Codex Calixtinus - Guide : herméneutique (A.Rizzacasa)

 

                                          POUR UN ITINÉRAIRE HERMÉNEUTIQUE DE L'IMAGE A LA MÉTAPHORE :

                                              RÉFLEXIONS SUR LE CINQUIEME LIVRE DU CODEX CALIXTINUS

                                                                  par Aurelio RIZZACASA (Italie)

 

  in : Les traces du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle dans la culture européenne

Colloque organisé par le Centre italien d'études compostellanes et par l'université de la Tuscia, Viterbe

en collaboration avec le Conseil de l'Europe. Viterbe (Italie), 28 septembre-1er octobre 1989

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  Dans les considérations suivantes, nous tenterons de proposer une hypothèse de recherche qui puisse interpréter le phénomène du pèlerinage. Ceci sera fait au moyen de quelques catégories philosophiques, inspirées surtout d'une conception existentielle phénoménologique qui part d'une approche herméneutique.

 

  Les considérations d'ordre général mises à part, il va sans dire que ce discours naît d'un texte célèbre, tel le "Guide du pèlerin", inclus dans le Ve livre du Codex Calixtinus (1), pour pénétrer la mentalité religieuse du pèlerin du Moyen Age et la rapporter à la tentative de saisir un message, donc de percevoir les manifestations du sacré à travers un véritable rituel. En effet, que le pèlerinage soit matériel, c'est-à-dire effectué physiquement, ou spirituel, comme il est arrivé aux siècles suivants, parce que réalisé par la simple prière, il présente un caractère rituel spécial. En vérité, même du point de vue biblique, dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau, le terme pèlerin prend trois valeurs:

 a. le pèlerin est celui qui accomplit matériellement un pèlerinage et qui se rend dans des lieux privilégiés pour chercher le contact avec Dieu;

 b. le pèlerin est l'homme lui-même qui, pendant toute son existence, est extirpé de sa vraie patrie qui est la patrie céleste;

 c. le pèlerin, c'est, enfin, d'une manière exemplaire, le Christ qui, étant Dieu, s'est fait pèlerin sur la terre pour revêtir la condition humaine et mener l'homme au salut.

 

  Au Moyen Age, les trois valeurs bibliques sont destinées à se fondre et à se confondre pour donner corps au phénomène du pèlerinage. Ce phénomène, en effet, a une nature qui lui est propre, puisque les critiques du pèlerinage consistent toutes à s'approcher ou à s'éloigner de ce modèle médiéval. On pourrait même dire que les réserves critiques exprimées à l'égard du pèlerinage sont tout à fait semblables aux réserves proposées à l'égard du culte de l'image, depuis l'Evangile de Jean jusqu'au Luthéranisme. En effet, le pèlerinage est un fait matériel, tout comme l'image est une réalité matérielle; c'est que la religiosité médiévale se refait à l'exigence d'un langage matériel même dans le domaine spirituel.

 

  Pour cela, les critiques se demandent s'il est tout à fait légitime de s'arrêter à cette religiosité dans laquelle la foi prend corps et vise à être confirmée par l'expérience de la matière.

 

  Le Guide du pèlerin mène à Saint-Jacques, l'un des plus authentiques pèlerinages fondamentaux du Moyen Age; d'après Dante lui-même (La Vita Nova, 40,7), le pèlerin est surtout, sinon seulement, celui qui prend le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Or, en lisant superficiellement le Guide qui en décrit l'itinéraire, on penserait qu'il s'agit de la description d'un voyage très court. Cependant, il s'agit de bien plus. On peut remarquer que, dans son style dépouillé, le Guide s'arrête sur quelques éléments qui se répètent avec insistance. Ce sont les descriptions des lieux rencontrés, les dangers, les avantages, les lieux de réception, les lieux de culte des saints et les reliques qu'on doit visiter; les mots "on doit visiter" ont, dans le texte, une répétition presque liturgique. Dans cette perspective, il faut citer qu'à l'intérieur du même texte, on trouve l'énumération soignée des mirabilia rencontrées soit dans la cathédrale de Saint-Jacques, soit dans la ville, et encore l'attention portée sur les chanoines de la cathédrale, sans parler des conseils pour les offrandes, à propos de leur nature, de leur utilisation, de leur répartition arithmétique en termes de pourcentage.

 

  Ainsi, ce n'est pas là une simple description de voyage, mais un itinéraire liturgique; en effet, dans la structure anthropologique du pèlerinage médiéval, on remarque la distance qu'il y a entre le pèlerinage chrétien et le pèlerinage d'autrefois. Les chrétiens intériorisent le "vécu" religieux, et abandonnent le rapport cosmique qui était l'élément principal des pèlerinages païens, où le pèlerin était celui qui atteignait le lieu et l'espace saints, et qui, à travers ces deux éléments, cueillait les manifestations du sacré, atteignant un contact direct avec telle religiosité panique. C'était justement cette forme de pèlerinage qui engageait l'élément cosmique qui est comme révélé par les particules de l'espace, du lieu, de la pierre, du bois, du fleuve, enfin par un élément matériel quelconque qui, bien que dans sa matérialité, devenait sacré et, pour cela même, c'était le Dieu dans ce lieu-là. Avec le christianisme, le discours se fait plus intérieur: l'élément cosmique se porte sur l'homme et le voyage prend une importance à part. D'ailleurs, le "status viae", le sens théologique de l'homme, la condition de l' "homo viator" servent à indiquer que l'événement pèlerinage se polarise sur le voyage.

 

  C'est alors que le voyage consiste dans le chemin, les lieux traversés, la peine pendant la marche, les dangers affrontés, la jouissance des joies qu'on peut recueillir spirituellement le long du voyage; tout cela c'est comme se laisser mener par l'espoir de la foi, et par les signes qui bordent le voyage: voilà alors l'abandon aux éléments, montagne, fleuve, soleil, étoiles: des éléments, au fond, qui montrent et qui conduisent; voilà la recherche d'autres éléments matériels qui parlent cependant comme des éléments légendaires, et qui deviennent des "mirabilia" et des miracles, tels le bourdon, ou le coq, ou la coquille Pecten Jacobeus: des éléments qui représentent la recherche insatiable des signes.

 

  Le pèlerin, qui est celui qui fait de son christianisme une présence réelle en tant que voyageur, et qui est le voyageur par excellence, se trouve à devoir rythmer des moments essentiels dans son pèlerinage. Il faut considérer par exemple la récurrence de quelques situations spécifiques du point de vue anthropologique: le départ, le voyage, l'arrivée au sanctuaire, l'après-pèlerinage. Tout cela marque le pèlerin pour sa vie entière.

 

  Du point de vue philosophique, on peut se demander quelle ontologie spécifique pousse le chrétien au pèlerinage. Le pèlerin, c'est quelqu'un qui, se retrouvant dans une réalité bornée, s'aperçoit qu'il vit avec angoisse et malaise sa propre limite, la limite d'un corps vivant. Toutefois, vis-à-vis de cette entrave, le pèlerin prend son parti: il ne se renferme pas dans l'immanence de l'immédiat, du contingent, du provisoire qui pourrait devenir éphémère. Il en valorise plutôt le caractère provisoire, il valorise son être passager pour se projeter en avant, pour vivre, dans son vécu profond, cette ouverture à la maîtrise de soi-même, vers une transcendance qui est l'ultériorité de Dieu, l'Entièrement Autre.

 

  Dans cette situation, entendre le pèlerinage, c'est comprendre, du point de vue théologique, comment, chez le chrétien médiéval, l'ouverture à l'être était construite en termes métaphysiques, tandis que l'approche philosophique devenait la valorisation de l'être physiquement nomade de l'homme. Ce nomadisme, qui est le propre du peuple juif, ne représente pas une chute dans le précaire et dans l'éphémère, mais c'est la valorisation du provisoire, parce que c'est justement là ce qui laisse entrevoir à l'homme l'au-delà, l'Absolu, l'ancre de l'existence humaine. Cette ancre est recherchée par une attention, soit aux origines, soit à la mémoire collective et par une projection de l'espoir vers le moment eschatologique biblique des Cieux Nouveaux et des terres nouvelles. Le Sanctuaire, en particulier celui de Saint-Jacques-de-Compostelle qui suggère dans l'élément architectonique de l'emplacement de la cathédrale l'image même du Paradis, s'élève symboliquement jusqu'à cette fin suprême qui est justement la promise eschatologique.

 

  En effet, dans la mentalité du pèlerin, on trouve un langage particulier fait de symboles, d'allégories, de métaphores marquant l'être "in itinere", et qui font voir de près quel besoin d'intériorité pénètre le chrétien médiéval qui se projette dans l'ultériorité qu'il prétend construire par les étapes de son provisoire, étapes d'ascension, de rapprochement, de trans-évaluation de l'histoire vers la métahistoire.

 

  Le caractère nomade pourrait faire sombrer dans l'infinité de l'être la fin historique de l'homme dans le christianisme médiéval. Ce caractère acquiert un sens religieux de premier ordre. En effet, le pèlerinage devient lui-même un itinéraire existentiel et privilégié, où l'aventure humaine est, pour ainsi dire, trans-évaluée dans un sens surhumain. On y découvre, tout comme dans les Croisades, une manifestation rituelle dans laquelle l'homme, non seulement purifie son âme, mais il y réalise positivement la matérialisation de l'évocation religieuse qui, à travers le pèlerinage, est vécue comme une effective réalité historique.

 

  De nos jours, il est difficile, vu la mentalité sécularisée d'aujourd'hui, de comprendre et pénétrer la pure religiosité présente dans le pèlerinage médiéval. C'est justement pour dépasser une telle difficulté qu'on reconnaît importante une analyse phénoménologique herméneutique de la symbologie iconologique et rituelle du pèlerinage. La concentration de 1'attention sous la forme particulière, exprimée par le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, est justifiée par le fait qu'au Moyen Age,cette cérémonie exprimait, en forme

paradigmatique, le sens et la valeur du pèlerinage chrétien dans sa complexité. En particulier, reprenant au détail l'analyse du pèlerinage examiné, il faut remarquer que, dans le Guide, on trouve tous les éléments qui caractérisent cet itinéraire religieux et qui sont l'expression de la mentalité religieuse de l'époque. Une telle mentalité religieuse résume en soi, entrelacés comme dans un grand réseau, la liturgie, l'épique, le lyrisme, les arts figuratifs et le folklore, et c'est de là, de ce réseau riche et nuancé, que naît la longue tradition aussi continuelle qu'indéfinissable.

 

  Or les itinéraires du voyage se précisent dans les chemins caractéristiques qui mènent à Saint-Jacques et se résument dans le Chemin d'Espagne, qui assimile en soi les quatre chemins de France, auxquels se joignent les deux chemins d'Allemagne et les autres deux chemins d'Italie. Ces chemins donc qui lient plusieurs lieux d'Europe et se réduisent dans un chemin qui, seul, exprime, d'une façon paradigmatique, le sens liturgique du chemin par excellence.

 

  Les nombreuses difficultés et les dangers du voyage sont entrecoupés par des haltes de restauration et par les devoirs de culte exercés dans les hôpitaux et dans les sanctuaires à visiter. Tout se réduit donc à composer un itinéraire religieux dont l'élément fondamental est le voyage comme modalité existentielle paradigmatique, pour laquelle les moments du voyage, avec leur but final, représentent autant d'éléments symboliques. Dans ce symbolisme, le pèlerin est comme projeté de l'histoire pour l'éternité, afin de vivre d'avance sa transcendance et jouir du salut eschatologique qui est le don de grâce substantiellement manifesté par les marques du sacré. Le pèlerinage donc n'est plus seulement un fait de coutume qui est le propre d'une période historique déterminée, mais c'est plutôt une véritable célébration liturgique. C'est une sorte de grande épopée du Moyen Age, une immense représentation sacrée, qui entraîne toute la chrétienté le long du récit mythique des difficultés que l'homme rencontre pour répondre à l'appel de la foi révélé par le message chrétien. Sur quoi l'imagination collective du temps trans-évalue les épisodes du quotidien et les revêt de légende leur donnant la valeur évidente de signes miraculeux, de présences sacrées qui convergent dans un seul dessein salvateur. C'est justement au tombeau de Saint Jacques que l'épopée liturgique trouve son épanouissement final.

 

  Du point de vue linguistique, on peut dire que, à travers les indications présentées par les lieux et les images, le pèlerinage crée les métaphores les plus significatives, dont lui-même est la métaphore globale en tant qu'expression de la condition itinérante de l'être humain. On doit reconnaître alors que le langage, en quelque sorte sacral, est inspiré par des éléments cosmiques tels la montagne, le soleil, la mer, les étoiles, la coquille. A ces éléments correspondent, en réponses pareillement sacrées, la peine du chemin, les embarras du voyage, la récitation des prières préfixées, les chants célébratifs. On peut dire alors que, pendant l'itinéraire du pèlerinage, toute la vie du pèlerin consiste à rythmer le moment célébratif d'une complexe liturgie au caractère collectif.

 

  Il est évident qu'à l'intérieur de cette cérémonie se diversifient les intériorités des vécus des participants, puisqu'au Moyen Age le phénomène du pèlerinage accueillait des gens inspirés par différents intérêts: à côté de gens pieux se trouvent des passants d'occasion, des jongleurs, des marchands, des vagabonds, des clochards, des chemineaux, et même des condamnés à une pénitence forcée. Toutefois, malgré la multitude de différences, le pèlerinage ne perd pas sa valeur complexe de nature collective. Il vaut donc mieux rappeler, bien que synthétiquement, les données documentaires auxquelles se rapporte cette analyse. Les notices historiques les plus dignes de foi sur le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle remontent à cet assemblage d'écrits composé par de nombreux auteurs et connu sous les noms de "Liber Sancti Jacobi" ou de "Codex Calixtinus" ou de "Codice Compostelano". Il s'agit de cinq livres composés entre 1139 et 1173, et dont il existe aussi une édition réduite à un seul livre sous le titre "Libellus sancti Jacobi" élaborée pour être diffusée.

 

  Ces textes donnent le plus d'essor au pèlerinage dans le but d'augmenter la renommée et la puissance de la ville de Saint-Jacques; pour cela, on n'y trouve pas seulement des interprétations du pèlerinage, mais, surtout, ses exaltations visant à représenter les aspects qui le caractérisent.

 

  Pour tout cela, ces écrits laissent un large espace au légendaire qui submerge, parfois même complètement, tout ce qui est vraiment historique et qui se rencontre dans la tradition du pèlerinage. D'un côté, on découvre aisément l'intention pratique des guides du pèlerin produits pour les trois grands pèlerinages du Moyen Age, à savoir Saint-Jacques, Jérusalem et Rome et, toutefois, vu les éléments communs de ces guides, on peut les prendre en examen pour caractériser du moins les symboles liturgiques de ces mouvements de gens.

 

  Certes l'élément original du Guide de Saint-Jacques est celui de donner le plus d'importance au voyage malgré ses difficultés et ses dangers, parce que c'est justement dans ces situations que le voyage prend sans doute une valeur célébrative substantielle.

 

  Tout cela démontre le caractère presque méthodologique de cette étude où la lecture phénoménologique herméneutique d'une forme particulière de pèlerinage sert à indiquer quelle aide spécifique peut être apportée par la philosopie de la religion à la compréhension totale du pèlerinage en général. C'est de souligner la possibilité de comprendre profondément, dans un milieu historique bien déterminé, comment une activité tout à fait humaine pouvait prendre un caractère privilégié d'ordre sacral. D'ailleurs, une exacte herméneutique du

pèlerinage chrétien ne doit pas faire oublier les rapports bibliques d'où procède son symbolisme. Dans l'Ancien Testament, les symboles paradigmatiques pour le pèlerinage sont le personnage d'Abraham et l'événement de l'Exode. C'est de là que naît l'idée de la condition itinérante de l'homme de foi, une idée qui aura sa réalisation dans la liturgie du pèlerinage, en tant que marche vers le sanctuaire comme lieu de culte et préfiguration du salut de l'âme.

 

  En outre, le concept juif devra se compléter par le concept d'exil qui permet d'expliquer, soit le déracinement, soit le nomadisme de l'homme de foi qui, ancré à son fini existentiel, s'élance vers l'ineffabilité salvatrice du Dieu qui exprime en lui-même le caractère intarissable et surabondant de l'être.

 

  Par ce procès historique, le pèlerinage chrétien prend une typologie structurale, où les motivations, les causes, les finalités poursuivies se fondent avec les éléments liturgiques qui constituent sa ritualité spécifique. Ces éléments sont en détail: ascèse, prédication itinérante, visite aux sanctuaires, demande ou remerciement de grâces, vénération des reliques, pénitence, acquisition d'indulgences. Le pèlerinage chrétien, quittant l'élément cosmique, se transforme ainsi, toujours davantage, dans une véritable célébration rituelle qui fait apparaître l'élément symbolique, et qui met en valeur la condition anthropologique et philosophique de l'homme toujours étranger soit à soi-même soit au monde. Donc la condition de séparation de l'individualité se trans-évalue dans une projection vers la transcendance, dans une situation où la prise de conscience de la réalité effectivement historique n'est que désir et aspiration à la présence de l'absolu comme totalité. Le salut est donc la reconquête de la patrie perdue dans une vision finale de nature eschatologique comme il a été déjà souligné.

 

  Ayant rappelé les principes généraux de type philosophique théologique qui font comprendre le complexe phénomène des pèlerinages médiévaux, il faut s'en remettre au Guide du pèlerin qui permet de comprendre le sens original de l'itinéraire vécu pendant le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

  Le quatrième chapitre de ce Guide sous le titre "Des trois grands hôpitaux du monde" désigne les trois hôpitaux majeurs déplacés sur les chemins des trois grands pèlerinages: ces hôpitaux sont décrits par des termes symboliques qui sont tirés de la tradition biblique et liturgique du christianisme médiéval. Il s'agit des hôpitaux de Jérusalem, de Monxoy et de Sainte Christine qui sont échelonnés selon les nécessités, et qui sont de véritables lieux de repos, de restauration et d'attente, ce sont des haltes pour soulager la souffrance du chrétien pendant la célébration de son pèlerinage qui l'emporte petit à petit jusqu'à Dieu.

 

  Toujours avançant par voie d'exemple, on trouve que le huitième chapitre, sous le titre "Des saints corps qui reposent le long du chemin de Saint-Jacques et que les pèlerins doivent visiter", décrit les Saints dont on doit visiter les reliques, les objets sacrés qu'il faut révérer, et la dépouille mortelle des guerriers médiévaux qui ont glorifié la foi chrétienne. Cette liste s'enrichit de descriptions hagiograhiques qui suivent les plans de la bible et des évangiles autant que la tradition religieuse et épique du Moyen Age. L'examen de la liturgie du pèlerinage de Saint-Jacques donne du relief à ces tableaux. Chaque étape du chemin est comme une phase ascensionnelle vers le but final représenté par le tombeau de Saint Jacques: là, la vie terrestre se termine, ouvrant au pèlerin la vie céleste qui aboutit à la glorification de Dieu, point d'abordage métahistorique du salut.

 

  Du dixième chapitre, au titre "Du nombre des chanoines de Saint-Jacques", se dégage un plan descriptif qui, si d'une part suit les Ecritures Saintes, d'autre part, pour la répartition des offrandes, s'inspire des méthodes de distribution enracinées dans la tradition ecclésiastique médiévale, celle qui est devenue, ensuite, la règle pour la piété populaire.

 

  Finalement, le onzière chapitre, qui est le dernier du Codex, porte le titre: "Comment les pèlerins de Saint-Jacques doivent être reçus". Dans ce chapitre, la simple personne du pèlerin de Saint-Jacques est sacralisée en termes directement tirés de la tradition des Ecritures, là où celle-ci se rapporte à l'homme justifié par la grâce et par le salut d'après la foi chrétienne et qui, pour cela même, évoque la présence symbolique du Christ.

 

  Alors le "Guide du pèlerin de Saint-Jacques" n'est pas seulement une description du voyage composée pour diriger ceux qui auraient pu s'égarer vis-à-vis des difficultés déroutantes du voyage, mais il constitue aussi une description, d'ailleurs bien significative, du pèlerinage comme une expérience religieuse paradigmatique par laquelle le fidèle peut recevoir des mérites, sûrement sauveurs. C'est surtout un énoncé de règles pour accéder à une véritable célébration liturgique sur la base de laquelle on pénètre le langage des manifestations du sacré devenant digne d'impétrer la grâce élargie par la faveur divine.

 

  D'après cette téléologie, le rituel du pèlerinage permet de fixer des canons de règles et une symbologie spécifique où se manifeste l'expression religieuse de la piété médiévale. Une telle symbologie établit aussi une marche récurrente pour la continuité de la tradition des pèlerinages destinée à rester, après le Moyen Age, jusqu'à nos jours.

 

  Ces considérations exposées de façon synthétique et avec des allusions quelque peu vagues, prétendent seulement étendre l'analyse du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle pour 1'étudier, non seulement d'après l'habitude, mais aussi d'après une prospective philosophique dans l'intention de recouvrer d'autres éléments capables de faire comprendre les profondeurs du phénomène considéré.

 

  Il s'agit donc d'entreprendre un débat et de vérifier une méthode pour améliorer l'éclaircissement historico-religieux d'un phénomène qui, depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours, a fait ressortir la pérennité d'intérêt des gens vers la religiosité chrétienne de l'Occident.

 

  Notes

- (1). Le Codex Calixtinus, ancien manuscrit latin, gardé à Compostelle, tire son nom du Pontife Calliste II (1119-1124) qui aurait écrit une sorte de préface.

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delhommeb at wanadoo.fr - 21/12/2012