bienheureux Jacques à droite entre deux cyprès, et saint Jean son frère, à côté de lui; et, à droite et à gauche, il y a les autres apôtres. Et encore, le mur en haut et en bas, à droite et à gauche, est magnifiquement sculpté de fleurs, de saints hommes, d'animaux, d'oiseaux, de poissons, et d'autres choses, qui ne peuvent être énumérés. Mais il y a quatre anges au dessus des porches, tenant chacun une trompette, annonçant le jour du Jugement.

 

  9. Du portail ouest.

 

  Le portail occidental, avec deux entrées, surpasse les autres portails par sa beauté, sa grandeur et son travail; il est plus grand et plus beau que les autres, et travaillé admirablement; avec de nombreuses marches au dehors, il est décoré de colonnes de marbres divers, de figures variées et de formes diverses; et il est sculpté d'images, hommes, femmes, animaux, oiseaux, saints, anges, fleurs et ornements de tous genres. Les travaux en sont tellement nombreux que nous ne pouvons les décrire en détail. Cependant, en haut, la Transfiguration de Notre-Seigneur, telle que sur le mont Thabor, est sculptée admirablement. Notre-Seigneur est là, dans une nuée blanche, le visage resplendissant comme le soleil, le vêtement brillant comme la neige; et le Père au-dessus lui parlant; et Moïse et Élie qui lui apparurent, l'entretenant de sa mort, qui devait s'accomplir à Jérusalem. Là aussi est le bienheureux Jacques, avec Pierre et Jean, auxquels, avant tous autres, le Seigneur manifesta sa Transfiguration.

 

  10. Des tours de la basilique.

 

  Il y aura neuf tours dans cette église; deux au-dessus du portail de la fontaine, et deux au-dessus du portail méridional, et deux au-dessus du portail occidental, et deux au-dessus de chaque escalier à vis, et une plus grande au dessus de la croisée du transept au milieu de la basilique; par là et par les autres très beaux ouvrages, la basilique du bienheureux Jacques resplendit parfaitement de gloire. Entièrement construite en pierres très solides et vives, c'est à dire brunes et très dures, comme le marbre; à l'intérieur, peinte de figures variées; et à l'extérieur parfaitement couverte de tuiles et de plomb. Mais de toutes ces choses dont nous venons de parler, les unes sont complètement terminées, les autres à accomplir.

 

  11. Des autels de la basilique.

 

  Les autels de la basilique se trouvent dans cet ordre. Premièrement, près de la porte de France qui est à gauche, est l'autel de saint Nicolas; puis l'autel de la sainte Croix; puis dans le déambulatoire, l'autel de sainte Foy vierge; puis l'autel de saint Jean apôtre et évangéliste, frère de saint Jacques; puis l'autel du Saint Sauveur, dans la grande chapelle; puis l'autel de saint Pierre apôtre; puis l'autel de saint André; puis l'autel de saint Martin évêque; puis l'autel de saint Jean-Baptiste. Entre l'autel de saint Jacques et l'autel du Saint-Sauveur se trouve l'autel de sainte Marie-Madeleine où l'on chante les messes matinales pour les pèlerins. En haut, dans le les tribunes de l'église, il y a trois autels: le plus grand est l'autel de saint Michel archange; un autre autel à droite, celui de saint Benoît; et un autre autel dans la partie gauche des saints, celui des saints Paul apôtre et Nicolas évêque, là se trouve la chapelle de l'archevêque.

 

  12. Du corps et de l'autel de saint Jacques.

 

  Jusqu'ici nous avons décrit les caractéristiques de l'église; maintenant, nous devons traiter du vénérable autel de l'apôtre. Selon la tradition même de cette vénérable basilique, le corps vénérable du bienheureux Jacques repose au dessous du maître-autel, qui est élevé magnifiquement en son honneur, dissimulé dans un coffre de marbre qu'abrite un très beau sépulcre voûté, construit d'un travail et de dimensions convenables; il est certain que son corps est fixé là, immuable, comme l'atteste saint Théodemir lui-même, évêque de cette ville, qui le découvrit jadis et ne parvint pas du tout à le déplacer. Qu'ils rougissent donc les rivaux d'outre-monts, qui prétendent en avoir quelques parcelles ou conserver des reliques de lui. En effet, le corps de l'apôtre est ici tout entier; divinement illuminé par des escarboucles paradisiaques, honoré sans arrêt de parfums odorants divins, paré de l'éclat de célestes cierges et assidûment honoré par les anges empressés.

 

  Sur son sépulcre est un autel modeste, élevé, dit-on, par ses disciples; et que par amour pour l'apôtre et de ses disciples, nul par la suite n'a voulu détruire. Et au dessus se trouve un autre autel grand et admirable, qui

mesure en hauteur cinq paumes, et en longueur douze, et en largeur sept. Ainsi l'ai je mesuré de mes propres mains. Le petit autel est donc renfermé sous le grand, de trois côtés, à droite, à gauche et par derrière; mais la devant laissé à découvert, afin qu'on puisse voir clairement, une fois enlevé le devant d'autel d'argent, l'autel ancien.

 

  Mais  si quelqu'un voulait, pour l'amour du bienheureux Jacques, adresser un dessus d'autel ou une nappe pour couvrir l'autel de l'apôtre, il devrait l'envoyer de neuf paumes de large, et vingt et une de long. Si on voulait offrir pour l'amour de Dieu et de l'apôtre un parement pour recouvrir le devant de l'autel, qu'on veille à ce qu'on le fasse de sept paumes en largeur, et treize en longueur.

 

  13. Du devant d'autel d'argent

 

  Le parement qui est devant l'autel est, pour rendre hommage, fait d'or et d'argent. Au miilieu est sculpté le trône de Notre-Seigneur, vingt-quatre vieillards rangés avec lui, comme les vit le bienheureux Jean, frère de saint Jacques, dans son Apocalypse, c'est-à-dire douze à droite et autant à gauche, en cercle, tenant dans leurs mains les cithares et les fioles d'or pleines de parfum. Au milieu siège Notre-Seigneur, comme sur un trône de Majesté, tenant dans la main gauche le livre de vie, et donnant la bénédiction de la main droite. Autour du trône, il y a les quatre évangélistes, semblant soutenir le trône. Les douze apôtres sont rangés à sa droite et à sa gauche, trois sur une première rangée à droite et trois au dessus, de même à gauche trois à la première rangée, en bas et trois au-dessus. Enfin, il y a des fleurs magnifiques tout autour, et de très belles colonnes entre les apôtres.

 

  Ce parement est d'un travail harmonieux, et porte en haut cette inscription en vers:

Ce parement, Diego II, évêque de Saint-Jacques

le fit la cinquième année de son épiscopat.

Au trésor de Saint-Jacques

il a coûté quatre-vingt marcs d'argent moins cinq.

 

  Et en bas il y a cette autre inscription:

Alfonse était roi, son gendre Raymond duc,

le susdit, évêque, quand cette oeuvre fut achevée.

 

  14. Du baldaquin de l'autel de l'apôtre.

 

  Le baldaquin qui recouvre cet autel vénérable est admirablement travaillé, à l'intérieur et l'extérieur, de peintures, de dessins et de figures variés. Il repose en effet sur quatre colonnes en carré, et il est de hauteur et largeur harmonieuses. A l'intérieur, au premier registre, il y a les vertus principales sous forme de femmes au nombre de huit, célébrées par saint Paul; dans chaque angle, il y en a deux. Et au dessus de la tête de chacune sont des anges debout, qui soutiennent de leurs mains levées le trône qui se trouve en haut du baldaquin. Au milieu du trône se trouve l'Agneau de Dieu tenant la croix avec son pied; il y a autant d'anges que de vertus.

 

  A l'extérieur, au premier registre, il y a quatre anges qui annoncent la résurrection au jour du jugement, en sonnant de la trompette; il yen a deux sur la face antérieure et deux derrière sur l'autre face. Au même niveau se trouvent quatre prophètes: Moïse et Abraham sur la face gauche, et Isaac et Jacob sur la droite; chacun tenant à la main les phylactère de leurs prophéties respectives. Au registre supérieur, les douze apôtres Sont assis tout autour.

 

  Sur la première face, devant, le bienheureux Jacques se trouve au milieu, tenant de la main gauche un livre, et donnant sa bénédiction de la droite; à sa droite est un autre apôtre, et à gauche un autre, sur le même rang. De même, sur la face droite du baldaquin, il y a trois autres apôtres, et à sa gauche trois autres, et par derrière, trois de la même manière. Sur le toit, quatre anges sont assis, comme gardant l'autel. En outre aux quatre angles du même baldaquin, à la base du toit, les quatre évangélistes sont sculptés à leurs propre ressemblance. Le baldaquin est peint à l'intérieur; tandis qu'à l'extérieur il est sculpté et peint. Au sommet, à l'extérieur, se dresse une triple arcature, sur lequel la Trinité divine est sculptée. Dans la première arcature, qui regarde vers l'ouest, se dresse la personne du Père; dans la seconde, qui regarde vers le midi et l'orient, est la personne du Fils; et dans la troisième arcature, qui regarde vers le nord, est la personne du Saint-Esprit. En outre, tout au sommet, est une boule d'argent, resplendissante, sur laquelle repose une croix précieuse.

 

  15. Des trois lampes.

 

  Devant l'autel du bienheureux Jacques, trois grandes lampes d'argent sont suspendues en l'honneur du Christ et de l'apôtre. Celle du milieu est très grande et ressemble à un grand mortier admirablement travaillé, comportant sept alvéoles, où sept luminaires sont posés, en représentation des sept dons du Saint-Esprit; c'est à dire que les réceptacles reçoivent seulement de l'huile de baume, ou de myrte, ou de benjoin, ou d'olive; le plus grand réceptacle est au milieu des autres. Et sur chacun des réceptacles, qui sont autour de lui, deux figures d'apôtres sont sculptées au dehors. Que l'âme d'Alfonse roi d'Aragon, qui, dit-on, l'a donnée à Saint~Jacques, repose en paix éternellement.

 

  16. De la dignité de l'église Saint-Jacques et de ses chanoines.

 

  A l'autel de saint Jacques, nul ne peut célèbrer la messe, s'il n'est évêque, ou archevêque, ou pape, ou cardinal de cette église. En effet, il y a d'ordinaire dans cette basilique sept cardinaux, qui célèbrent l'office divin sur l'autel; institués et concédés reconnus par de nombreux pontifes, confirmés en particulier par le pape Calixte. Cette dignité que la basilique du bienheureux Jacques, par une bonne règle, possède pour l'amour de l'apôtre, nul ne doit la lui enlever.

 

  17. Des maître maçons de l'église. Du commencement et de l'achèvement de l'oeuvre.

 

  Les maçons instructeurs, qui édifièrent en premier la basilique du bienheureux Jacques, s'appelaient dom Bernard le vieux - admirable maître - et Robert, avec d'autres maçons au nombre de cinquante environ, qui travaillaient activement sous la direction de dom Wicart, de dom Segeredo du chapitre, et de dom Gundesindo l'abbé; Alfonse roi d'Espagne règnant, et dom Diego I, vaillant chevalier et homme généreux.

 

  L'église fut commencée en l'an 1116 de l'ère d'Espagne (1078). Depuis l'année où elle fut commencée jusqu'à la mort d'Alfonse, le très vaillant et illustre roi d'Aragon, il y a 59 années, et jusqu'au meurtre d'Henri, roi d'Angleterre, 62; et jusqu'à la mort de Louis le Gros, roi de France, 63; et depuis l'année où la première pierre de fut posée jusqu'à celle où la dernière fut mise, il y en a 44.

 

  Depuis le moment où elle fut commencée, jusqu'à aujourd'hui, cette église reverdit par l'éclat des miracles du bienheureux Jacques; là, en effet, la santé est donnée aux malades; la vue est rendue aux aveugles; la langue des muets se délie; l'ouïe est accordée aux sourds; une démarche de bonne santé est donnée aux boiteux; la délivrance est accordée aux possédé. Et qui plus est, les prières du peuple des fidèles sont entendues; les voeux sont exaucés; les liens des fautes sont dénoués; le ciel s'ouvre à ceux qui frappent; la consolation est donnée aux affligés; et tous les peuples étrangers de toutes les régions du monde accourent ici en foule, apportant des charges de louanges au Seigneur.

 

  18. De la dignité de l'église de Saint Jacques.

 

  On ne doit pas oublier que la dignité archiépiscopale de Merida, métropole au pays des Sarrasins, le bienheureux pape Calixte, de digne et bonne mémoire, la transféra à la basilique de saint Jacques et à sa ville, et il la lui donna par amour de l'apôtre et en son honneur; et pour cela, il sacra et confirma Diego, homme de haute naissance, premier archevêque, au siège apostolique de Compostelle. En effet, ce même Diego était auparavant évêque de Saint Jacques.

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delhommeb at wanadoo.fr - 03/01/2013