Grande chanson (Daranatz)

 

                                                   LA GRANDE CHANSON

                   livret de Toulouse XVIII° siècle (publié par Daranatz J.B. - 1927)

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01. Lorsque nous partîmes de France,

Tristes et marris,

Nous quittâmes pères et mères,

Tous nos amis.

Au coeur avions si grand désir

De voir Saint Jacques,

Avons laissé tous nos plaisirs

Pour faire ce voyage.

 

R. Nous prions la Vierge Marie

Et son cher fils

Qu'après avoir quitté la vie

Et nos amis

Il lui plaise nous accorder

A tous la grâce

Qu'en Paradis nous puissions voir

Le Bienheureux saint Jacques.

 

02. Quand nous fûmes dans la Saintonge,

Hélas mon Dieu

Nous ne trouvâmes que mensonge

Dans tout ce lieu.

Les Huguenots ont tout détruit

Avec furie,

De leur erreur ce fut le fruit

Et leur ignominie.

 

03. Quand nous fûmes au port de Blaye,

Près de Bordeaux,

Nous entrâmes dans la barque

Pour passer l'eau.

Il y a bien sept lieues de trajet

Jusqu'à la ville;

Nous portions tous le chapelet,

D'un coeur doux et tranquille.

 

04. A Bordeaux, nous nous promenâmes,

Tous compagnons,

Et presque partout nous chantâmes

Cette chanson.

La Métropole Saint André

Est magnifique,

Elle a un superbe clocher

Et une tour antique.

 

05. De Bordeaux nous fûmes par Castres

Jusqu'à Langon.

Nous portions tous nos calebasses

Et le bourdon,

Afin de nous encourager

Dans le voyage,

Et ne pas trop nous fatiguer

Dans ce pèlerinage.

 

06. Nous passâmes dans une ville

Nommée Bazas,

Et fûmes à l'hôtellerie

Etant fort las;

Et puis fûmes visiter,

La cathédrale,

En demandant la charité

Sans aucun scandale.

 

07. Nous continuâmes le voyage

Vers les Agraux,

Et sentîmes notre courage

Chasser nos maux;

Roquefort vîmes en passant

Petite ville.

Et fûmes à Mont de Marsan,

Où nous eûmes asile.

 

08. Les Barnabites nous donnèrent

La Charité

Ces Pères nous encouragèrent

Avec bonté.

Nous suivîmes notre chemin

Avec constance,

Animés du soir au matin

D'une vive espérance.

 

09. Dès que nous fûmes dans les Landes,

Bien fatigués,

Le sable nous brûlait les jambes

De tous côtés.

Compagnons, avançons chemin

Cette journée,

Profitons de l'air du matin,

Du frais de la rosée.

 

10. Etant arrivés à Bayonne,

Loin du pays,

Nous changeâmes tous en doublone

Nos beaux louis,

Devant d'abord nous engager

Dans la Biscaye,

C'est un pays rude à passer

D'un différent langage.

 

11. En passant à Sainte-Marie,

Hélas, mon Dieu,

Nous eûmes danger de la vie

Dans tout ce lieu.

Nous regrettâmes le pays

De notre France,

Où nous avions dans nos logis

Une grande abondance.

 

12. Quand nous fûmes à la montagne

Saint-Adrien,

Un reste de vin de Champagne

Nous fit du bien.

Nous avions souffert la chaleur

Dans le voyage,

Nous fortifiâmes notre coeur

Pour ce pèlerinage.

 

13. Près de la ville de Victoire,

Ah quel bonheur

De rappeler dans ma mémoire

La bonne odeur

Que nous donnait le romarin

Et la lavande

Depuis le soir jusqu'au matin,

Nous chantâmes louange.

 

14. Arrivés à Saint-Dominique,

Le coq chanta;

Nous l'entendîmes dans l'église,

Nous étonna.

On nous dit que le pèlerin,

Par un miracle

A ce signe ressuscité,

Ce n'est pas une fable.

 

15. A Burgos, grande et belle ville,

Nous pèlerins,

Visitâmes la belle église

Des Augustins.

Ces pères furent nous montrer

Le grand miracle,

De voir un Christ suer,

C'est une chose véritable.

 

16. Quand nous passâmes dans la ville

Nommée Lyon,

Nous chantâmes d'un air agile,

Cette chanson.

Les dames sortaient des maisons

Avec décence,

Pour voir chanter nos compagnons

A la mode de France.

 

17. Quand nous fûmes hors de la ville

Près de Saint-Marc,

Nous nous assîmes tous ensemble

Près d'un grand parc.

Nous aperçûmes un chemin

Vers Compostelle,

Et l'autre vers S. Salvateur

Notre divin modèle.

 

18. Quand nous fûmes au port d'Esture,

Bien fatigués,

Je sentis si grande froidure,

Que j'en tremblais.

Pour aller à Saint-Salvateur

Voir la relique

Nous marchâmes avec vigueur

Sur la route publique.

 

19. Quand nous fûmes au Pont-qui-tremble,

Bien étonnés

De nous voir une troupe ensemble

Fort exposés.

Voyant les ondes de la mer

Dans leur furie,

Dont le choc nous faisait trembler

Et craindre pour la vie.

 

20. Quand nous fûmes dans la Galice

A Rivedieux,

On nous marquait pour la milice

Jeunes et vieux.

Nous nous sauvâmes de ce lieu,

En diligence,

Et demandâmes tous à Dieu

Sa divine assistance.

 

21. Nous continuâmes le voyage

Pour arriver

Et sentîmes notre courage

Se fortifier .

Nous passâmes à Montjoie,

Près de Saint-Jacques,

Sans quitter un moment la voie,

Pour y arriver à Pâques.

 

22. Enfin étant à Compostelle,

Fûmes contens.

Nous courûmes tous avec zèle,

Petits et grands,

Pour rendre notre hommage à Dieu,

Dans son saint Temple,

Afin d'accomplir notre voeu,

Prenant des saints exemples.

 

23. Nous vîmes la superbe église

De ce saint lieu,

Nous invocâmes l'entremise

De notre Dieu.

On y voyait des pèlerins

De toutes langues,

Et des pays les plus lointains

Y chanter des louanges.

 

24. Nous trouvâmes à la chapelle

De saint Louis,

Un directeur rempli de zèle

Et bien rassis;

Nous confessâmes nos péchés

D'un coeur sincère,

Il nous dit qu'il était Français

D'un très bon caractère.

 

25. Nous fûmes à la Sainte Table

Pleins de ferveur,

Recevoir le corps adorable

Du doux sauveur.

Nous y reçûmes les faveurs

De Dieu lui-même,

Qui nous combla de ses douceurs

Par sa bonté suprême.

 

26. Divin Jésus, Sauveur des hommes,

Banquet sacré,

Nous vous offrons tels que nous sommes

L'humilité;

Vous nous ouvrez tous vos trésors

D'un amour tendre,

Nous donnant votre divin corps,

Afin de nous défendre.

 

27. Toute la troupe impatiente,

Par dévotion,

Courut pour prendre la patente

De confession,

Nous voulions aller visiter

Tant de merveilles,

Et nous devions le désirer,

Elles sont sans pareilles.

 

28. Nous vîmes le corps de Saint Jacques

Dessus l'autel,

Couvert d'une riche cazaque

Couleur de ciel.

Cet apôtre reçut nos voeux

Et nos prières,

Nous obtînmes dans ces S. lieux

Indulgences plénières.

 

29. Nous vîmes beaucoup de reliques

Dans le trésor,

Ornées d'un goût magnifique

D'argent et d'or.

On nous y fit voir le bourdon

Du grand S. Jacques

Qui est suspendu d'un beau cordon,

Sur de très belles plaques.

 

30. Etant partis de Compostelle,

En dévotion,

L'esprit soumis, le coeur fidèle,

De bonne union,

Nous prîmes le grand chemin

Qui mène en France,

N'ayant pour nous aucun butin,

Faisant peu de dépense.

 

31. Nous ne sentîmes la misère

Que faiblement,

L'Esprit de Dieu venait de faire

Ce changement,

Résignés à ses volontés,

Les chemins rudes

Nous paraissaient bien plus aisés

Chassait nos inquiétudes.

 

32. Nous ne chantâmes dans la route

Que nos plaisirs,

Et cette joie venait sans doute

Des saints désirs

Où nous étions de persister

Dans la sagesse,

Et nous nous sentions animés

D'une sainte allégresse.

 

33. Nous revîmes enfin Bayonne,

Le coeur content;

Plusieurs nous y firent l'aumône

Très noblement.

Nous fûmes voir en arrivant

La cathédrale,

Qui passe pour un monument

D'une figure ovale.

 

34. Nous partîmes tous de Bayonne,

Aussi contents,

Qu'un monarque assis sur son trône

En bonnes gens.

Nous arrivâmes à Bordeaux

Où nous couchâmes,

Et puis nous livrant sur les eaux

Au port, nous abordâmes.

 

35. De Blaye fîmes diligence

Vers nos parents,

Qui nous croyaient pendant l'absence

Morts ou mourants.

Ils nous connurent à l'instant

A nos cazaques,

Nous leur donnâmes largement

Des bijoux de S. Jacques.

 

Fin de la chanson

 

De Dieu soit béni

qui bien fera

aux pauvres pèlerins

    

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                                                                       11/12/2009

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