Meunier (Père Michel) : A la recherche de l'eau vive

 

  A la recherche de l’eau vive

chez tous et pour tous… Tout homme n’a-t-il pas besoin de cette eau vive pour vivre ?

 

Sur le chemin de Compostelle, des hommes et des femmes se sont mis en route.

 

Ils sont partis à la recherche d’eux-mêmes, à la recherche d’un pays ou d’une eau jaillissante. Déjà une eau nouvelle a surgie dans leur cœur. Ils ne savent pas bien l’expliquer, mais tous font un peu le même constat…

Tous ont une gourde dans leur sac, ou plutôt, excusez-moi, un cœur. Celui-ci donne une eau vive naturellement, et elle leur permet de poursuivre la route, avec cœur. Il produit cette eau intérieure sans qu’ils

s’en rendent bien compte. Cette eau vive leur réjouit le plus souvent le cœur, leur faisant goûter la vie, la nature, la marche qu’ils sont en train de vivre, etc.

Mais il y a aussi, il faut le dire, quelques uns qui ont l’impression que la seule eau qui sorte de leur cœur brisé, ce sont des larmes, parce que la vie est trop dure. Ainsi cette femme qui marchait sur le chemin avec son fils handicapé, révoltée par cette épreuve de la vie et sa solitude. D’un cœur fêlé, comment pourrait naître une source de vie ? Et voici qu’un petit miracle s’est produit: un pèlerin à qui elle confiait sa souffrance, lui dit: "Mais madame, regardez le visage de votre fils. Il rayonne de bonheur de faire ce chemin". Le lendemain, elle embrassait cet homme, en lui disant avec des larmes de joie: "Merci. Je ne voyais plus que ma peine. Vous m’avez redonné vie".

Il y a aussi d’ailleurs ceux qui sentent leur cœur avivé sur le chemin par les larmes de joie ou de douleur de leur famille laissée à la maison.  Des larmes wi-fi ? Ainsi ce père qui me dit ne jamais s’être senti aussi proche de son fils et de sa compagne qui n’arrivent pas à avoir d’enfants. Il a prié pour eux comme il ne se croyait pas capable de le faire.

 

L’ensemble des marcheurs font aussi une expérience étonnante.

 

Quand ils permettent à d’autres de boire à leur source personnelle, en  ouvrant un peu leur cœur, en partageant quelque chose d’eux-mêmes avec eux, voici que la gourde, au lieu de se vider, se remplir toute seule, et que leur eau intérieure, au lieu d’être dormante, ou fluette, devient plus vive, plus jaillissante ! Et ceci pour leur propre joie et pour ceux qui y boivent. Une évidence apparaît alors pour les uns les autres: quand on devient fraternels, un miracle se produit. Pourquoi donc ne l’avaient-ils pas découvert avant ?

Un autre miracle: la découverte que ces étrangers avec qui nous marchons, souvent sans comprendre leur langue, comprennent très bien le langage du cœur et le pratiquent eux aussi. Un sourire, un met partagé, un repas préparé ensemble, une entraide… et cela passe très vite. De loin, je te voyais comme un étranger; de près, je découvre un frère.

J’ai fait aussi une découverte toute à fait étonnante: les cyclistes qui prennent le chemin, ces humains qui vont cinq fois plus vite que nous pauvres marcheurs, ont eux aussi une source intérieure qui jaillit. L’un d’entre eux, au terme du parcours, au Cap Finistère, m’a livré son cœur, comme si le fait de parcourir tout ce chemin, de pédaler, avait créé un trop plein dans son cœur. Il avait vécu tout ce chemin en union profonde avec un de ses copains décédé quelque mois auparavant, et il avait décidé sur le chemin de consacrer désormais beaucoup de temps au Resto du Cœur. Peut-être que chaque coup de pédale alimente une pompe intérieure, comme il peut actionner une dynamo sur la roue… ?

Sur le chemin, on croise aussi une autre race d’homme: les touristes. Eux ne semblent pas avoir de gourde. Ils ont des appareils de photo. On dirait des capteurs… Peut-être est-ce leur bâton de sourcier ? Ils cherchent quelque chose qui puisse toucher leur cœur, quelque chose de beau, qu’ils puissent remmener chez eux, dans leur cœur: un beau paysage,  le regard d’une statue, d’un habitant, d’un pèlerin qui passe… vis-à-vis de ces derniers, ils se demandent bien pourquoi ils font une telle marche, et où ils trouvent la force, la ressource intérieure, pour se mettre ainsi en route. Chez certains, cela réveille une attente profonde et leur donne des idées… Mais leur joie, c’est quand on leur offre à eux aussi, comme à l’Abbaye de Conques, de venir boire eux aussi à la source de la fraternité ou à la source divine. C’est si nouveau et rafraîchissant pour beaucoup d’entre eux ! Ils ne croyaient plus trop que cela existait…

J’ai remarqué aussi des marcheurs qui avaient une poche d’eau cachée dans leur sac, une source supplémentaire avec eux, pour irriguer directement leur cœur, sans avoir à attendre que quelqu’un vienne le faire. Elle est un peu comme une nappe phréatique intérieure. Ce sont ceux qui ont emporté une Bible ou des écrits spirituels. S’ils n’oublient pas d’ouvrir le petit robinet pour boire, ils éprouvent vite combien cette eau là est fraîche et jaillissante ! Il faut dire que sur le chemin, ils ont enfin le temps de la laisser doucement irriguer leur cœur…

Mais les autres, comment peuvent-ils faire pour bénéficier de cette eau jaillissante venue de cette nappe phréatique ? En seront-ils privés ?

 

Ce chemin n’est pas n’importe quel chemin.

 

Depuis son origine, c’est un chemin conçu pour ceux qui cherchent l’eau vive. Un chemin voulu par les hommes, qui voulaient aller à la rencontre de Dieu ou d’eux-mêmes. Un chemin voulu et aménagé par Dieu, qui suscita de nombreux sanctuaires comme des sources d’eau vive, et appela des hospitaliers à se mettre au service des pèlerins, pour soigner les corps et les cœurs. L’Eglise répondit pleinement à cet appel et les traces en sont aujourd’hui très nombreuses sur ce chemin.

Mais le chemin s’est perdu durant beaucoup d’années. Les hommes et l’Eglise avaient perdu même le souvenir de ce chemin. Il semblait devenu le lit d’un cours d’eau épuisé, presque disparu…

Et voici que des eaux nouvelles viennent tout bousculer… des hommes et des femmes viennent de plus en plus de partout, pour mieux vivre, et trouver l’Eau Vive, celle qu’ils ne peuvent tirer d’eux-mêmes ou de chez eux. Pourquoi et comment viennent-ils ? C’est mystérieux. Mais ce qui est sûr, c’est que le réchauffement climatique ou plutôt spirituel du chemin est puissant.

Heureusement, assez vite quelques uns se sont aperçus de cette arrivée. Plus 20% par an depuis 6 ans !

Des particuliers, des maires, des commerçants ont mis en place des accueils, des gîtes, des offices du tourisme et des magasins. Des habitants ont su aussi ouvrir des gîtes et des lieux d’accueil, fût ce leur maison. Mais bien sûr, l’Eau Vive, ce n’était pas leur spécialité…

Parmi eux, certains chrétiens se sont aussi réveillés peu à peu. Ils ont redécouvert que Dieu arrosait les cœurs, mais que c’était à eux de recueillir ces eaux, pour qu’elles ne se perdent pas, et de donner accès aux sources. Choses étonnante, ceux qui ont décidés d’ouvrir leurs églises qu’ils avaient fermées pour les protéger ont découvert que ces pèlerins les faisaient revivre, leur redonnant tout leur sens: des lieux pour trouver paix, beauté, âme, des lieux pour trouver Dieu. Quand ils accueillaient aussi chez eux, ils ont eu la joie de découvrir que leur maison n’était plus tout à fait la même… était-ce la maison du bon Dieu ? Ils ont entendu aussi les pèlerins leur dire la joie d’être accueillis, de découvrir des hospitaliers qui consacrent quinze jours de leurs vacances à leur service, et de trouver surtout les églises ouvertes. Vraiment, les miracles aujourd’hui, cela existe !

 

Mais il ne faut pas rêver, beaucoup de maisons, d’Eglises, de cœurs sont encore fermés à l’arrivée de ces marcheurs, qu’on appelait autrefois pèlerins, mais qui ne se retrouvent plus dans ce mot très religieux, alors qu’ils sont bien eux aussi en quête d’eau vive, sans bien savoir d’où elle peut surgir. Et cette Eau Vive est encore très peu accessible, surtout sur les autres chemins que celui du Puy en Velay. Il faut encore souvent que ce soit les marcheurs qui découvrent où elle peut être. Elle est très peu signalée, même dans les églises.

Pourtant n’est-ce pas un certain Jésus qui a dit: "Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle". (Jean 4/13-14).

Et si c’étaient tous ces marcheurs venus de partout qui allaient faire redécouvrir à l’Eglise cette Eau Vive donnée par Jésus et son pouvoir vivifiant pour l’humanité d’aujourd’hui ?  Avant même de pouvoir exprimer une foi en lui ou non, ils peuvent nous dire si sa parole les éclaire, les touche…

L’Esprit  de Dieu peut mettre en route aussi bien  les gens hors de l’Eglise que ceux qui sont dedans, pour

qu’ils se rencontrent et se donnent la vie mutuellement, comme cela s’est passé dans l’Eglise primitive, comme cela nous est raconté dans le livre des Actes des Apôtres au chapitre 10. Il nous rapporte comment cette église a pu s’ouvrir à l’arrivée des païens en son sein, et en être profondément changée.

 

Vous trouverez dans le document "l’Eglise au service de ceux qui marchent vers Compostelle" quelques idées que je souhaite joindre à toutes celles de ceux qui agissent déjà dans ce sens.

 

Père Michel Meunier  

michelmeunier@free.fr

 

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                                                                       24/10/2007

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