Ultreia (Gicquel)

 

                                                               Origine du mot Ultreïa

                                                            Texte de Bernard GICQUEL,

                          Avec la collaboration de M.V. CAMBRIELS et D. PERICARD-MEA - 2003

 

  L'origine du mot Ultreïa n'est pas encore bien établie. Pour certains, elle vient du latin ultra. Pour d'autres, elle aurait plutôt une autre origine, en vertu de ce qu'on trouve ce mot deux fois sous une forme étrangère dans le Livre I du Codex Calixtinus, manuscrit du 12ème siècle de la Cathédrale de Compostelle.

 

  Il est inclus dans 2 poèmes latins dont les titres soulignent cet apport de mots étrangers, "Grecs et Hébreux".

  1° Une fois, au chapitre 26, dans la messe de Saint-Jacques dite de Calixte, dans ce vers : suseia, ultreia. Au-dessus de ces mots suseia, ultreia, sont écrits dans le manuscrit les mots sursum perge, vade ante qui signifient : "lève-toi, va de l'avant"

 

  2° Une deuxième fois, dans la 4ème strophe d'un poème intitulé Alleluia in greco : Herru Sanctiagu / Gott Sanctiagu / E Ultreia, e suseia, Deus aia nos. Cette strophe de quatre vers est écrite dans une langue à caractère germanique. On peut la traduire ainsi :

"Monseigneur Saint-Jacques / Bon Saint-Jacques / allons plus loin, plus haut / Que Dieu nous aide"

 

  D'où vient ce quatrain ? Il est sans doute né de chansons populaires germaniques reprises, dès le 11ème siècle au moins, dans des textes cléricaux largement répandus dans toute l'Europe, avant d'arriver jusqu'à Compostelle d'où elle a pu essaimer encore.

 

  Après 1150, on le retrouve dans une deuxième version du livre de Saint-Jacques, dans un chant versifié ("Dum Paterfamilias") intitulé "Vers d'Aymeri Picaud, prêtre de Partenay" qui résume la vie de Saint-Jacques et nomme les 22 miracles qui lui sont attribués.

 

  On peut imaginer que le mot ultreïa, isolé, fut repris comme cri de ralliement ou cri de joie par les pèlerins de Saint-Jacques, qu'ils aillent à Compostelle, vers ses autres sanctuaires ou vers tout autre sanctuaire.

 

  On le retrouve francisé, dans de nombreux textes médiévaux, ainsi dans le Roman de Renart : "Ils ont crié oultrée / Et puis chez eux s'en sont retournés".

 

  Cette strophe née voici plus de mille ans est toujours vivante. Aujourd'hui, elle est le refrain d'une chanson pour les pèlerins de Compostelle composée par J.C. BENAZET, et figurant dans le Guide Spirituel du Pèlerin de l'Abbaye de Conques : Ultreïa, ultreïa, et suseia / Deus adjuva nos.

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                                                                       06/07/2014

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