Témoignage : Naïde (Brésil)

 

   

            Mes différents chemins de Compostelle

 

Je m’appelle Naïde, suis Brésilienne, j’ai 32 ans et j’habite la ville de Récife au Nordeste du Brésil à 120 km du point le plus à l’est de mon pays.

 

En l’an 2000, à l’âge de 25 ans, j’ai décidé de partir vers Compostelle pour la première fois. Je suis partie seule avec mon sac à dos, mon bâton de pèlerin à la main. Le 13 octobre, je suis arrivée à Saint-Jean Pied de Port, et en suis repartie le 15. J’avais en moi une joie juvénile et une grande curiosité envers le monde magique du pèlerinage, et dans mon sac à dos toutes mes peurs qui pesaient très lourd !

 

C’était ma première expérience en dehors de l’Amérique du sud, et, étant seule, il me semblait difficile d’accomplir une telle tâche; mais rien n’est impossible !! Depuis que j’avais commencé à entendre parler de ce pèlerinage en 1999, mon coeur me lançait un appel et insistait pour que j’y aille, et c’est pourquoi j’ai affronté les peurs et les difficultés, et j’y suis allée.

 

Intéressant, car je n’y suis pas allée pour me "retrouver", comprendre le sens de la vie, ou pour une question de religion; j’y suis allée pour suivre une piste, marcher pendant des kilomètres et connaître de nouveaux lieux. Jamais je n’aurais pu imaginer ce qui m’attendait. Cette même année, l’hiver arriva, très froid; pourquoi avais-je quitté le soleil et les plages chaudes de Récife ? Le froid, de 0 à 5°, rendait l’expérience sur le chemin encore plus difficile. A partir de Rabanal del Camino, la neige recouvrit la campagne et me montra un paysage que je ne connaissais pas. Jour après jour, le peu de moments partagés faisaient fuir les peurs, les douleurs et les difficultés, c’était comme si je faisais un grand et vieux rêve qui devenait réalité. Et les 30 jours de pèlerinage jusqu’à Compostelle se passèrent ainsi. A l’arrivée, la joie d’être là-bas fut indescriptible, la magie dont tous parlaient était palpable. J’arrivais à la cathédrale pleine de force dans le coeur, mais plus dans les jambes !!

 

J’ai passé deux mois et demi à marcher. De retour dans le quotidien, un jour comme tant d’autres, je pris un moment pour analyser combien ma vie avait changé depuis que j’avais "fait" le chemin. Je compris que bien que n’ayant pas fait le pèlerinage pour cela, Dieu et l’apôtre Tiago m’avaient donné la possibilité d’être moi-même d’une façon unique. J’avais vécu des moments qui me permettaient de mieux comprendre et d’affronter les difficultés de la vie. J’avais fait la connaissance de personnes qui m’avaient enseigné, en peu de jours, ce que je n’avais pas appris en 20 ans. OUI, le chemin de Santiago avait transformé ma vie.

 

Pour cette raison, fin avril 2003, je décidai de reprendre le sac à dos et de repartir seule vers l’inconnu, une fois de plus. Mais, cette fois, j’avais un nouveau but : remercier Dieu et Tiago pour tout ce que le chemin avait fait de moi, j’étais devenue une pèlerine pour la vie.

 

Je partis du Somport le 05 mai et arrivai à Santiago 40 jours plus tard. A l’inverse du froid réfrigérant de l’année 2000, j’ai parcouru l’Espagne au milieu des fleurs du printemps et de la chaleur délicieuse du début de l’été. Nouvelles situations, nouveaux amis, nouvelles auberges et nouveaux enseignements. Cette fois, je suis partie avec la certitude de celle qui va retrouver l’univers magique du pèlerinage et qui sait que l’expérience sera encore plus enrichissante. Ce furent des jours de gloire, de retrouvailles avec moi-même, ma paix et ma foi. Mon coeur, plus fort encore, entraînait mes jambes qui ne sentaient pas l’effort. Mes pieds ne me faisaient plus mal parce que mon mental et mon envie de vivre ma vie de pèlerine me donnaient des ailes.

 

Quatre années sont passées. Ma vie s’est transformée radicalement, professionnellement et personnellement. J’avais besoin de respirer, de réévaluer, c’était l’heure du retour sur le chemin. Le 1er mai 2007, mon sac à dos, compagnon de toujours et moi, partîmes du Puy en Velay vers un pèlerinage qui allait être le plus long de tous. 62 jours pour atteindre le Cap Finistère!

 

Le mois que j’ai passé en France a été l’un des plus beaux de ma vie. Malgré mon pauvre français, j’ai été reçue avec amour. Chaque hôte, chaque pèlerin, chaque citoyen français, a fait des efforts pour me comprendre et partager avec moi un peu de mon chemin. J’ai un vague à l’âme immense de Conques, Cahors, Moissac, Lectoure, Espalion, Saint-Jean Pied de Port… Combien de "Saudades". Les belles villes, les gens qui ont croisé mon chemin. Aujourd’hui, j’ai gardé des amis chers à mon coeur en France, des gens que j’ai connus dans les montages du sud-ouest dont quelques uns m’ont accompagnée jusqu’à Finistère. Une excursion difficile mais enchanteresse, je suis arrivée à Finistère pleine d’un bonheur sans fin, irradiée de joie, pleine de soleil comme aujourd’hui. Après environ 3200 km parcourus vers Compostelle, je reconnais

l’importance du chemin dans ma vie.

 

Je remercie les pèlerins qui ont partagé avec moi ces moments de "rêve éveillé". Merci à l’apôtre Tiago pour avoir fait le premier pas. Merci à chaque hôte pour la tendresse, l’abri et le confort. Et, par-dessus tout, merci mon Dieu qui m’a donné l’opportunité d’avoir un rendez-vous avec mon âme de pèlerine.

 

     N.N

 

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                                                                       29/01/2009

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