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3.
LE CONTENU DU LIBER ..............................................................................
3.1.
SURVOL DES CINQ LIVRES .....................................................................
3.1.1.
Lettre du pape Calixte .................................................................................
3.1.2.
Livre premier ..............................................................................................
3.1.3.
Livre II ou Livre des Miracles ....................................................................
3.1.4.
Livre III ......................................................................................................
3.1.5.
Livre IV ou « Histoire de Charlemagne et de
Roland par
l’archevêque Turpin » ...
3.1.6.
Livre V (anc. IV) ou « Guide du pèlerin » .................................................
3.1.7.
La suite .......................................................................................................
-----------------------------------------------
3.
LE CONTENU DU LIBER
Comme
le dit bien Gicquel (op. cit., p. 18), le Liber
n’a pas été écrit pour
être lu page après page, mais consulté
au besoin, quotidiennement, psalmodié
peut-être pendant les repas en commun
des moines. Cela apparaît clairement en
détaillant la structure de ce livre.
3.1.
SURVOL DES CINQ LIVRES (1)
Les
récits qui nourrissent les messes, miracles,
passions, translations, etc. qui composent le
Liber Sancti Jacobi étaient vraisemblablement
des légendes locales qui furent rassemblées
par le Scriptor I, le rédacteur du livre
(2).
Ainsi,
comme le propose Denise Péricard-Méa
dans sa postface à La Légende
de Compostelle (de Gicquel, op. cit., p. 635),
il conviendrait, lorsque l’on parle du pèlerinage
de saint Jacques au Moyen-Âge, de se référer
non pas au seul Codex Calixtinus mais à
la "Légende de Compostelle"
dans sa large acception.
(1)
Sur la structure du Codex, cf. Moisan, op. cit.,
pp. 27-36.
(2)
Des versions antérieurs de certains récits
ont été remarquées dans
des manuscrits antérieurs. Cf. Gicquel,
op. cit., "Appendices", pp. 659-746.
3.1.1.
Lettre du Pape Calixte
La
lettre qui ouvre le livre occupe le recto et
le verso des deux premiers folios. L’auteur,
qui se dit être le pape Calixte II, raconte
comment il collecta de nombreux témoignages
au sujet des bienfaits de saint Jacques, "parcourant
les terres et les provinces barbares pendant
14 ans" (1). Il explique aussi que le manuscrit
résista à tous les périls
possibles : incendies, noyades, etc.
La
lettre est notamment adressée "à
la très sainte assemblée de la
basilique de Cluny" et à "Diego,
archevêque de Compostelle" (2) ;
nous verrons que cette dédicace a une
grande importance par rapport au climat politique
qui sera évoqué au point 3.2.
Calixte
conclut ainsi : "quiconque aura [...] ridiculisé
[...] ou osé critiquer les choses contenues
dans ce livre, soit anathème [...]".
(3)
(1)
Gicquel, op. cit., p. 213.
(2)
Gicquel, ibid.
(3)
Gicquel, id., p. 216.
3.1.2.
Livre premier
Le
premier livre début au verso du deuxième
folio (juste après la lettre) et s’interrompt
au recto du folio 139.
C’est
le plus long livre du Codex ! Les premiers feuillets
sont occupés par la table des matières
(avec ses trente et un chapitres). Ensuite viennent
les sermons (vingt chapitres), qui contiennent
des indications de lecture pour les messes,
avec les dates de celles-ci. Puis, trois chapitres
forment l’office, toujours avec des indications
spéciales pour chanter les messes à
certaines dates, comme le 25 juillet par exemple,
qui est avec le 30 décembre une des deux
fêtes en l’honneur de saint Jacques. Des
portées (en notation médiévale)
accompagnent cet office et le missel qui les
suit sur sept chapitres. Le supplément
qui suit (composé de textes avec notations
musicales) forme le dernier chapitre du livre.
Notons que la plupart de ces pièces sont
dites créées par Calixte II, mais
que certaines sont attribuées à
d’autres auteurs, comme Aymeric Picaud par exemple.
Le
thème principal de toutes ces pièces
est la Passion ou Vie de l’apôtre, la
façon dont il a été touché
par la grâce de Dieu... Il en existe deux
versions : une petite et une grande qui diffèrent
quelque peu dans les détails. Tous ces
sermons, offices, homélies et autres
sont les éléments essentiels d’une
messe. Le prêtre de Compostelle n’avait
plus qu’à se référer aux
bons chapitres (pour les dates particulières)
ou à composer lui-même sa messe
en empruntant un texte (ou un chant) à
chaque section, comme un jeu de Lego sacré...
Extraits
du livre premier :
"Sachez-le,
bien chers frères, de même qu’il
est malhonnête pour un homme qui va manger
à la table d’un roi terrestre de s’en
approcher avec des vêtements souillés,
de même il est honteux pour une âme
chrétienne de venir à la célébration
d’un tel apôtre [Jacques] avec des impuretés
quelconques". (1)
"Que
l’heureux peuple de Dieu, dans toutes les églises,
/ Apporte dévotement les offrandes de
ses louanges au Christ / [...] / Devenu par
amour ardent son officier / Au bord de la mer
de Galilée, Jacques / Laissa pour lui
son père, son bateau, ses filets, / [...]
". (2)
(1)
Gicquel, op. cit., dans le deuxième chapitre
de la deuxième partie, p. 227.
(2)
id., un office du chapitre XXIII, p. 406.
3.1.3.
Livre II ou Livre des Miracles
Le
deuxième livre est le Liber miraculorum,
le livre des miracles. Ce livre, qui va du verso
du folio 139 au verso du folio 155 (et qui est
donc l’avant-dernier dans l’ordre de grandeur),
comporte lui aussi un prologue (appelé
"argument")
de Calixte et une table des matières.
Le Liber miraculorum représente la suite
logique du premier livre : en effet, il est
courant, dans les hagiographies (c’est-à-dire
les écrits sacrés au sujet des
saints), de faire suivre les messes consacrées
à l’apôtre par les récits
des miracles provoqués par cet apôtre.
Les
miracles sont au nombre de vingt-deux et sont
tous situés précisément
dans les régions décrites ou évoquées
par le livre V (le Guide). Les récits
des miracles semblent avoir été
récoltés, si ce n’est en même
temps, au moins par la même personne que
les indications topographiques du Guide.
On
y trouve, par exemple, "De l’évêque
que saint Jacques [...] préserva de la
noyade" (chapitre VIII) ou "De Bernard
que l’apôtre fit sortir admirablement de
la prison" (chapitre X), etc.
3.1.4.
Livre III
Le
troisième livre - folios 155v à
162v - est le plus petit (quatre chapitres)
et débute également par un prologue
et un sommaire. Il clôt la suite hagiographique
habituelle Passion - Miracles - Translation.
En effet, ce livre traite du déplacement
du corps de Jacques de Jérusalem à
Compostelle, ce qui est appelé, en latin,
la Translatio (le "transport").
Comme
le livre I, qui raconte une petite et une grande
Passion, le livre III présente une Translatio
magna et une Translatio modica qui elles aussi
diffèrent, mais sur des points peu essentiels.
Le livre est clos par l’ordonnance des fêtes
consacrées à saint Jacques.
3.1.5.
Livre IV ou "Histoire de Charlemagne et
de Roland par l’archevêque Turpin"
Ce
livre, de nouveau placé sous le patronage
invraisemblable d’un personnage illustre (voir
point 3.3.) n’était à l’origine
pas numéroté et le Guide était,
lui, numéroté "Liber IV".
Cependant, les copies anciennes (celles de Ripoll
et d’Alcobaça) permettent d’attester
sa présence dans le Codex à cet
endroit précis.
Ce
livre, bien plus petit que le premier, est néanmoins
le deuxième du Codex en taille (folios
163 à 191, vingt-six chapitres). Cette
Historia Turpini ou Chronique de Turpin ou encore
Pseudo-Turpin (à cause de son prétendu
auteur) est le récit de la conquête
de l’Espagne par Charlemagne, face aux Maures
et avec l’aide de saint Jacques, dans le style
typique des romans épiques de l’époque.
Cette histoire, avec le guide de voyage qui
le suit, a été écrite vraisemblablement
pour rendre la "propagande divine"
de saint Jacques accessible à un plus
grand nombre d’ouailles. D’ailleurs, "Calixte"
l’exprime clairement dans son incipit au Liber
: "Ainsi cet opuscule (sic) a-t-il été
manifesté à tous, pour apporter
de grands bienfaits aussi bien à ceux
qui sont habiles en l’art des belles-lettres
qu’à ceux qui ne le comprennent point".
(1)
(1)
Gicquel, op. cit., p. 214.
3.1.6.
Livre V (Anc. IV) ou "Guide du Pèlerin"
Ce
livre (troisième en taille, folios 192
à 213, onze chapitres), à l’origine
titré Livre IV, est donc le cinquième
livre du Codex. Ce fut la première section
du Liber qui fut traduite en 1938 par Jeanne
Vieillard (op. cit.), traduction qui eut un
succès retentissant (1).
Comme
le reste du Liber, le lire page après
page est une tâche ardue, mais renseigne
bien sur certains des itinéraires de
pèlerinage utilisés depuis toujours
et, depuis la publication du Guide du pèlerin,
classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.
I
l
est par contre amusant de lire certains passages
comme les chapitres des "fleuves bons et
mauvais sur la route" (chapitre VI) ou
des "contrées traversées
et des mœurs des habitants" (chapitre VII)...
On y voit que dans ce monde moyenâgeux,
les préjugés ont la vie dure et
que les quolibets sont fréquents pour
les voisins, même quand ceux-ci parlent
la même langue. Mais sous cet aspect réellement
comique pour le lecteur moderne se cachent des
indices précieux sur le rédacteur
du texte, et nous en parlerons au point 3.3.
(1)
Péricard-Méa (Denise), "Postface"
in Gicquel, id., pp. 642 et 645.
3.1.7.
La suite
Au
Codex furent ajoutés, au fil du temps,
différents suppléments (qui occupent
quarante-deux folios) : des hymnes avec notation
musicale surtout, attribués à
divers personnages, provenant en majorité
de Vézelay ou Cluny, dans le sud-ouest
de la France. Détail d’importance.
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