Barrio Barrio (Julian) 2004 : 2° partie

 

DEUXIÈME PARTIE

LE PÈLERINAGE COMME EXPÉRIENCE DE LA RENCONTRE AVEC LE SEIGNEUR

 

                                                     

 

I - CONDESCENDANCE ET GRÂCE DE DIEU

 

31- Les rencontres de l'homme avec Dieu

 

Comme autrefois les Grecs s'étaient approchés de l'apôtre Philippe en lui disant qu'ils voulaient voir Jésus (cf. Jean 12, 20-26), aujourd'hui, tant et tant de pèlerins à travers l'apôtre saint Jacques veulent aussi vivre cette rencontre avec le Seigneur, en faisant mémoire de la tradition apostolique et en confessant le Dieu trinitaire

pour se convertir en hommes nouveaux. Le présent de l'homme, qui semble sans lumière ni issue, est illuminé par la foi en Dieu et ouvert à l'espérance.

 

On peut signaler deux façons pour l'homme de rencontrer Dieu. L'une à partir de la connaissance ou de l'expérience humaine, et l'autre à partir de la foi. L'homme rencontre Dieu à travers la réalité et cela entraîne qu'il y ait autant de possibilités de se poser la question de Dieu que de s'affronter à la réalité ou de la vivre. D'où naît la diversité des types de rencontres avec Dieu à travers l'histoire et la sensibilité humaine: la rencontre médiévale à partir du monde, la rencontre moderne à partir de l'homme et la rencontre actuelle à partir de l'histoire, et ce ne sont pas trois formes qui s'opposent ou s'excluent, mais qui se complètent en de nombreux aspects.

 

32 - La rencontre de Dieu à travers l'histoire

 

La rencontre ou l'expérience actuelle de Dieu part du fait que le monde s'expérimente comme histoire, non comme ordre préétabli, mais comme processus qui se déroule par le travail des hommes. En conséquence, la dimension historique constitue une dimension essentielle de l'homme, étant donné que nous découvrons notre réalité au sein d'une relation intersubjective. La question de la possibilité de vivre l'expérience de Dieu se transforme en la question de savoir comment expérimenter Dieu comme sens de l'histoire.

 

Il est certain qu'il est téméraire d'affirmer que l'histoire a un sens, étant donné qu'elle n'a pas de lois fixes, qu'elle dépend de l'homme, que sa progression n'est pas rectiligne et que fréquemment la méchanceté humaine entraîne des situations absurdes. Cependant, malgré toutes les déceptions et les échecs, il existe une confiance fondamentale qui nous empêche de perdre espoir, nous-mêmes, les autres et le monde. C'est-à-dire que, contre tout échec, le sens de l'histoire continue de se maintenir vivant.

C'est plus encore, ce sens n'est pas seulement le but de notre action historique, mais aussi sa raison et son présupposé. C'est quelque chose qui s'impose à nous, et par conséquent ne peut pas s'expliquer uniquement du point de vue de l'homme, et constitue une clé pour la rencontre avec Dieu. Le sens, parce qu'il est quelque chose qui nous est donné, n'est pas naturel, mais inattendu et surprenant. Il vient à notre rencontre comme le font les personnes.

 

De cette façon, l'histoire nous découvre ce qui est tout nouveau, original et ce qui est tout autre, que nous appelons Dieu, devenu événement dans l'histoire. Dieu apparaît ainsi comme la paix qui rend possible notre paix, comme la liberté qui rend possible notre liberté, Dieu créateur et Dieu espérance, Alpha et Omega, proche et prochain, qui vient constamment à notre rencontre, spécialement dans le prochain, dans les événements et les tâches; qui est sens et maître de l'histoire, mais qui n'est pas seulement pouvoir suprême au dessus de l'histoire, mais aussi souffrance avec les opprimés, un Dieu souffrant, un Dieu crucifié (79).

 

     (79) Cf. A. Vergote, ["Tu aimeras le Seigneur ton Dieu". L'identité chrétienne ], Madrid, 1997.

 

33 - La loi comme expression de la plus haute dignité humaine

 

Cependant, l'acte par lequel s'exprime la plus haute dignité de la vie humaine concrète et de sa disponibilité sans conditions pour la rencontre avec le Dieu vivant qui est entré dans l'histoire, c'est l'acte de foi d'Abraham. "Par cet acte, en apparence absurde, Abraham fonde une nouvelle expérience religieuse: la foi" (80).

Grâce à l'acte de foi en ce Dieu qui parait renier ses promesses, le temps reste ouvert à la toute puissance divine, et à la décision humaine de lui faire confiance. Même quand il semble rester silencieux et caché, il acquiert la saveur d'une infinie dignité, capable de conférer de la valeur au temps historique.

 

Cette valorisation de l'histoire comme lieu où se révèle et se cache la gloire du Dieu vivant atteint son sommet dans la Révélation chrétienne: par l'Incarnation, le Fils se fait sujet d'une vie pleinement humaine, sans cesser

d'être Dieu. Le fait que Dieu se soit fait sujet personnel d'une histoire véritablement humaine mène à découvrir

le concept de "personne" et aide à comprendre l'homme lui-même comme sujet historique personnel.

La caractéristique bonne et nouvelle du christianisme, c'est le salut de l'histoire et non pas le salut hors de

l'histoire: l'humble aujourd'hui de l'homme est assuré et racheté par l'aujourd'hui du Fils de l'homme et peut se convertir, dans l'accueil qu'on lui fera, en aujourd'hui de Dieu. L'homme est donc capable de recevoir l'amour avec gratitude, de se laisser atteindre et modifier par l'autre, d'être habité par le don, sans y perdre pour autant son identité.

Selon les paroles de saint Augustin: "le Christ prend forme par la foi dans l'homme intérieur du croyant, qui est appelé à la liberté de la grâce, est doux et humble de cœur et ne se vante pas du mérite de ses œuvres, qui est nul, mais reconnaît que la grâce est le principe de ses pauvres mérites; celui-ci, le Christ peut l'appeler son humble frère, ce qui équivaut à l'identifier à lui-même, puisqu'il dit: "chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ceux-ci, mes humbles frères, c'est à moi que vous l'avez fait. Le Christ prend forme en celui qui reçoit la forme du Christ, et reçoit la forme du Christ celui qui vit réuni à Lui d'un amour spirituel. Le résultat de cet amour est l'imitation parfaite du Christ dans la mesure où cela est possible. Celui qui dit qu'il demeure dans le Christ doit vivre comme Il a vécu lui-même" (81).

 

     (80) M. Eliade, [Le mythe de l'éternel retour], Madrid, 1972, 103.

     (81) Saint Augustin, Exposé sur l'Épître aux Galates, PL 35, 2131-2132.

 

II - A LA RECHERCHE DU SENS DE LA VIE

 

34 - Le sens de la vie comme don et tâche

 

L'homme s'interroge donc sur le sens du monde des choses et de l'histoire des hommes et, quand il ne trouve pas de sens, il est insatisfait et pousse à le découvrir ou à le créer. Cependant, la foi chrétienne accepte que la vie a un sens, parce que c'est un don et une tâche confiée par quelqu'un en présence de qui nous pouvons vivre et mourir. L'homme qui n'admet pas un sens inhérent à la vie même est incapable de comprendre le christianisme.

Étant donné sa condition de pèlerin, l'homme, à mesure qu'il s'approche de son but, aiguise son esprit de recherche. Cette inquiétude ne lui permet pas de savourer pleinement la possession du but atteint tant qu'il poursuit son pèlerinage sur terre. C'est pourquoi, "cherchons comme qui doit trouver et trouvons comme qui doit continuer de chercher, parce que, au moment où l'homme termine, c'est alors qu'il commence en vérité" (82).

 

C'est-à-dire que, à chaque situation du pèlerinage de sa vie, l'homme tend à une situation ultérieure, à un avenir plus dense et à une plénitude qui le comble davantage. Il ne s'arrête pas à chaque objectif atteint, mais il marche vers une étape ultime, selon son inquiétude fondamentale (cor inquietum) formulée par saint Augustin et point de départ des formulations utopiques contemporaines.

 

Le sens de notre vie n'est pas une question purement philosophique, mais un problème théologique qui s'éclaire dans la Parole de Dieu. Cette dernière nous offre deux considérations fondamentales pour illuminer "notre raison d'être": l'une, c'est la réflexion sur le destin personnel face au temps et à l'éternité: "ne vous y trompez pas, personne ne se moque de Dieu. Ce que l'homme aura semé, c'est ce qu'il récoltera" (Galates 6, 7-8); "à quoi sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme ?" (Marc 8, 36).

L'autre, c'est la nécessité de la charité existentielle avec le prochain et face à lui: "aidez-vous mutuellement à porter vos fardeaux, ainsi vous accomplirez la loi du Christ ! Ne nous lassons pas de faire le bien à tous, car en son temps nous récolterons si nous ne défaillons pas. En conséquence, faisons le bien à tous, tant qu'il en est temps, et spécialement aux frères dans la foi" (Galates 6, 2, 9-10). Le temps et la vie temporelle dans leur fugacité et fragilité revêtent une valeur authentique d'éternité au travers de la charité évangélique.

 

     (82) Saint Augustin, De Trinitate IX, 1, PL 42, 961.

 

35 - Le caractère provisoire des choses terrestres

 

L'inquiétude de l'homme pèlerin, dans son cheminement vers le but, ne trouve pas sa satisfaction ultime dans les projets terrestres politiques ni dans les solutions particulières de la science, ni en tout ce qui pourrait le fixer en un point déterminé du temps et de l'espace. Le chrétien n'est donc pas celui qui accepte le plus de vérité, qui nourrit le plus d'espérances ou qui accumule le plus de réalisations, mais plutôt celui qui vit toute sa vie en référence au mystère infini et ouvert à Lui en une attitude de reconnaissance et de respect, de louange et d'abandon par la foi:

"et pour arriver directement à ce résultat, à travers le chemin direct des Écritures, il faut commencer par le début, c'est-à-dire que nous devons nous approcher, sans autre bagage que la foi, du Père céleste, en prosternant notre cœur pour que Lui, par son Fils dans l'Esprit saint, nous donne la véritable connaissance de  Jésus Christ et avec la connaissance l'amour pour que, ainsi, le connaissant et l'aimant, fondés dans la foi et enracinés dans la charité, nous puissions connaître la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur de la sainte Écriture et, par cette connaissance, arriver à la connaissance totale et à l'amour extatique de la Très Sainte Trinité, c'est à cela que tendent les désirs ardents des saints, c'est en cela que consistent la plénitude et la perfection de tout ce qui est bon et vrai" (83).

 

        (83) Saint Bonaventure, Breviloquium, in Opera omnia 5, 201-202.

 

36 - L'engagement du chrétien

 

Cela ne signifie pas que le chrétien, pour l'être vraiment, doive être en marge de 1événement historique, mais plutôt qu'il doit adopter une attitude à la fois proche et distante, accueillante et en même temps critique quant aux situations historiques, à la compréhension de l'humanité, aux projets socio-politiques. Le chrétien est celui qui perçoit le plus humainement la réalité, parce que c'est le seul qui estime l'humanité au prix de Dieu.

 

Face aux utopies intrahistoriques, la foi chrétienne soutient que "le Règne de Dieu", le salut, en sa forme dernière, transcende l'histoire et que le processus historique atteindra sa plénitude à la fin du temps quand, abolie la caducité qui lui est inhérente, la vie triomphera de la mort et "Dieu sera tout en toutes choses"

(I Corinthiens 15, 18).

Cependant, cette espérance eschatologique ne renie pas l'histoire, mais l'affirme et la valide. En ce sens, Jean-Paul II parle de "coopérer à l'avènement du Règne de Dieu dans le monde, à travers l'engagement dans les réalités temporelles pour la liberté et la justice, pour éviter la catastrophe écologique et pour un futur digne de l'homme" (84).

"L'homme", dit le Pape, "n'est pas un témoin inerte de l'entrée de Dieu dans l'histoire. Jésus nous invite à  "chercher" activement "le règne de Dieu et sa justice", et à considérer cette recherche comme notre préoccupation principale (cf. Matthieu 6, 33)". Le Pape suit donc la ligne du concile Vatican Il, qui avertit que l'espérance chrétienne non seulement ne diminue pas l'importance des tâches terrestres, mais au contraire fournit de nouveaux points d'appui pour les accomplir (85).

 

     (84) Cf. Jean-Paul II, Louange à la Trinité (cité note 57)

     (85) Concile Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n. 21.

 

III - PÈLERINAGE ET CONVERSION

 

37 - Le chrétien entre la recherche et la rencontre

 

"Heureux les hommes dont la force est en Toi et à qui les montées tiennent à cœur" (Psaume 83, 6). Le rite du pèlerinage, comme métaphore vivante, est un des plus adéquats pour exprimer le dessein chrétien. Le christianisme est une rencontre avec le Christ. Celui-ci n'est pas seulement le reflet de l'humain universel que chacun de nous porte en soi, mais une réalité impossible à déduire de la connaissance antérieure et irréductible à elle. Mais il n'est pas non plus "le tout autre", il existe en notre monde et est homme comme nous.

 

La rencontre avec le Christ se situe au juste milieu entre les deux formes. Étant donné que Jésus est homme et existe en une humanité non déduite d'ici-bas, une fois existant, nous pouvons le reconnaître pour la perfection de notre être le plus intime comme ouverture à l'absolu. Comme dans le pèlerinage, le but du chemin nous est signifié par l'Évangile au travers des faits et de l'interprétation de ceux-ci que Dieu propose à l'homme.

Celui-ci exprime sa réponse en se mettant en chemin vers ce but par une forme de vie déterminée par la conversion comme rupture avec la vie antérieure, et comme foi en adhésion à la réalité proposée. Dans le pèlerinage jacobéen, on relève dès les débuts les conséquences de la conversion obtenue par l'intercession de l'Apôtre. Ainsi cela apparaît-il dans le Liber Sancti Jacobi:

 

"Là-bas se sont rendus beaucoup de malheureux qui, ensuite, ont été heureux; beaucoup de malades revenus guéris; beaucoup de révoltés revenus apaisés; beaucoup d'hommes cruels devenus compatissants parla suite; beaucoup de luxurieux revenus chastes; beaucoup d'hommes de monde devenus moines par la suite; beaucoup d'avares qui se sont ensuite révélés larges; beaucoup d'usuriers qui se sont ensuite montrés généreux; beaucoup d'orgueilleux revenus humbles; beaucoup de menteurs revenus véridiques; beaucoup de spoliateurs du bien d'autrui qui ensuite donnèrent aux pauvres jusqu'à leurs vêtements; beaucoup de parjures revinrent loyaux; beaucoup de médisants proclamèrent ensuite la vérité; beaucoup de femmes stériles furent ensuite mères; beaucoup de pervers revinrent justes par la grâce de Dieu" (86).

D'autre part, beaucoup de pèlerins rédigeaient leur testament, tentant de mettre en ordre leurs affaires personnelles avant d'entreprendre le voyage aventureux et pénitentiel jusqu'au tombeau de l'apôtre Jacques que garde la basilique compostellane, fidèle reliquaire de l'ami du Seigneurs  (87).

 

     (86) Liber Sancti Jacobi (Codex Calixtinus) trad. esp., rééd. par X. Carro Otero, Pontevedra, 1992, 202.

     (87) "Comme il se doit, dans le pèlerinage au sanctuaire de Santiago s'engage celui qui, avant de

l'entreprendre, pardonne à ceux qui l'ont offensé, celui qui apaise tous les remords que lui occasionnent les autres ou sa propre conscience, s'il peut le faire (...), celui qui rend ce qu'il a acquis injustement, si c'est possible, celui qui transforme les dissensions en tranquillité dans son domaine de juridiction, (...) celui qui, une fois en chemin, pourvoit aux nécessités du corps et de l'âme des pèlerins qui en ont besoin (...), celui qui ne profère pas de paroles oiseuses, mais raconte la vie des saints, celui qui fuit l'ivresse, les disputes et la luxure, celui qui assiste à la messe sinon chaque jour, au moins les dimanches et jours de fêtes, celui qui prie sans cesse et supporte toutes les adversités avec patience, celui qui, de retour chez lui, s'éloigne de tout ce qui est illicite et persévère dans les bonnes œuvres jusqu'à la fin, pour pouvoir chanter avec le psalmiste: 'je chantais tes louanges, Seigneur, sur le lieu de mon pèlerinage ", Ibid., 210-211.

 

38 - Le sens chrétien de l'histoire

 

Le pénible pèlerinage vers le futur, qui caractérise l'histoire de l'homme sur terre depuis les origines, ne repose pas sur du vide, mais il est "recueilli" en Dieu, puisque Jésus, plus qu'un modèle de vie, est source de vie nouvelle, nouveauté transformatrice, le Fils, Dieu-avec-nous.

C'est ainsi que, dans le christianisme, on ne peut pas parler de "sens de l'histoire". D'une part, en effet, il ne s'agit pas d'un déroulement séparé et étranger à l'histoire humaine sur terre pour un lointain spectateur céleste; et d'autre part, il ne s'agit pas non plus du processus titanesque d'un homme qui se construirait peu à peu comme Dieu, dans une histoire du temps confondue avec l'histoire éternelle.

 

Le sens chrétien de l'histoire consiste, en premier lieu, dans la reconnaissance de la divinité de Dieu et de la "modernité" du monde, dans le respect de la soudaine transcendance de l'un et de la profonde dignité de l'autre et, surtout, dans la bonne nouvelle pascale de la participation à la vie même de Dieu, qui est venu planter sa tente" dans le monde "et faire sienne l'histoire des hommes pour y manifester, avec les hommes et pour les hommes, la gloire éternelle de son amour. Nous ne pouvons réaliser le sens historique complet qu'en vivant avec une égale ardeur la foi, la charité et l'espérance corrélatives au passé, au présent et au futur.

 

A cette lumière, on ne perd rien de l'histoire des hommes, puisque tout peut être vécu et transformé  en union avec le Dieu vivant; le poids des jours et l'obscurité du futur s'illuminent face à l'engagement de Dieu à nos côtés; la finitude et la douleur du présent reçoivent une explication qui atteint l'amour trinitaire de Dieu et peuvent être supportées avec amour grâce à l'Esprit, que le Père nous donne dans la communion à son Christ crucifié.

Dans un monde, où l'exigence la plus forte semble être la  recherche du sens pour l'entreprise personnelle et collective, la "patrie trinitaire" chrétiennes offre comme le but de notre pèlerinage qui  éclaire le chemin, comme la compagnie de notre présent qui lui donne force, comme la mémoire de nos origines, par laquelle nous nous sentons enracinés et fondés dans l'amour (cf. Éphésiens  3,17).

 

En même temps, le but de la patrie trinitaire vers le quel chemine l'homme sur terre, dénonce la myopie de toute possession humaine, et invite à la pauvreté accueillante et à l'éternelle nouveauté du cœur et de la vie, le stimulant à être pèlerin sans répit, "pour qui le jour ne commence pas où s'est arrêté le précédent, et qu'aucune aurore ne trouve là où le soir l'a laissé" (88).

 

    (88) Paroles de Khalil Gibran, citées par Bruno Forte [La Trinité comme histoire], Salamanque, 1988, 211.

 

IV - EXPÉRIENCE DE LA RENCONTRE AVEC LE SEIGNEUR

 

39 - L'Esprit comme pont entre l'histoire et le mystère trinitaire

 

Jésus-Christ, ancré dans l'histoire, transcende le monde et nous révèle son propre mystère de Fils et en lui le mystère trinitaire. A la lumière trinitaire il est possible de dépasser le fossé du temps et d'établir une rencontre avec Jésus qui a passé sa vie dans l'obscurité d'une partie reculée de l'Empire romain. Il est, Lui, "l'homme-pour-tous" (89): "De sa plénitude, nous avons tous reçu grâce sur grâce" (Jean l, 16).

 

De cette façon, son Esprit efface la distance entre les temps et le temps de la grâce et actualise d'une autre manière la relation de l'événement unique du salut en chaque situation humaine, en écrivant ainsi l'histoire de Dieu dans l'histoire des hommes. Dans l'Esprit du Christ est rendue possible la rencontre avec le Père pour tout homme qui le désire, quel que soit le temps et le lieu où il se trouve. L'Esprit est la garantie que Dieu aura toujours du temps pour l'homme.

 

La décision de l'homme en faveur du Christ vivant a lieu dans l'acte de foi par lequel, grâce aussi à l'action de l'Esprit, l'homme se rend contemporain du temps de Dieu, avec pour résultat la divinisation de l'homme et l'humanisation de Dieu. Ce qui revient à dire que, sans l'Esprit, la foi n'est qu'un pieux souvenir, et que par l'Esprit, c'est l'expérience du Vivant, capable de changer la vie de l'homme dans le concret de son présent.

 

      (89) Cf. D. Bonhoeffer [Résistance et soumission, lettre du 3 août 1944], Barcelone, 1969,224 et sv.

 

 

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03/03/2006

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