Codex Livre V : chapitre VIII (suite)

 

                                                                       

  (traduction Vielliard)

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                                                                                   CHAPITRE VIII

               Corps des saints qui reposent sur le chemin de Saint Jacques, et que doivent visiter les pèlerins.

                                                                                       (suite)

 

  (Gellone et St Thibery)

 

  Ceux qui vont à Saint-Jacques par la route de Toulouse doivent rendre visite au corps du bienheureux confesseur Guillaume. Le très saint porte-enseigne Guillaume était un comte de l'entourage du roi Charlemagne, et non des moindres, soldat très courageux, expert dans les choses de la guerre; c'est lui qui par son courage et sa vaillance soumit, dit-on, les villes de Nîmes et d'Orange et bien d'autres encore à la domination chrétienne, et apporta le bois de la croix du Sauveur dans la vallée de Gellone, vallée où il mena la vie érémitique, et où ce confesseur du Christ, après une fin bienheureuse, repose entouré d'honneur. Sa fête se célèbre le 28 mai.

 

  Sur la même route, il faut rendre visite aux corps des bienheureux martyrs Tibère, Modeste et Florence qui, au temps de Dioclétien, souffrirent pour la foi du Christ des tourments variés et subirent le martyre. Ils reposent sur les rives de l'Hérault dans un très beau sépulcre; on les fête le 10 novembre.

 

  (Toulouse)

 

  Il faut aussi, sur la même route, aller vénérer le très saint corps du bienheureux Sernin, évêque et martyr, qui, retenu par les païens sur le Capitole de la ville de Toulouse, fut attaché à des taureaux furieux et indomptés, puis précipité du haut de la citadelle du Capitole, sur un trajet d'un mille, au long de l'escalier de pierre; sa tête fut écrasée; sa cervelle en jaillit, et tout son corps ayant été mis en pièces, il rendit dignement son âme au Christ. Il fut enseveli en un bel emplacement près de la ville de Toulouse; une immense basilique fut construite là par les fidèles en son honneur; la règle des chanoines de Saint-Augustin y est observée, et beaucoup de grâces sont accordées par Dieu à ceux qui les demandent; sa fête se célèbre le 29 novembre.

 

  (Conques)

 

  De même, les Bourguignons et les Teutons qui vont à Saint-Jacques par la route du Puy doivent vénérer les reliques de sainte Foy , vierge et martyre, dont l'âme très sainte, après que les bourreaux lui eurent tranché la tête sur la montagne de la ville d'Agen, fut emportée au Ciel par les choeurs des anges sous la forme d'une colombe, et couronnée des lauriers de l'immortalité. Quand le bienheureux Caprais. évêque de la ville d'Agen, qui, pour fuir les violences de la persécution, se cachait dans une grotte, eut vu cela, trouvant le courage de supporter le martyre, il alla rejoindre le lieu où la vierge avait souffert, et gagnant dans un courageux combat la palme du martyre, il alla jusqu'à reprocher à ses bourreaux leur lenteur.

 

  Enfin le très précieux corps de la bienheureuse Foy, vierge et martyre, fut enseveli avec honneur par les chrétiens dans une vallée appelée vulgairement Conques; on bâtit au-dessus une belle basilique dans laquelle, pour la gloire de Dieu, jusqu'à aujourd'hui la règle de saint Benoît est observée avec le plus grand soin; beaucoup de grâces sont accordées aux gens bien portants et aux malades; devant les portes de la basilique coule une source excellente, dont les vertus sont plus admirables encore qu'on ne peut le dire. Sa fête se célèbre le 6 octobre.

 

  (Vézelay)

 

  Ensuite, sur la route qui va à Saint-Jacques en passant par Saint-Léonard, le très saint corps de la bienheureuse Marie-Madeleine doit être d'abord et à juste titre vénéré par les pèlerins. Elle est en effet la glorieuse Marie qui, dans la maison de Simon le Lépreux, arrosa de ses larmes les pieds du Sauveur, les essuya avec ses cheveux, et les oignit d'un parfum précieux en les embrassant, et c'est pour cela que ses nombreux  péchés lui furent remis, parce qu'elle avait beaucoup aimé celui qui aime tous les hommes, Jésus-Christ, son Rédempteur. C'est elle qui, après l'Ascension du Seigneur, quittant les parages de Jérusalem avec le bienheureux Maximin, disciple du christ, et d'autres disciples de celui-ci, arriva par mer jusqu'au pays de Provence et débarqua au port de Marseille.

 

  Dans ce pays, elle mena pendant plusieurs années la vie érémitique, et enfin fut ensevelie dans la ville d'Aix par ce même Maximin devenu évêque de la ville. Mais après un long temps, un certain personnage sanctifié dans la vie monastique, du nom de Badilon, transporta ses précieux restes, de cette ville, jusqu'à Vézelay où ils reposent aujourd'hui dans une tombe révérée. Dans ce lieu, une grande et très belle basilique et une abbaye de moines furent établies; les fautes y sont, pour l'amour de la sainte, remises par Dieu aux pécheurs; la vue est rendue aux aveugles, la langue des muets se délie, les boiteux se redressent, les possédés sont délivrés, et d'ineffables bienfaits sont accordés à beaucoup de fidèles. Les solennités de sa fête se célèbrent le 22 juillet.

 

  (St Léonard de Noblat)

 

  Il faut aussi rendre visite au saint corps du bienheureux Léonard, confesseur, qui, issu d'une très noble famille franque et élevé à la cour royale, renonça par amour du Dieu suprême, au monde criminel, et mena longtemps à Noblat en Limousin la vie érémitique, jeûnant fréquemment, veillant souvent dans le froid, la nudité et des souffrances inouïes. Enfin, sur le terrain qui lui appartenait, il reposa après une sainte mort; ses restes sacrés ne quittèrent pas ces lieux.

 

  Qu'ils rougissent donc de honte, les moines de Corbigny qui prétendent avoir le corps de saint Léonard, tandis que, ni le plus petit de ses os, ni ses cendres, n'ont pu en aucune façon, ainsi que nous l'avons dit plus haut, être emportés. Les moines de Corbigny, comme bien d'autres gens, sont gratifiés de ses bienfaits et de ses miracles, mais ils sont privés de la présence de son corps. N'ayant pu l'avoir, ils vénèrent comme étant celui de saint Léonard le corps d'un certain Léotard, qui, disent-ils, leur fut apporté d'Anjou dans une châsse d'argent; ils ont même changé son propre nom après sa mort comme s'il avait été baptisé une seconde fois; ils lui imposèrent le nom de saint Léonard, afin que par la renommée d'un nom si grand et si célèbre, à savoir celui de saint Léonard du Limousin, les pèlerins viennent là et les comblent de leurs offrandes. Ils célèbrent sa fête le 15 octobre.

 

  D'abord ils avaient fait de saint Léonard du Limousin le patron de leur basilique, puis ils mirent un autre à

sa place, à la façon des serfs jaloux qui arrachent à leur maître par la violence son propre héritage et le donnent indignement à un étranger. Ils sont semblables aussi au mauvais père qui enlève sa fille à un époux légitime pour la donner à un autre. "Ils échangèrent, dit le psalmiste, leur gloire contre la figure d'un veau". Un sage a réprouvé ceux qui agissent ainsi, disant: "Ne livre pas à d'autres ton honneur". Les dévots étrangers et les fidèles du pays qui vont là-bas croient trouver le corps de saint Léonard du Limousin qu'ils aiment, et, sans le savoir, c'est un autre qu'ils trouvent à sa place. Qui que ce soit qui accomplisse des miracles à Corbigny, c'est cependant le bienheureux Léonard du Limousin qui délivre les captifs, quoiqu'il ait été supplanté dans le patronage de cette église, et c'est lui qui les amène là. C'est pourquoi les gens de Corbigny sont coupables d'une double faute, car ils ne reconnaissent pas celui qui, libéralement, les favorise de ses miracles, et ils ne célèbrent même pas sa fête, mais rendent hommage, dans le désordre, à un autre à sa place.

 

  La clémence divine a donc déjà répandu au loin à travers le monde entier la gloire du bienheureux confesseur Léonard du Limousin, et sa puissante intercession a fait sortir de prison d'innombrables milliers de captifs; leurs chaînes de fer, plus barbares qu'on ne peut le dire, réunies par milliers, ont été suspendues tout autour de sa basilique, à droite et à gauche, au dedans et au dehors, en témoignage de si grands miracles. On est surpris plus qu'on ne peut l'exprimer en voyant les mâts qui s'y trouvent chargés de tant et de si grandes ferrures barbares. Là en effet sont suspendus des menottes de fer, des carcans, des chaînes, des entraves, des engins variés, des pièges, des cadenas, des jougs, des casques, des faux et des instruments divers, dont le très puissant confesseur du Christ a, par sa puissance; délivré les captifs. Ce qui est remarquable en lui, c'est que, sous une forme humaine visible, il a coutume d'apparaître à ceux qui sont enchaînés dans les ergastules, même au delà des mers, comme en témoignent ceux que par la puissance divine il a délivrés. Par lui est accompli à merveille ce que jadis le divin prophète avait annoncé, disant: "Souvent il a délivré ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, et ceux qu'enchaînent la misère et les fers. Et ils l'ont invoqué tandis qu'ils étaient dans la tribulation, et il les a délivrés de leurs souffrances. Il les a retirés du chemin de l'iniquité, car il a écrasé les portes d'airain et brisé les barres de fer et il a délivré ceux qui avaient des entraves aux pieds et beaucoup de grands personnages qui portaient des menottes de fer". Souvent en effet, des chrétiens étaient remis, enchaînés, aux mains des gentils, comme Bohémond, et ils ont été esclaves de ceux qui les haïssent, et leurs ennemis leur ont fait subir des tribulations, et ils ont été humiliés sous leur main. Mais celui-ci souvent les a délivrés, et il les a fait sortir des ténèbres et de l'ombre de la mort, et il a rompu leurs chaînes. Il a dit à ceux qui étaient enchaînés: "Sortez", et à ceux qui étaient dans les ténèbres: "Venez au jour". Sa fête se célèbre le 6 novembre.

 

  (Périgueux)

 

  Après saint Léonard, il faut rendre visite dans la ville de Périgueux au corps du bienheureux Front, évêque et confesseur, qui, sacré évêque à Rome par l'apôtre saint Pierre, fut envoyé avec un prêtre du nom de Georges pour prêcher dans cette ville. Ils étaient partis ensemble, mais Georges étant mort en route et ayant été enseveli, le bienheureux Front revint auprès de l'apôtre, et lui annonça la mort de son compagnon. Saint Pierre alors lui remit son bâton, disant: "Lorsque tu auras posé ce mien bâton sur le corps de ton compagnon, tu diras: « En vertu de la mission que tu as reçue de l'Apôtre, «lève-toi au nom du Christ et accomplis-la». Ainsi fut fait; grâce au bâton de l'Apôtre, le bienheureux Front recouvra en route son compagnon revenu de l'autre monde, et convertit la ville au Christ par sa prédication; il s'illustra par de nombreux miracles, et étant mort saintement là-bas, fut enseveli dans la basilique élevée en son nom, et où, par la munificence divine, de nombreux bienfaits sont accordés à ceux qui les sollicitent. Certains racontent même qu'il avait fait partie du collège des disciples du Christ. Son tombeau ne ressemble à aucune sépulture d'autres saints; en effet, il a été construit avec soin en forme de rotonde comme le. Saint Sépulcre, et il surpasse par la beauté de son oeuvre toutes les tombes des autres saints. Sa fête est célébrée solennellement le 25 octobre.

 

  (Orléans)

 

  Revenant en arrière, nous engagerons ceux qui vont à Saint-Jacques, par la route de Tours, à aller voir à Orléans le bois de la Croix et le calice de saint Euverte, évêque et confesseur, dans l'église Sainte-Croix. Un jour que saint Euverte disait la messe, la main de Dieu apparut au-dessus de l'autel, en l'air, sous une apparence humaine, aux yeux des assistants, et tout ce que le pontife faisait à l'autel, la main divine le faisait également; quand il traçait sur le pain et le calice le signe de la croix, la main le traçait de même; quand il élevait le pain et le calice, la main divine élevait également un vrai pain et un calice. Le saint sacrifice terminé, la très sainte main du Sauveur disparut. D'après cela, nous devons comprendre que, tandis que chaque prêtre chante la messe, le Christ la chante lui-même. C'est pourquoi le saint docteur Fulgence dit: "Ce n'est pas l'homme qui offre le sacrifice du corps et du sang du Christ, mais celui-là même qui a été crucifié pour nous, Jésus-Christ". Et saint Isidore s'exprime en ces termes: "Ce n'est pas à cause de la sainteté d'un saint prêtre que le sacrifice est meilleur, ni en raison de la malice d'un mauvais qu'il est moins bon". Ce calice est en général toujours à la disposition des fidèles qui le demandent pour communier, à l'église Sainte-Croix, que ce soit des gens du pays ou des étrangers.

 

  Dans cette même ville, il faut aussi aller vénérer les reliques du bienheureux Euverte, évêque et confesseur, et il faut aller voir dans cette ville encore à l'église Saint-Samson, la patène qui a véritablement servi à la Cène.

 

  (Tours)

 

  On doit également sur cette route rendre visite, sur les bords de la Loire, au vénérable corps de saint Martin, évêque et confesseur. C'est là qu'il est, lui qui ressuscita glorieusement trois morts, et rendit à la santé qu'ils souhaitaient, lépreux, énergumènes, infirmes, lunatiques et démoniaques, ainsi que d'autres malades.

La châsse où ses précieux restes reposent auprès de la ville de Tours resplendit d'une profusion d'or, d'argent et de pierres précieuses, elle est illustrée par de fréquents miracles. Au-dessus, une immense et vénérable

basilique a été élevée en son honneur magnifiquement, à l'image de l'église de Saint-Jacques. Les malades y viennent et y sont guéris, les possédés sont délivrés, les aveugles voient, les boiteux se redressent, et tous les genres de maladie sont guéris, et tous ceux qui demandent des grâces reçoivent un réconfort total; c'est pourquoi la renommée de sa gloire est répandue partout par de justes panégyriques, à l'honneur du Christ. Sa fête se célèbre le II novembre.

 

  (Poitiers)

 

  Après, c'est le très saint corps du bienheureux Hilaire, évêque et confesseur, qu'il faut visiter dans la ville de Poitiers. Entre autres miracles, ce saint, rempli de la grâce divine, abattit l'hérésie arienne et maintint l'unité de la foi. Mais Léon, l'hérétique, ne voulant pas accepter ce saint enseignement, sortit du concile, et dans les latrines, pris d'un flux de ventre, alla mourir honteusement. C'est pour saint Hilaire, qui désirait siéger au concile, que la terre se souleva miraculeusement, lui fournissant un siège. C'est lui qui, par la seule force de sa voix, brisa les serrures qui fermaient les portes du concile. C'est lui qui, exilé pour la foi catholique, fut relégué quatre années dans une île de Frise. Là, il mit en fuite par sa puissance d'innombrables serpents; c'est lui qui, à Poitiers, rendit à une mère en pleurs son enfant frappé prématurément d'une double mort.

Aussi, le tombeau où reposent ses vénérables et très saints ossements est-il décoré à profusion d'or, d'argent et de pierres précieuses; sa grande et belle basilique est favorisée par de fréquents miracles. On célèbre sa fête solennellement le 13 janvier.

 

  (St Jean d'Angély)

 

  Il faut aller voir aussi le chef vénérable de saint Jean-Baptiste, qui fut apporté par des religieux depuis Jérusalem jusqu'en un lieu appelé Angely en pays poitevin; là une grande basilique fut construite magnifiquement sous son patronage; le très saint chef y est vénéré nuit et jour par un choeur de cent moines, et s'illustre par d'innombrables miracles. Tandis qu'on le transportait par terre et par mer, ce chef se signala par de nombreux prodiges. Sur mer, il chassa bien des tempêtes, et sur terre, si l'on en croit le livre de sa translation, il rendit la vie à plusieurs morts; aussi croit-on que c'est bien là véritablement le chef du vénéré Précurseur. Son invention eut lieu le 24 février, au temps de l'empereur Marcien, quand le Précurseur révéla tout d'abord à deux moines l'endroit où sa tête gisait cachée.

 

  (Saintes)

 

  Sur le chemin de Saint-Jacques, à Saintes, les pèlerins doivent dévotement rendre visite au corps du bienheureux Eutrope, évêque et martyr. Sa très sainte passion a été racontée en grec par son compagnon saint Denis, évêque de Paris, qui envoya ce récit par l'entremise du pape saint Clément, en Grèce, à ses parents déjà convertis au Christ. Cette passion; je l'ai jadis retrouvée à Constantinople, à l'école grecque, dans un livre où se trouvent les passions de plusieurs saints martyrs, et, pour la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ et de son glorieux disciple Eutrope, martyr, je l'ai traduite de mon mieux du grec en latin.

 

  Elle commençait ainsi: Denis, évêque des Francs, mais grec de race, au très révérend pape Clément, salut dans le Christ. Nous vous faisons savoir qu'Eutrope, que vous aviez envoyé avec moi dans ces parages pour prêcher le nom du Christ, a reçu la couronne du martyre des mains des gentils à Saintes, pour la foi du Seigneur. C'est pourquoi je prie humblement votre paternité d'envoyer ce livre de sa passion à mes parents, à mes connaissances et à mes amis fidèles, le plus tôt que vous le pourrez en Grèce, et en particulier du côté d'Athènes, afin qu'eux-mêmes et les autres qui, jadis avec moi, ont reçu de saint Paul le baptême d'une nouvelle régénération, en apprenant que ce glorieux martyr a subi pour la foi du Christ une mort cruelle, se réjouissent de souffrir pour son nom des tribulations et des tourments. Et si par hasard la fureur des gentils leur infligeait quelque genre de martyre, ils apprendraient à le subir patiemment pour le Christ, et à ne pas le redouter. Tous ceux en effet qui veulent vivre pieusement dans le Christ doivent supporter les opprobres des impies et des hérétiques, et les mépriser comme des fous et des insensés, car il nous faut subir de nombreuses tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu. Éloigné de vous matériellement, mais tout près par mes désirs et par mon âme, je vous dis maintenant adieu pour l'éternité.

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                              Ici commence la passion du bienheureux Eutrope de Saintes, évêque et martyr.

 

  voir Codex Livre V : 5

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  (Blaye)

 

  Ensuite à Blaye, sur le bord de la mer, il faut demander la protection de saint Romain; dans sa basilique repose le corps du bienheureux Roland, martyr; issu d'une noble famille, comte de la suite du roi Charlemagne, il était l'un de ses douze compagnons d'armes, et, poussé par le zèle de sa foi, il entra en Espagne pour en expulser les infidèles. Sa force était telle qu'à Roncevaux, il fendit, dit-on, un rocher par le milieu du haut en bas avec son épée en trois coups; on raconte aussi .qu'en sonnant du cor, la puissance de son souffle le fendit de même par le milieu. Ce cor d'ivoire ainsi fendu se trouve à Bordeaux dans la basilique de saint Seurin, et sur le rocher de Roncevaux, on a construit une église. Après avoir, dans des guerres nombreuses, vaincu les rois et les peuples, Roland épuisé par la faim, le froid et les chaleurs excessives, frappé de coups violents, et flagellé sans relâche pour l'amour de Dieu, percé de flèches et de coups de lances, ce valeureux martyr du Christ mourut, dit-on, de soif dans cette vallée de Roncevaux. Son très saint corps fut enseveli avec respect par ses compagnons dans la basilique de Saint Romain à Blaye.

 

  (Bordeaux)

 

  Puis, à Bordeaux, il faut rendre visite au corps du bienheureux Seurin évêque et confesseur; sa fête se célèbre le 23 octobre.

 

  (Belin)

 

  De même dans les landes de Bordeaux, dans une petite ville appelée Belin, on doit rendre visite aux corps des saints martyrs Olivier, Gondebaud roi de Frise, Ogier roi de Dacie, Arastain roi de Bretagne, Garin duc de Lorraine, et de bien d'autres compagnons d'armes de Charlemagne, qui, après avoir vaincu les armées païennes, furent massacrés en Espagne pour la foi du Christ. Leurs compagnons rapportèrent leurs corps précieux jusqu'à Belin, et les y ensevelirent avec beaucoup d'égards. C'est là qu'ils gisent tous ensemble dans un même tombeau; un parfum très doux en émane qui guérit les malades.

 

  (Espagne)

 

  Plus loin, il faut visiter en Espagne le corps du bienheureux Dominique, confesseur, qui construisit la chaussée entre Najera et Redecilla, là où il repose.

 

  On doit de même rendre visite aux corps des saints Facond et Primitif, dont la basilique fut élevée par Charlemagne; près de leur ville, il y a des prés plantés d'arbres dans lesquels, dit-on, les hastes des lances des guerriers fixées en terre verdoyèrent. Leur fête se célèbre le 27 novembre.

 

  De là, il faut aller voir à Léon le corps vénérable du bienheureux Isidore, évêque, confesseur et docteur, qui institua pour les clercs ecclésiastiques une très pieuse règle, imprégna de sa doctrine tout le peuple espagnol, et honora la sainte Église tout entière par ses ouvrages féconds.

 

  Enfin, c'est au très saint corps du bienheureux apôtre Jacques, dans la ville de Compostelle, qu'on doit surtout, et avec le plus de dévotion, rendre visite.

 

  Que tous ces saints, ainsi que tous les autres saints de Dieu, nous aident de leurs mérites et de leurs prières auprès de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne en Dieu, dans l'éternité des siècles. Ainsi soit-il.

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delhommeb at wanadoo.fr - 03/01/2013