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"Voyage
d'Espagne et d'Italie fait en 1726 et en 1727 par
Manier de Noyon,
écrit de sa main en 1736"
d'après
la publication du Baron de Bonnault d'Houët :
"Pèlerinage
d'un paysan picard à St Jacques de Compostelle" (1890)
"L'orthographe
de Manier étant absolument variable, je n'ai reproduit
fidèlement que celle des noms propres, sauf à donner,
s'il y a lieu, le nom rectifié entre crochets".
voir
aussi l'itinéraire résumé : Paris
1736 (Menier) ; Compostelle
1736 (Menier) ; Madrid
1736 (Menier) ;
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VOYAGE
D'ESPANGNE
FAIT
PAR GUILLAUME MANIER EN CETTE ANNEE 1726
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RAPPORT
DES PARTICULARITES DE CE VOYAGE
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(DE
CARLEPONT A PARIS )
Le
28 du mois de juin de cette année, sont arrivés
à Carlepont quatre petits garçons qui venaient
de Saint-Claude en Franche-Comté, un Duger, un Varest,
Brice Faivilet, Antoine Delorme. Ils furent reçus
à l'entrée du village, à une croix nommée la Croix
Minarde, avec le tambour et enseignes. Ce fut Monsieur
Bonnedame, père du curé, qui les a reçus, comme
ayant été à Saint-Claude, et Pierre Sterlin, chirurgien.
Ils ont fait le voyage en vingt-sept jours.
Dans
le courant de ce mois, à Plaincourt [Aplaincourt],
la femme d'un nommé Ravis fut tuée du tonnerre.
En courant, l'air de ses cotillons a attiré le tonnerre
qui l'a tuée et a jeté son bonnet à dix pas d'elle.
Dans
ce temps, de fréquentes demandes que mon capitaine
me faisait pour aller payer des billets qu'il m'avait
fait faire, ne me voyant pas en état d'y pouvoir
satisfaire si tôt, me firent prendre la résolution
de sortir du pays. Et, comme l'arrivée de ces petits
pèlerins de Saint-Claude avait donné envie à quelqu'un
d'en faire un plus long voyage, nous nous sommes
trouvés à trois du même sentiment pour aller à Saint-Jacques,
en Galices, et, pour cet effet, avons pris les mesures
pour cela, si bien que:
JUILLET,
du
6. Nous sommes assemblés tous trois, savoir: Antoine
Delaplaces, Jean Hermand et moi, pour prendre jour
pour partir et pour....
Le
7. Avons communiqué notre dessein au curé qui
nous a applaudis.
AOÛT,
le
5. Je fus passer contrat, à Noyon, chez Masson,
pour les terres que je lui avais vendues, séant
à la Montagne Mion et au Tordoy Lurus.
Le
18. Je fus à confesse, à Noyon, à Monsieur Descuvilly.
Le même jour, avons commandé des bourdons à Firmin
Ceuilly.
Le
22. Avons été demander nos certificats au curé,
qui nous furent accordés tels que les voici:
Certificat
du curé. - Ego infrascriptus, rector parochialis
Sancti Eligii Carolopontis, testor omnibus... aut
interesse poterit, ac fidem facio, Guillelmum Manier,
parochianum nostrum, fidem catholicam, apostolicam
et romanam profiteri, ipsumque peregrinationis causa
ad sanctum Jacobum Compostellanum in Gallicia ac
Romam hactenus aggredi velle. Qua propter omnes
quotquot rogandi sunt, vehementer desprecor, ut
illi liberum ac facilem aditum proebeant, illumque
auxiliis ac omnibus facultatibus juvent. Datum in
oedibus nostris Carolopontanis, anno Reparationis
millesimo septingentesimo vigesimo sexto, in ea
die vigesima secunda augusti.
Avec
cela nous fûmes à Noyon, à l'évêché, au secrétariat,
pour le faire approuver de l'évêque, ce qu'ayant
vu, le secrétaire a mis ce qui suit:
Nos,
episcopus, comes Noviomensis, par Francioe, fidem
facimus et attestamur testimonium suprapositum,
esse scriptum et signatum manû propria magistri
Ludovici Bonedame, parochialis ecclesioe sancti
Eligii Carolopontis nostroe diocesis, eique fidem
adhibendam esse tam in judicio quam extra. Datum
Noviomi, in palatio nostro episcopali, anno Domini
millesimo septingentesimo vigesimo sexto, die vero
mensis augusti vigesima secunda.
Signé:
CHARLES FRANÇOIS, ÉVÊQUE, COMTE DE NOYON. Et plus
bas: De mandato : LEGRAND.
Après
cela, nous avons porté ce papier chez Monsieur Dopcens,
à la Croix Blanche, qui était pour lors maire de
ville, qui a mis son certificat au bas en ces termes:
Nous,
maire de la ville de Noyon, certifions à tous qu'il
appartiendra, que le nommé Guillaume Manier, garçon
âgé de vingt-deux ans, natif du village de Carlepont,
distant de deux lieues de cette ville, se dispose
à partir ce jour pour aller en pèlerinage à Saint-Jacques
en Galice. Pour quoi, nous prions ceux qui sont
à prier, de le laisser aller et revenir librement
et sans aucun empêchement et de l'aider, si besoin
est, de leur autorité, promettant de faire de même
en pareil cas. Donné à Noyon, ce 23 août 1726.
Le
dit Manier a satisfait aux ordres du roi pour le
sort de la milice. DOPCENS.
Et
le cachet des armes de la ville au bas, en rouge,
et celles de l'évêque, en blanc.
Avec
tout cela, nous sommes retournés à Carlepont, où
le lendemain j'ai fait à Jean Delaplace un bail
de neuf ans, d'une de mes maisons et des terres,
moyennant 50 livres chaque année.
Le
même jour, j'ai vendu, à Louis Vermand, un demi-quartier
d'aulnois, 12 livres.
J'avais
45 livres, Delorme avait 30 livres,
Hermand avait 12 livres. Dans le moment que nous
étions prêts à partir, est survenu le nommé Antoine
Vaudry, frère de mère à Hermand, qui a voulu être
du voyage. Ainsi, nous étions quatre pour partir.
Nous avons fait nos adieux, et sommes partis. L'on
a dit la messe pour nous.
DÉPART
DE CARLEPONT.
Le
lundi 26, à midi, lendemain de la Saint-Louis, sommes
partis de Carlepont, par la rue du Moulin, pour
aller droit à Tracy-le-Haut [Tracy-Le-Mont]; au
Bac [Tracy-le-Val]; à Berneuil; à Pierfond [Pierrefonds],
où nous avons couché au cabaret.
Le
27, avons passé à Condron; à Crépis-en-Valois, ville
où se faisaient, à Saint-Thomas, les services pour
le repos de l'âme de Madame la duchesse d'Orléans.
De là à Ormois; Amis-les-Champt [Esmy-les-Champs];
à Montagny, où nous avons couché dans une grange.
Le
28, à Esve; à Dammartin, petite ville; à Villeneuve;
au Miny [Le Mesnil]; à Rouaisy [Roissy]; au Bourget;
à Paris, où nous fûmes à l'hôpital de Saint-Gervais,
où nous avons couché et soupé à merveille.
Le
29, fûmes voir la foire Saint-Laurent, où nous avons
vu une lionne qui, de sa queue, cassait la jambe
d'un boeuf, un ours, deux autres lions mâle et femelle
et deux beaux tigres. Ils avaient des griffes comme
des chats et juraient de même.
Hermand
et Delorme ont couché à la Fleur-de-Lys-Double,
rue Jean-Painmolet, moi et Lacouture fûmes couchés
dans la rue Saint-Antoine.
Le
30, avons porté nos passeports chez monsieur le
duc de Gèvre, pour les faire signer, comme gouverneur
de Paris, qui ne nous ont été remis que le...
DES
PARTICULARITÉS DE PARIS.
Pendant
ce temps-là, nous fûmes promener à l'Observatoire
royal, au faubourg Saint-Jacques, où, dans le bâtiment,
n'y a ni fer ni bois. Il fut élevé en 1667.
Dans
la plaine de Grenel sont les Invalides. Les fondements
en furent jetés en 1670, et il fut fini en dix ans
de temps.
On
compte que Paris a près d'un million d'habitants
dont il y a au moins deux cent mille domestiques.
Le
Parlement de Paris a été établi le premier de tous.
L'Hôtel
du Luxembourg fut bâti par la reine, aïeule du roi.
C'était Marie de Médicis.
L'Hôtel
de Ville fut premièrement bâti de nouveau sous François
Ier, en 1535. La première pierre en fut posée avec
solennité, mais le roi Henri IV, dès 1606, le fit
remettre depuis le haut jusqu'en bas, avec nouvelle
réparation de la salle, pavillon, colonnes et tour
de l'horloge.
Le
prévôt des marchands, que toute la police est entre
ses mains et de quatre échevins, ils sont élus tous
les deux ans. Il y a vingt-six conseillers de la
ville, dix sergents qui servent au prévôt et aux
échevins. Les vingt-quatre porteurs de sel servent
aussi à porter le corps des rois décédés. Le prévôt
des marchands et les échevins sont nobles: leur
charge finie, ils ont qualité de chevalier.
L'évêque
n'est archevêque que depuis 1622, avec attribution
des églises suffragantes, distraites de l'archevêché
de Sens.
La
Ville a sept portes: celle de Saint-Antoine, celle
du Temple, celle de Saint-Martin, celle de Saint-Denis,
celle de Mommarthe, celle de Saint-Honoré et la
Porte-Neuve.
Le
pont Notre-Dame et celui de Saint-Michel: fut bâti
en pierres le premier depuis 1507, sous le roi Louis
XII, avec six arches et soixante-huit maisons de
hauteur de même aux deux côtés; aux quatre coins
sont des tourterelles. Le pont Saint-Michel, ayant
été bâti sous Charles VI, s'abattit en 1546 et fut
refait depuis, avec des maisons des deux côtés de
même hauteur.
Le
Pont-Neuf fut commencé à faire en mil six cent septante-huit,
sous le roi Henri III, qui a assis la première pierre.
Henri IV l'a rachevé et fut fini en 1604. Il Y a
douze arcades, sept du côté du Louvre, cinq du côté
des Augustins. Dessus la pointe de l'île est la
statue, sur le pont, du roi Henn IV, envoyée de
Florence par Ferdinand Ier, et Comme Ferdinant second,
son fils, oncle et cousin de la reine Marie de Médicis,
mère du roi Louis XIII.
Il
y a soixante-trois collèges. Il y a huit portes:
Samt-Bernard, Saint-Victor, Saint-Marcel ou Marceaux,
Saint-Michel,
Saint-Jacques, Saint-Germain, de Busy, de Nelle.
Il
y a soixante-neuf églises. Notre-Dame faite par
Dagobert, fils de Hugues Capet, et parachevée par
Philippe Auguste. Ses fondements sont sur pilotis
et toute la masse est soutenue de cent vingt piliers
ou colonnes faisant deux allées tout autour dans
l' oeuvre, sans y comprendre les chapelles. Sa longueur
est de cent septante-quatre pas, de largeur elle
a soixante pas, de hauteur cent pas. Elle a quarante-cinq
chapelles treillisées de fer. Elle a onze portes
dans le tour. Sur le frontispice, les trois portaux
de l'église sont les statues des rois, relevées
de pierre au nombre de vingt-huit, à commencer par
Childebert jusqu'à Philippe Auguste. Il y a deux
hauts clochers où dedans sont huit grosses cloches.
Dans le petit clocher, sur la croisée de l'église,
sont six moindres cloches. Au clocher, l'on y monte
par 389 degrés. L'on va d'une tour à l'autre par
deux galeries, l'une haute, l'autre basse. Il
y a tant chanoines que chapelains cent vingt-sept.
La
Sainte Chapelle de Paris fut faite par saint Louis
en 1242.
Le
collège de Navarre est le plus beau de tous; il
fut fait par Jeanne, reine de Navarre, femme du
roi Philippe le Bel. Celui de Sorbonne, par Robert
de Sorbonne, familier de saint Louis.
L'hôtel-Dieu
en 1660. L'hôpital des Quinze-Vingt, rue Saint-Honoré,
en mémoire de trois cents aveuglés par les Sarrasins,
fondé par saint Louis. Celui
de Saint-Louis-les-Paris, fondé par Henri IV, pour
les pestiférés.
Le
grand et petit Châtelet, faits par Jules César,
ou plutôt par l'empereur Julien l'Apostat. Il sert
aujourd'hui à tenir la cour et justice ordinaire
du lieutenant civil et du siège présidial, dits
à cause de ce le Châtelet et pour leur prison. L'hôtel
de Clugny, rue des Mathurins, sert aujourd'hui à
loger le nonce du pape. Etait aussi le palais ou
château des Thermes ou bains, où logeait le même
empereur.
Le
Louvre est le logis ordinaire du roi, quand il est
à Paris. Le premier bâtiment fut fait par Philippe
Auguste qui donna des murailles à Paris et qui le
fait paver et bâtir les halles. Charles V, dit le
Sage, le répara et accrut. François Ier et son fils
Henri II le parachevèrent. Henri IV a fait achever
les Tuileries.
L'hôtel
des Tournelles, qui était autrefois au lieu où est
aujourd'hui la Place Royale, fut démoli, l'an 1565,
par le commandement de la reine Catherine de Médicis,
parce que le roi Henri II, son mari, ayant été blessé
en un tournois, dressé en la rue Saint-Antoine qui
en est proche, est mort dans cet hôtel. Henri IV
fit commencer les maisons de cette place, de même
hauteur, l'an 1604, avec les arcades et les allées
couvertes qui y sont. Au milieu de cette place,
est posée la statue de Louis XIII, à cheval, le
tout en bronze.
Dans
l'enquête de la canonisation de saint Louis, il
est porté que ce pieux prince a dépensé à faire
faire la Sainte Chapelle, à Paris, plus de quarante
mille livres tournois, et que l'ornement des châsses
et reliques qu'il donna valait bien cent mille livres,
qui était une grosse somme en ce temps-là. La même
enquête de ce roi porte qu'il donna tant de blé
de rente à dix ou douze chanoines qui y étaient,
qu'ils avaient bien de revenu, chacun cent francs
par an.
RELIQUES.
Et
il y départit plusieurs trésors comme la couronne
de Notre-Seigneur, les langes et drapelets dans
lesquels fut enveloppé Notre-Seigneur par la Vierge.
Une chaîne de fer dont il fut lié. La nappe sur
laquelle il fit la Cène avec ses disciples, en l'institution
du Saint Sacrement de l'Autel. Une partie de la
vraie Croix. L'éponge. Le fer de la lance, du moins
une partie dont le soldat Longis lui perça le côté.
La robe de pourpre que Pilatte lui vêtit par moquerie.
Le roseau que les Juifs lui mirent au lieu de sceptre.
Une pièce de la pierre du Saint Sépulcre. Une partie
du Saint Suaire. Une croix de triomphe. Du lait
de la Vierge. La verge de Moïse. Une partie du chef
de Saint Jean-Babtiste. Saint Clément. Samt Simon:
qui sont les plus beaux joyaux qui sont demeurés
à nos rois. Un joyau, augmenté d'un coffret d'argent
doré, dans lequel fut enfermé le chef de ce religieux
prince et roi saint Louis après qu'il fut canonisé.
La
Chapelle fut anoblie par Charles V. Il a obtenu
du saint-siège, aux trésoriers d'icelle, d'user
de mitre, anneau et autres ornements pontificaux,
excepté la crosse, et donner la bénédiction comme
un évêque célébrant le service divin. Dans le pourpris
de l'enceinte du sanctuaire, cette chapelle a toujours
été royale de fondation.
Monsieur
Paquy nous apprend en ses recherches que nos autres
rois la voulurent, par succession des temps, honorer
des fruits et émoluments de leur régale. Le premier
qui l'en gratifia fut Charles VII, non à perpétuité,
mais pour trois ans, lesquels étant finis, il continua
autres trois ans, par ses patentes du 1er mars 1342,
le tout, pour être employé moitié pour le service
divin, l'autre pour l'entretènement des bâtiments
et édifices. Et, par autres subsequentes, du 18
avril 1358, il leur continua cet octroi pour quatre
ans, portant les lettres que le revenu fut reçu
par les receveurs ordinaires, plus proches des lieux
où écherraient les régales et par eux bailllées
au changeur du trésor, pour être par lui converties
en la réfection et réparation des ornements et vêtements
de la dite Sainte Chapelle.
Louis
XI, soudain, après le décès de son père, voulant
passer outre, par ses lettres du 13 septembre 1465,
leur accorda, tant qu'il vivrait, le profit des
régales pour employer la moitié à l'entretènement
des ornements, vêtements, linges de l'église et
pour en soutenir les vitres célèbres. Furent présentées
à la Chambre qui ne les voulut vérifier tout à fait,
mais les a seulement restreintes à neuf ans, par
son arrêt du 6 novembre 1465. Depuis ce temps, on
ne fit doute de leur accorder cet octroi, à la vie
de chaque roi, et, de fait quasi par un voeu solennel,
tous les successeurs de Louis XI leur octroyèrent,
à leur avènement, tous ces profits, tant qu'ils
vivraient et ne fit-on aucune difficulté à la Chambre,
d'en vérifier les lettres. Charles VIII, par ses
patentes du 12 décembre 1483, François Ier, le 18
mars 1514. Henri II, son fils, le 2 novembre 1547.
Jusqu'à ce que Charles IX, par son édit de Moulins
du 20 février 1565, ordonna que de là en avant tous
ses fruits appartiendraient à perpétuité à la Sainte
Chapelle.
Cette
église a encore plusieurs autres prérogatives, comme
de dépendre immédiatement du saint siège apostolique,
pour marcher de pair avec les chanoines de Notre-Dame,
en processions publiques et avoir ses bénéfices
et prébandes en la collation de nos rois.
L'évêque
de Tuculi [Tusculum], légat en France de la part
du saint-siège, consacra la Haute Chapelle le 27
avril 1248, et le même jour, Philippe, archevêque
de Bourges, dédia la Basse à l'honneur de la Sainte
Vierge.
En
l'an 1630, un plombier étant dans le clocher de
cette Sainte Chapelle, s'étant endormi, proche du
plomb qu'il avait fondu pour recouvrir le clocher,
le feu prit et brûla, non seulement le clocher,
mais encore tout le toit de l'église. Si ce n'eut
été le secours des marchands du palais, intéressés
pour leurs boutiques, sur lesquelles le plomb fondu
découlait, comme un ruisseau d'eau en temps d'orage,
il aurait été brûlé. Louis XIII répara la perte,
et le clocher fut rachevé par Louis XIV.
La
Chambre de la Tournelle établie la première en l'année
1667. Le parlement a été établi le premier de tous.
Après
toutes ces particularités, à notre connaissance,
sommes retournés chez monsieur le duc de Gèvres,
pour prendre nos passeports qui étaient faits en
cette façon:
Nous,
duc de Gèvres, pair de France, marquis de Fontenay
Mareil et Jagny, seigneur de Villier-le-Secq, Saint
Ouyn, comte de Trocy et autres lieux, premier gentilhomme
de la chambre du roi, brigadier de ses armées, gouverneur
de Paris, capitaine et gouverneur du château et
capitainerie royale de Monceaux, grand bailli et
gouverneur de Crépy et du Valois, permettons à Guillaume
Manier, natif de Carlepont, diocèse de Noyon, catholique,
apostolique, et romain, d'aller à Saint-Jacques
en Galice. Prions tous ceux qui sont à prier, de
le laisser librement et sarement passer, sans souffrir
qu'il lui soit fait aucun trouble ni empêchement,
mais au contraire, de lui donner tout secours et
assistance en cas de besoin, promettant de faire
de même en cas requis. En foi de quoi, nous lui
avons donné le présent pour servir et valoir ce
que de raison, et à icelui, avons fait mettre et
apposer le cachet de nos armes, et contre-signer
par notre Secrétaire ordinaire. Fait à Paris, le
30 août 1726.
Signé:
LE DUC DE GESVRES. Par Monseigneur: BLANCHAR.
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DE
PARIS A SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE
DÉPART
DE PARIS.
Le
31, à 10 heures du matin, sommes partis de Paris
pour aller au Bourg-la-Reine, bourg; à Antony; à
Lonjumeaux, bourg, où il y a une quantité de petites
halles couvertes de chaume et une fontaine au haut.
La rivière d'Orge y passe. Ce fut en cet endroit,
où un nommé Antoine Louvet, de Carlepont, a appris
le métier de
cordonnier,
où il eut le nom de: Dempt cruel et Gueule d'en
peine, à cause qu'il est grand mangeur. Ce fut monsieur
le marquis d'Esfiat qui le fit bâtir.
De
là, sommes allés à Balinvilly [Balainvilliers];
après, à Sainte-Geneviève; après Lière; à la ferme
de Bondousse où demeurait un nommé Pierre Louvet,
dit Marguette, de Carlepont, notre village, où nous
avons couché et avons été bien reçus.
SEPTEMBRE,
du
dimanche premier. Sommes allés au Plesier Dercouche
[Plessis d'Argouges], à présent dit le Plesier
Septville, où nous avons été à la messe, où en sortant
avons vu Louis, frère de Pierre Louvet, notre dernier
hôte, qui nous a menés au château voir le nommé
Lefeubvre, dit Baujoin, leur oncle maternel, qui
était receveur de ce château, qui, à la considération
de ses neveux, nous a fort bien reçus. Il avait
avec lui une de ses nièces, soeur de ces Louvet,
nommée Marie. Nous avons eu, de sa part, un lit
au cabaret, où nous avons couché.
Le
lendemain 2, ayant pris congé de lui, sommes partis
pour aller à Bertigny [Bretigny]; à la Bertonnière
[Bretonnière];
à Guittville [Guibeville]; à Esurinville [Avrainville];
à Tarfous [Torfou]; à la Poste [de Bonne]; à Estrechy
le Caron; à Estampe, ville (c'était le jour de la
foire); à Ville Sauvage; à Mondy [Montdesir]; à
Monarville, où nous avons couché à l'enseigne des
Trois Reines. Les pots d'étain de mesure de ces
cabarets: derrière l'anse est la largeur d'un écu
d'étain qui manque exprès à ces pots.
Le
3, sommes allés à Angerville; à Toury, bourg; à
Chantilly [Santilly]; à Artenay, bourg; à la Croix
Briquet, où nous avons couché à la Montjoie.
Le
4, à Langerrie [Langennerie]; à Sercotte, où en
sortant se passe un bois; à Orléans, ville.
DE
LA VILLE D'ORLÉANS.
Dans
cette ville, la rivière de Loire y passe. La cathédrale
est Saint-Agnan, fondée par Charlemagne. Cette ville
a eu autrefois titre de royaume, ensuite titre de
duché donné pour apanage aux enfants de France.
Ce fut Louis, frère du roi Charles 7, qui le reçut
sous ce titre. Saint Agnan est le patron de la ville.
Sur
le pont,est une croix de bronze, où au bas est l'image
de la Vierge, tenant Jésus-Christ entre ses bras
pour l'ensevelir. À un de ses côtés est à genoux
le roi Charles VII, l'épée au côté. De l'autre est
la pucelle d'Orléans, armée, bottée, éperonnée,
l'épée au côté, à genoux comme le roi, faisant génuflexions.
Elle a, comme une espèce de plastron, à son dos,
garni comme de coquillages, avec ses cheveux épars.
Tout est de bronze. Cette pucelle se nommait Jeanne
Darcq, dont il fut changé en celui de Lis. Elle
était native de Vaucouleur, en Loreine. Son épée
se montre à Saint-Denis. Il se fait une procession
en sa mémoire, tous les ans, le 12 de mai, où tous
par ordre de la ville se trouvent et vont jusqu'au
pont, où se dit une messe. C'est la fête de la ville.
La
forêt d'Orléans est de 70.000 arpents
de bois. Elle avait été mesurée sous François 1er
et avait pour lors 140.000 arpents.
Après avoir été défrichée et mise en terres labourables
à blé, vigne ou prairie. Elle commence à Monpipeaux,
va du côté du chemin romain, va à Giens.
Après
avoir vu les particularités d'Orléans, sommes passés
sur deux ponts, sur un desquels était un crucifix
de bronze. La rivière, pour lors, était à sec. Pour,
à l'égard de la ville, elle est de bonne grandeur:
des basses rues étroites et bien marchandes et peuplées.
Avant que d'arriver à la porte de la ville, pour
la quantité de maisons et jardins qu'il y a, il
semble un long faubourg d'une lieue. La place de
la ville est assez grande, mais mal située.
DÉPART
D'ORLÉANS.
De
cette ville, avons pris la route de Saint-Memin,
bourg; à Notre-Dame de Clairy, bourg; et nous avons
couché dans une ferme, une demi-lieue de là, dans
une grange.
Le
5, aux Trois Cheminées; à Saint-Laurent des Eaux,
bourg; à Nouan, bourg; à Muydes; à Saint-Guis [Saint-Die-sur-Loire],
petite ville; à Montliveaux; à Saint-Claudes, d'où
se voit le château de Chambort, résidence du roi
Stanislas. C'est un château superbe. Un quart de
lieue plus loin, en est un autre où la reine douairière
de Pologne demeurait. Nous avons couché à une ferme
peu loin de là.
Le
6, à Blois.
DE
LA VILLE DE BLOIS.
En
entrant à cette ville, nous avons vu plusieurs cadavres
pendus et rompus: un pour avoir volé un carrosse,
l'autre pour avoir habité avec une vache.
Le monstre est venu au monde et on l'a brûlé avec
ce misérable.
La
rivière de Loire passe en cette ville. Cette ville
est un comté. À trois lieues de cette ville est
un endroit, nommé le château de Bussy, où dans le
milieu de la cour du château, se voit, en bronze,
la statue du roi David, d'un grand prix. Elle fut
apportée de Rome avec celles de plusieurs rois et
empereurs et entre autres celle du moine Fustembergts,
celui qui inventa la poudre et l'artillerie.
A
Blois, se voit un fort beau château, qui tient à
l'église cathédrale, qui est élevé sur une éminence,
qui fait une belle face à la ville qui est en bas.
Ce château fut fait par François Ier et par la reine
Catherine de Médicis. Dans une allée du jardin du
château se voit l'effigie ou gravure d'un cerf qui
fut pris du temps de Louis XII, qui a un bois de
vingt-quatre rameaux. Le jeu de paume a, de long,
cinquante-sept pas et vingt de large, estimé le
plus grand de la France, si celui de Saint-Germain-en-Laye
ne le compare.
Il
y a un fort beau pont, tout neuf, magnifique, où
dessus est une croix élevée fort haute. Elle est
de pierre, de trente ou quarante pieds. Au-dessus,
est une belle croix de fer doré avec une grosse
pomme dorée aux bouts. La croix est sur la droite
en allant à la ville. Le pont a 400 pas
de long. Il y a un petit port assez beau.
C'est
là où l'on apprend à fond la langue française.
De
Blois, sommes allés à Choisy d'Onzin [Chouzy d'Onzain];
Onzin, bourg; à Veusve; à Chantier [Hautchantier],
où le mal de pied m'a si fort incommodé que je ne
pouvais plus marcher. Mes camarades avaient de l'avance
de plus de deux lieues. Un cavalier m'a attrapé.
Comme n'allant pas bien vite, et, me voyant fatigué,
m'a dit un remède pour endurcir mes pieds; savoir
du suif de chandelle, de l'eau-de-vie et de l'huile
d'olive fondus ensemble. En blasser les pieds fait
des merveilles. Avant que d'entrer à Amboise, mes
camarades m'attendaient sur le chemin avec cinq
autres pèlerins du village de Quertancourt [Cannectancourt],
près Noyon, qui allaient aussi à Saint-Jacques et
ils nous ont quittés avant d'entrer dans la ville.
Nous y avons couché.
D'AMBOISE.
Avant
que d'entrer en cette ville est un pont, où il faut
passer sur la rivière de Chère, qui est de bois,
où se paie, par tête, deux deniers. Cette monnaie
y valide à cause de cela. Ce pont a, de longueur
365 empas. Cette rivière est impétueuse et dangereuse.
Le
lendemain, samedi 7, me sentant soulagé de mes pieds,
sommes partis, pour aller au château, pour y voir
le bois d'un cerf qui avait vécu 900 ans.
Dans
la ville est une cloche furieuse appelée communément
Georges d'Amboise. Il n'y a rien de rare en cette
ville, les rues fort petites et peuplées. Il y a
quantité de caves, hors de la ville, dans des rochers.
DÉPART
D'AMBOISE.
Nous
sommes partis de cette ville pour aller à la Croix,
bourg; à Bléré, petite ville. Ce sont tous pays
de vigne. La Chère passe là. À Ofaux [le Fau]-sur-Indre,
bourg; à Mantlan, bourg, passe la rivière de Drome,
où nous avons couché, dans une ferme, sur la paille,
où dedans j'ai perdu douze sols.
Le
8, dimanche, après la messe, sommes allés à Ancelle
[Laselle]; au Port-de-Ville, bourg, où l'on passe
la rivière de Creuse; de là à les Ormes, bourg;
à Danger, bourg; à Ingrandes, bourg, où nous avons
couché dans l'hôpital qui est abandonné.
Le
9, à Châtelreaux, ville.
DE
CHÂTELREAUX.
La
rivière de Vienne passe en cette ville. Le pont
a 9 arches, 230 empas de long et 66 de large. Ce
fut la reine Catherine qui commença à le faire bâtir,
et il fut achevé par le duc de Sully, gouverneur
de la province. Il y a un vieux château où dans
les masures se trouvent certaines petites pierres
fort belles, que l'on appelle dIamants de Châtelreaux,
et qui, étant polies, ont du rapport à des vrais
diamants. Ce château est hors de la ville. Cette
ville est renommée pour la qualité des bons couteaux
et ciseaux.
Nous
fûmes arrêtés à la maréchaussée, qui nous ont fait
défense de marcher quatre ensemble, à cause de la
quantité de voleurs qui rôdaient par là. De là sommes
passés le bois, pour aller à la Tricherie; à Clin
[Clain]; au Grand Pont des Ances; à Poitiers.
DE
LA VILLE DE POITIERS.
La
rivière de Clein passe au bas de cette ville. Cette
ville est située comme sur un coteau. Dans l'église
de Saint-Pierre se gardent beaucoup de saintes reliques.
Dans celle de Saint-Hilaire s'y voit une pierre,
qui consume les corps morts en 24 heures
de temps, le tombeau de Geoffroi-la-Grand-Dempt,
fils de Merlusines, et une chambre où se garde le
tronc d'un arbre appelé le Berceau Saint-Hilaire,
où l'on y amène les fous pour les faire reposer
dedans, avec quelques prières que l'on fait dire
avec une messe, sous cette croyance qu'ils y recouvrent
leur bon sens. Et ceux qui se veulent railler les
uns les autres dans le pays, se renvoient au Berceau
Saint Hilaire.
Dans
cette ville est un maire, 25 échevins et
75 bourgeois. Le maire est élu tous
les ans, le jour Saint-Ciprien.
Charlemagne
y fonda l'église de Sainte-Croix, comme celle de
Saint-Jacques-l'Hôpital à Paris.
Le
pavé de cette ville est fort petit et pointu comme
celui de Verdun. Cette ville est grande et déserte,
peu peuplée. Au milieu de la place est la statue
de Louis XIV, en bronze peint en vert, le bâton
royal à la main droite et la gauche sur son côté.
Il est élevé sur un piédestal en carré, où chaque
coin est une figure d'homme jusqu'à la ceinture.
Autour est une grille de fer, en carré de 13
à 14 pieds de haut. Le palais est grand, mais
désert, où se fait des peignes de buis, de corne
et autres. Il y a un grand plaidoyer.
Nous
avons couché chez Madame Lamontagne, rue de la Tranchée.
Le
lendemain 10, fûmes faire rafraîchir nos passeports,
par Monsieur Dutière, pour lors maire. Ensuite avons
passé les bois, pour aller à Croutel, où nous avons
couché.
Le
11, à Colombiers; à Lusignan, ville.
DE
LUSIGNAN.
C'est
de cette ville qu'est sortie l'illustre maison de
Lusignan qui a donné des rois à Cipres et à Jérusalem.
La rivière de Clein y passe. Il n'y a rien de rare
en cette ville.
DÉPART
DE LUSIGNAN.
De
cette ville sommes allés à Chnet [Chenay], bourg,
où nous avons couché.
Le
12, à Chet [Chey], bourg; à la Bart [la Barre];
à Saint-Léger, bourg; à Briou, bourg, où nous avons
couché.
Et
sommes partis le 13, devant le jour, à cause que
les archers arrêtaient chacun à cause des vols qui
se faisaient fréquemment. Il y avait un pont, comme
une longue chaussée, avant d'être dans le village,
long de bien 200 empas. On nous dit
qu'ils menaient les gens à Rochefort ou à la Rochel,
pour les embarquer pour les îles. Cela nous donna
beaucoup de terreur, qui fit que nous avons passé
ce pont deux à deux, pieds nus, à 3 heures.
Le
principal sujet que l'on arrêtait chacun était à
cause que quatorze garçons, d'une bande, avaient
volé et violé une fille, et l'avaient attachée à
un arbre après cela.
Après
être passés ce bourg, sommes allés à Ony [Aunay]
bourg, où, dans le milieu des champs, y avons vu
les ruines d'une belle église qui avait été faite
par les Anglais, où, au-dessus du portail, est la
statue en pierre de Charlemagne à cheval, la couronne
sur la tête. Autour de l'église, est comme un cimetière
où se voit un nombre infini de tombeaux, de pierre
dure, fermés.
De
là, sommes allés à Viroulet [Virollet]; aux églises
d'Argenteuil, bourg, où nous avons couché assez
bien.
Le
14, sommes allés à Saint-Julien [de Lescap], bourg.
Tous ces pays sont des vignes qui n'y a pas d'échalas.
Le vin vient dans les pierres. Le raisin en est
excellent. De là, à la Rue; à Gnière [Annière],
bourg; à Saint-Hilaire, bourg; nous avons passé
derrière Ville-Dieu, à cause que l'on y arrêtait.
Nous avons couché à Saint-Hilaire.
Le
15, à la Rouvre [la Roulerie]; à Xaintes, en Xaintonges,
ville capitale de cette province, où nous avons
couché.
DE
LA VILLE DE XAINTES.
Dans
cette ville, était un chantre de notre village.
Il était à la cathédrale qui est Saint-Pierre, nommé
Houpin; nous avions même une lettre de recommandation
pour lui. Cet homme nous dit qu'il croyait que ce
fut un rêve
de
nous voir à quatre de son même village, que depuis
qu'il était là, il n'en avait pas seulement vu de
Noyon, qu'il était charmé de nous voir. Il nous
fit dîner splendidement et souper de même, et nous
fit donner un lit à la maison, où pend pour enseigne
le Fort Louis, vis-à-vis la porte Saint-Louis, une
des portes de la ville, du côté de Blaye.
Le
16, sommes allés chez lui déjeuner et dîner. Cet
homme est marié là, avec la fille d'un cordonnier
de la Rochelle, qui lui a donné du bien assez. Elle
nous fit bonne mine aussi. Elle a eu sept mille
livres. Il avait avec lui la nièce de sa femme,
nommée Mademoiselle Lefeubvre, que nous avons trouvée
mariée en revenant.
La
rivière de la Charente y passe. Il y a une partie
de la ville plus élevée que l'autre, sur laquelle
est la tour de Mantrible, près du pont. Elle fut
faite du temps des Romains. Il n'y a, au pont, que
deux arches. La cathédrale est Saint-Pierre, faite
par Charlemagne, dont se voit la tête gravée sur
la muraille dans l'église. L'on y remarque la vis
du degré, pour aller au clocher. Par le dehors de
la muraille on y voit une Y pour marquer, à ce que
l'on dit, que Charlemagne aurait fait bâtir autant
d'églises en France, avant celle-ci, comme il y
a de lettres à l'alphabet. Dans le faubourg Saint-Eutroppes
est l'église du même saint, où dedans se montre
la tête, qu'en la touchant, l'on est guéri de plusieurs
maux. Sur le pont est la statue de saint Charles.
Dans la ville est un couvent, où l'abbesse est une
Biron.
Cette
ville est en partie dans un fond, fort souvent inondée
des eaux.
Après
cela, sommes partis avec deux lettres que Ch. François
Houpin nous avait données de recommandation: une
(pour la liberté de passage de Blaye à Bourdeaux,
comme l'on ne passait pas facilement), pour Monsieur
Dupeux, maître de pension à Blaye; et l'autre, pour
un chantre à Bourdeaux, avec un écu de 3 livres
qu'il nous donna. Avec cela sommes partis.
DÉPART
DE XAINTES.
Le
16, sommes allés à la Jartes [Lajard], où devant,
nous avons vu un homme roué, en chemise fine, de
la compagnie de Cartouche, nommé Brides-les-Beuf
et son garçon Brides-les-Vaches. De là, à Pont,
ville, où nous fûmes chez Monsieur Guerleaux, procureur
général de l'hôpital, pour voir nos passeports.
Il nous donna un billet pour aller coucher à l'hôpital,
où nous y avons eu chacun chopine de vin et une
livre de pain, et mal couchés.
Le
17, à Bleur [Belluire]; à Saint-Chnis [Saint-Genis],
bourg; à la Bergerie, où nous avons couché.
Le
18, à Pesrou [Peyrou]; à Mirambeaux, bourg; au Petit-Gnort
[Petit-Niort]; à l'abbaye de Pleinne-Seve, bourg;
à Saint-Aubin, bourg; à Torlie [Etauliers], bourg;
à Pontel; à Fouchouboudeaux [Fossebondan]; à Saint-Martin;
à Blaye, ville et port de mer, où nous avons couché.
Le
lendemain 19, DE BLAYE.
L'église
de Saint-Romain est la principale de cette ville,
fondée par Charlemagne. Les habitants disent que
Roland-le-Furieux ou Roland-le-Palatin, neveu de
Charlemagne, était natif de cette ville et qu'il
en était comte. Il fut enseveli en cette eghse de
Saint-Romain , où fut mise son épée Durandal et
sa.trompe de chasse, au pied de son.tombeau, qui
depuis fut portée à Bourdeaux, à Saint-Surin.
Les
habitants de Blaye sont presque tous soldats pour
garder la ville.
La
ville est séparée d'avec les faubourgs. La citadelle
est sur une éminence, où dedans sont deux moulins
à vent. Cette ville n'est pas grande, mais longue,
dispersée en deux ou trois parts, fort peuplée et
marchande à cause du port, où la Garonne arrose
les murailles du fort. A une portée de fusil, dans
l'eau, est un fort pour découvrir, où les soldats
de Blaye vont tous les jours monter la garde avec
des petites barques.
Le
poisson y est bon marché.
Ayant
quelques prises avec Hermand, moi et Delorme, avions
résolu de quitter ce Hermand; pour cet effet avons
passé la Garonne dans deux vaisseaux, le 19, moi
seul dans un, ayant ma provision de vivres, ma gourde
pleine de vin blanc et douze sardines grillées.
Il m'a coûté dix sols de passage.
Le
port de Blaye est assez beau, rempli de vaisseaux
de toutes parts.
Nous
sommes arrivés, après avoir fait sept lieues sur
mer, à Bourdeaux.
DE
LA VILLE DE BOURDEAUX.
Étant
arrivés dans le bassin du port de cette ville, avons
vu comme une forêt de bois, pour la quantité de
mâts de vaisseaux qui remplissaient ce port, au
nombre de plus de 200. Ce port est appelé
le Port de la Lune, à cause de sa forme en croissant,
qui est fait cependant comme un arc dont la ville
est la corde. Ce nombre d'environ 200 vaisseaux
était fort bien équipé, royalement. Il y en avait
de 40 pièces de canon de toutes les nations:
des Indes, d'Espangne, d'Escosse, d' Irlandes, d'Angleterre,
d'Holandes, de l'Orient, de la Turquie, de France,
le tout, peint en différentes couleurs, très beau.
Nous
sommes rejoints au port et avons marché ensemble.
Le
Parlement de cette ville fut établi par Charles
VII en 1461.
La
France possède 15 archevêchés: le premier est
Paris, Raims, Sens, Lion, Bourges, Tour, Nerbonnes,
Auche, Toulouse, Rouen, Bourdeaux, Ambrune, Vienne,
Arles et... Les primats sont: Sens, Lion, Bourges,
Nerbonnes, Rouen, Bourdeaux et Vienne.
La
rivière de Garonne sort des Monts Pirennés, elle
reçoit la Dordogne. A Bourdeaux est le flux et reflux.
Sur l'autre rive de la Garonne est un bois de cyprès,
dont ceux qui partent de Bourdeaux prennent une
branche de ces cyprès de la main du maire ou des
jurats.
La
ville a de tour 2583 brasses et 905 de long. Il
y a treize portes.
Il
y a un maire et six jurats, avec autant de quartiers
que l'on appelle jurades. Ils ont été autrefois
cinquante jurades et ont été réduits à six, depuis
1548. Le maire est toujours un seigneur du pays,
et les deux premiers jurats sont de la noblesse;
les deux autres sont deux avocats en parlement;
et les deux autres sont bourgeois ou marchands.
Ils ont une belle suite de plusieurs officiers politiques
et archers du guet. Ils sont quarante archers qui
vont devant eux, quand ils vont en corps. Le maire
est revêtu d'une robe de couleur blanche et bleue,
avec des parements de brocart; et les jurats ont
des robes de damas blanc et rouge, doublé de tafetas
rouge. L'archevêque ou le doyen du chapître, à son
absence, reçoit le serment du maire dans l'église
cathédrale de Saint-André.
Il
y a dans la ville: douze paroisses, huit couvents
de religieux et religieuses, le Collège des jésuites
(où sont reçus les pèlerins de Saint-Jacques par
fondation) fondé l'an 1580.
Il
y a un ancien château, dans la ville, appelé du
Ha ou du Fart, et un autre appelé le Château-Trompette,
qui est un ouvrage du roi Charles VII, de l'an 1454,
pour empêcher les fréquentes révoltes de la ville
pour les Anglais. Le premier est vers le couchant,
dans un lieu marécageux, près de Saint-André. Le
Château-Trompette est sur le bord de la Garonne.
Après
avoir expliqué tout cela, je dirai en passant que
les vendanges étaient prêtes à se faire et que,
pour cet effet, la méthode du pays est que les vendangeurs
s'assemblent sur une place exprès, dans la ville,
environnée d'allées d'arbres; où il s'en trouve
là quelquefois cinq à six cents avec les paniers
et autres outils nécessaires pour la vendange; où
les bourgeois, qui en ont besoin, vont sur cette
place convenir avec le chef, de 5, 6 ou plus, s'il
en a besoin, à tant par jour, et les emmène de cette
façon à sa vigne.
Et
comme un de nous était incommodé, qu'il s'était
fait saigner à Blaye, avant l'embarquement, que
cela n'allait pas mieux, nous l'avons mis à l'hôpital
aux Jésuites, où il fut bien couché et sollicité;
et, pour lui faciliter sa convalescence, nous autres
trois, nous sommes mis dans la foule des vendangeurs
et nous fûmes enlevés d'un seigneur pour vendanger
à... sol par jour. Avons venu coucher aux Jésuites,
où nous eûmes chacun chopine de bon vin, une livre
de pain et bien couché.
Le
20, nous fûmes retrouver notre gentilhomme, nommé
Monsieur Giast, qui nous a menés au Bourscades,
sur le bord de la Garonne, à une demi-lieue de la
ville. Nous étions à lui vingt-neuf, entre lesquels
en était un, natif de Bergerat, qui avait le même
nom que moi: Guillaume Meunier. Ce qui nous fit
connaître, ce fut quand le monsieur nous appela
nom par nom; nous avons répondu tous deux, et nous
fûmes surpris tous deux. Par rapport au nom, nous
nous sommes divertis ensemble. Nous avons couché
dans une grange.
Le
21, avons travaillé dans une autre vigne.
Le
22, avons eu fait et sommes revenus à Bourdeaux
et avons remis notre dernière lettre de Houpin,
de Xainte, au chantre nommé Lafargues, musicien
à Saint-André. Nous avons couché aux Jésuites.
Le
23, avons vendangé dans le même village, pour un
vigneron.
Le
24, pour un autre, à Coudrant, de l'autre côté de
la ville, à 8 sols par jour et nourris.
Le
25, encore.
Le
26, avons eu fait. Nous sommes retournés à Bourdeaux
voir le marché, où se vendent toutes sortes de denrées;
où dessus est une fontaine, avec un beau bassin
de gré fort grand, où l'on descend dedans par quatre
endroits, de quatre à cinq degrés chacun et plus
même. Le bassin est rond; l'eau se perd par des
trous souterrains; les tuyaux, d'où sort l'eau,
ne sont qu'à un pied du bassin; et le bassin est
cinq ou six pieds plus bas que le pavé. Au-dessus
de cette fontaine est un vieillard peint en blanc,
avec des ailes et un bâton à la main.
De
là, fûmes voir la cathédrale Saint-André. Il y a
trois beaux clochers de pierre en flèche, hauts,
élevés, percés à jour comme celui de Saint-Thomas
de Crépis-en-Valois, faits par les Anglais.
Il
y a, pour forteresses, à cette ville, trois châteaux:
le Castel Tua, le Château-Trompette, le Fort-Louis
où dedans le dernier est la poudre. Dans les autres
sont dedans chacun une belle église et des moulins
à vent.
Il
y a une porte, entre autres, à cette ville, qui
se nomme le palais Gasiel. C'était autrefois un
palais que le diable avait fait en une nuit de temps.
Il y a encore des masures.
Cette
ville est belle, grande et marchande, bien peuplée
de très belles grandes rues droites. Elle est la
capitale de la Guienne, primat d'Aquitaine, université
fondée par le roi Charles VII.
Les
Romains la considèrent comme une ville franche et
libre. S'y voit encore le palais de Tutele, qui
était un temple consacré aux dieux tutélaires. S'y
voit aussi un très bel amphithéâtre bâti du temps
de l'empereur Galien.
Cette
ville fut brûlée par les Gost en 415, et les Sarrasins
la prirent en 732. Depuis, les ducs de Guyenne s'en
rendirent les maîtres. Héléonore, fille et héritière
de Guillaume X, dernier duc, la réunit à la France
par son mariage avec Louis VII dit le Jeune, en
1137. Dans la suite, elle a eu assez de part aux
malheurs du temps, durant les guerres de la religion.
L'église
métropole est composée de vingt-trois chanoines.
Il y a douze paroisses, deux abbayes.
Il
y a chambre de justice, siège de sénéchal, de l'amirauté,
un bureau des finances, un des monnaies.
La
foire était à la ville pour lors.
Il
y a une église, où la porte n'est remplie que de
fers à cheval. Des garçons maréchaux qui passent
dans cette ville, chacun forge le sien et le pose
là. Peu loin de là est comme une porte pour entrer
d'une place à une autre, où est une cloche qui se
sonne pour les affaires de la ville.
Après
tout cela vu, sommes allés coucher hors de la ville,
sur la route que nous devions prendre, dans le faubourg.
DÉPART
DE BOURDEAUX.
Le
27, au matin, avons parti de cette ville pour aller
à Saint-Guenet [Saint-Genès]; au pont de la Lances
[Talance]; à Saint-Jacques, où est un petit bois
de ciprès; de là, à Gravignan [Gradignan]; au Petit
Bourdeaux, l'entrée des grandes Landes, où se fait
près de trente lieues sans trouver autre que deux
ou trois maisons de distance à autre. Il y a des
temps où les eaux sont fort hautes, dont les vachers
et autres qui gardent les bestiaux, sont obligés
de marcher avec des échasses de trois ou quatre
pieds de hauteur de l'eau, et le soir, ils ont des
huttes faites exprès pour y mener coucher leurs
bestiaux. C'est le pays le plus ennuyeux du monde.
Enfin nous fûmes jusqu'à la poste, où nous avons
couché sur le foin.
Le
28, sommes allés à Clamlepeutche [le Putz]; à la
Parpe [la Barp]; à Censier-la-Vargues [la Vegne];
à la Vignol; à Beslière [Beliet]; à Lespitala [L'Hospitalet
de Beliet]; à Beslin [Belin], où nous avons passé
la rivière et couché là. Tous ces endroits, aux
environs, sont des bois de pin, où se fait de la
résine en guise de chandelle. Ils font une entaille
dans le pied de ces arbres, comme un dépôt où toute
la sève découle. Ils la recueillent et font bouillir
dans des chaudrons, puis en font de ces sortes de
chandelles dont ils se servent dans ce pays.
Le
29, à Murest; à Lispostel [Lipostey], où nous avons
couché à une maison su le chemin, à quelque distance
de là.
Le
30, à la Boire; à la Basse [la Baste]; à Lafarines
[Laharie]; à Lesperon, couché.
OCTOBRE.
Le
mardi 1er, sommes allés à Talin [Talet]; à Gorberat
[Gourbera]; à Erm [Herm], où nous avons couché.
Le
2, à Saint-Paul, où l'on passe dessous le clocher
de l'église qui est un clocher rond. De là, à Daxe,
ville, où nous avons couché dans le faubourg.
DE
DAXE.
Nous
avons couché dans le faubourg de Sabla, qui est
séparé de la ville par la rivière de l'Adour. Le
maître des postes de cette ville réside dans ce
faubourg; il se nomme Laborde, frère du sellier
des mousquetaires noirs.
Les
noyers dans ces environs sont communs, aussi bien
que des sources salines et mines de fer, où sont
grand nombre de forges.
C'est
de la province du Périgord: à deux lieues de Périgeux,
la capitale, où se voit une fontaine, à deux lieues
de là, que l'eau se convertit en pierre et se gèle
comme glace, formant mille figures différentes.
Ce
qu'on y jette se convertit de même en pierre ou
se revêt d'une croûte précieuse.
L'Adour,
qui passe de Daxe à Bayonne, porte bateaux. Il y
a 7 lieues.
FONTAINE
BOUILLANTE.
Cette
ville possède en elle une fontaine qui est bouillante,
dont il sort dans une rue de la ville, par deux
cahos de cuivre. Cette fontaine n'est ni carrée
ni ronde, d'une mesure inégale; elle jette l'eau
toute fumante dans la rue et chacun en prend pour
laver la vaisselle. Elle est enclose dans une cour
d'un tourneur, où il n'y a qu'un petit sentier pour
y entrer et pour faire la séparation d'une autre
qui est tout près, dont l'eau est froide comme la
glace et n'a de grandeur que la moitié de l'autre.
La
bouillante, peut avoir 50 empas de tour,
environnée de maisons. L'eau est chaude toujours
plus en plus en allant au fond. L'on y a jeté autrefois
un plomb avec une ficelle pour en sonder la profondeur,
l'on n'a jamais pu parvenir au fond. Autrefois,
un menuisier, qui était fou à courir les rues, est
tombé malheureusement dedans. Il fut retiré sur
le champ cuit, qu'il tombait par lampion [lambeaux].
Derrière
les Capucins, hors de la ville, sur le bord de la
rivière est une maison bourgeoise, où dedans sont
renfermés trois bains, appelés les bains de Daxe,
qui sont renommés par toute la France. Ils sont
séparés l'un de l'autre. Ils sont enclos de planches
peintes en rouge. L'on descend dans chacun par un
escalier de planches, qui va jusqu'au fond, pour
prendre les bains tant et si peu que l'on souhaite.
L'eau en est tiède, c'est pourquoi l'on se déshabille
pour y entrer. L'un s'appelle la Boue, le second
le Vin chaud, le troisième le Meilleur. La personne
qui nous a expliqué cela était charmée et s'en faisait
un vrai plaisir. Elle était fille, qui servait dans
cette maison, mais une beauté ! Elle nous a donné
à dîner. L'un de nous en était épris.
La
ville est à peu près comme Noyon, mais bien peuplée.
Le pont a douze ou treize arches.
Ce
pays est en renom pour les cochons noirs qui y sont
aussi communs comme les blancs ici.
Après
avoir considéré cette ville et ses particularités,
sommes allés à Uers (qui était le 3 du mois); à
Questamesse; à Messe [Mées et Bas-Mées]; à la Rivière;
à Soumuse [Saubusse]; à Saint-Jean-de-Marsacq; à
Sobrie [Saubrigues], pays montagneux garni de pertrons
d'Espangne, qui sont fleuris presqu'en tous temps,
jaunes, hauts de cinq à six pieds, une feuille longue
et étroite, qui produisent de la graine comme celle
des
genêts;
et il y a aux branches des picots longs d'un pouce
et plus, gros comme un clou, presque aussi forts,
et pointus comme une épingle.
De
cet endroit, avons commencé à entendre gronder les
flots de la mer comme un tonnerre, d'où il semblait
que toute la terre s'allait ouvrir, quoique nous
en étions loin de 5 à 6 lieues. Nous a fallu
dépouiller pour passer dans l'eau, à ces environs,
où nous en eûmes jusqu'aux genoux. Après cela, sommes
arrivés à Saint-André [-de-Seignaux], chez un gentilhomme
ruiné, où nous avons couché.
Le
blé et pain de sarrasin sont si communs en ces environs,
qu'il ne s'en voit guère d'autres.
Le
4, avons fait la lessive dans un chaudron que la
dame nous a prêté. Après cela, fûmes à Saint-Martin
de Lusignan [Saint-Martin-de-Seignaux]; à Bayonne,
ville, où nous avons couché.
DE
BAYONNE.
Dans
cette ville est un faubourg, appelé le faubourg
du Saint-Esprit, où nous avons couché chez Madame
Belcourt, la première maison en entrant, sur la
droite, où est pour enseigne une coquille de Saint-Jacques
attachée au-dessus de la porte. C'est là où tous
les pèlerins de Saint-Jacques logent en allant et
venant. Cette femme est connue aux quatre coins
du monde pour cela.
A
la porte, est une sentinelle pour empêcher les soldats
de sortir de la ville. Nous fûmes très bien couchés
chez elle.
Le
5, qui était dimanche, nous avons laissé nos hardes
chez elle, et nous sommes mis le plus propre qu'il
nous fut possible, et avons passé de quatre à cinq
fois, sans que dans la quantité de plus de trente
sentinelles on nous ait rien dit. (j'avais changé
un écu de 6 l. en argent d'Espangne). Ayant traversé
le pont, tel que je le dirai, nous sommes parvenus
dans le faubourg du côté d'Espangne, où était un
fort beau château où demeurait la reine douairière
d'Espangne, veuve de Charles 7, qui est une femme
haute de six pieds, où elle est gardée par des troupes
de France de la garnison de cette ville. Nous nous
sommes là rejoints tous quatre, où nous avons resté
quelque temps, espérant quelque gratification d'elle;
mais au contraire, un valet de chambre vint à paraître,
qui nous fit galoper par une sentinelle, nous voulant
faire reconduire à la ville, ce qui nous fit prendre
la fuite aussitôt.
Et
dans ce temps, Delorme et moi, avions résolu de
quitter les autres, à cause de leur manière de vivre
qui n'était pas du tout traitable; et Delorme me
trahissait à merveille, il racontait aux autres
nos résolutions entre nous deux. Voyant cela, nous
marchâmes tous ensemble jusqu'à Usa [Onzac]; et
plus loin à l'Anglet, où nous avons couché dans
une écurie, où j'ai perdu pour un écu d'argent d'Espangne.
Le
6, je suis parti pour aller à Desvidalle; à Bidard
[Bidart]; à Saint-Jean-du-Lud, dernière ville de
France. Cette ville ne passe que pour un bourg,
mais il est très gros, bien peuplé, gardé par des
troupes de France. La mer arrose les murs de cette
ville. Il y a un pont, dans le milieu, qu'il faut
traverser, fort long, devant entrer dans la ville.
La mer bat contre un mur qui est entretenu de dix
ou douze pieds de haut et autant d'épais. L'on le
fait à neuf trois ou quatre fois par an, à cause
de l'impétuosité avec laquelle les flots viennent
frapper contre ce mur. Les flots accourent l'un
sur l'autre, aussi fort qu'un cheval de poste; et
y étant arrivés, ils s'élèvent en l'air plus de 20 pieds de haut et retombent en arrière sur
les autres, et toujours de même. Dans cette ville
se faisait un vaisseau neuf.
Dans
cette province, la méthode de se coiffer: pour les
hommes, au lieu de chapeaux, sont des bonnets d'étoffe
de couleur de celle des Savoyarts, faits en façon
des bonnets que les bedots ou serviteurs d'églises
se servent en France. Les femmes ont des mantilles
noires sur leur tête; elles sont d'une humeur très
charitable.
Après
cela, fûmes dans un cabaret à cidre, à deux sols
le pot: du cidre exquis. Ils ont la méthode de le
mettre dans des longues pièces, qu'ils appellent
foudres, qui ont de tour dans le milieu quinze ou
seize pieds et bien trente pieds de long, avec des
gros robinets de bois. Dans le jardin de cette maison
était un arbre de laurier qui avait environ pied
demi de tour dans le bas, haut de bien 30 pieds,
droit comme un jonc.
Ensuite
du dîner, fûmes à Orungne [Urrugne], bourg; à Bidard
[Baita ?]; au Pas~de-Vieux-Vis [le Pas de Behobie],
le dernier village de France, où est une petite
rivière qui fait la séparation de la France avec
l'Espangne.
Étant
arrivés au bac, le bactier nous refuse le passage.
Étant bien embarrassés, pour lors nous avons résolu
d'attendre la nuit pour passer sur des fascines
de blé de Turquie que nous nous promettions de faire
en voyant devant nous, n'eût été un prémontré, qui
venait d'Espangne, qui, nous voyant embarrassés,
pria le bactier pour nous de nous passer: ce qu'il
fit pour chacun un sol.
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ENTRÉE
EN ESPANGNE PAR LA HAUTE-NAVARRE.
D'abord
que nous fûmes passés cette petite rivière, nous
sommes arrivés dans une petite ville de la Navarre,
nommée Sainte-Marie-de-Hiron [Yrun], par un jour
de fête.
Nous
avons d'abord vu une quantité de filles et femmes
revêtues chacune de si grande beauté, qu'il semblait
être dans un lieu de délices, avec leurs cheveux
en nattes, des corsets bleus ou rouges, faites au
tour, des visages mignons au-delà de ce que l'on
peut imaginer. C'est pourquoi je peux dire que cette
ville est partagée d'un aussi beau sexe, comme il
s'en peut voir de toutes les villes de l'Europe
et, au contraire, pour la laideur des hommes. Les
femmes ont des manches à la marinière comme les
hommes.
Les
églises sont superbement ornées. Il n'y a guère
de villages en Espangne, qu'à l'entrée et au sortir,
il n'y ait une chapelle bien ornée et entretenue
avec de l'huile qui brûle toujours. Quand on sonne
l'angélus dans ces pays, en tel endroit que l'on
se trouve, faut se mettre à genoux. Ils y font mettre
les étrangers, même de force, en cas de résistance.
Nous
fûmes coucher chez le passeur qui ne dégénérait
pas en beauté, non plus que les autres même de toute
la Biscaye. Mais notre plus grand embarras, c'est
d'avoir perdu tout à coup l'usage de la langue française
et d'entendre pas parler, même espagnol, mais biscayen,
langue plus difficile que l'alemant. Nous fûmes
obligés de demander notre nécessaire par signes,
comme des muets.
Le
cidre à 4 sols l'asombre.
Pour
payer, c'était encore pire: fallut passer à leur
compte et leur mettre l'argent à la main pour se
payer. Il nous a coûté chacun 8 sols, qui font
4 réal de plate d'Espangne et 40 sols
d'argent de France.
Les
monts Pirénnée commencent dans ces environs, suivent
le long du Languedoct jusqu'à dans l'Auvergne.
Le
7, partant de là, avons vu sur notre droite la ville
de Fontarabie, autrefois siège des François. Il
s'y voit encore la brèche qu'ils ont faite. Il n'y
a que deux portes pour y entrer. La ville est très
petite et elle est arrosée de la mer.
Ensuite
nous fûmes à Yron [Irun] , village superbe comme
une ville, fermé de portes; de là, à Yarson [Oyarzun];
à Rintaries [Renteria], où il y avait des soldats
en garnison, c'est un village très beau. Après cela,
sommes passés à un quart de lieue de Saint-Sébastien,
où nous avons vu la brèche des François. Il n'y
a que deux portes, une par terre, une par mer. Là,
s'y vend des pierres d'hirondelle bonnes pour le
mal des yeux.
Nous
avons eu dispute ensemble avec Delorme et nous nous
sommes quittés. Ils ont été ensemble, et moi tout
seul. j'ai passé au Passage, où on me fit voir un
vaisseau que l'on faisait pour le roi d' Espangne.
De là, je fus à Arnannhis [Ernani], qui est un des
plus beaux villages de l'Espangnes, où il y a garnison,
qui m'ont arrêté pour me faire engager de force.
Ayant toujours résisté de parole, il n'en fut rien,
quoique le colonel me dit que j'étais déserteur
de Frances, que mon chapeau était un chapeau de
munition que j'avais rogné. Peu après, deux officiers
me vinrent solliciter; peu après sont arrivés mes
trois camarades que l'on leur a dit que j'étais
engagé. L'un d'eux voulait s'y mettre aussi: mais
lui ayant dit que non, avons remarché tous les quatre
vers Andouin [Andoain]; à Lichart, où nous avons
couché sur des planches.
Le
8, à Bilionne [Villabona], tous pays montagneux;
à Toulousette [Tolosa], ville; à Alesgria [Alegría];
à Stiedevisitte [Ycastigueta] ; à Lesgoret [Legorreta];
à Tisrondon [Ychasondo], où nous avons couché sur
des fougères.
A
Villefranques [Villafranca], beau village fermé
de portes; de là, à Biaquin [Veasayn]; à Yasis [Yarza];
à Sesguves [Segura], beau village comme une petite
ville; à Arret, où, bien loin en delà, un garde
du roi, ou commis, m'a pris un couteau à ressort
que j'avais acheté à Châtelreaux. Sur ces environs
sont des petits bois, où les paysans charrient avec
une petite charrette et deux boeufs. Les roues,
en marchant, vous divertissent pour l'harmonie qu'elles
font, à force d'être négligées de graisser. Elles
sifflent comme des cornets de toutes façons, tout
à fait récréatif. Nous étions pour lors au pied
de la montagne Saint-Adrien [San Adrian].
DU
TROU SAINT-ADRIEN ET DE LA MONTAGNE.
Cette
montagne est une des plus hautes du monde, il faut
bien deux heures pour y parvenir. Et y étant arrivés,
vous voyez une pierre aussi grosse, tout d'une pièce,
comme le plus gros château que l'on puisse s'imaginer,
où dedans le milieu est un trou percé que l'on appelle
le trou Saint-Adrien, où dedans est une chapelle
et un cabaret. Et de là en bas paraît tout précipice
de toutes parts. Après cela, l'on monte encore un
peu et l'on entre dans un bois. En descendant ou
en sortant, sur la droite se voit des montagnes
rouges, de différents rouges, fort curieux, qu'il
semble des tapisseries des plus belles. Nous sommes
arnvés à l'Aret, où nous avons couché pour chacun
2 chaves [ochavos] qui valent un sol.
Le
9, à Lousourdes [Zalduendo]; à Ligoeslesgria [Luzurriaga];
à Arbona [Arbulo]; à Laroges [Harraza]; à Loulouère
[Lorriaga]; à Victoire [Vitoria], ville, où nous
avons couché. Sur la place de cette ville sont deux
fontaines hautes de 6 ou 7 pieds, où il y a
à chacune six cahos par où l'eau sort. Le bassin
est rond et couvert, du moins celui où sont les
cahos, dont l'eau sort pour tomber dans le grand
bassin. Au-dessus est un lion assis sur ses pattes
de derrière, qui tient en celles de devant les armes
du roi. En sortant de là, de la porte par dans la
ville, du moins au-dessus de la porte, est un fauteuil
où dedans est assis le roi l'épée à la main. Cette
ville est peu de chose, il n'y a que quelques belles
vues.
Le
10, sommes allés à Esreigny [Ariñiz]; à Peuple [La
Puebla de Arganzon], beaux villages; à Leccoardo
[Lacorzana] ; à Mirandes [Miranda de Ebro], ville,
où nous avons été bien couchés.
Le
11, à Auronne [Oron]; à Amio [Ameyugo]; à Pancordes
[Pancorbo], où nous avons perdu notre route; à Stifiguerre;
à Exaleingne [Fonzaleche]; où nous avons couché.
Le
12, sommes allés à un couvent de S. Francisco, où
nous avons eu la soupe et une galette; de là, à
Valiartes [Vallarta de Bureba]; à Rameilles [Remelluri];
à la Calsades Santomigo [Santo Domingo de la Calzada],
en françois: à Saint-Dominique, ville, où nous avons
couché.
DE
LA CALSADES OU SAINT-DOMINIQUES.
Cette
ville est le véritable endroit, où est arrivé ce
beau miracle à l'endroit de ce pèlerin qui fut pendu,
sans
être
mort, par le faux jugement du juge. À un demi-quart
de lieue de la ville, avant que d'y entrer, est
là, comme une espèce de petite chapelle soutenue
de quatre piliers de pierre. C'est l'endroit où
fut pendu l'innocent pèlerin, dont nous rapporterons
l'histoire par la suite.
Nous
entrâmes dans cette ville pour aller à l'hôpital,
qui était comme un long cloître, où nous sommes
entrés, où nous avons vu, élevée en l'air la peau
d'un lézard remplie de paille, de la longueur de
5 à 6 pieds, d'une grosseur à proportion. Nous
y avons eu, pour notre souper, du bouillon, des
fèves et du bon pain, et mal couchés.
Le
13, fûmes à la messe à Saint-Dominiques. Remarqué
en entrant, à droite, une chapelle fermée d'une
grille de fer, où dedans était représentée, en bas,
la statue en argent de saint Dominiques, avec un
visage noir, de hauteur de 5 pieds, avec la crosse
en main.
Sur
la gauche, en entrant, se voit élevée en l'air,
à 20 pieds de haut, une cage de fer, peinte en
bleu, où dedans sont renfermés un coq et une poule
blanche, en mémoire de celui qui était rôti à la
broche du juge, qui a jugé l'innocent pèlerin, en
disant au père et à sa mère: "Si votre fils
n'est pas mort comme vous le dites, je veux que
ce coq, qui tourne embroché, saute sur la table
et chante". Ce que le coq fit par permission
divine. Et, pour cet effet, l'on a gardé des poules
de la race de ce coq, et l'on en élève, de temps
à autre, pour faire connaître que ce miracle fut
connu de là. Et l'on donne à chaque pèlerin deux
ou trois plumes de la race de ces poules et coqs,
que le plus souvent les pèlerins ont à leurs chapeaux.
Pour
en rapporter l'histoire en raccourci, il suffit
de dire qu'un jeune homme allant à Saint-Jacques
avec son père et sa mère, arrivant à cette ville,
furent logés dans une auberge, dont la servante
est devenue amoureuse du garçon. Lui ayant proposé
la lure, ce qu'i! ne voulut accepter, et pour se
venger de cela, le soir lui mit une tasse d'argent
dans sa besace sans rien dire. Et le lendemain part
sans savoir. La servante dit qu'il y avait une tasse
de perdue. On fait courir après ces gens et l'on
trouve la tasse sur le garçon, qui n'en savait rien.
La justice s'en est emparée, si bien qu'il fut condamné
d'être pendu et l'exécution s'en est faite. Le père
et la mère poursuivirent leur voyage, où, au bout
de quinze jours, furent de retour en cette ville;
ont trouvé leur enfant qui n'était pas mort par
permission divine. Ils vinrent chez le juge, lui
prier de faire dépendre leur fils qui n'était pas
mort. A
quoi le juge ne voulant pas ajouter foi, leur dit:
"Si cela est tel que vous le dites, je veux
que ce coq, qui tourne à ma broche, chante".
Ce que Dieu a permis. Le coq s'ôta de la broche,
sauta sur la table et chanta trois fois au grand
étonnement du juge, ce qui fit connaître la vérité
du fait. Et pour punition du juge, il y eut un jugement
rendu contre lui et ses successeurs, qu'ils porteraient
au col une corde pour ressouvenir de ce jugement.
Ce qui s'est pratiqué longtemps, et depuis la chose
s'est adoucie: ils portent un ruban rouge et donnent
à souper tous les jours à un pèlerin, en reconnaissance.
La
chemise de ce pèlerin se garde encore dans l'église
et la potence au-dessus d'une fenêtre. Elle est
de cette façon. L'église est ornée de très beaux
tableaux représentant le miracle et la vie et le
jugement de ce pèlerin et le procès.
Après
cela vu, sommes allés à Gnion [Grañon]; à Vessilcamine
[Redicilla del Camino]; à Vilpon [Villaipun]; à
Millamayort [Villamajor]; à Belreaux [Belorado];
à Soutante [Tosantos]; à Bilianbistia [Villambistia];
à Villranyu [Villafranca de Montes de Oca], ville,
où nous avons couché dans de bons lits après avoir
soupé: une écuelle de bouillon dans un petit gobelet,
du boudin à force, mais du bon pain. Cette ville
n'a rien de rare. Elle est petite, située sur la
côte d'une montagne, partie en haut, partie en bas.
Le
14, avons parti de là et passé dans un bois sur
une montagne. Avons passé à Daldouende [Zalduendo];
à Juesse [Ibeas]; à Castagnard [Castañares]; à Milayondes
[Miraflores], où nous avons vu du blé sorti de terre
qui balyoit au vent; de là, à Burgues [Burgos],
ville, où nous sommes arrivés fort tard et nous
avons couché à l'hôpital qui est au-delà de la ville.
DE
BURGUES.
Nous
sommes arnivés après souper et nous nous sommes
couchés tels, mais dans de bons lits.
Le
15, au matin, après avoir été à la messe aux Augustins,
nous· avons considéré les particularités de cette
église, principalement la chapelle où est gardé
le Saint-Crucifix, dont il est parlé si loin.
Cette
chapelle est enrichie d'une lampe d'argent aussi
longue qu'un muid. Au-dessus de la porte de cette
chapelle et même autour, le long du mur, de la même
hauteur, sont 40 lampes d'argent, savoir:
[20] d'une grosseur ordinaire, et 20, une
fois plus grosses. Dans le sanctuaire, en sont sept
autres grosses de même matière, plus grosses qu'une
pièce de vin, et une devant le Saint-Crucifix, encore
plus grosse. À chaque côté du Saint-Christ sont
un beau lustre d'argent avec six chandeliers de
même, de chaque côté. Tant dans la chapelle que
dans le sanctuaire sont cinquante lampes.
Autour
du mur de cette chapelle, à 20 pieds de haut,
sont vingt cierges de 2 pieds de tour chacun,
près de 4 pieds de haut. À chaque coin du marche-pied
de l'autel est un chandelier d'argent d'un demi-pied
de tour, haut de 6 pieds.
Le
devant d'autel est d'argent massif. Sur l'autel
sont douze chandeliers d'argent. Il y a autant et
plus de pots à fleurs d'argent et les fleurs d'argent
massif. Le tabernacle est de même matière, de la
hauteur de 2 ou 3 pieds, avec une vierge
dedans de la même matière. Dessus le tabernacle
sont six petits pots de fleurs et six bouquets,
le tout d'argent massif. Il y a, aux environs, six
pieds d'étoffe avec chacun un ange dessus, le tout
d'argent, de 4 à 5 pouces d'épais et autant
de haut. Chacun de ces anges tient un chandelier
de la même matière.
Pour
découvrir et montrer le Saint-Crucifix, il faut
d'abord allumer tous les cierges; ensuite le prêtre
revêtu de chasuble tire une corde (après avoir fait
sa prière), où est attaché un rideau, de devant
le Saint-Christ, qui est de toile noire où dessus
est imprimé un crucifix; ensuite tire un second
rideau de soie rouge marbré; ensuite le troisième
qui est de gaze fort claire, d'où se voit déjà, à
travers, le crucifix.
Les
religieux, qui possèdent ce précieux gage, disent
qu'il est en chair et en os. On le voit suer. Il
a les cheveux noirs et la barbe, sa tête posée sur
l'épaule droite. Il est de la hauteur de 5 pieds
passés. Les bras paraissent meurtris de coups et
de plaies cicatrisées et tout ensanglantées. Il
a le corps tout déchiqueté. Il semble que le sang
coule à vos yeux. Les Espagnols disent que l'on
lui fait la barbe tous les huit jours, comme à celui
d'Orinée [Orense] en Galice, que l'on lui coupe
les ongles des pieds et des mains, [comme] à celui
d' Orinée.
Ce
christ de Burgues n'a jamais été fait de main d'homme.
Il s'est apparu sur mer, d'où l'on l'a pêché en
grande dévotion, et se garde là depuis en grande
vénération depuis ce temps-là, et il s'y fait des
miracles tous les jours.
Dans
la nef de l'église, en entrant, se voit un autel
où est une fort belle vierge habillée proprement
avec de grandes manchettes de dentelles. C'est la
méthode du pays d'accommoder les saints et saintes,
comme des messieurs et dames.
Au
grand autel des moines est un tabernacle, où autour
est un cercle d'argent, haut de 4 pieds et
demi, 1 pouce d'épaisseur, et large de 4.
À un autre autel est Notre-Seigneur: à un côté,
revêtu d'une robe noire avec le corps et le visage
tout déchirés de coups; à l'autre côté, il s'y voit
dans les mêmes habits portant sa croix avec les
bourreaux derrière.
Dans
la sacristie est une fontaine, où l'eau monte dedans
un petit bassin où sont quatre cahos, d'où l'eau
tombe dans un autre petit bassin plus bas. Cette
petite fontaine est très curieuse.
Nous
avons acheté des petits christs de papier et trois
d'argent: Delorme deux et moi un, le tout 22
sols. Ils ont touché au Saint-Christ.
DE
L'HÔPITAL.
Après
cela vu, nous fûmes à l'Hôpital dîner, où l'on y
a trois repas à prendre, qui diminuent par étage.
À dîner, pour le premier, on nous a donné de la
soupe et de la viande, plus que l'on n'en peut manger,
avec une livre d'excellent pain blanc, une coartille
ou chopine de bon vin.
Après
dîner, je me suis accosté d'un chaudronnier français
qui m'a changé un louis de 24 l. Il m'a trompé de
6 l., parce qu'il me l'a changé en argent d'Espangne.
CATHÉDRALE.
Après
cela, nous fûmes voir l'église cathédrale, où il
y a huit clochers en rond, égaux d'hauteur, sans
deux ou trois autres qui sont séparés de ceux-là,
qui fait un joli effet. A cette église, toutes les
grilles et barreaux de fer, qui sont dans l'église,
sont dorés. L'église est enrichie d'une quantité
de beaux tableaux.
Ensuite
sommes retournés souper à l'hôpital. On nous donna
du pain plus bis qu'à midi, et chacun une demi-ration
de viande sans vin, ensuite coucher.
AUGUSTINS.
Le
vendredi 16, on nous a montré aux Augustins le Saint-Christ.
On ne le montre que ce jour de la semaine, à 7 heures
du matin. L'avons vu l'espace d'un demi-quart d'heure.
Le
traître Delorme avait insinué, dans ce temps, dans
l'esprit de Hermand, que je le voulais quitter,
ne disant pas que c'était par son avis et avec lui.
Fit que Hermand m'a cherché querelle à nous battre,
ce que nous avons fait.
Ayant
reçu quelques coups, je cassai mon bâton sur Hermand.
N'eut été le secours du chaudronnier français, il
y aurait arrivé autre chose. Toutefois sommes partis
de là, en bons amis, pour aller à Comentergoelche
[Quintanileja]; à Saint-Memin [San Mamés de Burgos];
à Trave de las Quastades [Ravé de las Calzadas],
où nous avons quitté notre droit chemin; à Ornille
el Camines [Hormillos del Camino], où nous avons
été fort bien couchés.
Le
17, avons repris notre chemin à Tardaep [Tardajos]
; à Ontane [Hontanas], au couvent des pères de Saint-Antoine
comme à l'hôpital de Burgues, où nous avons dîné.
Ces pères ont une lettre sur leur habit noir, un
T en rouge (cet hôpital est pour les passants),
qui pour la moindre incommodité coupent bras ou
jambes et les pendent à la porte de l'hôpital. De
là, à 4 Souris [Castrogeriz], ancienne ville
réduite en bourg. Dans toutes les villes d'Espangne,
ils ont l'habitude de vendre du poisson cuit et
le tout, pommes et poires, à la livre. Dans ce bourg
de 4 Souris, les dames m'ont pris des aiguilles
en quantité, parce qu'ils sont fous. Après mille
petits amusements, comme ceux-là et d'autres qui
ne voient jamais en Espangne faits de cette façon.
Dans cet endroit sont cinq ou six couvents. L'on
y fait du poivre écrasé d'une meule, par le coin,
toujours tournante et traînée d'un cheval qui a
les yeux bandés.
Après
cela, sommes passés sur une montagne qui n'était
que verre, d'où l'on en tirait pour faire des glaces.
Cette montagne reluisait comme un soleil. Ensuite
sommes allés à Yteros le Castille [Itero del Castillo];
à Godil del Camines [Boadilla del Camino], où nous
avons couché chez un paysan, dans de la paille hachée,
de ce qu'ils donnent à manger à leurs boeufs en
guise d'avoine.
Le
18, à Fromista; à Posulations [Poblacion de Campo],
où nous avons grappillé dans une vigne vendangée.
Avec les grains que nous avons ramassés, nous nous
sommes ivres tous quatre. De là, nous fûmes à Resmingues
[Revenga]; à Biliarmentereau [Villarmentero]; au
grand Carillon [Carrion], ville, où nous avons recoqueire
sur de la paille. Pour entrer à cette ville est
un pont sur une rivière, la ville est peu de chose.
Le
19, sommes allés à un hôpital, sur le chemin peu
loin de là, où l'on donne pour pasade [pasada] du
pain; de là, au couvent nommé le Grand-Cavalier
où l'on donne la pasade. De là, à Marottines [Moratinos];
à Saint-Nicolas [San Nicolas del Camino frances],
où nous avons recoqueire.
Dans
ces quartiers est un beau sexe habillé proprement:
taille fine, les manches de leurs chemisettes justes
comme celles des hommes en France, leurs poignets
de chemise garnis de dentelle noire et sur le tour
de la gorge et col, ce qui les fait paraître blanches
comme albâtre, quoiqu'elles le soient d'elles-mêmes.
Les dames ont des chemises fines garnies de haute
dentelle par en bas, d'un demi-pied de haut.
Le
20, sommes allés à Sagoune [Sahagun], ville, où
nous avons trouvé un déserteur de France, qui avait
été garde du corps du roi d'Espangne, qui vint avec
nous jusqu'à León et emporta le passeport du gouverneur
de Paris, de la Couture, un de nous. En cette ville
de Sagoune est une rivière, où dessus est un pont
que l'on passe pour aller à Perchianne [Bercianos],
où nous avons été; à Gagnerass [El Burgo Ranero];
à Reliesgosse [Reliegos], où nous sommes recoqueire.
Le
21, à Manncille [Mansilla de las Mulas], ville de
peu de chose, dont les murs ne sont faits que de
terre jaune, hauts, élevés. Ce fut en cette ville,
où nous y avons vu pour la première fois des cosses,
en façon de ces grosses gohettes rouges ou haricots
que nous voyons en France, qui ne se plantent que
par curiosité. C'est poivron, que l'on appelle en
Espangne. Il y en a de toutes sortes de couleurs,
des rouges, jaunes, noirs, ainsi des autres. La
propriété que cela a, c'est que l'on met cela dans
la soupe. Cela donne un goût charmant, comme du
poivre. Voilà d'où qu'ils les appellent poivron,
et pour les garder l'hiver, ils les font confire
dans le vinaigre ou atchitte en espagnol. Et ils
mangent cela avec du pain seul aussi.
De
là, sommes allés à Limosse [Marne]. C'est là où
j'ai presque vu la fin de mes espadrilles que j'avais
achetées à Burgues 6 sols. Ce sont comme des souliers
de cordes de nattes cousues ensemble pour la semelle,
et une toile de corde pour empeigne. Cela est léger
et de grand usage dans le pays. J'ai fait près de
100 lieues avec. Après cela fûmes à Alcouesgues
[Alcabueja]; à Pas de Ragonde [Puente de Castro];
à Léon, ville.
DE
LA VILLE DE LÉON EN ESPANGNE.
Cette
ville a un hôpital hors de la ville, pour recevoir
les pèlerins qui vont à St-Jacques, qui est comme
une
maison
royale, appelé communément hôpital St-Marc [San
Marcos]; et dans la ville en est un autre, pour
les recevoir à leur retour, appelé l'hôpital de
Saint-Antoine.
Cette
ville est un évêché. La cathédrale est assez belle.
À l'entrée est un pilier à la porte, où dessus est
un lion, assis dessus, tenant en sa patte droite
un étendard. Dans l'église sont deux beaux autels
dorés, un de chaque côté. Plus avant dans l'église
en sont deux autres plus petits aussi dorés. Sur
le grand autel est comme un grand cercueil d'argent
en travers de l'autel, où au milieu est une petite
loge comme un tabernacle, où dessus est un petit
saint d'argent. Je crois que c'est une châsse. Au
pied de l'autel sont quatre chandeliers d'argent,
hauts de 5 pieds et gros à proportion.
Dans
le milieu de l'église est un crucifix dans une chaire
de vérité, où à ses côtés sont quatre saints, savoir:
saint Pierre, saint Paul, saint Jacques et saint
Jean, à ce que je crois; mais ce saint avec saint
Jacques sont accroupis au pied de la croix.
Sur
la gauche, en entrant, est un saint Cristophe, en
peinture, portant Jésus-Christ sur ses épaules,
avec une palme à la main, de 7 pieds de haut.
Sur la droite, en haut, en entrant, est une horloge
qui est frappée par un petit saint avec un marteau.
Le cadran marque 24 heures tout de suite.
Dans le trésor se voient de belles reliques.
Cette
ville est petite, il n'y a rien de particulier.
Après
cela, fûmes chercher la pasade à l'hôpital Saint-Marc,
où devant est une croix, dont il est parlé dans
la Chanson de S. Jacques, où les pèlerins s'avisent
pour prendre le chemin à droite ou à gauche, quoique
tous les deux vont à Saint-Jacques. Mais l'on va
aussi à Saint-Salvateur, qui veut dire Saint-Sauveur,
sur la droite. Nous avons pris d'abord à gauche.
Pour la ville, elle est petite.
DÉPART
DE LÉON.
De
cette ville, sommes allés à Trouasse [Trabajo];
à Notre Seillo le Camine [Nuestra Señora del Camino];
à Fraisene [Fresno]; à l'Aldée [La Aldea], où nous
avons couché dans de la paille hachée.
La
méthode de ce pays pour mettre le vin, c'est dans
la peau de bouc apprêtée pour cela. Le robinet est
la patte du bouc. Ils n'ont point de chaises dans
toute l'Espangne. L'on s'accroupit ou l'on se tient
droit. Les bourgeois ont des tabourets de bois.
On se sert de gobelets de bois pour boire. Plein
un de ces gobelets de vin vaut deux liards, qui
vaudrait bien dix sols en France, pour l'excellence
et la qualité de ces vins qui ne sont pas falsifiés.
Quand quelqu'un va pour boire, comme au cabaret,
l'on s'accroupit; et la cabaretière ou autre ne
quitte pas le cul du bouc de vin, que vous n'en
ayez bu votre suffisance, qui ne dure pas longtemps,
parce que vous êtes ivrés pour 6 liards.
Le
22, sommes allés à Robraides [Robledo de la Valdoncina];
à Bislialangues [Villadangos]; à Saint-Martin [San
Martin del Camino], où nous avons eu pour la pasade
une livre de pain et un demi-quart de beurre, qui
est dans de la peau, comme du boudin, de la même
grosseur. C'est ce qui est bien rare dans toute
l'Espangrie, car il n'y a que les riches qui s'en
servent, à cause de la cherté. On se sert d'huile
d'olive pour faire la soupe et autre chose. De là,
sommes allés à la Pointe, ou Pont-d'Or [Puente de
Orbigo], qui est un village, où est un pont qui
fait porter son nom au village. Il a de long 400 empas. De là, à Calsasille [Calzada], où nous
avons couché dans un parc de moutons, dans un tas
de longue paille. Ce fut la première fois que nous
avons couché à la belle étoile.
Le
23, à San Cousstre [San Justo de la Vega]; à Sturgues
[Astorga], première ville de la Galice. L'on réparait
l'église presque à neuf. Il y avait un pèlerin de
mort à l'hôpital. Nous y avons eu la pasade: un
verre de vin blanc et une livre de pain. La ville
n'est revêtue d'aucune rareté non plus que de grandeur.
Partant
de là, sommes allés à Sainte-Catherines [Santa Catalina];
à l'hôpital d'Argances [El Ganso]; à Ravanal, village
de la province de l'Andalousie, où j'ai rencontré
un vieux pèlerin de Saint-Jacques, overgna, qui
m'a vendu une douzaine de pierres d'hirondelle 4
sols. Nous avons couché chez un paysan.
Le
24, à Fonsavalou [Fuencebadon]; à Macary [Manjarin];
à la Senne [El Acebo]; à Reaux [Riego de Ambroto];
à Moulin [Molina Seca]; à Ponfera [Pontferrada], petite
ville, dans des montagnes affreuses, où est elle
renfermée comme dans un précipice, où nous avons
recoqueire, ou couché.
Le
25, à Componeraye [Componaraia]; à Cacavelle [Cacabelos],
petite ville, où Delorme, un de nous, s'amusant
à caresser les Espagnolettes, a manqué d'être sabré
par deux officiers d'infanterie espagnole, n'eût
été les excuses que je leur ai faites pour lui.
De là, fûmes à Piero [Pieros], coucher.
Le
26, à Villefranque [Villafranca del Bierzo], petite
ville, où nous avons été fort bien couchés à l'hôpital.
Cette ville est environnée de montagnes.
Le
27, avant partir, nous ont donné du pain et de calde
[caldo] ou du bouillon. Ensuite sommes allés à Perecq
[Perex]; à Vaccalelle [Valcarce]; à Portelle [la
Portella de Valcarce]; à Embassmesstre [Ambasmestas];
à la Besgues [la Vega de Valcarce]; à Roytalant
[Ruitelain]; à la Cararie [las Herrerías], où nous
avons couché.
Le
28, à Liamas [Lamas]; à Falnouun [La Faba]; à la
Lagoune [Laguna]; à Sesbraire [Cebrero]; à Lignard
[Liñares]; à l'Hôpital de la Comtesse, où les maisons
sont couvertes de chaume relié, de distance à autre,
comme des cerceaux sur le toit. De là, sommes allés
à la Marciespadormelle [Padornelo]; à Fomfiet [Fonfría],
où nous avons couché.
Le
29, à Boudouaides [Biduedo]; à Foliouas [Folgeiras];
à la Matiacasstelle; à Tesliacastelle [Triacastela];
à St-Chenis [San Gil]; à Fourelle [Furela]; à Pinty;
à Aquiades [Aguyada]; à Sars [Sarria], petite ville
(qui veut dire Sars [Sastre], tailleur), située
sur une haute éminence. J'y ai acheté des sapattes
[zapatos] ou souliers, 6 réals de plate demi.
Le réal 8 sols de France. C'était un mauvais
cuir. De là, sommes allés à Stomesquentes [Meijente];
à Sainte-Marie; à Ferrerre [Ferreiros]; à Poslatchanne
[San Pedro de Puertomarín]; à Pontrnarin [Puertomarín],
où nous avons couché, où il faut traverser un pont
qui a de long 230 empas.
Le
30, à Saint-Jaques de Bigondes [Bagude]; à Saint-Jaque
de Loutiede [Ligonde]; à Palas de Rey; au Carmalia
[Carvallal]; à St-Julien del Camines [San Julian
del Camino]; à Sainte-Marie de Louvre [Santa-Maria
de Leboreyro]; à Fourelle [Furelos]; à Millier [Mellid];
à Pont de Penne [Puente de Pambre]; à Goelles [Boente];
à Castagnerre [Castañeda]; à la Pointe de Rivedieu
[Puente Rivadiso]; à Arthes [Arzua], ville; à Bourges
[Burres]; à Frereuss [Ferreiro]; à Salsades [Salceda],
village situé dans la Galices, la plus pauvre province
de toute l'Espangne, où nous avons couché.
TOUR
PLAISANT ARRIVÉ À HERMANT.
Étant
arrivés dans ce village, dans une maison entre autres,
où nous étions pour coucher: il est bon de dire
que la méthode du pays est pour les hommes et femmes,
qu'ils couchent tout habillés et changent de linge
deux fois par an. Les boeufs couchent dans la même
maison, à la réserve d'un bâton qui les sépare avec
l'auge à manger. Les cochons et autres bestiaux
sont libres de battre la patrouille la nuit, par
tous les coins et recoins de la maison.
Nous
autres, étions couchés devant le feu sur trois ou
quatre brins de paille qui couraient après l'un
l'autre, si bien que l'heure de la patrouille des
cochons étant arrivée, sont venus nous joindre où
nous étions. Ils ont d'abord éventé un navet que
Hermant portait dans son sac, depuis plus de cinquante
lieues, par curiosité et dans la vue d'en faire
une fricassée, pour le régal de celui de nous qui
serait roi en découvrant le premier le clocher de
Compostelle. Ce navet pesait bien trois livres.
Le plus hardi de ces cochons ayant investi le pauvre
Hermant, pour avoir son navet qui était pour lors
dans son sac, et que son sac était en guise de chevet
sous sa tête; l'empressement que ce cochon avait
d'avoir le navet, fit qu'il donna un grand coup
de gueule sur le sac pour avoir le navet; il prit
en même temps le sac et une bonne partie de ses
cheveux et l'entraîna à quatre pas loin. Celui-ci
se sentant insulté, tout en sursaut se met à crier:
au voleur et à l'assassin; si bien que tout le monde
s'était éveillé. On a allumé la lampe pour voir
ce que c'était. L'on a d'abord vu monsieur le cochon
en bataille avec ses camarades, qui voulaient être
de moitié de sa capture. Ce qui fut le sujet de
la comédie des Espagnols, le reste de la nuit, et
le sujet des jurements exécrables de Hermant qui
ne se possédait pas, si tellement que si on lui
en parlait encore aujourd'hui, il jurerait de nouveau,
comme si la chose venait de lui arriver.
Le
31, fûmes à Brerre [Brea]; à Nervoiscades [Las dos
Casas], où nous avons couché.
Le
premier de novembre, arrivée à Saint-Jacques.
NOVEMBRE.
Du
1er de ce mois, sommes allés à Umesnard, qui est
dans un fond; puis on monte une montagne pour aller
à Lavacouille [La Vacola]; à la Fouguere [Fabnega];
à Saint-Marc [San Marcos]. J'ai pris l'avance une
lieue, seul, pour voir le premier le clocher, ce
que j'ai vu. Il y a trois clochers de pierre, savoir:
celui des Jésuites, fait par les Anglais, dont l'église
n'est pas loin de celle de Saint-Jacques; cette
église est une de celles que l'empereur Charlemagne
a fait faire; celle de Saint-Jacques a deux clochers
faits dans le même goût.
L'ayant
aperçu, j'ai jeté mon chapeau en l'air, faisant
connaître à mes camarades, qui étaient derrière,
que je voyais le clocher. Tous, en arrivant à moi,
ont avoué que j'étais le roi. Nous sommes arrivés
ensemble à Talatte, qui n'est qu'à un quart de lieue
de Compostelle qui est au bas d'une montagne.
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DE
NOTRE ARRIVÉE À COMPOSTELLE ET DE LA DESCRIPTION
DE LA VILLE
Cette
ville est à peu près de la grandeur de la ville
de Noyon, située entre des montagnes. En y entrant,
étant descendu de la montagne de Talatte, l'on y
entre de plain-pied et dans le milieu l'on descend.
Elle est fort marchande. Le tabac d'Espangne se
vend en poudre, étalé sur la place, aussi bien que
d'autres marchandises.
Nous
y avons entré à 9 heures du matin, où nous fûmes
à la cathédrale, qui est Saint-Jacques, pour rendre
grâces à Dieu de nous avoir fait la grâce d'avoir
fait le voyage en santé. Nous y avons entendu la
messe. Ensuite à comaire ou dîner au couvent de
Saint-François de Chocolante, à onze heures précises;
l'on y donne du bon pain, de la soupe et de la viande.
A douze heures, avons été manger, en second lieu, la
soupe au couventdes bénédictins de Saint-Martin,
où l'on y donne de la morue et de la viande et de
l'excellent pain, ce qui est rare en cette province.
A une heure à Sainte-Thérèse, couvent de religieuses
qui donnent du pain et de la viande. A 2 heures
aux Jésuites, l'on donne du pain. A 4 heures au
couvent de Saint-Dominique, hors de la ville par
où nous sommes entrés, l'on y donne la soupe qui
sert de souper. Après cela, nous fûmes coucher à
l'hôpital, dans de bons lits, dont nous parlerons
par la suite aussi bien que de l'hôpital.
Le
2, Jour des Ames, qui était un samedi, fûmes à confesse
à un prêtre français dans l'hôpital, où en sortant
m'a donné un billet dont voici le contenu:
Audivi
confessionem Guillelmi Manier, natione Galli, diocesis
noviodunensis. Compostelloe, die 2 mensis novembris
anno Domini 1726. Et soussigné au bas.
Avec
cela, je fus à Saint-Jacques communier dans la chapelle
des Français, appelée la chapelle Saint-Louis. Après
avoir communié, on m'a donné à 2 heures mon certificat
de voyage et de communion de cette façon:
D.
Lucas, Antonus de la Torre, canonicus hujus almoe
apostolicoe ac metropolitanoe ecclesioe compostellanoe
ejusque fabricae administrator et ab illustrissimo.
D. decano et capitulo deputatus ad curam capellae
christianissimi Francorum regis ibidem sitoe, ut
omnibus fidelibus et peregrinis ex toto terrarum
orbe, devotionis affectu vel voti causa, ad limina
apostoli nostri ac Hispaniarum unici et singularis
patroni ve tutelaris sancti Jacobi convenientibus
sacramentaliter ministremur, omnibus et singulis
proesentes litteras inspecturis notum facio: Guillelmum
Manier, natione Gallum, diocesis noviodunensis,
pergentem ad Romam, hoc sacratissimum templum visitasse,
confessumque et absolutum, eucharisticum Domini
corpus sumpsisse. ln quorum fidem, proesentes nomine
meo subscriptas et sigillo ejusdem sanctoe ecclesioe
munitas ei confero. Datum Compostelloe, die secunda
mensis novembris anno Domini 1726.
Yo
canónico DAMIANUS ASENICADO.
Cela
nous a coûté 2 sols. En sortant de là, nous fûmes
à l'archevêché où l'aumônier de l'évêque ou l'archevêque
nous a donné chacun une coartes [cuarto], 2 liards.
DE
L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES ET DE SES PARTICULARITÉS.
Cette
église a trois clochers de pierre faits en flèche,
avec des pommes d'or au haut, savoir: deux sur le
choeur, un sur le bout.
Le
service, le jour de la Toussaint, s'y est fait en
cet ordre: premièrement une musique entière avec
deux jeux d'orgues, qui sont dans l'église au-dessus
du choeur des chantres, non pas faits de la façon
de ceux que nous avons en France, dont les tuyaux
sont en longueur; mais au contraire ces tuyaux ici
sont en travers, pour mieux dire de la façon qu'est
une trompette, quand elle est sonnée.
II
y avait trois violons, une épinette, une trompette,
plusieurs basses et autres instruments qui faisaient
une mélodie charmante.
II
y a dans cette église environ quarante ou cinquante
chanoines, avec de bonnes prébendes. Ils sont revêtus
de surplis à grandes manches toutes plissées à petits
plis. Ils mettent cela comme une chemise de roulier.
Les
deux jeux d'orgues sont magnifiques et dorés.
Dans
cette église sont deux choeurs, savoir: le choeur
où est l'autel, le plus grand de l'église; séparés
l'un de l'autre, de dix ou douze empas, par une
allée formée de grilles de fer de part et d'autre
qui donne communication de l'un à l'autre.
Dans
le maître-choeur sont plusieurs belles figures de
saints à grands personnages très beaux. Au bas du
grand autel étaient huit chandeliers d'argent de
la hauteur de cinq à six pieds, gros à proportion.
Le devant d'autel est d'or et d'argent massifs.
Au-dessus de l'autel est un tabernacle haut de passé
trois pieds, soutenu de huit petits piliers d'argent,
le tout fait en miniature. Le tabernacle environné
de plusieurs autres belles figures, entre autres
une petite vierge d'argent, dont la tête et le visage
sont tout noirs. Au tabernacle est une sainte vierge,
et un saint évêque couronné d'un ange, le tout d'argent.
Aux quatre coins du tabernacle sont quatre évêques,
couronnés de quatre anges, aussi tout d'argent.
Au-dessus
du tabernacle, Saint-Jacques à hauteur d'homme,
en argent doré, avec une selavine [esclavina] ou
collet de même matière sur ses épaules, garni, au
lieu de coquillages [illisible]; le tout d'or et
d'argent massifs, assis dans un fauteuil, le bourdon
à la main, la tête nue. Au collet sont les armes
de guerre: canon, fusil, tambour, épée, esporton
[espadon]; frange d'or au bas du collet. Aux deux
côtés, derrière le choeur, sont deux escaliers secrets,
un de chaque côté, qui ont treize ou quatorze degrés,
qui conduisent tous deux à la hauteur de ce Saint-Jacques,
où étant parvenus les pèlerins embrassent Saint-Jacques
par-derrière, mettent leur collet sur ses épaules
et leur chapeau sur sa tête.
Au-dessus
de ce Saint-Jacques en est un autre en pèlerin,
en matière de cuivre jaune, le chapeau sur la tête,
le bourdon à la main.
Sept
ou huit pieds plus haut est comme un pupître soutenu
par quatre gros anges. Au-dessus et dans le milieu
de ce pupître, est représenté à grand personnage
Saint-Jacques à cheval, appelé des Espagnols Santiago,
la cavale dorée, qui de sa mane stierdes [man isquierda],
sa main gauche, tient un étendard blanc, de la droite
l'épée à la main, avec lesquels il chasse deux
païens qu'il foule sous les pieds de son cheval.
Autour
de lui, de part et d'autre, contre le mur, sont
cinq étendards rouges soutenus de cinq anges. Autour
du choeur, de la hauteur de cinquante pieds, sont
seize lampes d'argent fort grosses, soutenues, du
moins les cordes de chacune, par un ange des plus
grands, qui est dans l'attitude d'un officier de
guerre quand il tient l'étendard. Les anges sont
dorés, huit chaque côté.
L'église
est fort longue, en forme de croix. Il y a trois
entrées. La plus commune est à gauche, où il faut
descendre trois ou quatre degrés dans un grand espace,
où sont huit petites boutiques, où se vendent des
petits Saint-Jacques en plomb, en cuivre, des coquilles
et chapelets.
DES
CHAPELLES DE L'ÉGLISE.
En
entrant par la porte qui est à gauche, sur la gauche
est une chapelle [I], où dedans sont deux lampes
d'argent dont l'une est faite en forme de vaisseau
de mer.
Ensuite
en est une autre [II] de Saint-Hippolyte, où dedans
sont deux lampes d'argent, une grande et une petite.
Ensuite
en est une autre [III], où l'on monte quelques degrés,
appelée la chapelle du St-Sépulcre, où en entrant
à gauche est Notre-Seigneur couché sur une hauteur.
Il y est représenté au naturel, en chair, mourant
ou mort, les pieds nus, le corps couvert de taffetas,
la tête mourante sur un oreiller de toile fine,
avec de la dentelle en frisure autour, à différents
étages, entrelacée de rubans bleus dans le double
de la dentelle. Le tout blanc comme albâtre.
Après
cette chapelle en est une autre [IV], où dedans
sont deux lampes d'argent.
Après
cela, en est une autre [V], où dedans est une belle
vierge avec un cercle d'argent sous ses pieds et
comme un croissant qui environne sa tête avec une
couronne, le tout d'argent, avec une lampe et deux
lustres d'argent qui brûlent devant. Dans la même
chapelle est un second autel où devant sont 2
lustres d'argent.
En
retournant autour du choeur à gauche, est dedans
[chapelle VI] un évêque couché.
Ensuite
en est une autre [VII], où dedans est une lampe
d'argent.
Plus
en tournant autour du choeur, en est une autre [VIII],
où dedans est une lampe d'argent, fermée d'une grille,
où entre 2 barreaux à hauteur d'homme est enclavée
une machine de fer, en façon d'ailettes avec quoi
les femmes filent du lin, où dans le milieu, comme
dirait une bobine sur un fer entre ces supposées
ailettes, est enfilé un grain du chapelet de St-Jacques
que les pèlerins vont toucher et faire tourner par
dévotion.
Ensuite
est la chapelle Saint-Louis [IX], appelée la chapelle
du roi de France, où tous les pèlerins communient
et reçoivent leur certificat de voyage de St-Jacques,
qui vous coûte avec le billet de confession 4
cuartes qui valent 2 sols de France. Cette chapelle
est enrichie d'un bel autel doré rempli de belles
figures, avec deux belles lampes d'argent.
Plus
en tournant, derrière le choeur, à côté de celle-là,
en est une autre [X], où dedans est une belle vierge
d'argent avec une lampe de même.
Dans
celle d'après [XI], sont 3 autres lampes et
2 lustres d'argent
Dans
l'autre ensuite [XII], est un haut autel doré avec
une belle lampe d'argent devant, en forme carrée,
où à chaque face est une coquille de St-Jacques
gravée en argent dessus, de la grandeur, de la forme
d'un sombrere [sombrero] ou chapeau.
Dans
le trésor est une chapelle, où à chaque côté est
un grand saint, et St-Jacques à cheval au milieu
d'eux qui foule sous les pieds de son cheval 2
païens. Devant le bas du trésor est une balustrade
de 9 à 10 pieds de haut, en barreaux au nombre
de 80. Le tout d'argent.
De
l'autre côté de l'entrée de l'église, sur la droite,
n'y a pas de chapelles.
Au
bout de l'église est un christ, où au bas est un
autel, où au-dessus de cet autel est une vierge
revêtue de noir, en linge blanc, magnifique, en
religieuse. Au-dessus de cette vierge sont 3
belles lampes et 2 lustres d'argent.
Sur
la gauche est un autre autel de la Vierge tout doré,
où devant sont 6 autres belles lampes d'argent.
De
l'autre côté est une chapelle, où est une lampe.
Dans
l'église sont deux beaux grands christs. Devant
celui qui est devant le grand autel, est une belle
grille de fer doré, haute de 50 pieds. Devant
est un lustre d'argent, qui est au-dessus de l'allée,
qui donne communication du choeur des chanoines
à l'autre.
Au-dessus
du grand autel et au-dessus de St-Jacques le pèlerin
en argent, est représenté Notre-Seigneur dans les
nues, environné d'anges. À côté de ce St-Jacques
sont 2 hommes guerriers. Le grand autel est garni
de 10 chandeliers d'argent.
A
côté du choeur, en entrant, sont deux chaires de
vérité dont le dessus en est doré. Ces 2 chaires
sont de bronze.
Devant
le choeur des chanoines est un pilier sur la droite,
où tout le long est un tuyau ou fourreau de fer,
où dedans est enfermé le véritable bourdon de St-Jacques,
dont les pèlerins ont la satisfaction de toucher
le fer par en bas.
A
l'autel de la Vierge, derrière le choeur des chanoines,
est une vierge noire et un ange, à chacun de ses
côtés, tenant à leur main un gros coeur rouge. Au-dessus
de ces anges, en sont 2 autres qui tiennent chacun
un tableau. Au-dessus des tableaux sont des couronnes
d'épines et au-dessus est une figure.
Dans
le milieu du bout de l'église est un pilier de marbre
bis-blanc, où dessus sont les marques des 5 doigts
d'une main de Notre-Seigneur, quand il a changé
l'église, parce qu'autrefois le grand autel était
au soleil levant. Les marques des cinq doigts y
sont moulées comme dans de la pâte.
Pour
descendre dans l'église, sur la gauche, sont 8
ou 10 degrés.
Dans
le clocher de cette église sont les sonneries de
différents rois. Il y a 4 grosses cloches entre
autres; l'on y sonne à la française. L'une de ces
cloches fut donnée par le roi de Portugal, la seconde
par le roi d'Espangne, la troisième par l'empereur,
la quatrième par le roi de France. Elles portent
le nom, chacune, de leur donateur.
Après
tout cela examiné, fûmes coucher à l'hôpital.
Le
3, fûmes promener dans la ville, où nous y avons
vu 5 ou 6 fontaines ou foente [fuentes] assez
belles. L'une est sur le marché aux Herbes, à 4
cahos d'où l'eau sort et tombe dans un bassin, puis
dans un second plus grand, à peu près comme celles
de Noyon et Viler-Cotret.
Il
y en a une autre devant le couvent de Saint-Martin,
mais elle n'est pas si belle.
Étant
un jour à manger la soupe au couvent de St-Martin,
était avec nous un Écossais, noir comme la cheminée,
qui faisait l'admiration de plus de cinquante que
nous étions.
DE
L'HÔPITAL.
Cette
maison est comme une maison royale. Les lits de
l'Hôpital ne sont pas si mauvais: il y a 3 couvertes,
2 pour en guise de draps et une dessus.
Il
y a dedans une grande cour, où sont deux fontaines,
comme celles de dessus la place.
Devant
la face de l'hôpital sont 24 piliers de
pierre, hauts de 2 ou 3 pieds, éloignés du
mur de 5 ou 6 pieds, où est dessus chacune
d'elles une grosse chaîne de fer plombée dessus,
de façon que toute l'approche en est défendue par
le moyen de chaînes entrelacées de bondes.
Ce
fut là où nous avons rencontré un garçon tourneur,
natif de Raims, qui m'a vendu 12 pierres d'aigle
et une d'aimant. Le garçon est revenu en droiture
avec un de nous, nommé Delorme, qui nous a quittés,
comme je dirai par la suite, pour aller avec ce
garçon nommé Saucet.
Dans
l'hôpital est une chaîne de fer pour y attacher
les malfaisants (ce qui est arrivé à un pendant
que nous y étions couchés), avec la lampe allumée
pendant la nuit pour lui faire plus de honte. Il
avait volé un en dormant.
Dans
cette ville sont plusieurs belles églises: entre
autres celle de Jésuites, où il y a deux beaux clochers
en pierre, faits en flèche, percés à jour, faits
par les Anglais. Ces deux clochers de loin paraissent
être ceux de Saint-Jacques comme en étant tout près,
si bien que bien des gens croient que les deux des
Jésuites et les trois de Saint-Jacques sont à la
même église. Il n'y a pas de pommes d'or à ceux
des Jésuites.
Après
cela, fûmes coucher à l'hôpital.
Le
4, au matin, après avoir été à la messe, fûmes faire
nos petites emplettes de chapelets, coquilles et
plombs, et autres petites drôleries. Puis après,
mes camarades m'ont donné un bouquet, comme leur
roi; ensuite j'ai acheté des sardines qui sont des
demi-harengs. Nous fûmes au cabaret boire quelques
sombre ou pots de vin, pour les régaler en reconnaissance
de leur bouquet, où pendant ce temps, Delorme nous
a signifié, qu'il voulait nous quitter et ne voulait
pas aller à Saint-Salvateur. Nous l'avons laissé
dans la ville avec son nouveau camarade; puis sommes
allés coucher à l'hôpital.
Le
5, au matin, nous fûmes à Saint-Jacques voir la
Porte-Sainte, où la porte de l'église avait été
anciennement; mais Notre-Seigneur a permis qu'elle
fût changée et remise où elle est à présent. Et
en mémoire de ce, elle est appelée Porte-Sainte.
Au-dessus de cette ancienne porte est la statue
de saint Jacques représenté en pèlerin, peint en
blanc, avec un autre pèlerin à chacun de ses côtés
de même couleur. C'est par cette porte que saint
Jacques est entré à Compostelle.
Après
cela, fûmes voir le trésor dont voici le mémoire
:
MÉMOIRE
DES RELIQUES.
Premièrement,
sous le grand autel, est le corps du glorieux apôtre
saint Jacques-le-Grand, patron d'Espangne et premier
fondateur de la foi catholique en ce royaume, avec
deux de ses disciples: saint Athanase et saint Théodore.
Dans le trésor de cette église sont les reliques
suivantes:
Premièrement,
la tête de saint Jacques-le-Mineur, dit le Juste,
avec plusieurs de ses reliques qui sont enchâssées
en argent doré, orné et garni de pierreries, avec
une dent du même apôtre, qui fut dérobée. Et par
permission divine il retourna à ce saint reliquaire.
Des
reliques de saint Antoine.
Dans
une croix d'or est une grande pièce de bois de la
Vraie-Croix de Notre-Seigneur.
Dans
une boîte de cristal est une épine de la couronne
de Notre-Seigneur.
Dans
une image de Notre-Dame est une goutte du lait de
la Sainte Vierge.
Dans
un petit livre, qu'une petite image de saint Jacques
tient, en sa main, est une partie du vêtement de
saint Jacques.
Plusieurs
reliques de saint Janvier et ses compagnons, martyrs
espagnols.
Le
gosier de sainte Novelle [12 avril] et de sainte
Gaudence, martyrisées à Rome [30 août].
Des
reliques de saint Mathias, apôtre.
Des
reliques de saint Brices, archevêque de Tours, en
France [13 octobre].
Beaucoup
de reliques de saint Cécile et ses compagnons, martyrs
espagnols, lesquels furent brûlés vifs en Grenades,
pour la foi.
La
tête de saint Victor, martyr.
Des
os de saint Julian, martyr, époux de sainte Basilistes
[saint Julien l'Hospitalier et sainte Basilisse,
9 janvier].
Des
reliques de saint Vincent Ferrier, religieux jacobin
[5 avril].
Un
os de saint Clément, pape et martyr.
Un
grand os de saint Rossende, prélat de cette sainte
église [saint Rozeind, 1er mars].
Un
grand os de saint Torquat, disciple de saint Jacques,
évêque de Cadix [15 mai].
Des
reliques de saint Maxime, évêque et martyr.
Des
reliques de sainte Agnès, vierge et martyre.
De
celles de saint Laurent, martyr, avec plusieurs
reliques de saints et saintes, martyrs.
Huit
têtes des onze mille vierges, lesquelles, avec sainte
Ursule, furent martyrisées à Colongne, ville d'Allemangne.
La
tête de sainte Paulines, vierge et martyre.
La
moitié d'un bras de sainte Marguerite, vierge et
martyre.
De
la robe de Notre-Dame, avec d'autres de plusieurs
saints et saintes, vierges et confesseurs.
La
moitié d'un bras de saint Christophe, martyr.
Une
des têtes des deux cents martyrs, qui furent martyrisés
à Saint-Pierre de Cardeigne ou Cartagène, en Espangne.
Le
corps de sainte Suzanne, vierge et martyre.
Celui
de saint Silvestre, martyr.
Celui
de saint Cucufatte, martyr [saint Cucufat, 25 juillet].
Celui
de saint Fruteux, archevêque de Bragues en Portugal
[16 avril].
Celui
de saint Quairines, martyr [saint Quirin, 4 juin].
Celui
de saint Crécences, martyr [saint Crescent de Cordoue,
27 juin].
Des
reliques de saint Luc, évangéliste, avec beaucoup
d'autres de plusieurs saints.
Le
corps de saint Candides, martyr.
Des
reliques de sainte Julienne, veuve [7 février].
De
celles de saint Amante, martyr.
De
celles de sainte Pauline, vierge et martyre.
Une
figure de saint Philippe de Néri, où sont de ses
reliques.
Mémoire
des reliques apportées par le roi Dom Alphonse le
Grand, quand il a consacré cette église, suivi de
plusieurs archevêques et pnnces d' Espangne.
Premièrement,
DANS L'AUTEL DE SAINT-SAUVEUR, qui est la chapelle
du roi de France, est:
Du
tombeau de Notre-Seigneur;
De
sa sainte tunique;
De
la sainte Croix;
Du
lait de la Vierge;
De
saint Vincent de Xérès [22 janvier ?];
Des
cendres et du sang de sainte Eulalie de Mérida [10
décembre];
De
saint Martin, évêque [30 janvier];
De
sainte Léocadie [9 décembre];
De
sainte Martines;
De
sainte Lucresse [sainte Lucrèce, 23 novembre];
De
saint Christophe;
De
saint Julien et de sainte Basilisse [déjà cités].
DANS
L'AUTEL DE SAINT-PIERRE, qui est la chapelle à droite
de celle du roi de France, sont les reliques de
:
Saint
Fructueux, évêque [déjà cité];
De
sainte Luces;
De
sainte Ruffines.
DANS
L'AUTEL DE SAINT-JEAN L'ÉVANGÉLISTE, à gauche
de la dite chapelle, sont:
De
la robe de saint Jean, apôtre et évangéliste;
De
saint Barthélemy, apôtre;
De
saint Laurent, archidiacre;
De
sainte Lucresse, martyre;
De
sainte Léocadie;
De
saint Jean-Baptiste;
De
saint Julien;
De
la robe de la sainte Vierge.
DANS
LA CHAPELLE E. E. M. D. PEDRO CARILLO, archevêque
de cette église sont les reliques suivantes:
Le
corps de saint Demettre, martyr;
Celui
de saint Boniface, martyr.
DANS
LA CHAPELLEDE NOTRE-DAME DE LA CONCEPTION
sont des reliques :
De
saint Auban [saint Audence de Tolède, 3 décembre
?];
De
saint Fortunat [3 décembre];
DANS
LA CHAPELLE DE MONSEIGNEUR MONROY, je [crois] que
c'est celle du roi d'Espangne, sont les
reliques:
De
saint Fructuoso, saint Théodore, sainte Justine
[déjà cités];
Saint
Vincencie [sainte Vincentia, yr février];
Saint
Victorie [sainte Victorie, 28 septembre];
Et
de sainte Liberatto [sainte Liberate, 18 janvier];
Saint
Laureato, martyr, et plusieurs autres qui sont en
cette église, qui ne sont pas marqués, à cause de
la grande quantité.
Auprès
de l'hôpital était un laurier, gros de 3 ou 4 pieds et bien haut de 50.
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DE
COMPOSTELLE A OVIEDO
DÉPART
DE COMPOSTELLE.
Le
lundi 4 du mois, après avoir rendu grâces à Dieu,
sommes partis de cette ville à 2 heures après midi,
à trois, ayant laissé Delorme pour partir le 5;
et nous, nous fûmes d'abord à Talatte; à Saint-Marc;
à Lavacouille, où nous avons quitté le chemin que
nous étions venus, pour reprendre celui de Saint-Salvatur
pour passer à la Fouguère, où nous avons couché.
Le chemin est à gauche.
Étant
arrivé le soir, pour me désennuyer de la perte d'un
de nous, je me suis amusé à lire et à écrire la
recette, vertus et propriétés des pierres d'Aigle.
LES
VERTUS ET PROPRIÉTÉS DES PIERRES D'AIGLE (aquiloe),
qui se trouvent en la mer peaisque [persique] et
des Indes. - Les anciens auteurs, lesquels ont découvert
la propriété des animaux, pierres, plantes et racines,
ont laissé par écrit, entre autres choses, après
en avoir fait expérience très véritable des vertus
et propriétés d'une pierre appelée aquiloe ou l'aigle.
Les Grecs et Latins lui donnent le nom oetire. Elle
a été délaissée aux hommes par l'aigle, oiseau royal.
De là vient qu'elle en porte tel nom, parce que
l'aigle peut faire éclore les oeufs de ses petits
la portant dans son nid, de sorte que le plus souvent
l'on en trouve deux au nid des aigles. Aussi l'aigle
s'en sert afin que ses petits soient préservés de
toutes aventures, comme sorcelleries, tempête ou
autres inconvénients. Quant à la forme, il y en
a de toutes façons, sa couleur est la plupart rougeâtre
ou tirant sur le castor gris. Dans icelle on sent
remuer comme un pion ou une autre pierre, ceux qui
ont la pierre. Ou le mâle la ponte et la femelle.
Toutefois il n'y a guère de différence en cette
pierre aquiloe. Dieu, de la providence duquel tout
dépend, a donné merveilleux effet, voire qu'il semble
prodigieux à ceux qui l'ont expérimenté. Entre tous
les auteurs qui ont écrit, le très ancien Isidore
en parle au livre XVIe, chapitre IV; Pline, livre
XXVI, chapitre II et III; Dioscorides, au Livre
des Pierres; Albert le Grand; Matheoles Bartellemy
Anglos, dans son livre: De la propriété des choses;
Remi Beleaux, en ses Pierres précieuses; et autres
grands personnages de grande autorité, lesquels,
après l'avoir mise en usage, lui ont donné les vertus,
effets et propriétés qui en suivent, savoir: pour
les femmes enceintes ou en travail faut prendre
cette pierre, et la lier étroitement sur le bras
gauche ou à la + de la femme, mais la faudra ôter
à l'instant que la femme sera délivrée, sans retard.
Pour empêcher d'avorter les femmes grosses, liez
la pierre sur le bras gauche de la femme et vous
verrez que le fruit viendra à perfection; ou bien,
étant pulvérisée, en mettre dans son brevage. Pour
ceux qui sont empoisonnés, faut prendre de cette
poudre dans du potage ou du vin, serez guéris. Contre
le haut mal: l'ayant pilée et mise en poudre, incorporez-la
avec de l'huile, citron, ou d'olive, et faites un
sachet pour le mettre dedans, et mettez le sachet
sur l'estomac, avec l'aide de Dieu serez guéris.
Contre
le mal de tête, pilez-la et prenez la poudre en
un bouillon sur le soir, avant de vous coucher.
Contre
le mal temporel cette pierre est bonne. Contre toutes
sortes de fièvres, prenez de cette poudre; la mettez
dans votre bouillon, quand la fièvre vous saisira.
Contre la peste: cette pierre est un bon remède
contre le mal pestilentiel. La portant sur soi,
elle ôte aussi les marques du visage, si elles sont
fraîches. Elle est bonne contre le mal de ventre.
La terre qui est dans cette pierre est bonne pour
la pleurésie, en prenant deux dragmes avec de l'eau,
devant 24 heures ou bien devant. Elle
étanche le sang. Elle est bonne contre les vers,
en la prenant en buvant ou mangeant. Elle est bonne
contre le mal de matrice, la prenant dans du vin
ou du bouillon. Elle est bonne pour la vue, pour
une maladIe laquelle est cause de l'obscurcissement
de la vue. Elle est bonne pour les enfants qui ont
quelque coupure. Faut la lier dessus.
Elle
est de la grosseur d'une noix ou plus en longueur,
comme un caillou.
DÉPART.
Le
lendemain 5, fûmes à Sainte-Marie de Gonsart [Gonzar],
où nous avons couché à une maison escarpée.
Le
6, sommes allés à Sobrades [Sobrado], où est un
couvent très beau, où sur l'église sont deux beaux
clochers de pierre d'une hauteur prodigieuse, avec
un beau portail à l'église, fait en sculptures en
pierre; il est superbe. Ce village est dans un fond.
Dans
l'église, de chaque côté, sont couchées les statues
de deux seigneurs ou fondateurs de cette église,
en pierre, représentés en habit guerrier, leur sabre
en main, le long de leur corps.
Dans
ce couvent, nous y avons eu la soupe et bien chacun
livre demie de pain. Après cela, sommes partis pour
aller à Saint-Mammert [Santa-Marina], où nous avons
couché.
Le
7, sommes allés à Sainte-Marie de Incheri [Santa-Maria];
à Mirasse [Mueira], où nous fûmes chez un gentilhomme,
qui nous a donné chacun une escoudelle [escudilla]
de vin, du bouillon et du pain, et quatre réal de
plate à un de nous, nommé La Couture, pour lui acheter
des souliers. Cela fait en argent de France 36
sols.
Ensuite
fûmes à Sainte-Locades [Santa Leocadia de Parga];
à Bresdebres de Parques [Puebla de Parga]; à Bamondes
[Baamonde]; à Liatort [Ilian], où nous avons couché.
Le
8, à Saint-Jean de Valdes; à Bilialbes [Villalva].
Sommes allés coucher à une maison, sur la gauche
du chemin. Tous ces environs sont montagneux et
des endroits la plupart comme des précipices.
Le
9, à St-Jacques de Goyries [Goiriz]; à Montagnelle
[Mondoñedo], ville située sur le côté d'une montagne,
partie rocher. Parmi les campagnes de ces environs,
dans les haies et buissons, ce ne sont que lauriers
d'une prodigieuse grandeur.
Nous
y avons vu un oignon des Indes d'une prodigieuse
grosseur, avec des orangers qui portent oranges
bonnes à manger. Peu loin est un couvent tout neuf.
Après cela, fûmes à Villeneuve [Villanueva]; à Saint-Judes
de Cavaldes [San Justo de Cabarcos]; à Saint-Pierre
de Rentes [Rente], où nous avons couché; du moins
j'ai couché, comme ayant laissé les autres derrière,
pour dispute que nous eûmes ensemble.
Le
10, je fus à Notre-Seigneur de la Pointe [N.S. de
la Puente]; à Rivedieu [Rivadeo], petite ville et
la dernière de la province de Galice.
DE
LA VILLE DE RIVEDIEU.
Par
un dimanche, étant arrivé en cette petite ville
tant renommée, pour être l'endroit du pont qui tremble.
Cette ville est sur le bord de la mer, un des endroits
les plus périlleux et à craindre de toute l'Espangnes.
Il coûte 2 cuartes, qui valent un sol, pour le
passage. L'on est une demi-heure à le passer. Il
y a bien au moins un demi-quart de lieue de trajet.
L'on ne passe au moins qu'à une cinquantaine dans
une grande barque faite exprès, dont il faut ramer.
Vous voyez les flots effroyables de la mer s' élancer
en l'air les uns sur les autres, qu'il semble qu'ils
vous menacent de ruine, joint au bruit effroyable
qu'ils font: qui donnent un mouvement à la barque
où vous êtes, qui font descendre la barque entre
deux flots, comme si elle descendait dans un précipice;
puis vous croyant englouti de ces ondes,une autre
vous fait remonter au plus vite, comme dessus une
montagne. Voilà le manège que cela fait pendant
le passage, qui vous cause des peurs épouvantables,
que vous croyez à tous moments être péri. Voilà
le sujet, à cause du péril où vous êtes, qui donne
le nom à ce passage de: "pont qui tremble".
A
l'autre bord, où l'on débarque, est comme un petit
village nommé Figuere ou Stifiguere [Figueras].
De là, je fus à Bars [Barres]; à Ville [Vilarvelle];
à Casselliau [Salsedo], où j'ai couché.
Le
11, à Saint-Thiedes [Santa Gadea]; à Tappe [Tapía],
situé sur le bord de la mer, où j'ai drogué, où
j'ai eu cinq sardines, dix oeufs ou goesve [huevos]
et quatre à cinq livres de panne [pan] ou brouette.
De là, je fus à Mante [Martín], où j'ai retrouvé
mes camarades. Nous nous sommes réunis ensemble
et avons relié la fête en goeves et en sardines.
Ensuite sommes allés ensemble à Salebbe [Salave];
à El Franques [El Franco]; à la Machaliol de Parle
[Mohices ?]; à Arbosse [Arboces], où nous avons
couché.
Le
12, à Saint-Charles; à un quart de lieue plus loin
se passe une rivière; de là, à Nave [Navía]; à Autour
[Otur]; à Escaral; à Serville; à Louarques [Luarca],
ville, située au bas d'une montagne, dont quelques
rues sont percées dans le rocher, qui est sur le
bord de la mer. La ville ne se voit pas que l'on
ne soit à la porte. Nous avons couché à l'hôpital
dans de bons lits. Il y en a huit de même. Dans
le haut de la salle est un Saint-Jacques à cheval.
Le
13, à Barcia, où à quelque distance de là se passe
une barque sur un recoin de la mer. Mais elle est
calme. De là, à Cannerre [Canero]; à Casavese [Cadavedo],
où nous avons couché dans l'hôpital.
Le
14, à Balotte [Vallota]; à Sainte-Marie [Santa Maria
de Vallota]; à Chatte [Castañeras]; à Montmayort
[Mumayor], où se monte une rude montagne fort raide.
De là, fûmes à Pillia de Pilly [Piñera]; à Coudidierre
[Cudillero], ville située sur la côte d'une montagne,
où nous avons couché à l'hôpital, dans de bons lits.
Le
15, fûmes à Mort [Muros]. A un quart de lieue plus
loin, l'on passe une barque. De là, à Sancobiesde
[Soto del Barco], où nous avons couché à une maison
peu loin de là.
Le
16 à la Grandes [Grado]; à Obiede [Oviedo], dit
S. Salvateur ou S. Sauveur, ville.
Ce
jour-là, sont tombées les premières neiges.
DE
NOTRE ARRIVÉE À OBIEDES ET DE SES PARTICULARITÉS.
Cette
ville est située dans une plaine, où à sa gauche
est un pont de pierre bien de 40 pieds de
haut, sur 41 arches. Il a 5 pieds
demi de large. Cela est à cause des débordements
qui y arrivent quelquefois. Il y a avant d'entrer,
sur la droite, un couvent de Saint-François, où
se donnent à 3 heures, la soupe, de la morue et
du pain.
Cette
ville est marchande, assez bien peuplée. Elle est
de moyenne grandeur. Elle n'a rien de rare, sinon
à la maîtresse église qui est Saint-Sauveur. Le
clocher de l'église est en flèche, mais il fut rompu,
par la moitié, par le tonnerre.
Voici
le mémoire des reliques qui sont renfermées dans
le trésor.
MÉMOIRES
DES SAINTES RELIQUES.
Au
temps que Coldroes [Chosroës], roi de Perse, saccagea
la ville de Jérusalem, Dieu par sa puissance admirable
transporta une arche ou coffre de bois inconuptible
fait de la main des apôtres et rempli des merveilles
de Dieu, de cette sainte cité jusqu'en Afrique;
de là à Carthagène en Espagne; de là à Séville,
ensuite à Tolède; de là aux Asturies, à la montagne
appelée Sacrée; et de là à cette sainte église de
St-Sauveur, ville appelée Oviedes. Et cette arche
étant ainsi ouverte, s'est trouvé dedans quantité
de petits coffrets d'or et d'argent, d'ivoire. Et
ceux, qui avec grand respect les ouvrirent, trouvèrent
les témoignages écrits, en chaque relique, qui déclaraient
manifestement et distinctement ce qu'il contenait.
Ils
y trouvèrent une grande partie du suaire de Notre-Seigneur,
dans lequel il fut enveloppé dans le sépulcre. Ce
précieux linge est teint de son sang, ayant couvert
sa face et son chef. Ce qui se montre trois fois
par an au peuple; le jour de la fête des Saintes
Reliques qui arrive le 3 mars et le jour du vendredi-saint
et le jour de l'exaltation Saïnte-Croix, le 14 septembre,
et les jours de fêtes ordonnés dans les jubilés.
Un
aleaa [ala], qui est mot espagnol à moi inconnu,
de la Vraie Croix.
Huit
épines de la couronne de Notre-Seigneur.
De
sa tunique rouge.
De
son saint Sépulcre.
Des
linges dans lesquels il fut emmaillotté dans la
crèche.
Du
pain de la Cène.
De
la manne que Dieu fit pleuvoir aux Israélites.
Une
bonne partie de la peau de saint Bartellemy, qui
fut écorché tout vif.
Le
manteau ou chasuble que la Reine du Ciel donna à
saint Ildefoso ou Ildephonse, archevêque de Tolède.
Du
lait de la sainte Vierge.
De
ses cheveux.
De
ses vêtements.
L'un
des 30 deniers, pour lesquels le Fils de Dieu fut
vendu par Judas, lesquels il a reçus.
L'on
y trouva une petite fiole en laquelle étaient de
l'eau et du sang de Notre-Seigneur.
De
la terre, sur laquelle il mit les pieds, en montant
au ciel et quand il ressuscita le Lazare.
Du
sépulcre du Lazare.
D'un
manteau du prophète Élie.
Du
front et des cheveux de saint Jean-Baptiste.
Des
cheveux de la Magdeleine, avec lesquels elle essuya
les pieds de Notre-Seigneur.
Une
partie des os des enfants Anaie [Ananias], Azarie
[Azarias] et Missael.
De
la pierre qui couvrit le Saint-Sépulcre.
Du
rameau d'olivier, que Notre-Seigneur porta, étant
monté sur l'ânesse, faisant son entrée en Jérusalem.
De
la pierre de Sinay ou du mont Sinay où Moïse jeûna.
Une
petite partie de la verge de Moïse, avec laquelle
il divisa les eaux de la mer Rouge, pour donner
passage aux enfants d'Israël.
Un
fragment du poisson rôti et du rayon de miel, que
Notre-Seigneur goûta après sa résurrection, quand
il apparut à ses apôtres.
L'habit
que mettait le glorieux saint Tirse [saint Thyrse,
27 septembre].
Une
main de saint Étienne, premier martyr.
L'une
des sandales de saint Pierre.
Une
partie de sa chaîne.
Des
reliques des douze apôtres et de leurs os.
Des
reliques et ossements des prophètes:
De
celles de saint Laurent;
De
saint Sébastiens;
De
saint Cosme et saint Damiens;
Du
pape saint Étienne;
De
l'évêque saint Martin;
De
saint Féconde; [S. Fagon et S. Primitif, martyrisés
en Galice, 27 novembre]
De
saint Permiteur; "
De
saint Justes; [S. Just et S. Pasteur, frères, 6
août.]
De
saint Pasteur; "
De
saint Adrien; [S. Adrien et Ste Nathalie sa femme,
4 mars et 1er décembre]
De
saint Netel; "
De
saint Mammelle; [S. Mammès, 17 août]
De
sainte Julie;
De
saint Verissime; [1er octobre]
De
saint Maxime;
De
saint Badule; [S. Badour, 19 août]
De
saint Pantaleon; [27 juillet]
De
saint Ciprien;
De
saint Cristophe;
De
saint Cucufatte; [S. Cucufat, 25 juillet]
De
saint Sulpices;
De
sainte Agatte;
De
saint Emeterie; [S. Emétère, vulgairement S. Madier
et S. Chelidoine, 3 mars]
De
saint Celdonie; "
De
ste Fructueuses; [S. Fructueux, évêque, S. Augure
et S. Euloge, diacres, martyrisés à Tarragone, 21
janvier]
De
saint Auguries; "
De
saint Euloges; "
De
saint Victor;
De
saint Justes; [Ste Juste et Ste Rufine, vierges
et martyres à Séville, 19 juillet]
De
sainte Ruffines; "
De
sainte Servande; [S. Servant et S. Germain, martyrs
à Ossone, 23 octobre]
De
sainte Germanie; "
De
saint Surjette; [S. Serge et S. Bacq, 7 octobre]
De
saint Ebachie; "
De
saint Julien;
De
saint Félix;
De
saint Pierre; [S. Pierre l'Exorcite,2 juin]
De
saint Exorcitte; "
De
saint Eugènes ;
De
saint Vincent; [S. Vincent, diacre, 9 juin]
De
saint Levitte; "
De
sainte Anne;
De
saint Sulpices; [S. Félix, d'après Florez, 29 juillet,
ou S. Simplice, S. Faustin et se Béatrix, leur soeur,
29 juillet]
De
saint Fauste; "
De
sainte Beatrice; "
De
sainte Petronille; [31 mai]
De
sainte Eulalie; [Ste Eulalie de Barcelone, 12 février]
De
saint Berchimont; "
De
saint Éleiliant ou Émélian; [Ste Emilie, 2 juin]
De
saint Jeremie, martyr; [7 juin]
De
saint Penpolle; [Ste Pompose, 19 septembre]
De
saint Coleges; [S. Collège, 18 mars]
De
saint Sportelly.
Comme
aussi de plusieurs corps, ossements et reliques
de saints prophètes, martyrs, confesseurs et vierges,
qui sont renfermés et gardés; les noms desquels
ne sont sus que de Dieu seul.
Hors
de cette arche, il y a une croix de fin or travaillé
et fait de la main des anges. Dans cette même église
est la fameuse croix du roi Pélage, avec laquelle
il combattit la superbe nation des Mores, du temps
qu'ils régnaient sous leur tyrannie presque toute
l'Espangne.
Il
y a aussi une des chruches ou cruches, dans lesquelles
Jésus-Christ convertit l'eau en vin aux noces de
Cana.
Le
corps de saint Euloges, martyr; [11 mars]
Celui
de sainte Lucrèce; [23 novembre]
Celui
de sainte Eulalie; [10 décembre]
Saint
Pélages, [évêque d'Iria, 26 janvier]
Saint
Vincent, martyr et abbé;
Saint
Julien; [d'après Florez, S. Julien de Tolède, 6
et 8 mars]
Saint
Suzanne, évêque.
Quiconque
visite ces précieuses reliques, le révérendissime
évêque de la même église de Oviedes, par autorité
apostolique qui lui est concédée, lui remet la troisième
partie de la peine due à ses péchés; et qu'en outre
il gagne mille et quatre ans et quarantaine d'indulgences
et participe aux sacrifices qui se font en cette
église.
Le
pape Eugène IV et les autres pontifes romains par
leurs lettres apostoliques concèdent indulgence
plénière et rémission de tout péché, même en l'article
de la mort, étant en état préparé, à ceux qui ont
véritablement repentance de leurs péchés et qui
se sont dévotement confessés, à ceux qui ont un
ferme propos de se confesser, aux temps marqués,
dans l'endroit, visiteront cette église le jour
de l'exaltation de la Sainte-Croix, au mois de septembre;
et quand elle tombera le vendredi, il concède la
même indulgence trente jours devant et autant après
la fête; et chaque année, tel jour qu'elle se célèbre,
on trouve indulgence plénière et rémission de tout
péché, huit jours devant, huit jours après la fête,
même en l'article de la mort et cela est à perpétuité.
En foi de quoi, nous doyen de la dite église et
chapitre de l'église d'Oviedes, avons ordonné la
teneur des présentes lettres.
Dans
l'église sont comme quatre chaires de vérité: l'une
est sur la droite, à l'encontre d'un pilier, ou
au-dessus est St-Sauveur qu'ils appellent San Salvateur.
Il
y en a une autre qui lui fait face à gauche, où
au-dessus est élevé en pointe comme un clocher.
Les
deux autres sont au bout du second choeur qui est
celui des chanoines, l'une d'un côté, l'autre de
l'autre, où dessus le bord d'une, où le prédicateur
pose ses mains, est un oiseau doré; à l'autre c'est
de même.
Le
maître autel de cette église est enrichi de personnages
de 3 ou 4 pieds de hauteur, le tout, en
tournant chaque côté de l'autel, représentant tous
les articles de la passion.
En
entrant dans l'église, à droite, est le trésor où
il faut monter 25 à 30 degrés. L'église
est fort grande. C'est un chapitre, qui a pour seigneur
un évêque, qui réside à l'évêché de cette ville.
Le
bourreau de cette ville, comme toutes les autres
de l'Espangne, a, pour se faire connaître entre
les autres hommes, une petite échelle d'argent à
son chapeau.
Cette
ville n'est pas grande mais bien marchande et peuplée.
Après
cela, nous fûmes coucher à l'hôpital, où j'ai trouvé
un pèlerin de la Biscaye, avec qui j'ai troqué un
livre espagnol pour un autre, moyennant trois pierres
qu'il m'a données de retour, savoir: deux grosses
de Croix, une d'agate bonne pour le mal de tête,
la mettant dans un linge sur la tête. Plus, j'ai
acheté à un autre pèlerin six ou sept douzaines
d'autres pierres de Croix pour 5 ou 6 cuartes
[quartos], dont l'un vaut 2 liards de France.
Le
17, j'ai acheté à un autre pèlerin "Les vertus
et propriétés des pierres de croix et de celles
d'hirondelle".
VERTUS
ET PROPRIÉTÉS DE LA PIERRE DE LA CROIX, APPELÉE
PIERRE DE SAINT-PIERRE OU SAINT-ÉTIENNE, où sont
les articles suivants:
Premièrement
sont propres contre les esprits malins qui entrent
dans le corps, fulminés, la portant sur soi.
Elle
est bonne pour ceux qui ont peur la nuit; pour ceux
qui ont la fièvre, la portant au col; pour la dyssenterie
du sang, en en prenant en poudre pendant neuf matinées
avec du vin étant à jeun.
Elle
est bonne pour retenir le sang qui prouve aux femmes
qui ne peuvent uriner, la portant au col.
Elle
est bonne pour le mal de coeur.
Elle
est bonne pour les temps et voir. Appliquant cette
pierre, elle sera abondante et délivre de tout mal
temporel.
Elle
est bonne pour ceux qui naviguent par mer ou par
terre, récitant Ave Maria à l'honneur de Jésus-Christ.
Imprimé
à Rome avec permission des supérieurs.
Cette
pierre, telle petite qu'elle soit, il y a une croix
noire dedans et le fond est blanc. Elle se tire
de la montagne Saint-Pierre, près du mont Esturdes
[Asturies], en Espangne.
RECETTE
ET PROPRIÉTÉS DE LA PIERRE DE L'HIRONDELLE. L'expérimenteur
Albertus Magnus de evas
On
dit que dans la tête de l'hirondelle se trouvent
deux petites pierres menues, l'une desquelles est
blanche et l'autre rougeâtre. Les vertus desquelles
s'ensuivent:
Premièrement
la portant sur soi, surtout la blanche, on ne sera
fatigué de la soif, et la portant dans la bouche,
elle la rendra toujours fraîche.
Pour
le flux de sang, pendez-la au col, elle retiendra
le sang.
Elle
a la même vertu à aider à enfanter les femmes, comme
la pierre d'Aigle.
Mettez
cette pierre dans un verre d'eau pour la nuit et
buvez-la le matin, elle amolit le ventre de ceux
qui l'ont dur; elle apaise le mal de la goutte et
la fièvre, si elle la tient.
Elle
a aussi une vertu très efficace pour l' oeil, quand
l'on y a mal, la mettant dans le petit trou que
l'oeil fait près du nez, la laissant quelqu'espace.
Si
l'oeil a eu quelque coup, faut la laisser une nuit
entière, elle vous guérira bientôt.
Celui
qui porte sur soi cette pierre, du moins la rougeâtre,
sera préservé de différentes maladies.
Le
tout est approuvé.
Nous
fûmes le matin à l'évêché où nous avons eu cadaoune:
[cada uno, chacun] livre de pain pour almorsar [almorzar]
ou déjeuner, ensuite fûmes à comeire [comer] ou
dîner au couvent de Saint-François, puis recoqueire
[recoger] ou coucher à l'hôpital.
Le
18, fûmes faire toucher nos chapelets aux saintes
reliques: un entre autres, de cuivre, joliment fait,
que j'avais acheté treize cuartes, qui valent 6
sols et 6 deniers; avec un autre petit, de bois
rouge, d'une beauté peu commune, que j'ai donné
à la femme de Lescuru de Carlepont, à mon retour.
Après
cela, fûmes dîner au couvent de Chocolante de Saint-François,
puis sommes partis. L'évêque du lieu donne à chaque
pèlerin 2 cuartes.
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D'OVIEDO
Á MADRID
DÉPART
DE S. SALVATEUR.
Partant
de cette ville, sommes allés à Olungnet [Olloniego].
À Olungnet, l'on y passe une barque, où nous avons
rencontré, sur la montagne, deux pèlerins de nos
voisins, natifs de Pont-l'Évêque, nommés ... et
Flamens, qui était tailleur, ce qui nous fit plaisir
à l'un et à l'autre. Mais nous ne pouvions pas témoigner
la joie que nous avions les uns les autres, attendu
que l'un allait, l'autre revenait. Il n'y avait
ni cabaret ni village. Fallut nous quitter de même.
À leur rencontre j'ai perdu deux ou trois douzaines
de mes pierres des Croix. Nous nous sommes quittés
après bien une demi-heure de conversation. Nous
fûmes à Robillia [Rebolleda]; à Mire [Mieres del
Camino], où nous avons couché. Les environs de ces
pays ne sont que montagnes et lieux impraticables
pour les charrois. Il n'y peut aller que des voitures
à dos, sur des petits sentiers qui sont sur le penchant
des montagnes, tout pierreux et rochers dans les
fonds, où, entre deux de ces montagnes sont comme
des précipices.
Le
19, à Ouches [Ujo], où nous avons monté une montagne
furieuse environnée de bois; de là, à la Polle [Pola];
à Louadelaposle [Pola de Lena]; à Vesgalciet [Vega
del Ciego]; à Ambromanee [Campomanes]; à la Freche
[Frecha]; à la Veille [Veguellina]; à Larmie [la
Romia]; à Paysages [Pajares], où nous avons couché
à l'hôpital dans de bons lits. Il y a une montagne,
où il fait froid toute l'année, appelée le mont
Estudes.
Le
20, fûmes à Sainte-Marie des Harbes [Santa Maria
de Arbas], qui fait le différent des Asturies d'avec
la Castille; de là, à Mousedon [Busdongo]; à Misaloy
[Villanueva del Camino ?]; à Miliamany [Villamañin];
à Milia Saint-Prix [Villasimpliz], où nous avons
couché.
Le
21, à Bouyse [Vega de Gordon], où les villages sont,
du moins les maisons couvertes de chaume, au lieu
que dans les Asturies elles sont couvertes de pierres
plates, blanches, d'autres couleur d'ardoise, larges
de 2 ou 3 pieds en carré et épaisses d'un
pouce.
De
là, fûmes à Beverines [Beberina de Gordon]; à la
Posle de Gourlonne [La Pola de Gordon]; à Perdille
[Peredilla]; à Roble [la Robla], où étant arrivés
sur les 4 heures du soir, sans savoir s'il y avait
loin au premier village, avons entrepris d'y aller.
Il y avait la ville de Léon à 5 lieues de là,
où nous fûmes obligés d'aller de
nuit
pour coucher, n'ayant trouvé aucune maison. Étant
d'abord enfilés sur une montagne, à l'entrée de
la nuit, nous avons perdu le chemin bien vingt fois,
sans voir clair à mettre le doigt dans les yeux
des uns les autres. Étant parfois perdus, nous nous
asseyions pour entendre où passer le reste de la
nuit, si le froid l'eût permis; puis étant glacés,
nous marchions ensuite, comme des perdus que nous
étions, croyant toujours attraper quelque gîte.
À la fin, à force de marcher vite, nous fûmes contraints
de marcher à tâtons, où après être presque hors
de nous-mêmes de la fatigue, du froid et du chaud
que nous endurions l'un après l'autre, Dieu permit
que nous nous sommes trouvés au pied des murs de
la ville de Léon, à 8 heures du soir.
ARRIVÉE
À LÉON.
Étant
par la grâce de Dieu arrivés dans la ville, ne comptant
coucher qu'à l'abri de quelque maison, encore trop
heureux, ne rencontrant pas une personne. Après
avoir marché beaucoup, nous fîmes rencontre d'un
prêtre, qui était par bonheur un des administrateurs
de l'hôpital Saint-Antoine, qui était justement
celui que nous cherchions. Il nous a interrogés
d'où nous venions. Après lui avoir dit, il nous
conduit chez lui, qui était l'hôpital, dont je viens
de parler, où il nous fit coucher sur un lit de
planches, entortillés de couvertes pourries, où
nous avons fort bien reposé.
Le
22, nous avons eu pour déjeuner, chacun une livre
de pain. Nous avons passé là le jour avec deux pèlerins,
que nous avions marché ensemble quelque temps: entre
autres un de Tours, en Touraine, fouleur de son
métier, qui ressemblait beaucoup à un nommé Moulin,
de Noyon, qui avait été charretier chez Monsieur
de Noyon Rochebonne. C'est pourquoi nous l'appelions
Moulin. Et l'autre pèlerin était un prêtre espagnol,
qui nous fit reproche d'avoir quitté notre camarade
Delorme, qu'il avait rencontré et qui lui avait
conté mille mentiries de nous, tout au contraire
de ce qui s'était passé entre lui et nous, quand
nous nous étions quittés. Après cela, fûmes coucher
à l'hôpital.
Le
23, fûmes à l'évêché chercher la limogene [limosna],
que l'évêque fait, c'est-à-dire l'aumône: chacun
livre et demie de pain. Puis après, je fus chez
un sastre ou tailleur, pour demander de l'ouvrage,
pour voir seulement la méthode de leur ouvrage.
Il nous accorde de l'ouvrage pour deux, mais nous
ne savions pas travailler pour mouqueire [mujer],
femme. C'est la méthode de travailler pour les deux.
Puis nous lui avons dit que nous allions revenir,
que nous allions chercher de l'ouvrage pour notre
troisième camarade, que nous avions dit être sapateire
[zapatero] ou cordonnier. Nous sommes encore à retourner.
De
là, sommes sortis de la ville pour aller al Pas
de Ragonde [Puente de Castro]; à Alcouesque [Alcabueja];
à Limosse [Marne]; à l'Hôpital de la Pointe [Puente
de Villarente], où nous eûmes du pain et devions
coucher à l'hôpital. Mais nous fûmes obligés d'aller
plus loin, à cause qu'un de nous nommé Hermand a
brusqué la servante de l'hôpital. Elle lui a répondu
vivement. Il l'a prise par le bras, l'a jetée en
bas de l'escalier, où nous n'eûmes que le temps
de nous sauver, à faute de ce que nous aurions eu
la bastonnade. Nous avons donc marché de nuit jusqu'à
Manneille [Mansilla de las Mulas], petite ville,
où nous avons couché à l'hôpital sur des lits de
planches.
Le
24, au lieu de continuer notre route sur la gauche,
par où nous étions venus, avons pris notre chemin
sur la droite pour aller à Madrid. Avons d'abord
passé à Sainte-Marthe [Santas Martas]; à Sainte-Cristines
[Santa Cristina de Madrigal]; à Albire [Albires],
où nous avons couché.
Le
25, à Mayorques [Mayorga de Campos], ville, où nous
y avons admiré la sonnerie plutôt qu'ailleurs, quoiqu'elle
soit de même par toute l'Espangne.
DESCRIPTION
DE LA SONNERIE ET DE LA FAÇON QUE SE SONNENT LES
CLOCHES EN ESPANGNE.
Rarement
dans chaque église se trouvent deux cloches. Elles
sont toutes à découvert, entre deux murs. Elles
sont pendues, comme supposez au haut d'une fenêtre.
Au-dessus des clochers sont communément des nids
de cygnes. La cloche pend la gueule en bas, comme
les nôtres, mais le ciel est égal en lourdeur par
la quantité de fer qu'il y a à ce sujet, de sorte
qu'en tirant la cloche, elle est aussi longtemps
en l'air qu'un Gloria patri. Et elle retombe, elle
se relève, de sorte qu'elle ne frappe que très lentement
et toujours tout de même. Voilà l'explication en
deux mots. Cela vous désole et impatiente. Cela
est tout au contraire dans les maîtresses villes:
ils ont des pareilles sonneries, comme celles qui
sont en France.
Après
ces attentions faites, nous fûmes dîner au couvent
de Saint-François. Après cela, sommes allés à Bescille
[Vecilla], où nous avons couché.
Le
26, à Paroisse. Toutes les campagnes de ces environs
sont plates, unies, belles, fructueuses, odoriférantes
pour toutes les bonnes herbes qui y viennent. Le
pain y est excellent, bon, blanc, tirant sur le
jaune comme du gâteau, un goût enchanté, léger.
A 9 ou 10 lieues plus loin, s'en mange d'une
autre façon, blanc comme du papier, crayeux en le
mangeant, fort entassé.
AVENTURE
ARRIVÉE.
Par
tous les environs de ces pays, dans les villages,
se fait des petits pains d'une livre qu'ils appellent
pains des trépassés. Ils le portent le dimanche
à l'église, le mettent par terre, devant eux, avec
un pain de bougie qu'ils font brûler auprès, du
moins les femmes. Elle sont accroupies, parce que
ce n'est pas la méthode d'avoir des bancs. Les hommes
sont dans un pupître, haut, élevé au fond de l'église,
avec le magister qui y chante.
Le
prêtre faisant l'eau bénite, va bénir ces pains
à chacune de ces femmes, puis elles les remportent
chez elles, en font l'aumône aux pauvres. Les hommes
sont à chanter tous ensemble, d'une façon à vous
faire rire, qu'il semble, sans comparaison, que
c'est le sabbat en l'air. Et quand l'on lève Dieu,
ils battent leur estomac de leurs poings, tous ensemble,
d'une manière qu'il semble que ce sont tous les
tambours d'une armée qui roulent. Bref, il s'agit
de dire qu'un jour entre autres, étant dans un village
ou lougard [lugar], à la messe de Requiem qui se
disait pour lors, le prêtre, ayant fait l'offrande,
monte en chaire et prêche d'une façon, qui a excité
mes camarades et moi à rire d'une force extraordinaire,
de sorte que je me suis aperçu de la colère de quelques
habitants, qui se sont détachés plusieurs de l'église
pour accourir après nous. N'eût été la fuite que
nous avons prise subtilement, nous aurions payé
la folle enchère, pour les grimaces et contorsions
que le moine prédicateur faisait. Il aurait excité
les plus sérieux à rire.
Après
cela, fûmes à Reauxsecq [Medina de Rioseco], ville,
où nous avons couché. Cette ville est assez belle
et marchande.
Le
27, fûmes à Vilneuve [Villanubla], à Balioly ou
Valiadoly [Valladolid], une des belles villes de
toute l'Espangne, belle, grande, riche, marchande
et bien peuplée, où nous avons couché.
DESCRIPTION
DE VALIADOLY.
Cette
ville est située dans une belle plaine, peuplée
d'un si grand nombre de couvents, que je crois qu'il
y en a de toutes sortes d'ordres. Tous ces couvents
sont dans une grande, spacieuse place, tout autour.
Elle est de forme ovale.
Dans
cette ville est une université.
Dans
le milieu de cette grande place ovale, où sont tous
ces couvents, ne s'y fait pas d'autre marché que
pour les bestiaux, en temps de foire. Dans le milieu
est une belle maison qui est un plaidoyer. Cette
place est éloignée des endroits les plus peuplés
de la ville, et pour y parvenir l'on passe par une
porte aussi grande que celle par où l'on entre dans
la ville, qui est une porte superbe, peinte à la
mosaïque, où est représenté, en peinture, le roi
Philippo quinto à cheval, par un côté, et la reine
sa femme de l'autre, aussi à cheval.
Cette
place est si grande qu'il y tiendrait bien quatre-vingt
mille hommes en bataille.
La
Grande Place, où se fait le marché général de tout,
est bien plus petite mais en carré, avec des halles
tout autour ou des arcades, avec de belles chambres
au-dessus de quatre à cinq étages, qui fait une
belle symétrie.
Le
28, sommes allés à Point d'Or ou Pont d'Or [Puente
de Duero]; à Valceseil [Valdestillas], où nous avons
couché.
Le
29, à Ornille [Hornillos]; à Oelmedes [Olmedo],
petite ville, où nous avons couché.
Le
30, à Coantoelmedes [Fuente Olmedo]; à Cointecotte
[Fuente de Coca]; à Sainte-Usse [Santiuste]; à Barlesquesquoque;
à Desnouagourna; à Cossart de Victor; à Coart, où
nous avons couché.
DÉCEMBRE
du
1er, jour de la saint Éloy, sommes allés à Esterre
[Hetreros], où nous avons couché.
Le
2, à Oardame [Guadarrama ?], où nous avons couché.
Le
3, à la Tour [Torrelodones], où nous avons couché.
Le
4, à la Roses [Las Rozas]; à Mancalondes [Majadahonda];
à Possiol [Pozuelo de Alarcon]; à Oumard [Umera];
à Madrid, ville capitale.
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DE
NOTRE ARRIVÉE À MADRID ET DESCRIPTION DE SES PARTICULARITÉS.
La
ville, par où nous sommes entrés, est sur une hauteur,
où pour y parvenir est une longue et belle chaussée,
ayant le château ou palais du roi sur la gauche,
en entrant. Cette chaussée est murailIée des deux
côtés, haut de trois pieds passés, avec des grosses
pommes de pierre plus hautes que le mur, de distance
à autre. Étant parvenus à la porte qui est belle,
haute, nous fûmes coucher à l'hospice ou l'hôpital
de Saint-Louis, hôpital des François (chaque nation
a son hôpital), où nous avons eu un peu de salade
avec du pain, et mal couchés.
Le
5, fûmes à un couvent, près du palais, où nous avons
eu chacun une escoudel [escudilla] ou écuelle de
bouillon. Ensuite avons entré dans la cour du palais,
gardé par les gardes valones (qui ont le même habillement
que les gardes françoises à Paris), où nous avons
considéré les particularités:
Premièrement,
le corps du palais est haut, élevé, ayant deux ailes
de bâtiments en devant qui forment une cour en carré,
où dans le milieu de l'aile, vers la ville, est
la porte pour y entrer. À l'autre aile est une porte,
tout vis-à-vis de celle-ci, pour sortir hors du
palais et hors de la ville. Chaque aile a 300 empas de long. Sur le bord des toits ou couvertures
des ailes de bâtiments par-dedans la cour, sont
une infinité de statues de rois, reines, princesses
et autres. Au bout des deux ailes est encore une
entrée.
Le
corps de logis ferme le haut des deux ailes. Il
y a cinq ou six étages, où à chacun sont vingt-six
croisées, avec de beaux balcons en devant de barreaux
de fer peints en vert, où aux bouts des barreaux
et dans le milieu sont trois pommes dorées. À chacun
des bouts du corps de logis, est un beau pavillon
en carré. À chacune des faces, sont quatre croisées
ornées de balcons devant, comme les autres. Le fond
du corps de logis en briques rouges.
Le
même jour, sur les 2 ou 3 heures après midi, le
roi a sorti du château et de la ville pour aller
à la chasse. Quelque quart d'heure avant, son aumônier
fait distribuer à chaque Français 4 cuartes,
qui valent 2 sols de France. Ensuite celui du
prince des Asturies donne deux cuartes, et le prince
sort dans son carrosse, avec six beaux mulets qui
tirent avec des cordes au lieu de traits de cuir.
Ce prince était très beau, tout jeune, avec une
chevelure blonde, superbe, revêtu d'un habit gris
blanc, avec un Saint-Esprit relevé en broderie d'argent.
Depuis, ce prince est devenu duc de Parme, puis
roi de Naples, sous le nom de Don Carlos.
Après
lui, est sorti son frère appelé pour lors Don Carlos,
ayant à son carrosse six mulets gris blancs, ayant
ses valets de pied derrière le carrosse, l'épée
au côté, qui est la mode en Espangne pour les gens
de livrée. Le prince était revêtu d'un pareil habit
que le prince des Asturies, son frère. Il avait
le visage pâle; grand d'environ trois pieds demi;
ayant aussi une pareille chevelure que son frère.
Après
lui est sorti le comte Don Fernand, son frère, avec
six mulets à son carrosse, ayant aussi à a
suite ses gardes du corps, comme ses frères, ayant
un même habit et une même chevelure. Puis après,
est passée l'infante avec une chevelure blonde et
un habit brodé en argent, de velours vert, ayant
aussi six mulets à son carrosse.
Puis
après, le roi, avec six mulets rougeâtres, revêtu
d'une grande casaque grise blanche, ayant l'air
un peu pensif; il a le nez long et bossu, long visage
pâle; d'une bonne taille. Après tout cela vu et
examiné, fûmes à un hôpital général, pour toutes
les nations, appelé l'hospice, où, en chemin faisant.
avons rencontré l'ambassadeur d'Empire qui n'avait
pas encore fait son entrée.
À
chaque portière de son carrosse était un suisse
de grande taille, revêtu d'habit rouge, court. avec
crocs. Leur habit était fait sur le modèle de ceux
des housards, avec des bonnets de grenadier et un
sabre de housard, dont le fourreau était orné et
garni de diamants superbes.
Étant
arrivés à l'hospice, nous y avons soupé. La portion
est de la soupe, du pain, des pois et un verre de
vin, et bien couché. Cela dure trois jours.
Le
6, fûmes à confesse au collège impérial des Jésuites,
où, en sortant, le confesseur donne à chacun un
billet en ces termes :
Alabada
sea la virginal pureza de Maria, comulgó santissima
en el colegio imperial de la compañiia de Jesus
de Madrid, anno de 1726
Avec
ce petit billet, fûmes au secrétariat du nonce du
pape, pour avoir une patente de lui, qui nous fut
accordée telle que le voici:
Alexander
Aldobrandinus, Dei et Apostolicoe sedis gratia,
archiepiscopus Rhodiensis et sanctissimi domini
nostri domini Benedicti divina providentia papoe
decinnitertii, ejusdemque sedis, in Hispaniarum
regnis cum potestate legati de latere, nuncius,
juriumque reverendoe cameroe apostolicoe colector
generalis, dilecto nobis in Christo Guillelmo Magny
Gallo, salutem in Domino.
Exposuisti
nobis, voti adimplendi causa, ad B. B. S. P. P.
Petri et Pauli de Urbe limina et alia pia sanctorum
loca visitanda peregrinari velle et propterea nostras
testimoniales litteras expetisti. Nos igitur, hoc
animi tui propositum commendantes, has tibi litteras
per menses IX tantum valituras damus, quarum facultate
ad dicta
B.
B. S. P. P. Petri et Pauli de Urbe limina, pia loca
peregrinari tibi liceat. Illud admonentes ut, priusquam
iter arripias, de peccatis tuis confessus sacram
sumas eucharistiam; benedictionem etiam, quoe religiosis
precationibus ex ecclesioe instituto peregrinis
adhibetur, abaliquo parocho oppidi petas et assumas;
peregrinando, omnia fugias quoe devotionis studium
impedire possunt, illa solum amplectaris quibus
tua pietas excitetur ac potissimum orationibus sanctis,
meditationibus, piisque coloquiis instes; ab omnique
peccato et peccandi occasione abstinendo, religiose
sanctorum ecclesias visites, ut peccatorum tuorum
indulgentiam consequi merearis. Elemosinas autem,
non nisi de parochorum licentia, nec per ecclesias
vagando, sed proe illarum foribus, colligere tibi
licebit.
Quibus
omnibus et proesertim circa elemosinarum collectionem
rite servatis, te universis Christi fidelibus commendatum
esse cupimus. Illud vero postremo memineris, ut
a sancta peregrinatione reversus, parochum tuum
convenias, qui te sanctis orationibus benedicat
et a Domino, quoe tibi salutaria futura sunt, precetur.
Datum
Madrili, Toledanoe diocesis, die 6 mensis decembris,
anno a nativitate Domini nostri Jesu Christi millesimo
septingentesimo vigesimo sexto.
ALEXANDRE
ALOOBRANDIN.
Avec
le cachet
Gratis
ubique.
Avec
cela, nous fûmes chez le vicaire général, qui nous
donna au dos une permission pour huit jours dans
la ville de pedir la limosna, le tout écrit en abrégé,
en espagnol.
Après
avoir obtenu cela, nous sommes retournés à l'hospice
pour dîner. Nous avons eu de la morue et de la soupe
aux lentilles, pain et vin.
Après
dîner, fûmes au palais où nous avons vu sortir tous
les princes, avec les mêmes habits que le jour précédent,
à la réserve du comte Don Fernand qui était revêtu
d'écarlate, avec un parement de soie blanche et
bleue à fleurs, avec un St-Esprit brodé.
Ensuite,
est passée l'infante habillée à l'amazone d'un habit
gris blanc, comme ses frères, avec un St-Esprit.
Ensuite
est passé le roi.
Après
cela, fûmes promener à la porte de la ville, par
où nous étions entrés.
En
voici la description: cette porte a deux entrées;
le tout est de briques; elle est belle, haute, élevée;
elle est remplie d'un nombre infini de beaux et
différents dessins, le tout en belles scultries.
Elle est comblée d'une couronne royale avec ces
mots: Philippo quinto rei d'Espagna.
Dans
la ville sont cinq ou six belles fontaines ornées
dessus, de chacune une déesse.
La
ville est belle, grande et marchande.
Après
cela, fûmes coucher ou recoqueire à l'hospice, après
y avoir soupé.
Le
lendemain 7, avons entré dans le palais par une
porte, qui est hors de la ville, tout derrière le
château. Ce château (étant derrière), paraît être
bâti sur une montagne; effectivement le corps de
logis est élevé sur la côte d'une montagne. Cette
porte est magnifique, ayant de front trois entrées:
savoir, deux pour aller à la ville et une pour aller
au château. Elle n'a pas de communication avec les
deux autres, quoiqu'elle fasse la symétrie avec
elles. Elle conduit au château par une terrasse
adoucie en montant et aplanie proprement. C'est
par cette porte que le roi sort pour aller à la
chasse. Elle est descultrée, très belle, toute blanche,
avec la couronne royale dessus. Au-dessus de celle
du milieu, est la statue d'un moine qui lève son
doigt vers le ciel.
À
2 heures, le roi et les princes sortent. Ce jour-là
l'infante avait un habit à l'amazone, couleur d'olive.
Au
bas de cette ville passe la rivière de Mançanarès.
Les
portes de la ville se nomment: l'une Tolède, une
de la Vegua, une de St-Joachim.
La
ville est édifiée de belles fontaines nommées la
fontaine de l'Ange-Gardien, avec six autres élevées
en pointe à quatre cahos.
Il
y a le palais Buon Retiro.
L'hôtel
de la Monnaie.
Le
palais du roi.
Le
pont de Ségovie, par où nous sommes entrés.
Le
palais du roi del Campt.
L'église
de Notre-Dame de la Toca. Le couvent de Saint-François,
celui de Saint-Isidore.
Saint-Jean
de Latran, église, à l'hôpital des François.
Le
collège impérial des Jésuites. Le monastère de Saint-Michel.
Le collège Saint-Augustin.
Toutes
ces églises sont superbes et tous les autres édifices
de même. Après cela vu, fûmes souper et coucher
à l'hospice.
Le
8, avons considéré le dessus de la porte du corps
de logis de l'hospice. Tout est neuf. La statue
du roi est au-dessus de la porte, l'épée à la main,
le bâton royal de l'autre, avec une couronne d'or
sur la tête. À ses pieds est un homme en blanc,
tout comme lui blanc, qui dans ses mains tient un
plat où dedans sont deux clefs d'or, qu'il présente
au roi.
La
place est belle, grande, faite en carré, les maisons
à même étage, le tout de symétrie. À chaque rang
sont cinq étages, à chacun desquels sont quarante-deux
croisées et à chaque bout vingt, avec de beaux balcons
de fer; les maisons sont de briques, marbrées de
bleu.
Le
marché, pour les boulangers, se fait de cette façon.
Ils vendent leur pain de dessus leur cheval. Ils
se mettent tous en ligne, ils tirent leur pain des
paniers dont les chevaux sont chargés et le vendent
à tout venant. Il n'y a pas de maîtrises. Ce sont
les boulangers de village qui viennent en grande
partie pour le vendre de cette façon. Il y a des
villages d'alentour qui ne sont que tous boulangers,
comme Gonesse autour de Paris.
Dans
le moment que nous étions à considérer cette place,
il est venu à passer une procession, que je veux
expliquer ici l'ordre qu'elle tenait.
Dans
cette procession se portait une vierge. Il y avait,
tant chanoines que moines de différents ordres,
bien deux cents. Il y avait dix-huit croix d'argent
et quatre d'or. Il y avait quarante-quatre chandeliers
d'argent. Tous ceux qui portaient chape étaient
en grand nombre. Ils avaient tous chacun un reliquaire
à la main. Il y avait dix ou douze étendards. Après
cela, est passée la vierge avec une couronne d'argent
doré sur la tête. Elle était couchée de son long.
À chacun de ses côtés, était une longue couronne,
le long de son corps, avec des rayons et brillants,
le tout en argent doré.
Après
cela vu, nous fûmes au palais, où nous avons reçu
les cuartes du roi, des princes, et quatre de la
reine.
Don
Carlos était revêtu ce jour d'un habit gris de cendre,
de soie à carreaux, avec un parement de drap d'argent.
L'infante
avait un habit gris avec des brodures en argent,
coiffée à l'avantage.
Ensuite
le roi avait un habit gris de souris, avec des parements
à fleurs rouges, bleues et blanches. Ensuite est
passée la reine, dans une chaise à porteurs toute
brodée en argent, avec des franges de même. La reine
était enceinte pour lors.
Cette
femme est grande, mince, grêlée, laide et affreuse;
visage plat, pâle.
De
là, fûmes à l'hôpital des Portugais, dit Saint-Antoine,
où il y a cinq lits extraordinairement bons. Nous
y avons eu pour souper deux oeufs et un petit pain
blanc; ensuite, bien couchés.
Le
9, au matin, avons eu pour déjeuner un petit pain
blanc. De là, je fus acheter ou comprar des chansons
en langue espagnole.
Les
rues de cette ville sont belles, mais très sales
et mal entretenues. En certaines rues, l'on y marche
dans la fange jusqu'à mi-jambe. Il y a des écluses.
Pendant
le séjour que nous y avons fait, est mort un grand
d'Espangne
Les
maréchaux de cette ville battent leur fer, au frais,
dans les rues.
L'air
de cette ville y est si fort qu'un chien mort d'un
mois ne sentirait pas.
Après
cela, fûmes porter une lettre à un nommé ..., frère
de la femme d'un nommé Minet demeurant à Passel
près du Mond-Renault, qui est devenu panetier du
roi d'Espangne. Il demeure vis-à-vis la Croix-Verte.
Il a donné à un de nous deux ou trois réal de platte,
qui valent vingt-quatre sols de France.
Il
nous fut raconté dans cette ville, qu'environ quinze
jours après le retour de France de l'infante à Madrid,
était arrivée l'histoire suivante. Il suffit de
dire que l'infante d'Espangne ayant été renvoyée
de France en Espangne, comme chacun sait, à cause
de sa trop grande jeunesse, intérieurement cela
ne fit pas plaisir au roi son père, mais toutefois
il est françois. Cela fit un grand déplaisir à la
reine et aux grands d'Espangne, comme vous verrez
par la suite. La rage si grande de la reine contre
la France fit que très souvent, la nuit, l'on trouvait
des François égorgés dans Madrid, en revanche de
la prétendue insulte qu'ils [les Espagnols] avaient
reçue, si bien que de temps à autre s'accroissait
de plus en plus la haine secrète contre les François,
si bien que vous auriez parlé à un marchand françois,
il vous aurait parlé espagnol pour ne se pas donner
à connaître. De façon que les grands d'Espangne
ne savaient comment insinuer à Sa Majesté de faire
chasser tous les François de l'Espangne. Personne
d'eux n'osait en porter la parole. Ils ont trouvé
le secret de le faire annoncer par la reine qui
n'était pas déjà leur amie. Cela se trouva fort
bien. La reine prend jour et va conter cela à Sa
Majesté qui feignit d'accepter sa demande, quoiqu'en
lui-même irrité: la reine très satisfaite, aussi
bien que les grands, attendant toujours l'exécution
de cela. Le roi pour cet effet fit écrire à tous
les colonels des régiments d'envoyer tous les soldats
et officiers françois à Madrid, sans grand délai
avec armes et bagages. Ce qui fut fait en peu de
temps. Joint à cela, le roi avait fait emballer
l'or et l'argent du royaume, qu'il devait faire
conduire hors d'Espangne. Le jour pris, le roi (présents
la reine et les grands), monte dans son carrosse
et fait partir les François, qui étaient en grand
nombre, devant et derrière, en disant adieu à la
reine. À quoi elle lui demande où il allait. Il
lui dit qu'il allait accomplir sa demande.
"Qu'entendez-vous,
sire, dit-elle, ma demande?
-
Oui, lui dit-il, vous m'avez demandé de chasser
les François du royaume, je les chasse et les renvoie
en France et je m'en vais avec eux. Il est juste
que je suis François, que j'en sorte aussi"
A
ce mot la reine reconnut sa faute et demanda pardon
de sa demande, et depuis ce temps-là on a renvoyé
les soldats et officiers rejoindre chacun leur régiment.
À présent, si elle n'aime pas les François, ni les
grands: ils se contentent de le penser mais non
pas d'en parler.
Au
bas de la porte blanche qui va au château, sont
de grandes avenues avec de belles fontaines de distance
à autre.
Dans
l'église impériale des Jésuites, qui est un collège,
il y a au maître-autel cent quatre chandeliers d'argent
qui sont tout le long de l'autel à trois rangées:
savoir dans la première, il y en a trente-six et
vingt-quatre dans chacune des deux autres. Le reste
est dans les environs.
Entre
deux chandeliers, sont des bouquets d'argent très
larges, dans des pots de même matière, au nombre
de cent quatre ou cent six.
Dans
cette église, est un autre autel où dessus est un
christ qui est contre une très belle glace de Venise,
au lieu d'être un tableau. Au bas du christ, est
la sainte Vierge avec une épée claire dans son sein.
Dans cette église sont plusieurs autres beaux autels.
La
ville est couverte de tuiles et bâtie tout de briques
rouges.
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RETOUR
EN FRANCE
DÉPART
DE MADRID.
Le
9, à 9 heures du matin, sommes partis de cette ville
pour aller à Conillet [Canillejas]; à Lamede [Alameda];
à Lacque [Rejas]; à Torcon [Torrejon de Ardos];
à Arcalas [Alcala de Henares], petite ville, où
nous avons couché.
Le
10, en partant de là, avons admiré les campagnes
des environs. Nous l'avons trouvée très peu garnie
de châteaux. il y a seulement aux environs de Madrid
quelques maisons royales, comme la Grange, l'Escurial.
L'Escurial
est une maison royale et un couvent, situé à 8
lieues de Madrid, fondé par Philippe II, roi d'Espangne,
en mémoire de la bataille qu'il gagna contre les
François à Saint-Quentin. Les clefs qui ouvrent
les portes, étant toutes ensemble, pèsent dix mille.
Cette maison est dans la province de la Nouvelle-Castille,
faite sous l'invocation de saint Laurent, comme
cette bataille fut gagnée par ses généraux, à pareil
jour. Les religieux qui y demeurent se nomment hiéronymites.
Les rois d'Espangne y ont choisi leur sépulture,
comme les rois de France ont choisi la leur à Saint-Denis,
en France.
Après
cela, sommes allés à Lavacart, petite ville, où
nous avons dîné au couvent de Saint-Francise; puis
sommes allés à Tarassine [Taracena]; à Valacart
[Valdegrudas ?]; à Estagnas, où nous avons couché.
Le
11, à Torrique [Torija]; à Tricoy [Trijueque], où
nous avons couché.
Le
12, à Biliadecanecocque [Valdearenas]; à Valermoces
[Valhermoso de las Monjas], où nous avons couché.
Le
13, à Vilneuve [Villanueva de Argecilla]; à Cadraque
[Jadraque], où nous couchâmes.
Le
14, à la Tendre [Zendejas de la Torre]; à Saint-Amédé
[Zendejas Eumedio]; à Ismonne [Huermeces]; à la
Rive de Studes [la Riva de Santiuste]; à Bailly
le Cour [Valdelcubo ?], où nous avons couché sous
un rocher, qu'un paysan en avait fait une écurie.
Le
15, étant pris de la pluie, fûmes à Alpalsecque
[Alpanseque]; à Baronne [Barahona]; à Bilsaye [Villasayas],
où nous avons couché.
Le
16, à Courtelas [Cobertelada]; à Almansanne [Almazan],
petite ville, où nous avons couché.
Le
17, à Bianne [Viana]; à Armaroeil [Almarail]; à
Maconne [Zamajoñ]; à Tapiul [Tapiela]; à Armesnard
[Almenard]; à la Goce de Campe [Hinojosa del Campo];
à Sors [Soria]; à Alguerdat [Agreda], petite ville,
où nous avons couché.
DESCRIPTION
DE L'ÉGLISE DE CETTE VILLE.
Le
lendemain 18, avant de partir, fûmes dans la maîtresse
église pour en remarquer les particularités. Premièrement
est au maître-autel une devanture superbe tout en
or et argent massifs; dessus étaient six beaux chandeliers
d'argent, dix-huit pots de fleurs de même matière,
avec six beaux bouquets de même; avec cela, il y
a trente-six autres chandeliers non d'argent, avec
autant de pots de fleurs de même. Au-dessus de l'autel
est une plaque d'argent massif.
Sur
la droite, en haut de l'église, est un Saint-François,
avec un christ devant lui, dont les cinq plaies
de Notre-Seigneur sont jointes aux cinq mêmes endroits
à Saint-François, marquées par des petits cordons
rouges.
Au
sortir de l'église, entre la grille et la porte,
est une vierge enfermée dans le mur, non visible,
qui fait beaucoup de miracles.
Après
cela, fûmes au couvent de Saint-François pider la
limogne, où, pour raison connue à moi, j'ai là laissé
mes camarades et suis parti seul de cette ville
pour aller à Saint-Tronique, petite ville, où, par
toutes ces campagnes, ce ne sont qu'oliviers tout
couverts d'olives, qui sont sur l'arbre toutes bleues,
en si grande quantité qu'ils semblent des glanes
d'oignons.
J'ai
couché dans cette ville.
Le
19, je suis allé à Trouselle [Tudela], petite ville;
à Alguerdat [Arguedas], où j'ai couché.
AVENTURE
QUI M'EST ARRIVÉE.
Avant
que d'être arrivé à l'endroit du village d'Alguerdas,
en pleine campagne, très unie, odoriférante à l'excès,
pour
les bonnes herbes, principalement le romul [romero],
que nous appelons romarin, qui était en si grande
quantité, qui formait comme un petit bois tailli
de la hauteur de 3 à 4 pieds, qui dure
bien l'espace de dix lieues. Étant seul de compagnie,
enfilé dans ce petit bois agréable de romarin, je
fis rencontre de quatre garçons espagnols blatriers,
qui venaient de la ville d'Alguerda [Agreda], avec
chacun un mulet, mener du blé. Lorsqu'ils m'eurent
joint, ils m'ont demandé en leur langue:
"Seignor
pelegrino, "Monsieur le pèlerin, eyoste esta
francise? êtes-vous françois ?
-
Non, Seignor. - Non, Monsieur.
-
Douquel tiere eyoste ? - De quel pays êtes- vous?
-
Seignor, eyo sou savoyart. - Monsieur, je suis savoyard.
(Parce qu'ils aiment cette nation.)
-
Se sont boyna cristiane". - Ce sont de bons
chrétiens".
Cependant
ils se disaient les uns aux autres, c'est un François.
Ils
me demandent:
"-
Eyosté tingo el caracq in calsonne ? Avez-vous de
quoi en culotte?
En
même temps, l'un d'eux le couteau à la main s'en
vient en furie contre moi, pour me terrasser et
me faire rasibus cujus et ensuite me pendre à un
arbre tout près qu'il m'avait montré. Il m'aurait
égorgé, n'eût été la pitié qu'un d'eux eut de moi,
qui m'a fait exiler d'eux.
Le
20, partant d'Alguerda [Arguedas], je suis allé
à Maltiere [Valtierra]; à Marcille [Marcilla]; à
Tafaille [Tafalla], petite ville, où j'ai couché.
Le
21, à Marsoye [Barasoain]; à Mindesville [Mendivil],
où tous les environs sont tous pays plats, enfoncés,
pleins d'eau. De là, à Nonnin [Noain]; à Panplune
[Pampelune], ville capitale de la Navarre, où je
suis arrivé fort tard et suis allé coucher à l'hôpital.
ARRIVÉE
À PANPLUNE ET DE SA DESCRIPTION.
Le
lendemain 22, au matin, dans l'hôpital, j'ai vu
un bel autel. Dedans il y a de fort bons lits. Les
pèlerins
vont
dîner dans l'église cathédrale, qui est rentée pour
cela (à 11 heures), pour douze pèlerins; et quand
il en manque, on prend quelque pauvre abbé de la
ville à leur place, qui sont en grand nombre dans
cette ville, aussi bien qu'en toute autre ville
du royaume.
Ils
ont la méthode dans ce pays, que, quand il y a quelque
orphelin, ils ont des endroits pour les élever jusqu'à
6 ou 7 ans, et après les mettent aux études,
à des gens payés pour cela. Il n'en coûte rien aux
orphelins pour l'éducation, et les couvents des
villes sont obligés de nourrir ces enfants-là alternativement.
On les met tous aux études. Voilà d'où vient que
ce royaume produit tant de pauvres prêtres et abbés.
Les
environs de cette ville, comme partout ailleurs
du royaume, ne sont guère accompagnés de maisons
de campagne, ni châteaux autrement bâtis que comme
des maisons bourgeoises; et pour faire connaître
que c'est un château, ou maison de campagne à quelque
gentilhomme, elles sont ordinairement bâties au
bas de quelque larri ou lieu élevé, où, dessus la
hauteur ou larri, est bâtie une petite tour blanche,
qui signifie la maison d'un seigneur.
C'est
de là d'où sort le mot qui se dit communément en
France, quand l'on voit quelqu'un pensif, on lui
dit: "Tu bâtis des châteaux en Espagne".
L'on a raison de le dire, car il n'yen a pas d'autres
que ceux-là.
Il
n'y a guère de ces maisons ou espèces de châteaux,
qu'il n'y ait quelque belle chapelle dedans.
La
monnaie de cette ville capitale de l'ancien royaume
de Navarre se nomme marabilisse [maravedis] (ce
royaume fut uni à la France en 1620), qui sont à
quatre côtés tout petits et il en faut quatre pour
un sol de France. Il y en a de plus grands à six
côtés avec un F par un côté et une marelle de l'autre.
Pour
revenir à l'église cathédrale où l'on dîne dedans,
nous y avons eu de la soupe, de la morue, un petit
pain blanc et deux verres de vin, pendant trois
jours.
Cette
ville est à peu près comme Noyon, située en plat
pays, bien peuplée, ornée d'une belle place. Les
cabaretiers de cette ville ont pour enseigne à leur
porte: un drapeau au bout d'un bâton.
Cette
ville est bâtie dans les intervalles des monts Pirennée,
qui s'étendent le long du Languedoc.
Le
même jour, sommes partis de cette ville pour aller
à Biliave [Villaba], où dans les champs j'y ai vu
des jardiniers fouir de cette façon: ils ont un
louchet large de deux ou trois pieds, tout d'une
pièce, avec trois ou quatre manches et à chacun
manche est un homme, qui fouissent tous ensemble
et tous à la fois, afin d'emporter un plus gros
lopin de terre.
Nous
avons couché à Biliave, à l'hôpital, dans de fort
bons lits, où avant, pour souper, avons eu chacun
une livre de beau pain blanc, du bouillon et deux
verres de vin. L'hôpital a 8 fort bons lits.
Le
23, sommes allés à Miliere [Miravalles], où tout
le long du chemin ne sont que rochers affreux, où
dedans les intervalles sont une quantité de buis,
comme des petits arbres. De là, sommes allés à Arnonde
[Larrasoaña], où j'ai couché.
Le
24, à Suive [Zubiri]; à Ronchevalle [Roncesvalles],
qui est un couvent situé dans les bois, où toute
la terre était couverte de neige pour lors. Ce couvent
est renté pour y recevoir les pèlerins pendant trois
jours; où étant arrivés, on nous fit accueil d'un
bon feu qui nous fit bien de l'honneur; ensuite
souper et bien coucher. Il y avait pour lors une
belle fille qui servait les pèlerins, ayant ses
cheveux en natte, qui nous a donné à souper de la
soupe, une pagnotte de pain bis, de la viande et
deux ou trois verres de vin ou une coartille.
Le
lendemain 25, jour de Noël, avons été à la messe,
puis dîner, chauffer, souper et coucher.
Le
26, je fus à la messe, puis dîner, souper et coucher.
Le
27, après la messe, sommes partis pour aller à Arnayy
[Arneguy]; à Bancarlosse [Valcarlos], situé dans
les montagnes; de là, à Deslarné [Olhonée], premier
village de France, où nous avons couché.
Le
28, à Saint-Jean-Pied-de-Port, première ville et
clef de France, qui n'est qu'un trou et bien peu
de chose, si ce n'est qu'elle est forte à cause
des montagnes. De là, à Issart [Irissari], où j'ai
joint un vieux pèlerin dont nous avons couché ensemble
dans une bonne maison à l'écart, dont la maîtresse,
toute biscayenne qu'elle était, écorchait un peu
le français. Elle nous fit bien chauffer et nous
fit une bonne soupe, nous donna de la viande et
du cidre à force, excellent, le tout pour rien.
Il ne vaut que deux sols le pot.
Le
29, au matin, nous étant acheminés, avons considéré
les campagnes de ces environs, qui sont toutes contraires
à bien d'autres, car il n'y a pas de village autrement
bâti. L'église est dans un endroit accompagnée de
quelques maisons, et tout le reste du village, aussi
bien que d'autres de la Biscaye, les maisons sont
éparses çà et là, à vingt empas ou quarante, les
unes des autres. Ce qui fait un effet charmant dans
la campagne, de voir ces maisons partout comme des
papillons; mais toutes maisons belles et riches,
couvertes de tuiles; pays abondant en cidre plus
estimé que celui de Normandie. Les pommes sont ramassées
dans les vergers par tas hauts de 40 à 50
pieds de haut; la plupart des pommes douces. Le
pays est fort fertile, aussi les habitants de cette
province ont le droit que le roi ne leur demande
pas de milice ni bien d'autre impôt. Mais au contraire,
en revanche, ils ont tous le coeur ordinairement
si généreux qu'ils se piquent par eux-mêmes, de
lever dans leur province de 13 à 1400 hommes de milice pour le service du roi, qui
ne sortent jamais du pays; mais en cas que le roi
en ait besoin dans ces environs, ce sont les premières
troupes postées pour la défense du pays. Ils les
habillent, nourrissent et entretiennent à leurs
dépens.
Les
habitants du pays se servent ordinairement de sabots
ouvragés, qu'ils portent avec tout le dessus du
cou de pied découvert, faits très délicatement,
avec une courroie attachée proprement des deux bouts,
qui donne sur leur cou de pied afin de ne pas les
blesser. Nous avons couché à une maison à l'écart.
Le
30, au matin, dans quelques maisons, je me suis
amusé à recueillir quelques mots de cette langue
biscayenne,
qui est aussi difficile que l'allemand.
................................................."Cet
essai de manuel de la conversation est fort court
et renferme trop d'expressions obscènes pour mériter
d'être reproduit"
Après
avoir marché beaucoup, avons été obligés de coucher
dans une maison à l'écart.
Le
31, sommes allés à Bayonne, ville capitale de la
Basque ou Biscaye.
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ARRIVÉE
À BAYONNE.
J'ai
couché au faubourg du Saint-Esprit chez Madame Belcourt
et ai quitté mon vieux camarade.
JANVIER
1727.
Du
premier, j'ai trouvé chez madame Belcourt, notre
hôtesse, un petit pèlerin de Saint-Jacques, flamand
de nation, avec un autre aveugle, qui savait jouer
du violon, natif de Dammartin, frère de l'hôte de
l'Étoile, qui avait été abandonné dans le cabaret
par le Flamand, son conducteur. La pitié nous excita
à la pitié, ce qui a fait que nous l'avons pris
à notre garde pour le conduire et rendre chez lui.
Du
temps que nous étions en cette ville, en allant,
est arrivée une drôle d'aventure dont voici le contenu:
Madame
la marquise de Poyanne, ayant été volée de son cuisinier
de la somme de dix mille louis, a fait ses diligences
pour le faire prendre. Ce qu'elle n'a pu faire si
promptement qu'elle l'aurait souhaité. Cette marquise
était pour lors résidente à Daxe. Ce valet de chambre
ayant le butin, s'en vint à Bayonne pour passer
en Espangne, comme c'est la dernière ville de France.
Il fut arrêté et mené devant Monsieur Le Blanc (haut
de six pieds), gouverneur de la citadelle, âgé pour
lors de 101 ans. Le croyant déserteur, ayant trouvé
que non, il fut conduit chez Monsieur Adancourt,
gouverneur de la ville, où il fut interrogé comme
il faut, le sujet pourquoi il voulait avoir un passeport
pour passer en Espangne. À ces interrogations il
pâlit et changea de couleur. Il le fit prendre par
ses gardes et le fit fouiller. On lui trouva dans
le dedans de sa chemise, cousus en quatre différents
endroits dix mille louis, et dans une bourse, sur
son cheval, cinq cents écus, en argent. Il fut mis
en prison, et, sur sa déclaration, envoya son valet
de chambre en poste à Daxe pour s'informer de ses
vie et moeurs. Il trouva que c'était le cuisinier
de Madame la marquise de Poyanne. On en a fait le
procès qui n'aura pas été avantageux pour lui.
PARTICULARITÉS
DE CETTE VILLE.
Il
y a un superbe pont de bois bâti sur la mer qui
sépare la ville d'avec le faubourg. Ce pont est
peint en rouge, fait à peu près dans le goût de
celui de Rouen. Il s'ouvre dans le milieu pour donner
passage aux vaisseaux. Il y a dessus des parapets,
où sont de distance à autre des sentinelles. Sur
ce pont, étant à le considérer, nous y avons rejoint
mes camarades du pays, dont il y avait trois semaines
que nous nous étions quittés, qui me firent froide
mine. Ils furent coucher à l'hôpital et nous chez
la Belcour.
Le
2, au matin, ils me sont venus joindre et sommes
mis bons amis.
Cette
ville est fort peuplée, rues étroites, bien marchande,
d'un grand commerce. Le roi des Juifs y fait ordinairement
sa résidence.
Cette
ville est dans un fond et le faubourg du Saint-Esprit,
qui est presque aussi grand que la ville, est élevé
sur une côte. La ville, par rapport aux rues, étroite
et fort obscure. La rivière de l'Adour tombe en
cette mer Océanne.
Chez
cette hôtesse, était une petite fille qu'un soldat
avait là laissée. Elle était âgée de 5 à 6
ans, belle comme le jour et bien avisée, qui me
fit un compliment hardi pour une enfant de son âge.
Elle se nommait Marguerite. Après avoir drogué dans
la ville avec l'aveugle qui avait son violon et
avoir bien eu 50 sols, nous sommes venus
passer par la rue des Juifs, qui sont en grand nombre
en cette ville pour les reconnaître des autres des
chapeaux.
DÉPART
DE BAYONNE.
Nous
sommes partis quatre ensemble savoir: Hermand, Vaudry
ou la Couture, l'aveugle et moi, pour aller coucher
dans une ferme, à cinq lieues de là.
Le
3, à Daxe, ville, à l'hôpital où nous avons eu pour
souper du pain quesse et un verre de vin.
Le
4, à Ponton, l'entrée des Petites-Landes, chemin
plus agréable à cause que l'on trouve bien plus
de villes et villages que par les Grandes. De là,
à Tartasse [Tartas], ville, où nous avons couché.
Le
5, nous avons roulé dans la ville, même dans un
couvent de religieuses qui ont fait jouer notre
aveugle et ont dansé, toutes les religieuses en
rond. Nous fûmes coucher encore à l'hôpital.
Le
6, avons diverti des garçons, comme étant le jour
des Rois.
Le
7, au matin, sommes partis de cette ville pour aller
à Meillan [Meilhan]; à Campangne [Campagne]; à Mon
de Marcean, ville, où nous avons couché.
Le
8, à Rocqfort, où nous avons couché. Là, j'ai quitté
l'aveugle et l'ai mis es-mains d'un de nous, nommé
Vaudry, qui voulait retourner au pays en droite
ligne; et nous ont quittés et nous sommes restés
à deux, savoir: Hermand et moi qui ont pris l'avance.
Je l'ai mené environ 20 lieues et ai eu bruit
avec l'autre. Je suis parti seul, où j'ai couché
dans une maison à l'écart.
Le
9, j'ai couché encore à une autre maison à l'écart.
Le
10, ayant rejoint Hermand, fûmes à Basacq [Bazas],
ville, où nous avons couché.
Le
11, à Longon [Langon], ville, où nous avons couché
à l'hôpital, où nous y avons trouvé le petit Flamand
(qui avait quitté l'aveugle à Bayonne), qui m'a
vendu deux ceintures, l'une rouge, et l'autre bleue
(ou rubans), marquées dessus et écrites de la passion
de Notre-Seigneur, en langue espagnole, qui ont
touché au Saint-Christ de Burgue, en Espangne, qui
sont bonnes pour aider à accoucher les femmes enceintes,
et pour les porter sur soi pour être préservé de
tout malheur et accident.
Le
12, nous sommes partis de là, à trois, Hermand,
le Flamand et moi, pour aller à Prignan [Preignac];
à Balsaque [Barsac]; à Potense [Podensac]; à Bourdeaux,
ville, où nous avons couché.
Le
13, sommes allés à la maison de ville pour avoir
des passeports, à cause que l'on arrêtait en bien
des endroits. Nous n'avons pas pu obtenir rien.
Le
14, au matin, nous y avons retourné et n'avons encore
rien pu obtenir; mais cependant on les a pris et
on nous a dit de revenir le lendemain.
Le
15, nous fûmes au greffe où le greffier nous les
a délivrés. Voilà ce qu'il porte:
Les
maire, sous-maire et jurats, gouverneur de la ville
et cité de Bourdeaux, comte d'Ornon, baron de Veirynes,
prévôt et seigneur d'Eysines et de la petite prévôté
et banlieue d'entre deux mers, juge criminel et
de police, certifions à tous qu'il appartiendra,
que le nommé Guillaume Magny, natif de Carlepont
en Picardies, tailleur de son métier, venant de
Saint-Jacques et désirant aller à Toulouse, lequel
nous a requis notre passeport sur ce nécessaire.
C'est pourquoi, n 'y ayant, grâce à Dieu, dans la
présente ville aucune sorte de maladies contagieuses
ni soupçon, nous prions tout gouverneur, lieutenant
du roi, maire, sous-maire, jurat, échevin, consul,
capitoul et tous autres seigneurs juges qu'il appartiendra,
de laisser sûrement et librement passer le dit Guillaume
Magny, sans lui faire ni souffrir lui être donné
aucun trouble ni empêchement, offrant en pareil
cas d'en faire le semblable.
Donné
à Bourdeaux, en jurade, sous le seing du clerc et
secrétaire ordinaire de la ville. Scel et armes
d'icelle, le 16janvier 1727.
Signé:
DUBOCQ.
Délivré
gratis, avec le cachet et armes de la ville, qui
sont deux tours, comme l'entrée d'un château, où
autour de ce cachet est écrit : Sigillum urbis ...
Après
cela, fûmes coucher à l'hôpital aux Jésuites.
Le
16, fûmes dîner aux Chartreux qui sont à une porte
de la ville, puis sommes venus à l'hôpital coucher.
Le
17, nous nous sommes embarqués, non pas pour suivre
la Garonne, mais pour la traverser seulement. Elle
a bien un bon quart de lieue ou plus de trajet.
Nous sommes débarqués à Pleuron [Peyron]; de là,
au Charbon blanc [Le Carbon-Blanc]; à Saint-André,
bourg, où l'on passe la Dordongne qui est extrêmement
large; de là, à Saint-Gervais, bourg, où nous avons
couché.
Le
18, à Sesgouria; à Bourg, petite ville; à Blaye,
ville, où nous avons couché.
Le
19, à Pont, ville, où nous avons couché à l'hôpital,
où dedans était une concubine, que l'un de nous
s'était emmouraché.
Le
fondateur de cet hôpital se nomme Guerleaux.
Le
20, nous y avons séjourné.
Le
21, avons couché à Lajarte [Lajard].
Le
22, à Xainte en Xaintonge, où nous fûmes coucher
chez Houpin, chantre de notre pays et résidant là,
qui nous reçut avec une froideur à l'excès, à cause
que notre premier camarade avait dit, en passant,
à sa femme mille mentiries de sa famille.
Le
23, avons séjourné chez lui, pour nous expliquer
des faits avancés par Delorme, dont j'ai raccommodé
tout cela, et ai fait connaître le contraire de
tout ce qu'il avait avancé.
Le
24, après déjeuner, avons pris congé de lui et sommes
partis d'avec lui, mais nous avons couché dans la
ville.
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RAPORT
D'UNE PARTIE DE LA LANGUE ESPAGNOLLE
"Sous
ce titre, Manier nous donne, à la suite de son Voyage
d'Espagne, une sorte de petit vocabulaire à l'usage
des voyageurs. On en pourra dédulre quels étaient
ses besoins, ses preoccupations et ses goûts.
Nous
avons laissé ce glossaire tel qu'il apparaît sur
le manuscrit original, sans apporter de corrections
orthographiques".
Du
bled. Trigois.
Dejeuné.
Almorsart.
Diné.
A
comeire.
Goutté.
A
merenda.
A
souppé. A
senart.
Des
bas. Messiass.
Jarretière.
Ligass.
Lundy.
Louny.
Mardy.
Mard.
Mercredy.
Mircolet.
Jeudy.
Coesvest.
Vendredy.
Biernet.
Samedy.
Saouaou.
Dimanche. Omingue.
Chapaux.
Sombrere.
Chemise.
Camisa.
Bouton.
Botonn.
Culotte.
Calsonne.
Rouge.
Tinte.
Encre.
Tinta.
Soulier.
Sapatte.
Cordonnier.
Sapateire.
Tailleur.
Sasstre.
Du
fille [fil]. Hilas.
Noire.
Naigre.
Je
vous salue. Salougue.
Main
droitte. Manne
dratche.
Main
gauche. Manne
stierde.
Au
melieux. Medio.
Main.
Manne.
Chemain.
Camine.
Un
pais. Tiere.
Une
eglise. Egliesa.
Monsieur.
Seignor.
Curé.
Cour
.
Un
grand seigneur ou monsieur. Cavalieross.
Du
pain. Panne.
Du
vin. Vino.
Argent.
Dineire.
Le
tempt. Tiempo.
Alons.
Bamouse.
Vite.
Presto.
Je
ne seay pas. Eyo
no lo save.
Dieu.
Deoss.
Saint
Pierre. San
Pedro.
Saint
Paul. San
Pauuelo.
Jaque
Tiago.
Jean.
Dyouanne.
Antoine.
Antouna.
La
lumièrre. La
louse.
De
l'huile. Holio
Dominique.
Omigo.
Uncocq.
On
gal.
Une
poul. Galino.
Un
oeuf. On
goéve.
Pelerin.
Pelegrino.
Mangé.
Magnart.
Le
roy. Elle
ray.
Soldat.
Soldatte
.
Prince.
Principesse.
Asturie.
Astouriass.
Hospitalle.
Hospedal.
Panplune
Panpelonna.
Madrid.
Madril.
Sigovie.
Segovia.
Un
heur. On
hort.
Ecrire.
Scribante.
Selle
[sel]. Salse.
Pour
appelé les poul. Pidess.
Dieu
vous benisse. Dios
te remedio.
Un
ongnon. Savouille.
Du
lart. Tossine.
Un
chat. Gattoss.
Un
chien. Perro.
........................
"J'ai remplacé par des points quelques jurons
fort grossiers"
Quel
heur et il. Quei
ora ess.
Touchy.
Tocart
.
Un
batton. On
palle.
Du
feu. El
fogue.
Bonjour.
Bonoss
diess.
Bonsoire.
Bonn
start.
Courage.
Alaigrio.
Ou
alé vous. Onde
ba osté.
D'ou
vené vous. Donde
bienn osté.
Un
vilage. Lougard.
Une
ville. Sioudatte.
Du
boy. De
leigne
Une
pomme. Mansanne.
Un
lit. Cammre.
Levé.
Levantart.
Couché.
Recoqueire.
Racomodé.
Componnard.
Travailly.
Travaeart.
Achettee.
Comprart.
Bon
marché. Mass
baratte.
La
tette. La
caveche.
En
avé vous assé Eyo
tingue bastante.
En
voila ascé. Basstante.
Je
vous remercie. Bon
provéche.
Tien
[tenir]. Tom.
Tené
".
Tom
ossté.
Choffé
vous. Calientar
ossté.
Il
fait froy. Fague
friou.
Je
vous salue. Stou
salougue.
Homme.
Ombre.
Femme.
Smouqueire.
Fille.
Smoutiatiou.
Garcon.
Smoutiate.
Fils.
Filiol.
Amis.
Amigo.
Alé
ou marchy vite. Andard
presto.
Souppe.
Menesstre.
Bouillon.
Calde.
Personne.
Ningoune.
Chataine.
Castagne.
Une
noix. Notche.
De
l'eaux. Agoa.
De
l'eaux de vie. Agordientess.
Parlé.
Ablard.
............................................
Voleur.
Ladronne.
L'autre.
La
aultre.
Celuy
cy. Staquy.
Pigeon.
Pombre.
..........................................
Dansé.
Baylard.
Maison.
Casse.
Paille.
Paque.
Jour.
Diesse.
Nuit.
Notche.
Joué.
Ed
jougart.
Violon.
Violine.
Demandé.
Pidere.
L'aumonne.
La
limozenne.
TI
n'i a personne. Eyo
non tingue ningoune.
Romarin.
Romule.
Couvent.
Cobento
.
Recollé
[récollet]. Chocholante.
Moy.
Eyo.
Une
belle personne. On
goape ningoune.
Une
belle fille. On
goape smoutiatiou.
Un
beau garcon. On
goape smoutiate.
Une
belle femme. On
goape smouqueire.
Un
bel homme. On
goape ombre.
Un
capitaine. Capitanne.
Un
chateaux. Castelle.
Une
eppee. Spada.
Payé
moy aujourdhuy. Pagué eyo oy
Aujourdhuy.
Oy.
Demain.
A
la magnanne.
Petitte.
Etchique.
Fermé.
Serras.
Chanté.
Coantart.
Baucoupt.
Moutche.
Aveugle.
Siègue.
Frere.
Charmanne.
Ouy.
Sy.
Non.
Non.
Pere.
Padre.
Mere.
Madre.
Billet.
Bolotine.
Une
lettre. Carte.
Cela
et vray. Al
verda.
Baiser.
Abracart.
Une
ecuel. Oune
scoudel.
Une
cuillere. Cosstiart.
Un
bourdon. Boirdonn.
Une
coquil. Conntche.
Un
collet. Selavine.
Une
foy. Ouna
voilta.
Un
juste o corps. On
vestige ou vestido.
Regarde
ou regardé. Mire ossté.
A
chacun un ou une. Cada ouna.
Chaut.
Caliente.
Navet.
Nave.
Pas
davantage. Non
mass.
Etranger.
Frustiere.
Un
pont. Pointe.
Apres.
Despoisse.
Je
n'en ay pas. Eyo
non tingue.
Un
mari cocu. On
cornoudo marido.
Un
peigne d'ivoire. Eburneo
peine.
Une
warloppe de menuisier. Cepillo
Usurper.
Usurpar.
Urler.
Haulart.
Uriner.
Orinar.
Voyager.
Andar.
Nous.
Noss.
Volontier.
De
boena gana.
Voleur.
Volador.
Volage.
Ligeros.
La
voix. Voz,
Boz.
Voiture.
Acareo,
acarretto.
Mauvais
voisin. Mal
veisino.
Unique.
Ouniquo,
solo.
L'un
apres l'autre. Ouno
tras otro.
Vivandier.
Vivanderos.
Vitre. Vidreras.
......................................
Un.
Ouna.
Deux.
Dosse.
Trois.
Traise.
Quatre.
Coatre.
Sinque
El
chinque.
Six.
Seyce.
Sept.
Siette.
Huit.
Otche.
Neuf.
Noeve.
Dix.
Detche.
Onze.
Ondehé.
Douze.
Dotche.
Traise.
Traidche.
Quatorze.
Coatordche.
Quinze.
Quinndche.
Saise.
Siese.
Dis
sept. Detosiett.
Dis
huit. Disotche.
Dix
heuf. Desnoeve.
Vingt.
Binta.
Un
homme à 2 visages. Hombre de dos caras.
Vis
a vis. De
frente enfrente, frontero.
Violon
[rebec] . Rabel.
Violette
jaune . Violettas
amarillas.
Girofflé. Halhely.
Vrilliette
[tarière]. Talladrio
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FIN
DU VOYAGE D'ESPANGNE
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