Témoignage : Dufumier

 

                                                 Le chemin sera ce que nous en faisons

                                                                   Dufumier Hugues

 

  Webcompostella

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  Au retour du Chemin, il est de bon ton de publier ici ou là son petit compte-rendu de parcours. Rares sont les véritables récits de cheminement intérieur, tant il est difficile de rendre compte des bouleversements profonds que peut produire l'expérience de pèlerinage par rapport à notre train-train quotidien. On trouve plutôt à foison des critiques genre "courrier au Guide du Routard": ici je me suis bien goinfré, là on accueille mal (ou plutôt "je me suis senti mal accueilli"), là il manquait une flèche jaune, et ailleurs on m'a plumé.

 

  Il est vrai que le pèlerinage se vit de plus en plus en deux temps distincts: en chemin, et dans les accueils. Nomadisme et sédentarité, les deux pôles entre lesquels navigue sans cesse l'insatisfaction de l'homme, et que le pèlerinage réconcilie en une plus ou moins harmonieuse unité. En chemin d'abord, en cheminement. Dans un monde où chacun se considère de plus en plus consommateur, voire client, le randonneur revendique le droit à un balisage parfait. Mais n'oublions pas que le Chemin de St Jacques n'est pas un GR ! Un GR le balise en France, c'est différent !

 

  Il est vrai que pouvoir suivre son chemin comme un long fleuve tranquille, sans rester le nez scotché au guide ou les yeux rivés à la carte, est un bénéfice indéniable, qui libère l'esprit pour le recueillement, la contemplation, la méditation, nourritures essentielles du marcheur ! Le premier balisage du chemin, qui existe d'ailleurs toujours mais passe souvent trop inaperçu, croix de carrefours, chapelles, hospices, était d'ailleurs sans doute plus en harmonie avec cette disponibilité d'esprit. Ceci dit, le tracé des GR (ou flèches jaunes), lors de la renaissance des Chemins de St Jacques, a été étudié pour suivre au plus près (en évitant les autoroutes qui l'ont souvent depuis recouvert) le principal flux supposé des pèlerins du Moyen-âge, signé de ses calvaires, coquilles, hospitalités, et églises. Mais ce flux avait bien plus d'un mètre de large ! D'abord il couvrait toute l'Europe, puisqu'il n'y avait pas d'autre logique que de partir de chez soi et d'y revenir à pied. Mais même sur les grands axes de regroupement, il était logique de se détourner de plusieurs kilomètres de la route la plus directe pour aller prier dans tel sanctuaire, être accueilli dans tel hospital, etc.

 

  On n'est pas davantage aujourd'hui hors chemin en se détournant momentanément du GR, on y est peut-être davantage "en chemin" ! Car le GR lui-même vous détourne aussi de plus en plus du "Chemin", pour des raisons commerciales évidentes dont beaucoup se plaignent: on fait faire 5 km de détour à l'ensemble du flot pèlerin pour récupérer quelques "clients" dans tel ou tel gîte. Mais il y aurait lieu de se plaindre aussi du détournement de sens que cela représente: d'un chemin d'accueil et de gratuité, de générosité et de dévouement des hospitaliers, on veut faire une chaîne de profit. Au lieu de faire vivre le chemin, on veut vivre du chemin ! Détournement d'identité aussi: au lieu de servir un pèlerin (dont on n'attend guère en retour que sa prière bienveillante à Santiago), on exploite un porte-monnaie à deux pattes (sans plus d'attente que son contenu immédiat). On pourrait aller jusqu'à dire que la colombe de l'espérance qui passe est devenue le pigeon à plumer ! Certes les chasseurs et le brigandage ont toujours existé sur les chemins, mais revenons à ces nouvelles formes de plus en plus organisées d'exploitation pèlerine.

 

  ...On en arrive tout naturellement à la partie "accueil" du pèlerinage. Notons tout de suite qu'"accueil" a déjà trop souvent remplacé la traditionnelle "hospitalité". Pourtant les deux diffèrent bien: l'accueil a ses horaires, ses bureaux, ses panneaux, ses centres… L'hospitalité n'a que les limites de son cœur. Elle plonge ses racines profondément à la source des religions monothéistes, avec le remarquable récit de l'hospitalité d'Abraham (Livre de la Genèse, 18,1-15). Nous devrions y puiser à la source, texte sous les yeux:

Abraham attend à l'entrée de sa tente à l'heure la plus chaude du jour, il veille. Il n'y a pas d'horaires de sieste dans l'hospitalité, il n'y a qu'une disponibilité du cœur, une attente gratuite.

 

    L'hospitalier Abraham court alors à la rencontre de ses visiteurs et se prosterne devant eux comme devant Dieu, les invitant à s'arrêter chez lui. Une telle attitude sur le chemin aujourd'hui pourrait passer pour du racolage, et il faut veiller à éviter toute attitude pouvant faire penser à du rabattage, qu'il s'agisse de publicités quelconques ou d'attente mercantile du pèlerin, qui est alors une prosternation devant l'argent et non devant ce que la personne a de divin ! Mais là encore, c'est bien l'attitude du cœur qu'il convient de prendre en modèle: avoir le désir ardent de la rencontre, s'effacer (oh, acte combien difficile pour beaucoup d'hospitaliers !) pour reconnaître en celui que j'accueille un don du Ciel, le Christ lui-même pour les Chrétiens. Et enfin inviter chez soi, ne fut-ce qu'un instant, car c'est un honneur, un privilège que de recevoir, que d'accueillir. Inviter chez soi, ce n'est pas forcément héberger, c'est surtout le désir de recevoir l'Autre en soi, de se con-naître, de naître ensemble à une nouvelle vie, le passage de l'indifférence à la Présence mutuelle.

 

  Poursuivons le récit: amener de l'eau pour se laver les pieds ! Geste beaucoup trop rare dans nos accueils, et pourtant indispensable sur le Chemin: le premier souci du pèlerin à l'arrivée est en général pour ses pieds, ce qu'il a de plus bas en lui, et de plus essentiel. C'est dire l'importance attachée à tout l'homme, car sans ses pieds (ou ses mains pour qui avance à la force des bras), il ne repartira pas le lendemain. La portée de ce geste de laver les pieds a été décuplée par Jésus (Evangile de Jean, 13,1-17): il a valeur de sacrement, le "sacrement du frère", c'est-à-dire qu'il manifeste la présence sacrée de Dieu dans cette relation terre à terre. Et Jésus identifie ainsi clairement celui qui lave au rôle de serviteur, et non de maître ! Avec une consigne: ce rôle doit être transmis des uns aux autres. Il est clair que l'hospitalier ne va pas passer sa soirée à soigner les pieds des 36 pèlerins de son gîte, mais chacun, hospitalier et pèlerins se doit de poser le geste fraternel envers son voisin de route ou d'étape, pour qu'il puisse se reposer et repartir.

 

  Continuons à l'écoute du serviteur Abraham: il propose le repos. Pas tout de suite l'empressement d'accaparer un lit ou de la sieste qui va couper toute relation entre l'hôte et l'hôte. Mais un coin reposant à l'ombre. Et un morceau de pain. Pas l'imposant "menu del peregrino". Juste de quoi se réconforter non la panse, mais "le cœur" ! Offrir le repos du cœur à travers le pain ! Là aussi Jésus pulvérisera la symbolique du geste du partage du pain, en en faisant son corps, offert pour le repos de tous les cœurs, pour calmer toutes les faims, matérielles et spirituelles. Car il est clair que le pèlerin a une faim spirituelle que l'on ignore trop, ne pensant qu'à nous gaver le ventre: une hospitalité se doit aussi d'offrir un espace de nourriture spirituelle ! S'il n'existe pas là où vous débarquez, réclamez-le, qu'il s'agisse d'un oratoire, d'un coin de jardin invitant à la paix du cœur, d'une croix pour pleurer, d'une Bible pour se nourrir de toute l'expérience du Peuple de Dieu pèlerin…

 

  Vient alors la réponse du pèlerin. Acquiescement. Peut-être auraient-ils voulus être accueillis différemment: une ouverture plus précoce, une bonne bière, un portage du sac, vérifier d'abord s'il n'y avait pas de punaises de lit ou d'autres ronfleurs… Mais non: "fais comme tu as dit". Une acceptation humble donc, dans une attitude de gratitude et non d'exigence. Si je suis pèlerin, je ne suis pas client, et donc pas roi. Ni touriste, ni prétendant à des droits. J'ai conscience de pénétrer gratuitement chez l'autre et lui en suis toute reconnaissance. Mais c'est aussi l'appel pour l'hospitalier à être cohérent avec ses paroles, à ne pas flagorner si l'hospitalité ne suit pas concrètement en actes, à ne pas proposer plus que ce que l'on peut offrir, humblement.

 

  Pourtant l'hospitalité d'Abraham va dépasser toutes les limites de la modestie. Toute la famille va s'y mettre: galettes sorties du four, lait frais et fromage, et surtout le veau tendre et bon tué pour l'occasion ! Il m'est arrivé en milieu arabo-berbère - pauvre - de voir cela quasiment à l'identique au XXIe siècle: le mouton immolé pour honorer l'étranger de passage que j'étais ! Saurions-nous en faire autant vis-à-vis du premier étranger venu, du pèlerin ou frère de la route de passage ? Sacrifier et offrir de notre nécessaire vital ? Non seulement ne pas attendre d'argent de l'accueil, mais savoir s'en priver ? Car la présence de l'Autre est une richesse autrement incomparable ! Bien sûr il faut aussi non seulement donner de notre matériel, mais encore de notre personne: Abraham apprête la table et sert ses hôtes. Il se tient à juste distance pour que la conversation soit possible, ne s'imposant pas, mais restant disponible.

 

  Et alors vient le don du visiteur, aussi gratuit que l'hospitalité. D'argent il ne saurait en être question. De contrepartie non plus. Le cadeau de ces pèlerins est hors de portée de tout ce qu'on l'aurait pu attendre ou même imaginer: la promesse d'un enfant dans la vieillesse et la stérilité ! Ne rien attendre permet cette disponibilité à recevoir (le mot accueillir a bien ce double sens de donner et de recevoir) le plus inattendu, le plus inespéré, l'essentiel, le vital. Car c'est bien la vie qui est offerte par le passage de ces anges, la vie dans nos espaces de vieillesse de cœur, de stérilité mercantile, comptable, et d'impuissance à croire. Alors l'histoire de ce petit couple de vieux retraités qui s'est laissé déranger à l'heure de la sieste se termine... par une bonne rigolade ! La convivialité et la vie, trésors du Chemin !

 

  Voilà pour le modèle d'hospitalité du père de tous les croyants. On est décidément bien loin de ces multiples "chartes", "règlements de l'hospitalité" qui fleurissent au long du chemin, tentant d'encadrer l'hospitalité, de la légiférer à coups de statuts, la dénaturant par là-même, et avec souvent le but inavoué de créer des réseaux d'accueils permettant de canaliser la manne pèlerine en une chaîne donnée de structures types. Mais les accueils n'ont de tout temps eu que le profil du cœur, de la générosité bienveillante de leur hôte.

 

  Dans le monde des grands voyageurs bibliques, il faut encore prendre le temps de contempler en détail la croustillante hospitalité de Tobie (Livre de Tobie, 8,19-20, mais tout le livre est un délice !) et la délicatesse de celle d'Elisée (2e Livre des Rois, 4,8-17). A chaque fois la vie explose en récompense ! Et si, à l'image du dernier texte, chaque ancien pèlerin qui en a la possibilité, se mettait à prévoir gratuitement chez lui une petite chambre pour l'éventuel pèlerin, "homme de Dieu", de passage ? Les Chemins de St Jacques, de Rome, d'Assise ou de Jérusalem pourraient se développer hors grands axes saturés et pollués, à l'image de ce qu'ils furent, en s'oxygénant et formant un nouveau réseau social et fraternel bien moins virtuel que Facebook ou Twitter !

 

  Jésus poussera à son achèvement la "charte" de l'Hospitalité, en lui donnant tout son sens chrétien (accueillir le plus petit des hommes c'est accueillir Dieu). Le menu est dans l'Evangile de Matthieu 25,35-40: désaltérer (le verre d'eau à l'arrivée, mais aussi savoir combler les soifs spirituelles), nourrir (le nombre de repas de Jésus partagés avec ses disciples mais aussi avec toute sorte de gens peu fréquentables manifeste l'importance dans l'accueil de partager ensemble le repas, l'apothéose étant dans le dernier repas de la Cène), accueillir l'étranger (c'est à dire le pèlerin - le mot est identique -, dans sa dimension d'étranger, par sa langue, par son étrangeté, par ce qu'il dérange), vêtir (oui, le dépouillement des uns au sac trop lourd peut redonner dignité au pouilleux de passage !), soigner (les ampoules, mais aussi les maladies de l'âme par une visite, c'est-à-dire une écoute, bienveillante), et enfin rencontrer le prisonnier. Ce dernier point peut sembler paradoxal sur un chemin de grands espaces et de liberté, même s'il s'y trouve bien quelques délinquants purgeant par la marche leur remise de peine, mais justement, n'avons nous pas tous des peines à purger, des soucis qui nous entravent, des dépendances malsaines qui nous enchaînent, des peurs qui nous incarcèrent ? Sur le Chemin plus qu'ailleurs, nous cherchons à nous en libérer, et l'hospitalier doit être sensible à ces dimensions spirituelles essentielles qu'il convient d'accueillir avec délicatesse.

 

  Car le pèlerin n'est pas un randonneur ordinaire, encore moins un touriste. S'il voulait surtout s'éclater sportivement dans la marche, découvrir de magnifiques paysages et un patrimoine culturel ou culinaire extraordinaire, il irait plutôt faire la traversée de la Corse par le GR20, ou la traversée des Pyrénées par le GR10, voire celle de l'Europe par le GR5, qui se prêtent bien mieux à ces dimensions que les Chemins de St Jacques, sont bien équipés en confortables infrastructures d'accueil, sans la foule, etc. Non, toute personne qui a ressenti le désir ou l'appel inconscient à partir sur le Chemin de St Jacques, a été mue par quelque chose d'autre, souvent indicible, souvent tellement personnel qu'il semble indécent d'en demander la motivation. Et quand bien même "je ne sais pas pourquoi" je me suis un jour à sortir d'un ordinaire somme toute confortable pour me payer suées, promiscuité et ampoules, je découvre souvent en marchant que ce murmure spirituel que je n'osais m'avouer se réveille, s'éveille en chemin, au contact de tant d'autres âmes qui expriment en pérégrinant un foisonnement de quêtes, de recherches de sens, de vérité, de vie ! Sur les traces de tant d'autres mues par la foi.

 

  Car quelle que soit la mienne, ou ma revendication de non foi, je suis bien sur un Chemin chrétien: axé sur un sanctuaire, dédié à un apôtre, c'est-à-dire à l'un des plus proches compagnons du Christ, tracé, sillonné, imprégné par des millions de chrétiens, servi hier et aujourd'hui par le dévouement d'innombrables familles chrétiennes, prêtres, communautés religieuses, anciens pèlerins devenus hospitaliers de leurs frères, ce chemin unique et multiple est aussi sûrement chrétien que la Grande muraille de Chine est chinoise. La politique chinoise peut me donner des boutons, je pourrais préférer que la muraille de Chine soit mexicaine ou eskimo, cela n'y changera rien, elle était et est chinoise, par son bouillonnement de sinitude. Et cela ne m'empêchera pas de m'y balader librement en n'étant pas chinois ! De même je peux être aborigène ou animiste et me sentir tout à fait à l'aise sur un chemin de pèlerinage d'une autre religion, partageant même une certaine curiosité pour cette foi qui a tant marqué et façonné ce chemin plus immatériel, spirituel, cultuel, que culturel.

 

  Il est clair que le Chemin subit aussi des dérives, dont se plaignent à foison les courriers des pèlerins, mauvais accueil, exploitation, qui sont pourtant le fruit de ce qu'on a bien voulu laisser faire. Car si l'offre répond à la demande, et a permis un juste élargissement des capacités d'accueil du flot pèlerin grandissant, notre difficulté à sortir de nos habitudes, nos exigences en matière de confort, notre aisance à consommer et dépenser parfois, ont conduit à ces dérives. Mais soyons réalistes: ne jouons plus le jeu de ceux qui profitent du chemin, et ils disparaîtront aussi vite qu'ils sont apparus. N'hésitons donc pas à exprimer notre salutaire besoin de liberté, en ne marchant pas comme des moutons de Panurge à la queue-leu-leu là où nous dit de marcher, boycottons les détours commerciaux et non jacquaires, sachons nous offrir au contraire le luxe gratuit d'une variante intéressante du point de vue du pèlerinage, Rocamadour, l'Abbaye de Bonneval, Santo Domingo de Silos, Peñalba de Santiago, Padron ou autre. Pourquoi même ne pas s'offrir une fois une nuit à la belle étoile, au cœur de la création, au pied d'une chapelle ou sous le porche d'une église, pour un moment de grâce ? On y dort parfois mieux que dans certains gîtes, et la douche du lendemain n'en est que d'autant plus appréciée !

 

  Et au final n'hésitons pas à nous rabattre sur des chemins moins pollués que les autoroutes à pèlerins, voies secondaires de St Jacques, chemins de St François ou de St Martin... En étant très clairs sur ce que nous attendons, car sur les nouveaux chemins aussi la réputation du "jackpot Santiago" génère des comportements corrompus avant même l'arrivée de la réalité pèlerine. Boycottons aussi tout accueil commercial abusif, car il est clair que le pèlerin, même s'il a des moyens, manifeste aussi une certaine attitude de pauvreté et de dépouillement. Refusons toute structure commerciale qui "emploie" des "hospitaliers", car ce terme désigne explicitement une personne qui se met bénévolement au service de ses frères malades, pauvres ou pèlerins. Affirmons notre préférence pour les accueils à libre participation aux frais et sans réservation, véritables fruits du Chemin correspondant au besoin de liberté et au respect du pèlerin, y compris le plus pauvre et le plus lent. Manifestons que la nourriture terrestre dont le pèlerin a besoin pour poursuivre sa route n'est pas une "demi-pension" mais bien un repas partagé, et que le "menu del peregrino" est rencontre, partage fraternel et convivialité ! Et enfin qu'il ne saurait y avoir de nourriture terrestre et de poursuite du chemin sans le pain quotidien, la nourriture spirituelle: un accueil doit pouvoir fournir un lieu de prière ou un bout de jardin aménagé pour la méditation, une Bible, de la lecture de qualité sur le pèlerinage, une disponibilité et une écoute. Bref, du cœur !   

 

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                                                                       14/06/2011

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