Godlewski (Père)

 

        Prendre le Chemin à la suite de tant d'autres...

 

Depuis qu' "Abraham partit" (Genèse 12, 4), l'histoire du peuple de Dieu est un incessant mouvement de marche vers la Terre Promise. Si un temps, les Hébreux ont séjourné en Egypte, Dieu s'est révélé comme Celui qui fait sortir de l'esclavage, traverser la Mer et marcher à travers le désert... Le désert !

 

Expérience de dépouillement (allez donc lire Deutéronome 8, 1-20). Mais aussi expérience d'intériorisation, d'enrichissement, de conversion au Dieu vivant (allez vous laisser émouvoir par l'aventure du prophète Osée - chapitres 1-3)...

 

Une fois établi en Terre Promise, le peuple s'est installé et s'est détourné du chemin tracé. Tentation du confort, de la pause prolongée, du sommeil, du repli sur soi, de l'oubli de Dieu... Aussi, après les multiples rebondissements d'une histoire tourmentée, Israël provoque la catastrophe de l'exil à Babylone... Nouvelle expérience de déracinement, de marche vers l'inconnu...

 

Pourtant, Dieu est fidèle: Il veille. Après le temps de la mise à l'écart, Il ouvre la voie du retour vers Jérusalem, le coeur tant aimé d'Israël... Peut-être aurez-vous le désir, en entrant dans Compostelle, de reprendre la parole du psalmiste :

 

     Psaume 126

1 Cantique des montées.

Quand Yahvé ramena les captifs à Sion,

nous étions comme en rêve ;

2 alors notre bouche s'emplit de rire

et nos lèvres de chansons.

Alors on disait chez les païens:

" Merveilles que fit pour eux Yahvé! "

3 Merveilles que fit pour nous Yahvé,

nous étions dans la joie.

4 Ramène, Yahvé, nos captifs

comme torrents au Négeb !

5 Ceux qui sèment dans les larmes

moissonnent en chantant.

6 II s'en va, il s'en va en pleurant,

il porte la semence ;

il s'en vient, il s'en vient en chantant,

il rapporte ses gerbes.

 

     Psaume 122

1 Cantique des montées. De David

Quelle joie quand on m'a dit :

"Allons à la maison de Yahvé! "

2 Enfin nos pieds s'arrêtent

dans tes portes, Jérusalem !

3 Jérusalem, bâtie comme une ville

où tout ensemble fait corps,

4 Là où montent les tribus,

les tribus de Yahvé,

est pour Israël une raison de rendre grâce

au nom de Yahvé.

5 Car ils sont là, les sièges du jugement,

les sièges de la maison de David.

6 Appelez la paix sur Jérusalem :

que reposent tes tentes !

7 Advienne la paix dans tes murs :

repos en tes palais !

8 Pour l'amour de mes frères, de mes amis,

laisse-moi dire: paix sur toi !

9 Pour l'amour de la maison de Yahvé notre Dieu,

je prie pour ton bonheur !

 

Vous savez qu'avec Jésus, celui "qui n'avait pas où reposer la tête" (Luc 9, 58), le chemin est loin de s'arrêter...Toute sa vie publique, à partir de l'âge de 30 ans, n'a été que parcours des routes de Galilée et de Judée... Saint Luc a raconté toute la vie de Jésus comme une irrésistible, une incessante montée vers Jérusalem où il sera crucifié. Et de Jérusalem où, selon la foi de l'Eglise, Jésus est ressuscité d'entre les morts, les Apôtres ont entrepris de répandre l'Evangile dans le monde entier au rythme d'une marche qui les conduira au coeur de l'Empire, à Rome...

 

A la lumière de toute l'expérience biblique, tissée d'exode et d'exil, les croyants ont été habitués à voir dans la vie de tout homme un pèlerinage terrestre, un temps de grâce et de miséricorde que Dieu lui offre pour réaliser sa vie terrestre selon le projet divin et pour décider sa destinée ultime.

 

Ce temps de pèlerinage est le lieu d'un choix, d'une décision, d'un acte de liberté personnelle... Votre route vers Santiago sera-t-elle le moment d'écouter, dans le silence de la randonnée, la Parole de l'Autre... ?

 

"Vois, je te propose aujourd'hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd'hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession. Mais si ton coeur se détourne, si tu n'écoutes point et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd'hui que vous périrez certainement et que vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre où vous pénétrerez pour en prendre possession en passant le Jourdain. Je prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre: je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t'attachant à lui; car là est ta vie, ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre que Yahvé a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner. "

     Deutéronome 30, 15-20

 

Et, sur les lèvres du Christ...

 

" Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s'y engagent; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent. "

     (Matthieu 7, 13-14)

 

Laissons un instant l'intrépide Apôtre, Paul, nous entraîner à sa suite, ou plutôt à suite du Christ... Lui aussi voit dans la vie humaine, quand elle est vécue à la manière de la foi, une incessante marche. Marche parcourue pour connaître plus itimement le Christ,

 

" Le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts. Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait; mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus.Non, frères, je ne me flatte point d'avoir déjà saisi; je dis seulement ceci: oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus."

     (Lettre aux Philippiens 3, 10-14)

 

Aujourd'hui, comme depuis toujours, beaucoup de philosophies religieuses proposent à l'homme de partir à la découverte de " Dieu ". Tout au contraire, dans la Révélation biblique, il en va en sens contraire: c'est Dieu qui prend l'initiative. De même, dans les évangiles, c'est Jésus qui va à la rencontre des malades, des pécheurs... Cette attitude divine nous gardera d'une conception trop volontariste du pèlerinage...

 

Vous partez à Compostelle ? Croyez que déjà, vous êtes précédé par Quelqu'un. C'est Lui qui vous invite à la marche. C'est Lui qui vous travaille. C'est Lui qui vous attire... Laissez-vous conduire. Partez sans trop programmer... Vous pourriez l'empêcher de vous atteindre !

 

Encore un mot... Sur votre route, une Dame vous saluera bien souvent. Bien souvent, elle porte l'Enfant. Parfois elle l'allaite. Parfois elle semble l'offrir au passant. Accueillez son sourire, son compagnonnage. Elle est comme l'Etoile qui indique au marin son cap. Elle donne la Paix et la Joie à qui les désire de tout son être...

 

" ...Marie, fille de Sion par excellence, aide tous ses fils, où qu'ils vivent et de quelque manière que ce soit,

à trouver dans le Christ la Route qui conduit à la maison du Père.. "

 

     Père Gilles Godlewski

    

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                                                                       01/03/2010

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