Barrio Barrio (Julian) 2004 : 1° partie

 

 (PREMIERE PARTIE.)  

LE PELERINAGE A SAINT-JACQUES DE COMPOSTELLE, "LIEU DE PARDON ET DE GRACE, FOYER LUMINEUX DE LA VIE CHRETIENNE"

 

                                               

 

I. LE PELERINAGE JACOBEEN AU DEBUT DU TROISIEME MILLENAIRE

 

12 - Accueil du pèlerin

 

L'une des caractéristiques du pèlerinage est l'hospitalité, œuvre de miséricorde et témoignage de foi. L'accueil attentif et religieux offert au pèlerin est un aspect de la charité fraternelle, qui fait que le chrétien se croit toujours débiteur envers tous (35).

"Tout ce que la miséricorde humaine donne en ce temps de pèlerinage, la miséricorde divine le lui rend par la suite dans la patrie définitive." (36).

La signification de l'hospitalité revêt un sens spécial quand on accueille un pèlerin qui a  besoin d'attentions matérielles et spirituelles dans son cheminement. Il ne s'agit pas seulement de lui donner à manger ou à boire, mais il s'agit d'écouter ce qu'il dit et de l'accepter tel qu'il est. Ceci bouleversera notre vie.

Chez Marthe et Marie, "le Seigneur fut reçu comme un hôte, lui qui est venu chez lui et les siens ne l'ont pas reçu, mais à tous ceux qui l'ont reçu, Il donne de pouvoir devenir fils de Dieu, qui a adopté les esclaves pour en faire des frères, et libéré les captifs pour les convertir en cohéritiers du Royaume. Mais qu'aucun d'entre vous ne dise: 'heureux ceux qui ont pu accueillir le Seigneur chez eux, que cela ne t'attriste pas; ne te plains pas de ne pas être né en un temps où tu ne peux plus voir le Seigneur en chair et en os; cela ne te prive pas de cet honneur, puisque le Seigneur lui-même affirme: 'chaque fois que vous l'avez fait pour un de ceux-ci, mes humbles frères, c'est à moi que vous l'avez fait ". (37)

 

     (35) "N'ayez de dettes envers personne, sinon celle de l'amour mutuel, car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la Loi" (Romains 13, 8). Saint Augustin a écrit: "aime et fais ce que tu voudras. Si tu te tais, tais-toi par amour; si tu parles, parle par amour; si tu corriges, corrige par amour; si tu pardonnes, pardonne par amour. Que soit toujours présente en toi la racine de l'amour, car de cette racine ne peut procéder que le bien", In Epistolam Joannis ad Parthos VII, 8, PL 35,2033. Cf. Didachè XII; Règle de saint Benoît 53, 1-2: "Il faut accueillir tous les pèlerins comme on accueillerait le Christ, parce que Lui un jour dira: 'j'étais pèlerin et vous m'avez accueilli. On réservera à tous le même honneur, 'surtout aux frères dans la foi et aux étrangers ."

     (36) Saint Césaire d'Arles, Sermon 25, 1, Corpus Christianorum Latinorum (= CCL) 103, Ill.

     (37) Saint Augustin, Sermon 103, 1,2, PL 38,613-615.

 

13 - Le pèlerinage jacobéen, pèlerinage millénaire

 

"En plus de la liturgie, la vie chrétienne se nourrit des formes diverses de la piété populaire, enracinées dans les diverses cultures. En les purifiant à la lumière de la foi, l'Église favorise les formes de religiosité populaire qui expriment le mieux un sens évangélique et une sagesse humaine et qui enrichissent la vie chrétienne". (38).

À la lumière du texte du Catéchisme de l'Église catholique, nous contemplons le pèlerinage jacobéen, enraciné dans une piété et une culture populaire ancestrales, comme une manifestation de religiosité qui vient appuyer l'expression de la réalité du salut, décrite par les Écritures, gardée dans la Tradition, "contenue" et actualisée symboliquement dans la liturgie des sacrements.

"Il n'est pas étonnant que la route jacobéenne ait été considérée en quelques occasions comme le paradigme du pèlerinage de l'Église dans sa marche vers la cité céleste, chemin de prière et de pénitence, de charité et de solidarité, tranche de vie où la foi, devenant histoire chez les hommes, christianise ainsi la culture". (39)

 

     (38) Catéchisme de l'Église catholique, n. 1679.

     (39) Jean-Paul II, Discours du Saint-Père à la IVème journée mondiale de la jeunesse, Saint-Jacques de Compostelle 1989, La Coruña, 1990,233.

 

14 - Environnement culturel du pèlerin d'aujourd'hui

 

Le pèlerin contemporain respire l'atmosphère de la culture appelée post-moderne qui, à côté des acquis d'une solidarité accrue, d'un volontariat réfléchi, d'un respect et d'une défense des droits de l'homme plus importants, offre une vision du monde particulière, entremêlant les courants du relativisme et du pluralisme (40), de la perception exclusive du présent à vivre, du seul plaisir, d'une esthétique superficielle, d'une raison défaillante qui cède facilement le pas au sentiment et à l'instinct, et d'un retour à une "religiosité confortable" qui n'engage pas.

D'autre part, une réflexion sur cette situation y discerne fréquemment la mise en évidence du "malaise de la civilisation". On répète facilement que d'autres temps furent meilleurs parce que ce ne sont pas les nôtres. En tout cas, Dieu est toujours le Seigneur du temps et de l'histoire, et nous qui avons été sauvés dans le Christ, nous avons davantage de motifs de nous réjouir que de nous plaindre du temps présent" (41). Il est vrai que de nos jours l'homme ne manque pas d'interrogations, ni de craintes profondes, dans la recherche de la Vérité qui rend libres.

Dans ces circonstances, cette Année sainte et le pèlerinage jacobéen, après la célébration du Grand Jubilé de l'an 2000, sont une occasion providentielle pour raviver la nouvelle évangélisation en annonçant Dieu, première réalité et question première, tel qu'Il nous a été révélé définitivement dans le Christ, "chemin, vérité et vie" (Jean 14, 6), le Dieu trine, Père qui s'autocommunique à l'homme comme salut par le Fils dans l'Esprit saint.

 

     (40) Cf. Conférence épiscopale espagnole, ["La vérité vous rendra libres" (Jean 8, 32)], Madrid 1990; J.A. Martinez Camino, [Évangéliser la culture de la liberté], Madrid, 2002, 19-40; J Ratzinger, [Un regard vers

l' Europe. Église et modernité dans l'Europe des révolutions], Madrid, 1993; Id., [Être chrétien à l'ère néo-païenne], Madrid, 1995;A. Ma Ronco Valera,[L'Église en Espagne avant le XXl ème siècle, défis et missions], Madrid, 2001.

     (41)Cf. Conférence épiscopale espagnole, [La fidélité de Dieu dure toujours. Regards de foi sur le XXIème siècle], Madrid, 1999.

 

15 - La référence à Dieu comme condition de la culture authentique

 

Dans la réalité, on peut distinguer deux mondes distincts: un monde naturel, monde des choses telles qu'elles apparaissent dans la nature, et un autre monde, celui des choses qui ne sont plus de simples objets de la nature, mais produits par l'homme lui-même. C'est ainsi que nous pouvons considérer les biens culturels.

Dans ce sens, la culture, c'est tout ce à quoi l'homme a voulu donner une fin ou un sens (42). Plus encore, dans la vie humaine, tout est culture, (43) étant donné que lui appartiennent toutes les ressources utilisées par les hommes pour vivre en liberté, justice et dignité. D'où nous pouvons affirmer que la culture n'a pas de raison d'être élitiste et doit être évangélisée "jusque dans ses racines mêmes". Toutes les ressources qui émanent de l'esprit humain, qu'elles soient en apparence primitives ou sophistiquées, peuvent concourir à rendre meilleure et plus digne la vie de l'homme.

De plus, il faut ajouter que la culture n'a pas de raison d'éliminer l'ouverture à la transcendance. La dimension spirituelle, qui trouve dans la religion son plus grand soutien, appartient au domaine de la culture. En conséquence, le Pape souligne la nécessité pour la culture de se référer à Dieu, affirmant qu'on ne peut pas posséder une véritable culture humaine sans référence à Dieu." (44)

 

La tradition culturelle du pèlerinage à Compostelle, en tant que symbole historique et religieux, est toujours au début du troisième millénaire un instrument adéquat et utile, susceptible d'exprimer le sens profond de l'existence humaine et, par conséquent, de la vie de foi chrétienne selon l'enseignement du concile Vatican II: "les Églises reçoivent des coutumes et des traditions, de la sagesse et de la doctrine, des arts et des institutions des peuples, tout ce qui peut servir à confesser la gloire du Créateur, à expliquer la grâce du Sauveur et à ordonner comme il se doit la vie chrétienne." (45)

 

     (42) Cf. O. Gonzalez de Cardedal, [Le pouvoir et la conscience], Madrid, 1984, 87-99.

     (43) Cf. Jean-Paul II, Allocution à l' UNESCO, 2 juin 1980, n. 6.

     (44) Cité par le cardinal Paul Poupard, [Église et culture], Milan, 1985,225.

     (45) Concile Vatican II, Décret Ad Gentes, n. 22.

 

II - SENS CHRÉTIEN DU PÈLERINAGE : SAINT-JACQUES DE  COMPOSTELLE COMME "LIEU DU PARDON ET DE LA GRÂCE, FOYER LUMINEUX DE LA VIE CHRÉTIENNE"

 

16 - Le pèlerinage jacobéen, enraciné dans le passé et tourné vers le futur

 

Les lieux de pèlerinage ne sont pas des fins en soi, ce sont le plus souvent des seuils qui donnent accès à de nouvelles étapes de la vie. On entreprend un pèlerinage non pour s'installer dans une expérience privilégiée, mais pour se laisser changer de façon imprévisible et ainsi retourner à la vie ordinaire avec une attitude complètement renouvelée. Malgré la diversité de leurs cultures, environnements, âges et situations personnelles, les pèlerins se retrouvent tous dans la recherche de quelque chose qui se situe au-delà de 1'ordinaire.

 

Le pèlerinage, et en particulier le jacobéen, apparaît comme une riche tradition, à laquelle beaucoup désirent se joindre, ce qui entraîne un élément de continuité très fort, spécifique de ce pèlerinage. Il y a aussi un élément de discontinuité, en ceci que le passé, représenté par un rituel traditionnel, offre une possibilité de dépassement dans une existence post-moderne, où l'on risque de diluer sa propre identité et de perdre les relations interpersonnelles. Lors du pèlerinage jacobéen, on essaie de prendre pied dans le passé pour s'orienter vers le futur. Le pèlerin arrive dans la maison de Maître Santiago pour rappeler la tradition apostolique qui fonde notre foi.

 

Malgré les différences avec les autres pèlerinages, celui de Compostelle a avec eux trois traits communs: la séparation de l'environnement spatial, social et psychologique, le passage vers un espace inconnu et un ensemble de relations sociales au sein desquelles se produit une théophanie qui génère un profond sentiment de communauté, et permet au pèlerin de rentrer chez lui changé et renouvelé.

 

17 - Un chemin personnel de méditation

 

Le cheminement sur le chemin de Saint-Jacques possède des caractéristiques propres qui le déterminent comme symbole de l'authentique vie chrétienne. C'est un chemin personnel de méditation et de contemplation qui doit s'appuyer sur la parole de Dieu, en évitant les dangers de l'expérience gnostique, présente dans la nouvelle spiritualité du mouvement religieux New Age (46).

A dire vrai, le mystère du pèlerinage vécu ne dépend pas en premier lieu de la solitude ou de l'importance historique du lieu vers lequel on chemine, mais de l'attitude personnelle d'ouverture intérieure pour suivre et rencontrer le Seigneur.

Être fidèle au Christ et le suivre, cela ne peut se vivre de façon commode, en pensant comme le font les hommes et non comme Dieu, mais il faut accepter la Croix incontournable et rédemptrice: "celui qui veut me suivre, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive" (Luc 9, 23).

 

     (46) Cf. G. Filoramo, [Le réveil de la gnose.. devenir dieu] Bari, 1990.

 

18 - Un chemin théorique et pratique

 

La grâce jubilaire nous aide à prendre conscience de notre condition d'envoyés du Christ selon la vocation à laquelle nous avons été appelés comme les premiers disciples. Nous devons parcourir le chemin de notre mission avec une disponibilité exigeante et une confiance totale envers le Père céleste, toujours ouverts aux frères qui viennent à notre rencontre.

Dans la "charité", "qui est l'essence et la mesure de la perfection chrétienne" (47), la créature humaine accueille l'amour divin et en témoigne dans sa vie par l'irradiation silencieuse de l'amour:

"Mes enfants, n'aimons pas en paroles, ni du bout des lèvres, mais dans les faits et en vérité. En cela, on reconnaîtra que nous appartenons à la vérité" (1 Jean 3, 18).

 

L'aspiration au salut ne peut trouver satisfaction que dans la connaissance de l'existence qui implique l'expérience du temps vécu et la rencontre avec les autres, avec nous-mêmes et avec Dieu. Ce qui revient à dire que le salut ne peut arriver dans un vide de l'histoire, de l'altérité et du futur.

En conséquence, suivre Jésus est un cheminement pratique et non pas seulement théorique. Un cheminement qui reste absorbé dans la seule contemplation esthétique et qui ne se réalise pas dans des engagements pratiques de la vie quotidienne, est encore très éloigné du "suis-moi" voulu par Jésus et soutenu par l'Église.

 

     (47) Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos 9, 7, PL 36, 120.

 

19- Un chemin spirituel et social, communautaire et non pas seulement individuel

 

Le chemin pour suivre Jésus, symbolisé par le pèlerinage à la tombe de l'Apôtre Jacques, a aussi une dimension sociale. Son dynamisme n'est pas politique, étant donné qu'il ne vise pas la transformation politique ou économique comme objectif primordial, mais il n'est pas pour autant apolitique, puisque il ne se limite pas à accepter passivement les structures sociales et les conventions de notre époque.

 

Ce pèlerinage à la rencontre du Christ est, de plus, communautaire et pas seulement individuel. Ce cheminement ne regarde pas seulement ce que chacun, comme individu, fait personnellement avec Dieu. Suivre Jésus signifie appartenir à la famille de ceux qui ont pour priorité d'essayer de faire la volonté de Dieu, au groupe de ceux qui célèbrent le règne de Dieu en partageant Sa table.

 

Simultanément, la communauté des disciples ne doit pas se considérer elle-même comme un groupe exclusif. Au contraire, selon les caractères évoqués par Jésus, elle doit être un groupe ouvert aux pauvres et aux pécheurs. Le "nous" ecclésial qui définit la suite de Jésus ne s'exprime pas pour exclure "les autres". C'est un "nous" inclusif, ouvert aux étrangers à la foi, disposé à s'identifier avec les marginaux et à reconnaître dans le cheminement une communauté qui va bien au-delà des autres signes d'identité plus visibles et formels.

 

20 - La "nécessité" de l'Église pour le salut

 

"Nous cheminons dans la foi, mais pas encore dans la vision" (2 Cor 5, 7). L'Église, guidée par l'Esprit Paraclet, continuatrice de l'œuvre du Christ lui-même, qui "est venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver et non pour juger, pour servir et non pour être servi" (48), rend publique la Bonne nouvelle de la réconciliation du monde avec Dieu dans le Christ, au travers de la Parole et d'une vie de témoignage qui, soutenue par le culte rendu au Christ, se fait elle-même culte pour que l'offrande des païens (les Gentils) soit elle aussi agréable à Dieu (Cf. Romains 15, 16).

De cette façon, la communauté ecclésiale, comme salut de Dieu dans l'histoire, apparaît comme une nécessité, (49) puisque elle permet d'identifier dans l'histoire le principe de la transformation salvatrice de l'humanité qui est Jésus Christ.

 

C'est "la voie ordinaire" du salut, ce qui suppose qu'il existe des voies extraordinaires, comme celles qui se rapportent à l'action de l'Esprit saint, qui distribue les "semences du Verbe" (50) présentes dans les rites et les cultures, et les prépare à germer dans le Christ. Il existe ainsi la possibilité d'être sauvé hors de la visibilité ecclésiale, mais la nécessité de l'Église s'affirme, pour que l'humanité dans sa totalité ait pleine conscience et espérance du salut.

Sans la communauté ecclésiale, il n y aurait pas dans l'histoire la certitude que Dieu veut conduire tous les hommes à la communion avec lui et avec tout le genre humain (51).

Toute l'histoire est histoire du salut, mais la plénitude de la vie est dans la manifestation et le don du Père qui se réalise pleinement et définitivement dans le Christ pour ceux qui l'accueillent (cf. Jean l, 1-18). "Il est médiateur de la grâce divine au plan de la création et de la rédemption" (52).

En ce sens, "l'Église catholique ne peut se comprendre elle-même comme une des nombreuses manifestations et présences historiques de l'unique Dieu-fait-homme Jésus Christ, que Dieu offrirait à l'homme à son libre choix. Non, l'Église se comprend et doit se comprendre comme la seule et totale présence historique du Dieu fait homme, Un dans sa vérité et sa grâce, dès l'origine et pour tous les hommes" (53).

 

     (48) Concile Vatican II, constitution Gaudium et Spes, n. 3.

     (49) Congrégation pour la doctrine de la foi, Déclaration Dominus Jesus, sur l'unicité et l'universalité rédemptrice de Jésus-Christ et de l'Église, Vatican, 2000, n. 20: "Avant tout, on doit croire fermement que l'Église en pèlerinage est nécessaire pour le salut, car le Christ est l'unique Médiateur et le chemin du salut, présent à nous en son Corps qui est l'Église et lui, en manifestant concrètement la nécessité du baptême (cf. Matthieu 16, 16; Jean 3, 5) a confirmé en même temps la nécessité de l'Église, dans laquelle les hommes entrent par le baptême comme par une porte. Cette doctrine ne s'oppose pas à la volonté salvatrice universelle de Dieu (cf. 1 Timothée 2, 4); c'est pourquoi il est nécessaire de maintenir unies ces deux vérités, à savoir la possibilité réelle de salut dans le Christ pour tous les hommes et la nécessité de l'Église en vue de ce salut même."

     (50) Cf. saint Justin, Apologie II, 7 (8), éd. D. Ruiz Bueno, BAC 116, Madrid, 1996,269.

     (51) Cf. G. Lohfink [Dieu a-t-il besoin de l'Église ?], Madrid, 1999.

     (52) Congrégation pour la doctrine de la foi, Déclaration Dominus Jesus, n. Il.

     (53) K. Rahner, ["Église, églises et religions"], in K. Ralmer et O. Semmelroth (éd.), [Académie théologique], Salamanque, 1967, 113.

 

21 - L'urgence de la conversion à travers le pèlerinage

 

Dans le message chrétien, l'appel à se mettre en route et à suivre Jésus est quelque chose de sérieux et

d'urgent: "les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est proche" (Marc l, 15).

 

Cette urgence exige que le pèlerin ne s'enferme pas en lui-même, ne se laisse pas distraire par ses propres intérêts (cf. Luc 9,57-62) ni emporter par le découragement, en sachant où il va, en faisant une confiance totale et en acceptant les risques du pèlerinage (cf. Luc 10, 4). Cette décision et cette définition ont quelque chose de perturbateur, elles sont une secousse qui ébranle les fondements de la vie conventionnelle. Il s'agit d'un sujet vital puisque l'orientation globale de la vie humain est en jeu.

La vie, à certains moments, en apparence si complète et pleine de sens, peut se révéler à d'autres moments superficielle, vide et dépourvue de sens. Prendre conscience de cela conduit indubitablement au repentir, qu'il ne faut pas comprendre uniquement dans le sens de se sentir attristé ou de changer la façon de voir les choses, mais qui implique aussi un changement complet, une modification radicale du cours et de l'orientation de sa propre vie, des motivations et des attitudes fondamentales dans lesquelles on a vécu en écartant Dieu de sa vie (54).

C'est pourquoi la nouvelle attitude est conversion, entendue dans le sens littéral de se retourner totalement et s'engager dans une direction différente. Sans aucun doute, le culte de saint Jacques le Majeur et le riche héritage du pèlerinage jacobéen ont été de véritables forces dynarnisantes d'un appel à la conversion au travers des siècles.

 

        (54) Cf. G. Bardy, [La conversion au christianisme dans les premiers siècles], tr. esp., Madrid, 1990.

 

22 - L'indulgence plénière

 

L'homme d'aujourd'hui, dispersé dans le vide de la superficialité, a besoin de se concentrer et, répondant à l'appel transcendant, d'orienter et de diriger ses pas vers le but véritable, "vers le prix que Dieu m'appelle à recevoir en Jésus Christ" (Ephésiens 3, 14). Ainsi la conversion signifie changer de chemin, de façon de penser et d'agir dans sa propre vie, ce qui est tout à la fois profondément douloureux et exigeant.

L'amour parfait, comme conformité totale de la vie à l'union à Dieu, remet totalement à l'homme, non seulement ses péchés, mais leurs conséquences. Cependant, l'homme sait par sa triste expérience qu'il n'est pas capable de cet amour.

L'indulgence plénière, don du Jubilé, dont nous pouvons bénéficier une fois par jour et qui peut s'appliquer aux âmes des défunts, est la grâce que Dieu nous accorde pour que notre avancée dans la conversion et l'amour se fasse de façon de plus en plus profonde, facile et rapide.

 

Par la prière efficace de l'Église, sacrement du Christ, l'indulgence est concédée de façon certaine et sûre. Mais comme pour les sacrements, la grâce et la communication personnelle de Dieu arrivent dans le monde et dans l'homme si celui-ci ne leur oppose pas d'obstacles.

C'est-à-dire que l'homme doit s'engager dans le repentir. "Les indulgences n'ont pas pour objet, et ne peuvent l'avoir, de soulager la pénitence personnelle  de l'homme et de se substituer à elle. Les indulgences, par essence, aident à atteindre réellement avec l'aide de Dieu et de façon rapide et efficace, ce que prétend la pénitence: la totale purification et la pleine maturation de l'homme à partir du fait central de son accueil de la grâce de Dieu. Elle atteint son but quand est présent l'authentique esprit de pénitence, en l'absence duquel on ne peut parler de repentir, sans lequel il n'y a pas de pardon des péchés, il ne peut y avoir non plus pardon des peines temporelles entraînées par les péchés" (55).

 

En ce sens, les indulgences prennent une profonde signification religieuse, en attestant notre situation comme membres de l'Église pèlerine: tout en regardant vers la patrie qui est Dieu lui-même, nous nous découvrons pécheurs et imparfaits, mais disposés à marcher sur le droit chemin en intégrant totalement les multiples dimensions de notre existence, en demandant l'indulgence jubilaire "où se manifeste la plénitude de la miséricorde du Père qui vient à la rencontre de tous avec son amour manifesté en premier par le pardon des fautes" (56).

 

        (55) K. Rahner, "Ablass", Lexicon für Theologie und Kirche I, Fribourg/Br. 1957, 52-53; cf. Id., ["Observations sur les indulgences", Écrits théologiques], Madrid, 1961, 189-216.

        (56) Jean-Paul II, Bulle Le mystère de l'Incarnation, n. 9.

 

23 - Pénitence et eucharistie, "sommets du pèlerinage"

 

De plus, par la participation aux sacrements de la pénitence et de l'eucharistie, qui supposent, nourrissent et expriment la foi et "dont la réception apparaît comme sommet du pèlerinage" (57), le pèlerin découvre "le Christ comme mystère de piété dans lequel Dieu nous montre son cœur miséricordieux et nous réconcilie pleinement avec lui-même" (58) et se contemple lui-même comme celui qui existe par le don et le pardon. "Cette connaissance koinônia de type vertical parce qu'elle s'unit au mystère divin, engendre, en même temps, une communion koinônia que nous pourrions appeler horizontale, c'est à dire ecclésiale, fraternelle, capable d'unir d'un lien d'amour tous ceux qui participent à la même table" (59).

 

De cette façon, dans la célébration de la pénitence et de l'eucharistie près de la tombe du saint Apôtre, l'Église est expression de l'amour et du pardon de Dieu, elle crée une communauté entre les hommes en les intégrant à la communion à son destin. C'est pourquoi l'Eucharistie est anticipation de l'unité eschatologique et avant-goût de la vie éternelle.

 

     (57) Julian Barrio Barrio, Un pèlerinage en esprit et en vérité, n. 35. Cf. Conférence épiscopale espagnole, [L'Eucharistie, nourriture du peuple pèlerin], Madrid, 1999.

     (58) Jean-Paul II, lettre apostolique A l'aube du nouveau millénaire, n. 37.

     (59) Jean-Paul II, Louange à la Trinité. L'homme et sa rencontre avec Dieu. Catéchèse du grand Jubilé (éd. esp. Madrid, 1982,94).

 

III - LE PÈLERINAGE À COMPOSTELLE, IMPULSION D'UNE NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

 

24 - L'universalité du salut

 

Le salut n'est pas seulement quelque chose qui advient à la fin de la vie, comme passage préalable à une situation nouvelle et définitive, ni un épisode de la vie, ni une qualité ajoutée à la vie normale. Le salut ne touche pas une partie ou un aspect de la vie: toute la vie est appelée à être sauvée, notre vie historique, dans ses conditions actuelles, ici et maintenant.

C'est une vision nouvelle (à partir de la foi), une relation nouvelle (avec le Père, avec les frères, avec soi-même, avec la nature), une perspective nouvelle (pour le présent et le futur jusque après la mort). Il ne consiste donc pas en l'acceptation d'un système de vérités et de valeurs, ni en un ensemble de rites; c'est plutôt une relation personnelle, vécue si profondément qu'elle s'actualise dans la célébration, se concrétise dans des comportements et s'exprime dans des concepts.

 

Être chrétien signifie être pleinement humain, et c'est le chemin pour l'être. L'Évangile nous enseigne à vivre, nous en indique les conditions et nous en offre le contenu. C'est la proposition d'une vie plus pleine (Jean 10, 10) qui, une fois acceptée, entraîne une nouvelle façon de vivre. Cependant, sans l'annonce de l'Évangile, il est impossible à l'homme de vivre humainement sa relation avec Dieu le Père. Le salut apporté par Jésus entre dans la vie lorsque le sujet individuel le découvre Lui, Jésus.

En même temps, la tâche de communication du salut ou d'évangélisation doit donner lieu au phénomène de l'inculturation entendue comme présence et fruit de la foi au sein d'une culture déterminée: "la synthèse entre foi et culture n'est pas seulement une exigence de la culture, mais aussi de la foi, une foi qui ne se traduit pas en culture est une foi qui n a pas été totalement accueillie, totalement pensée et fidèlement vécue" (60).

     (60) Jean-Paul II, [Message du pape Jean-Paul II à l'Espagne], Madrid, 1982, 94.

 

25 - Pluralité des chemins vers Dieu

 

Les chemins par lesquels l'humanité, et en elle l'homme particulier, chemine vers Dieu sont longs et multiples. Tout chemin qu'emprunte l'homme en toute fidélité à sa conscience est un chemin qui arrive à l'infini de Dieu. Ce qui revient à dire que la foi ne s'identifie à aucun projet culturel, aussi parfait soit-il. Alors que la culture est œuvre de l'humanité, même si elle est ouverte au divin, la foi ne s'identifie qu'à la mission évangélisatrice de l'Église et, en définitive, à la personne de Jésus Christ.

Il faut ajouter cependant que la foi ne s'offre pas chimiquement pure à une culture déterminée. La foi s'offre elle-même incarnée ou inculturée. Le principe d'incarnation, selon lequel la tradition ou le génie culturel d'un peuple ne doivent pas être éliminés ni éclipsés, doit donc prévaloir à moins qu'il ne soit évident qu'il s'agisse de quelque chose d'aberrant ou de préjudiciable aux personnes. (61)

 

        (61) Cf. Concile Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n. 41-44; Jean-Paul II, Lettre encyclique Fides et Ratio, Vatican, 1998.

 

26 - Le pèlerinage jacobéen comme véhicule d'évangélisation

 

Dans ce contexte surgit nécessairement la question de la légitimité de la culture traditionnelle du pèlerinage jacobéen comme véhicule d'évangélisation en Europe, où la transmission de la foi est en crise, où il est difficile d'annoncer l'Évangile et urgent de renouveler l'initiation chrétienne pour insérer l'homme dans le mystère du Christ, mort et ressuscité, et dans l'Église par la foi et les sacrements. (62).

Le Concile Vatican II nous donne la réponse dans la constitution sur la liturgie (63) et dans la constitution pastorale Gaudium et spes (64) où sont évoqués les deux principes de base, le principe de l'incarnation selon lequel l'Église peut être en communion avec les diverses cultures, et celui de la transcendance selon lequel l'Église n'est liée de façon indissoluble à aucune race ou nation, à aucune coutume ancienne ou récente. Dans l'histoire millénaire du pèlerinage jacobéen ces deux critères de base sont présents et le légitiment comme foi "incarnée" ou inculturée, capable de continuer à être une force qui impulse une nouvelle évangélisation dans la communauté ecclésiale.

 

     (62) Cf. Conférence épiscopale espagnole, [L'initiation chrétienne. Réflexions et orientations], Madrid, 1998.

     (63) "L'Église ne désire pas imposer une rigide uniformité, pas même dans la liturgie, en ce qui ne concerne pas la foi ou le bien de toute la communauté. Au contraire, elle respecte et s efforce de promouvoir les dons et les qualités spécifiques des différentes races et des différents peuples. Elle examine avec bienveillance et, si c'est possible, conserve dans son intégralité ce qui dans les coutumes des peuples n'est pas indissolublement lié à des superstitions et à des erreurs, et même, parfois, l'intègre dans la liturgie elle-même, chaque fois que c'est en harmonie avec le véritable et authentique esprit liturgique", Concile Vatican II, Constitution Sacrosanctum Concilium, N. 37.

     (64) Cf. Concile Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n. 58.

 

IV. FAIRE LE PÈLERINAGE DANS L'ÉGLISE, "PÈLERINE ET MISSIONNAIRE, PÉNITENTE ET EN CHEMIN, PRIANTE ET ÉVANGÉLISATRICE"

 

27 - L'Église dans le monde

 

Le pèlerin tourne son cœur vers le mystère de la Trinité et en lui vers l'Église. "Procédant de l'amour du Père éternel, fondée dans le temps par le Christ rédempteur, rassemblés dans l'Esprit saint, l'Église a une fin salvifique et eschatologique qu'elle ne pourra atteindre pleinement que dans la vie future. Elle est déjà présente ici sur terre, formée d'hommes, c'est-à-dire de membres de la cité terrestre qui ont été appelés à former dès maintenant, dans l'histoire de l'humanité, la famille des enfants de Dieu, qui doit grandir sans cesse jusqu'à la venue du Seigneur." (65).

Le concile Vatican II présente ici l'Église non comme une institution qui vit hors du monde, mais plutôt qui chemine en lui et se développe avec lui, comme organe du Christ pour le service apostolique et "guidée par l'Esprit saint [...] exhorte sans cesse ses fils à la purification et à la rénovation pour que brille avec plus de clarté le signe du Christ sur la face de l'Église." (66).

De cette façon, l'Église se situe consciemment dans un processus d'aggiornamento continu dans ses façons de se manifester et d'agir. Ainsi cette "mondanité" ou "historicité" de l''Église exige qu'elle ausculte, discerne et interprète, avec l'aide de l'Esprit saint, les différents langages de notre temps et les juge à la lumière de la parole divine pour que la vérité révélée puisse être perçue plus complètement, mieux comprise et exprimée en termes plus adéquats" (67) et qu'elle scrute à fond les signes des temps (68), c'est-à-dire, exige d'elle qu'elle vive dans le monde.

 

     (65) Concile Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n. 40.

     (66) Ibidem, n. 43. Cf. Concile Vatican II, Constitution Lumen Gentium, n. 15.

     (67) Concile Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n. 44.

     (68) Ibidem, n.4.

 

28 - Le "talent" critique de1'Église

 

L'historicité de l'Église, son caractère de pèlerin, évite le risque de l'immobilisme historique: "en vertu de sa mission et de sa nature, elle n'est liée à aucune forme particulière de culture humaine ou de système politique, économique ou social". (69).

 

D'autre part, si l'Église est tellement détachée des éventuelles "formes de culture humaine", c'est parce qu'elles doivent s exprimer en elle, comme l'exigent l'Évangile et le salut des hommes.

 

"Cette adaptation de la prédication de la parole révélée doit toujours être la loi de toute évangélisation" (70) qui, d'autre part, exige de nous un discernement attentif et soigneux du blé et de l'ivraie, du grain et de la paille, du bien et du mal au milieu des ambivalences et des ambiguïtés de l'humain.

L'Église, consciente qu'elle ne prêche pas pour plaire ou flatter les hommes (cf. 1 Thessaloniciens 2, 4; Galates 1, 10) doit se manifester dans le monde où elle vit, non pour "accommoder l'Évangile", mais pour l'annoncer plus efficacement ou plus simplement pour le rendre intelligible et assimilable.

Ce n'est que grâce à cette insertion constamment renouvelée dans le temps et la culture que l'Église, "à la fois groupe visible et communauté spirituelle, avance aux côtés de toute l'humanité et subit le sort terrestre du monde, et existe comme ferment et âme de la société humaine qui doit être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu". (71)

 

     (69) Ibidem, n. 42.

     (70) Ibidem, n. 44.   

     (71) Ibidem, n. 40.

 

29 - L'Église en dialogue

 

Dans le pèlerinage jacobéen, réalisé par un chemin de fraternité œcuménique, l'Église a maintenu dès les commencements une attitude de dialogue, et elle continue de le faire puisque, en contact avec le monde dans lequel elle vit, elle comprend plus pleinement et plus profondément la vérité même de la foi.

En conséquence, ce contact constant, ce dialogue avec le monde, c'est pour l'Église non seulement une possibilité, mais aussi un devoir, comme commencement et chemin vers "la totale unité" des chrétiens, "attendue et désirée aujourd'hui aussi par beaucoup qui ne croient pas au Christ" et qui la considère comme "présage d 'unité et de paix pour le monde entier." (72). Travailler en faveur de l'unité, c'est garantir la pluralité, la liberté et le progrès.

 

Le désir de ce dialogue n'exclut personne de la part de l'Église, qui non seulement parle, mais aussi écoute et apprend du monde dans lequel elle vit. Elle reconnaît en tout ce qui est authentiquement humain la voix de son Seigneur, "qui est non seulement la tête de son corps, mais aussi le créateur et maître du monde, " (73) qui procède de l'amour du Créateur et qui, tombé sous l'emprise du péché fut racheté par le Christ.

Dans le monde, l'Église apporte à la famille humaine, en pèlerinage sur la terre, le bien du salut, "qui manifeste et réalise en même temps le mystère de l'amour de Dieu pour l'homme". (74).

Il convient de dire que "cette mission est un processus complexe parce qu'elle doit intégrer une diversité d'éléments: l'annonce de Jésus-Christ mort et ressuscité; la libération de l'homme de tout ce qui menace son intégrité; l'élimination de tous les obstacles à la réconciliation; le dialogue avec les membres des autres religions; la défense de la création soumise à l'exploitation de l'égoïsme humain; l'incorporation à la communauté et à la célébration de la foi." (75). Face à cette complexité de la tâche missionnaire il est opportun de rappeler les mots de Jean-Paul II:

 

"Avançons avec espérance! Un nouveau millénaire s'ouvre devant l'Église comme un océan immense sur lequel il faut s'aventurer en comptant sur l'aide du Christ.. .Le Christ contemplé et aimé nous invite maintenant à nous mettre une fois encore en chemin: 'allez et faites des disciples de toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (Matthieu 28, 19). Le commandement missionnaire nous introduit dans le troisième millénaire en nous invitant à manifester le même enthousiasme que les chrétiens des premiers temps" (76).

 

     (72) Ibidem, n. 92.

     (73) Cf. E. Schillebeeckx, "Kirche und Welt", in J. B. Metz (édit), Weltverstiindnis im Glauben, Mayence, 1965, 134.

     (74) Concile Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, n. 46.

     (75) Commission épiscopale [espagnole]des missions, [La mission ad Gentes et l'Église en Espagne], Madrid, 2001, 15.

     (76) Jean-Paul II, lettre apostolique A l'aube du nouveau millénaire, n. 58.

 

30 - Le culte et la liturgie, force pour le dialogue ecclésial

L'action de dialogue, missionnaire et pastoral de l'Église puise sa force dans l'action culturelle ou liturgique avec sa double dimension. C'est l'action qui a commencé à l'Incarnation, par laquelle le Christ sanctifie l'humanité, se rendant surtout visible, "en étant présent par sa vertu dans les sacrements, de telle sorte que c'est le Christ qui baptise lorsque c'est Lui-même qui parle quand on lit dans l'Église les saintes Écritures" (77).

A ce mouvement de haut en bas correspond l'autre mouvement de bas en haut, qui se réalise dans la glorification du Père dans l'action liturgique de l'Église, spécialement "quand le Christ est présent dans le sacrifice de la messe" et "quand l'Église prie et chante" (78).

L'apostolat missionnaire vit donc de la liturgie, il en tire sa vigueur, surtout de la célébration eucharistique, signe de gratitude et action de grâces. C'est par cette attitude de prière que l'Église dans son action missionnaire veut réunir tous les hommes. De cette façon, dans l'action liturgique et priante l'Église apparaît comme pèlerine, puisqu'en elle le salut définitif est caché comme la force de son pèlerinage vers la possession achevée et sans voiles. Nous sommes les héritiers du salut ( cf. Hébreux l, 14) et nous sommes pleinement justifiés par la foi (Romains 8, 24). Ceci conduit saint Paul à dire:

 

"J'ai la certitude que les souffrances du temps présent ne sont rien en comparaison de la gloire qui doit se manifester en nous" (Romains 8, 18).

 

     (77) Concile Vatican II, Constitution Sacrosanctum Concilium, n. 7.

     (78) Ibidem.

 

      

 

19/02/2006

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