Mistral

 

                                                Frédéric Mistral : Mireio / Mireille

                                                       ----------------------------------

 

Je chante une jeune fille de Provence.

Dans les amours de sa jeunesse,

à travers la Crau, vers la mer, dans les blés,

humble écolier du grand Homère,

je veux la suivre. Comme c'était

seulement une fille de la glèbe,

en dehors de la Crau, il s'en est peu parlé.

 

Bien que son front ne brillât

que de jeunesse, bien qu'elle n'eût

ni diadème d'or ni manteau de Damas,

je veux qu'en gloire, elle soit élevée

comme une reine, et caressée

par notre langue méprisée,

car nous ne chantons que pour vous, ô pâtres et habitants des mas.

                                       ------------------------------------------------------------

                                                          (Chant X ...)

 

Console-toi, pauvre Mireille:  

nous sommes les Maries de Judée !

Console-toi, disaient-elles, nous sommes les Saintes des Baux !

Console-toi, nous sommes les patronnes

de l'esquif qu'entoure

le fracas de la mer furieuse,

et la mer, à notre aspect, retombe vite au calme.

 

Mais que ta vue là-haut s'attache

Vois-tu le chemin de Saint Jacques ?

Tantôt nous y étions ensemble, là-bas à l'autre extrémité;

nous regardions, dans les étoiles,

les processions fidèles qui vont

en pèlerinage à Compostelle,

prier, sur son tombeau, notre fils et neveu.

 

Et nous écoutions les litanies...

et le murmure des fontaines,

le branle des cloches, et le déclin du jour,

et les pèlerins par les champs,

tout rendait gloire, de concert,

à l'Apôtre de l'Espagne,

notre fils et neveu, Saint Jacques-le-Majeur.

 

Et, bienheureuses de la gloire

qui remontait à son souvenir,

sur le front des pèlerins nous épandions la rosée

du serein, et dans leur âme

nous versions joie et calme.

Poignantes comme des jets de flamme,

c'est alors que vers nous ont monté tes plaintes.

 

O jeune fille, ta foi est des grandes;

mais que tes demandes nous pèsent !

Tu veux boire, insensée, aux fontaines de l'amour pur;

insensée, avant la mort,

tu veux essayer la forte vie

qui en Dieu lui-même nous transporte !

Depuis quand as-tu là-bas rencontré le bonheur ?

                                        ----------------------------------------------------

    

  retour à Q.Culture Littérature

  home

                                                                       01/12/2012

delhommeb at wanadoo.fr