Pseudo Turpin : Codex Calixtinus

 

                                                                   Livre IV - Conquêtes de Charlemagne

                                                                     (Historia Karoli Magni et Rotholandi)

 

                      site "PERSEE" – Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche,

                 Direction de l'enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation

 

                                            

 

  C'est le deuxième livre du codex en taille, en occupant 28 feuillets (f. 163 - 191). Il est composé de 26 chapitres. En 1609, ce livre a été arraché du manuscrit, en formant un nouveau volume avec le titre "Historia Turpini". Enfin, il a été ajouté de nouveau au Codex Calixtinus pendant sa restauration, en 1966.

 

  Cette histoire de Charlemagne et de Roland, placée sous le nom de l’évêque Turpin, proche parent de Charlemagne, a longtemps été considérée comme véridique, et a fait partie des Grandes Chroniques de France. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle qu'il a été démontré qu'elle est un faux. Les historiens l'ont alors appelée Pseudo-Turpin, reconnaissant qu'elle est un récit légendaire de la vie de Charlemagne et de Roland.

 

  Probablement rédigée dans la première moitié du XIIe siècle, cette histoire légendaire des expéditions de Charlemagne outre Pyrénées, écrite en prose, à la gloire de l'empereur, de saint Jacques et du pèlerinage compostellan, est largement diffusée au Moyen Âge. Elle a contribué, beaucoup plus que le pèlerinage lui-même, à la renommée de Compostelle.

 

   Suivant un procédé relativement fréquent à l'époque médiévale, son auteur, un clerc anonyme, sans doute d'origine française, attribue la paternité de son texte à Turpin, ancien moine et trésorier de Saint-Denis, devenu archevêque de Reims (748-794), celui-là même qui, dans la Chanson de Roland, figure parmi les douze pairs de Charlemagne.

 

  Le chapitre liminaire de l’œuvre fait de Charlemagne l'acteur principal de la découverte du tombeau de Jacques le Majeur, l'apôtre en personne lui donnant pour mission de libérer son pays et le chemin qui mène à son sépulcre, afin de promouvoir son pèlerinage.

  Un soir qu'il contemple le ciel de la fenêtre de son palais, l'Empereur à la barbe fleurie est intrigué à la vue des myriades d'étoiles qui composent ce qu'on nomme la Voie Lactée. En vain interroge-t-il les clercs de son entourage. Dans la nuit, l'apôtre du Christ, évangélisateur de l'Espagne, lui apparaît. Il lui révèle que ce chemin d'étoiles qui sillonne le ciel conduit à son tombeau, abandonné aux mains des Sarrasins. Il lui enjoint de délivrer la Voie, alors occupée par les musulmans, qui conduit jusqu'à Compostelle, où, peu après l'an 800, l'évêque Théodomir avait reconnu son corps martyrisé à Jérusalem en l'an 44.

 

  Ainsi, sur le chemin du pèlerinage, plusieurs sites se trouvent plongés dans l'univers épique de la geste carolingienne. Le rédacteur du Guide ne manque pas de s'y arrêter: à Blaye repose Roland, à Belin, les preux Olivier, Ogier, Garin, et d'autres encore; viennent les hauteurs du Portus Cisere, sur lesquelles se dressent la croix de Charlemagne, puis Roncevaux et la chapelle de Roland; les prés de Sahagún enfin, lieu du miracle des lances fleuries.

 

  Contenu:

  Il contient les chapitres suivants:

- 163 - [1] - Prologue - Lettre de Turpín

- 163v-164 - [1v-2] - Index - Index des 26 chapitres

- 164-165 - [2-3] - Chapitre I - De l'apparition de l'Apôtre à Charlemagne

- 165 [3] - Chapitre II - Des murailles de Pampelune, abattues par elles mêmes

- 165v-166 - [3v-4] - Chapitre III - Des noms des villes conquises de l'Espagne

- 166-166v - [4-4v] - Chapitre IV - De l'idole Mahomet

- 166v - [4v] - Chapitre V - Des églises que fit Charlemagne

- 166v - [4v] - Chapitre VI - D'Aigoland

- 167 - [5] - Chapitre VII - De l'exemple de l'aumône du mort

- 167v-168 - [5v-6] - Chapitre VIII - De la bataille de Sahagún, dans laquelle fleurirent les lances

- 168-169 - [6-7] - Chapitre IX - De la ville d'Agen

- 169-169v - [7-7v] - Chapitre X - De la ville de Saintes, dans laquelle fleurirent les lances

- 169v-170v - [7v-8v] - Chapitre XI - Des soldats des armées de Charlemagne

- 170v-171v - [8v-9v] - Chapitre XII - De la controverse entre Charlemagne et Aigoland

- 171v-172v - [9v-10v] - Chapitre XIII - Des pauvres

- 172v-173 - [10v-11] - Chapitre XIV - De la mort du roi Aigoland

- 173 - [11] - Chapitre XV - Des chrétiens que sont revenus en arrière à la recherche de butins illicites

- 173-173v - [11-11v] - Chapitre XVI - De la bataille avec Fourré

- 173v-176v - [11v-14v] - Chapitre XVII - De la bataille avec le géant Ferragut et de l'excellente controverse de Roland

- 176v-177v - [14v-15v] - Chapitre XVIII - De la bataille des masques

- 177v-178v - [15v-16v] - Chapitre XIX - Du conseil de Charlemagne

- 178v-179 - [16v-17] - Chapitre XX - De la personne et de la force de Charlemagne

- 179-185v - [17-23v] - Chapitre XXI - De la bataille de Roncevaux, et de la mort de Roland et d'autres combattants

- 185v-188v - [23v-26v] - Chapitre XXII - De la mort de Charlemagne

- 188-189 - [26v- 27] - Chapitre XXIII - Du miracle que Dieu daigna faire par médiation de Roland dans la ville de Gratianopolis

- 189v-190 - [27v-28] - Chapitre XXIV - De la mort de Turpín et de la découverte de son corps (Calixte, pape)

- 190-190v - [28-28v] - Chapitre XXV - D'Al-Mansour de Cordoue (Calixte, pape)

- 190v-191v - [28v-29v] - Chapitre XXVI - De la croisade de l'Espagne (Lettre du pape Calixte)

                                          -------------------------------------------------

 

  De nombreux manuscrits de l'Historia Karoli Magni et Rotholandi existent (plus de 300).

  M. Meredith-Jones (Historia Karoli Magni et Rotholandi ou Chronique du Pseudo-Turpin. 1936) publia l'étude de 49 manuscrits sur une centaine répertoriés à l'époque.

  H.M. Smyser (The Pseudo-Turpin. 1937) publia une copie commentée du manuscrit MS. 17656 de la Bibliothèque Nationale, Fonds latin.

  Pour A. Moisan (Le Livre de Saint Jacques ou Codex Calixtinus de Compostelle. 1992), le Calixtinus serait la source d'où dérivent toutes les autres copies, intégrales ou partielles.

  Pour B. Gicquel (La Légende de Compostelle. Le Livre de saint Jacques. 2003), une version primitive (recopiée en 1494 à Compostelle par H. Münzer), constituerait ce qu'il appelle le Proto-Turpin.

 

  Pour M. Hélin, M. Meredith-Jones a eu le grand mérite de débrouiller la situation: celui-ci évalue à une centaine le nombre de manuscrits que nous possédons du Pseudo-Turpin; il en a examiné quarante-neuf, et si le classement qu'il propose doit être soumis à des retouches, il aura du moins permis de s'orienter à travers une masse considérable de matériaux.

  Selon M. M.-J., le Pseudo-Turpin n'aurait pas, comme le voulait Bédier, fait originairement partie du Liber Sancti Jacobi; des mss. tels que le B.N. lat. 13.774 et le B.N. nouv.acq. lat. 369 (celui-ci originaire de Saint-Jacques de Liège) offriraient une forme bien plus proche de l'archétype, qu'il faudrait dater vraisemblablement de la décade 1120-1130; tandis que le B.N. lat. 17.656 ne serait "en général qu'une simple paraphrase, du moins en ce qui concerne les onze premiers chapitres, de la Chronique originale, version A, faite vers 1165, afin d'être insérée dans une Vita Karoli que l'on compilait à cette époque pour appuyer la demande de canonisation de l'empereur Charlemagne.... Les leçons sont partout éditées en vue de ces besoins spéciaux, les lacunes y abondent et l'esprit du texte est entièrement différent de celui de toutes les autres versions". (Meredith-Jones, p. 19).

  D'autre part, les mss. du groupe B (dont le Codex Calixtinus est le plus fameux) contiennent une version remaniée et complétée, destinée à être insérée dans ce Liber Sancti Jacobi compilé dans le but de "faire de la publicité" pour Compostelle; ces mss. représentent la version la plus répandue. Quant à ceux des groupes C et D, ils semblent dérivés du texte utilisé par le scribe du Codex Calixtinus; disons simplement ici que Castets avait établi son édition d'après des mss. du groupe D; que celle de M. Ward Thoron est fondée sur deux mss. du groupe B, tandis que M. M.-J. a édité en regard les textes des versions A et B. M. Smyser, lui, nous offre donc une version dérivée du groupe A en vue de fins très particulières. Il a d'ailleurs utilisé des mss. ignorés de M. M.-J.; l'un d'eux, le Madrid 1617 (XIV° s.) s'ouvre par une lettre d'un certain B. hayonensis comes; il faut lire hanoniensis - il s'agit, selon toute apparence, de Baudouin V - et mettre cette lettre en rapport avec la préface de Nicolas de Senlis à une traduction française du PseudoTurpin (cf. G. Paris, de Pseudo-Turpino, Paris 1865, p. 44-46): on y voit le comte de Hainaut offrant à Frédéric I une copie des Miracula S. Iacobi et du Turpin, compilée par ses secrétaires à Cluny, à Tours et à Saint-Denis; ceci amène M. Smyser à reporter la Vila Karoli Magni de 1165 à 1184/1188, dates entre lesquelles la situation de Baudouin V à la cour de l'empereur répond particulièrement aux termes de la lettre du ms. de Madrid.

  On voit quelles lumières nouvelles sont ainsi jetées sur les rapports du Pseudo-Turpin avec la légende de Charlemagne. D'autre part, M. Smyser a relevé et résumé les passages contenus dans les éditions de Castets et de Thoron et omis dans son texte (p. 12-16); de celui-ci, il a donné, pour les lecteurs que le latin rebuterait, une ample paraphrase (p. 17-51) dont on retiendra particulièrement l'annotation très riche et témoignant d'une information très étendue; elle sera précieuse pour tous ceux que retiennent les problèmes relatifs à la Chanson de Roland. Un index (p. 111-125) en rend la consultation très facile. Les latinistes auraient souhaité quelques remarques sur la langue de ce Pseudo-Turpin; ils trouveront du moins un texte consciencieusement établi, avec, en apparat, les variantes de quatre mss. du British Museum (Additional Ms. 39.646, Nero A. XI, Royal 13. D. I. et Harley 108 [=-A2, A7, A8 et A9 de Meredith-Jones)), plus celles du ms. de Madrid. En appendice, le texte des chap. IV-VIII, ainsi que celui de diverses lacunes; un échantillon de la version étendue, d'après les éd. de Thoron et de Castets, ainsi que la lettre du comte de Hainaut à l'empereur Frédéric I.

                                --------------------------------------------------------------------------------

    

  retour à Q.Culture Codex

  home

                                                                       09/01/2013

delhommeb at wanadoo.fr