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Frédéric
Mistral : Mireio / Mireille (Chant X ...)
Assolo-te,
pauro Mirèio:
Sian
li Mario de Judèio !
Assolo-te,
fasien, sian li Santo di Baus !
Assolo-te!
sian li patrouno
De
la barqueto, qu'envirouno
Lou
trigos de la mar furouno,
E
la mar, quand nous vèi, retoumbo leu à paus !
Mai,
que ta visto amount s'estaque !
Veses
lou camin de Sant Jaque ?
Adès
i'erian ensèn, alin de l'autre bout;
Regardavian,
dins lis estello ,
Li
proucessioun que van, fidèlo,
En
roumavage à Coumpoustello
Prega,
sus soun toumbèu, noste fiéu e nebout.
E
'scoutavian li letanio ...
E
lou murmur di fountaniho,
Lon
balans di campano, e lou declin dou jour.
E
li roumiéu pèr la campagno,
Tout
rendié glori, de coumpagno,
A
l'Apoustoli de l'Espagno,
Noste
fiéu e nebout, Sant Jaque-lou-Majour.
E,
benurouso de la glori
Que
remountavo à sa memori,
Sus
lou front di roumiéu mandavian lou bagnun
Dou
serenau, e dedins l'amo
Ie
vejavian joio e calamo.
Pougnènt
coume de jit de flamo,
Es
alor que vers nautre an mounta ti plagnun.
O
chatouno, ta fe 's di grando;
Mai,
que nous peson ti demando !
Vos
beure, dessenado, i font de l'amour pur !
Dessenado,
avans qu'èstre morto,
Vos
assaja la vido forto
Que
dins Diéu meme nous tresporto !
Dempièi
quouro as avau rescountra lou bonur ?
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Console-toi,
pauvre Mireille:
nous
sommes les Maries de Judée !
Console-toi,
disaient-elles, nous sommes les Saintes des Baux !
Console-toi,
nous sommes les patronnes
de
l'esquif qu'entoure
le
fracas de la mer furieuse,
et
la mer, à notre aspect, retombe vite au calme.
Mais
que ta vue là-haut s'attache
Vois-tu
le chemin de Saint Jacques ?
Tantôt
nous y étions ensemble, là-bas à l'autre extrémité;
nous
regardions, dans les étoiles,
les
processions fidèles qui vont
en
pèlerinage à Compostelle,
prier,
sur son tombeau, notre fils et neveu.
Et
nous écoutions les litanies...
et
le murmure des fontaines,
le
branle des cloches, et le déclin du jour,
et
les pèlerins par les champs,
tout
rendait gloire, de concert,
à
l'Apôtre de l'Espagne,
notre
fils et neveu, Saint Jacques-le-Majeur.
Et,
bienheureuses de la gloire
qui
remontait à son souvenir,
sur
le front des pèlerins nous épandions la rosée
du
serein, et dans leur âme
nous
versions joie et calme.
Poignantes
comme des jets de flamme,
c'est
alors que vers nous ont monté tes plaintes.
O
jeune fille, ta foi est des grandes;
mais
que tes demandes nous pèsent !
Tu
veux boire, insensée, aux fontaines de l'amour pur;
insensée,
avant la mort,
tu
veux essayer la forte vie
qui
en Dieu lui-même nous transporte !
Depuis
quand as-tu là-bas rencontré le bonheur ?
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