HISTOIRE DE S. JACQUES LE MAJEUR et du Pèlerinage de Compostelle

(abbé J.B. PARDIAC)

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  CHAPITRE III.

  PRÉDICATIONS DE SAINT PIERRE, DE SAINT PAUL ET DE SAINT JACQUES, EN ESPAGNE.

 

  De tous les pays dont se composait l'ancien monde romain, l'Espagne est le plus occidental. Son éloignement l'exposait donc à ne recevoir que très tard le bienfait de l'Évangile. Mais la Providence donne des ailes à la Foi, et, quel que soit le foyer d'où elle parte, Jérusalem ou Rome, elle lui imprime une force d'expansion qui atteint les dernières limites du globe. De nombreux auteurs, que nomme Florez dans son savant ouvrage España Sagrada, soutiennent que saint Pierre a prêché en Espagne. D'après ces écrivains, le prince des Apôtres, après avoir ordonné saint Epaphrodite (22 mars), évêque de Terracine, serait parti de cette ville pour l'Espagne, où il aurait laissé un évêque, du nom d'Epinète, à Sirmium.

 

  Mais ces prétentions ne sont pas démontrées; ce qui l'est davantage, c'est la mission de sept évêques ordonnés à Rome et envoyés en Espagne. Le Martyrologe romain cite (15 mai) leurs noms et ceux des villes où ils se reposèrent de leurs glorieux et féconds travaux..

 

  On sait par ailleurs ce que saint Pierre et ses premiers successeurs ont fait pour établir le Christianisme au-delà des Pyrénées et dans plusieurs autres pays. "Il est manifeste, dit Innocent 1er dans une de ses lettres, que dans toute l'Italie, les Gaules, les Espagnes, l'Afrique, la Sicile et les îles intermédiaires, personne n'a fondé des églises, si ce n'est ceux que le vénérable apôtre Pierre et ses successeurs ont élevés au sacerdoce".  Les Papes de cette époque ordonnaient évêques des gentils de nombreux missionnaires chargés de créer eux-mêmes leurs diocèses par la conversion des infidèles, comme des rois qui seraient couronnés d'avance pour des royaumes qu'ils sauraient conquérir par leur sagesse et par leurs armes.

 

  Le Docteur des nations, écrivant aux Romains, leur promet d'aller les voir, lors de son voyage en Espagne, dont il exprime jusqu'à deux fois le projet. Son plan de voyage, en quittant la Grèce, était de passer en Italie, puis dans les Gaules, et de se rendre en Espagne. Mais il dut ajourner l'exécution de son pieux dessein. Arrêté par les Juifs à Jérusalem, il fut envoyé captif à Rome, où il passa deux ans dans les fers. Mais après sa délivrance, il réalisa ses intentions et alla en Espagne, où il prêcha la foi du Christ. Parmi ceux qu'il convertit, la sainte Église a placé sur ses autels sainte Zantippe et sainte Polyxène (23 septembre). Elles sont du moins appelées par le Martyrologe romain disciples des Apôtres, Apostolorum discipulœ.

 

  Le voyage de saint Paul en Espagne est un fait historique soutenu par des autorités si graves et si nombreuses qu'il serait plus que téméraire de le contester. Les Pères grecs et latins et les écrivains espagnols les plus anciens sont unanimes sur ce point. Pour abréger, je citerai, sans accompagnement d'aucun texte, les noms de saint Jean Chrysostôme, de saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, de saint Athanase, de saint Cyrille de Jérusalem, de Théodoret, de saint Jérôme, de saint Grégoire-le-Grand, de saint Isidore, du vénérable Bède, de saint Anselme, de saint Thomas-d'Aquin, de Cornélius a Lapide, de Tirinus, de Luc de Tuy, de Florez. L'antique bréviaire de Tolède et celui des églises de Huesca et de Jaca affirment le même fait.

 

  A ceux que tant de preuves ne peuvent. convaincre, on peut encore montrer les vestiges de la prédication de saint Paul en Espagne: l'église de Tortose a toujours honoré, et sans contradiction, la mémoire de son premier évêque saint Rufus, qu'elle prétend avoir reçu de la main de saint Paul. Si c'est le même personnage que l'Élu du Seigneur qui est nommé dans l'Épitre aux Romains, on peut supposer que saint Paul l'avait attaché à sa personne et en avait fait le premier pasteur des néophytes de Tortose. L'église de Tarragone revendique, à son tour , pour premier évêque un Saint, du nom de saint Paul, qui n'est autre, selon le Martyrologe romain (22 mars) , que le proconsul Sergius Paulus, converti et baptisé par le grand Apôtre. Devenu premier évêque de Narbonne, selon le même Martyrologe, il aurait été plus tard premier évêque de Tarragone, selon la tradition constante de cette église et selon Florez. Un auteur espagnol parle d'une pierre qu'on voyait autrefois à Viana avec une inscription antique qui attestait la croyance commune touchant l'évangélisation de l'Espagne par saint Paul. L'inscription est un vers léonin que deux pieds de trop font malheureusement clocher:

  Saulus praeco crucis fuit nobis priumordia lucis.

 

  L'apostolat de saint Pierre et de saint Paul en Espagne repose, on le voit, sur des preuves et des traditions respectables. L'ordre chronologique place antérieurement à ce double apostolat celui de saint Jacques; mais je l'ai réservé pour ce moment â cause de son importance, et dans le désir de traiter cette question, sans me laisser détourner de mon chemin par quelque nouvelle digression.

 

  La première persécution suscitée contre l'église de Jérusalem ne dispersa que les fidèles et non les Apôtres. Ceux-ci restèrent dans la Ville sainte, même après la lapidation de saint Étienne, le protomartyr de la religion du Christ, afin d'y maintenir et d'y fortifier l'Église naissante, et d'empêcher les Juifs de croire qu'ils l'avaient étouffée dans ses langes. Ainsi, quoique Jésus-Christ leur eût dit de fuir d'une ville dans une autre lorsqu'ils seraient persécutés, ils demeurèrent néanmoins, parce que c'était ici le cas où les pasteurs doivent exposer leur vie pour leurs brebis. Ils restèrent encore plusieurs années à Jérusalem, pendant lesquelles cette ville, qui avait été le berceau de la religion, en fut le centre et comme la métropole.

 

  La première persécution de Jérusalem fit périr saint Étienne vers la fin de l'an 33. La seconde immola saint Jacques, comme nous le dirons plus tard, dans le courant de l'an 43 ou 44. C'est donc dans l'intervalle de ces deux révolutions, c'est-à-dire dans un espace d'environ dix ans, que saint Jacques exerça son zèle apostolique, soit en Asie, soit en Europe.

 

  Selon les calculs les plus exacts, les Apôtres ne se dispersèrent que vers l'an 57 ou 38, à l'exception de saint Jacques le Mineur, qui dut rester à Jérusalem, en qualité d'évêque de la cité sainte. Il faut donc encore restreindre l'apostolat de saint Jacques le Majeur entre les années 37 ou 38 et les années 43 ou 44, et réduire son action en dehors de Jérusalem à une durée de cinq à sept ans.

 

  La paix dont l'Église jouit momentanément par toute la Judée, la Galilée et la Samarie fut le moment marqué par la Providence pour la dispersion des Apôtres. Le fils de Zébédée n'évangélisa point la Galilée, sa patrie, parce que nul n'est prophète dans son pays; mais il prêcha, dit le Bréviaire romain, dans la Judée et la Samarie. Lorsque Jésus- Christ envoya les Apôtres faire leur première mission, il leur défendit d'entrer dans les villes des Samaritains. Il avait fait lui-même une exception à sa défense, lorsqu'il s'arrêta à Sichar, ville de la Samarie. La défense fut levée quand, après sa résurrection, il déclara aux Apôtres qu'ils lui serviraient de témoins dans Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre. Saint Jacques ne fit donc pas difficulté d'annoncer l'Évangile aux Samaritains.

 

  L'heure de la séparation venait de sonner pour saint Jacques. Il revient à Jérusalem et se dispose au départ. L'admirable vision de saint Pierre au sujet du centenier Corneille ne lui permet pas de rester plus longtemps parmi les Juifs. Il ira jusqu'aux confins du monde, usque ad ultimum terroe, pour faire participer aux bienfaits de la foi les Gentils de ces lointaines contrées. Comme les autres apôtres, il va demander à la Vierge-Mère, à la coopératrice de la rédemption, une dernière bénédiction. Il se prosterne à ses pieds et embrasse respectueusement ses mains. "Va, lui dit la sainte Vierge, obéis au précepte de mon fils, ton maître; et là où tu auras converti le plus d'hommes, en Espagne, érige un temple en mon honneur, selon les ordres que je te donnerai".

 

  L'année 37 touchait à son terme. L'apôtre dit un dernier adieu à la ville sainte et s'éloigna de ses murs. Son zèle dut lui faire adopter la voie la plus courte pour aller à Joppé. Joppé, aujourd'hui Jaffa, est une des plus anciennes villes du monde. Que d'émotions réveille son nom dans le cœur du pèlerin français ! C'est là qu'il a foulé pour la première fois la Terre-Sainte; c'est là qu'il s'est prosterné sur le sable humide de la grève pour baiser avec autant d'amour que de respect le sol sacré de la Palestine. On pleure, on adore; le coeur se dilate sous un ciel nouveau; la brise qui vous caresse n'a-t-elle pas déjà précédé les pas du plus beau des enfants des hommes, de l'Homme-Dieu et de ses disciples?

 

  Jonas s'était embarqué à Joppé pour Tharsis, afin de fuir la face du Seigneur. Neuf siècles plus tard, saint Jacques s'y embarque à son tour pour obéir à la voix du divin Maître et porter la lumière de l'Évangile aux Gentils que saint Pierre, dans une vision dont il fut favorisé dans cette même ville, aperçut sous la forme de toute sorte d'animaux réunis dans une nappe, qui descendait du ciel comme l'Église, dont elle était la figure, et qui remontait ensuite vers le séjour des élus.

 

  La Providence n'a pas voulu satisfaire notre curiosité à l'égard du voyage maritime de saint Jacques; nous ignorons les péripéties de cette longue traversée sur cette mer capricieuse que nous appelons la Méditerranée, et que les Juifs désignaient sous le nom de grande Mer, mare magnum, ou Mer occidentale, mare occidentale. Ce qui ne concerne que l'homme, et non Dieu ou les Ames, est d'un trop mince intérêt pour occuper les écrivains sacrés, toujours plus attentifs à nous édifier qu'à nous distraire.

 

  Quant au voyage lui-même, c'est un fait historique attesté par des autorités, si nombreuses et si imposantes qu'on n'avait jamais songé, avant le XIII° siècle, à le révoquer en doute. Il compte parmi ses défenseurs saint Jérôme, Théodoret, saint Isidore et son contemporain saint Julien, archevêque de Tolède. Un écrivain anglais du VII° siècle, saint Adhelme, évêque de Scherburn, affirme clairement l'apostolat de saint Jacques en Espagne. Nous extrayons son témoignage de son poème sur les autels dédiés à la bienheureuse Marie et aux douze Apôtres:

  Hic quoque Jacobus cretus genitore vetusto...

  Primitus Hispanas convertit dogmate gentes.

 

  Un autre historien anglais, le vénérable Bède, qui vivait au VIII° siècle, a écrit dans le même sens.

 

  Mais au quatrième concile de Latran, en 1215, Rodrigue Chimenez, archevêque de Tolède, jaloux de Compostelle, leva l'étendard de la révolte contre la tradition de son pays et des autres contrées de la catholicité. Cette témérité n'obtint aucun succès. Vers l'année 1540, un Dominicain, le Père Alexandre François, renouvela l'attaque. Vains efforts ! Quelques années plus tard, saint Pie V faisait insérer dans le Bréviaire imprimé par ses ordres le fait contesté. Mendoza survint et discuta victorieusement le grand procès que le pontife avait résolu par voie d'autorité. La cause semblait donc irrévocablement jugée. La contradiction n'était plus ni décente, ni licite. Baronius osa cependant se la permettre dans un de ses ouvrages. Ses raisonnements captieux furent cause que Clément VIII retrancha cet article du Bréviaire; mais Urbain VIII l'y rétablit et ses successeurs l'y ont maintenu. Le Martyrologe Romain est d'accord avec le Bréviaire. Vers la fin du XVII° siècle, le P. Christianus Lupus, flamand, de l'ordre de Saint-Augustin, s'insurgea, quoique un peu tard, contre la croyance générale. Ses arguments furent répétés sans réplique, en 1682, par Dom Gaspard Ybanyez de Ségovie, marquis de Mondejar. Trois autres écrivains, trois autres puissances sont intervenus dans les débats: le cardinal d'Aguirre, que Bossuet appelait la lumière de l'Église; Guillaume Cuper, l'un des plus savants Bollandistes, qui visita, pour mieux éclairer la question, les mystérieux cabinets de l'Escurial et le trésor de la cathédrale de Tolède; et Florez, l'immortel historien de l'Église d'Espagne. Leurs glorieuses pages ont mis fin â cette longue querelle dont nous avons exposé impartialement les phases diverses. L'Espagne est restée en possession de sa légende, et personne aujourd'hui ne songe à lui disputer un de ses titres les plus précieux. Oui, saint Jacques a été le premier apôtre de la péninsule Ibérique. Il y a dans les annales de l'humanité peu de faits aussi avérés, aussi universellement admis que la mission de saint Jacques en Espagne. Ce grand événement fait partie non seulement de l'histoire de l'Espagne, mais encore de l'histoire de l'Église catholique.

 

  L'Art chrétien s'est inspiré de l'histoire et a publié à sa façon l'apostolat de saint Jacques en Espagne. On le trouve représenté, avec la condamnation et l'exécution de l'Apôtre, sur une rosace des vitraux de Reims.

 

  Donc, pendant que saint Thomas prêchait dans l'extrême Orient, saint Jacques semait la parole divine dans les régions occidentales du monde romain. Dès le Ier siècle, l'Évangile était publié jusqu'aux extrémités de la terre, en Espagne, très probablement dans les Gaules, et saint Paul pouvait dire aux premiers chrétiens: "Je rends grâces à Dieu de ce que la foi est annoncée dans l'univers entier".

 

  L'île de Sardaigne a prétendu, par la plume de certains auteurs, avoir été évangélisée par saint Jacques. Si cette pieuse ambition s'appuyait sur des preuves solides, il faudrait supposer que l'Apôtre se serait arrêté dans cette île avant d'entrer dans l'Océan par le détroit des Colonnes d'Hercule. Mais cette assertion est entièrement gratuite et ne peut soutenir aucun examen.

 

  Il n'est guère plus probable que saint Jacques ait prêché dans les Gaules. Notre belle patrie doit à d'autres représentants de Jésus sur la terre l'honneur d'être et d'être appelée la fille aînée de l'Église.

 

  Vincent de Beauvais affirme dans son Miroir historial que l'Irlande a possédé quelque temps l'Apôtre de l'Espagne. Mais ce témoignage unique, contredit d'ailleurs par le silence de la tradition, ne saurait équivaloir à une preuve décisive.

 

  Sortons du champ des hypothèses et rentrons dans le domaine de l'histoire et de la tradition. Il est probable que saint Jacques visita les côtes méditerranéennes de l'Espagne, en particulier les villes de Barcelone, de Tarragone, de Valence. Il laissa à Carthagène pour premier évêque un de ses disciples, plus tard martyr, saint Isicius; Grenade reçut aussi de sa main son premier pasteur, saint Cécilius, qui l'avait suivi de Jérusalem.

 

  Après avoir doublé le détroit, l'infatigable Apôtre prêcha dans l'Andalousie. Un de ses autres compagnons de voyage, saint Pie, fut le premier évêque de Séville. Le Portugal entendit à son tour cet enfant du tonnerre, dont l'éloquence confirmée par de nombreux prodiges terrassait les coeurs les plus rebelles. La Galice était le principal foyer de l'idolâtrie: pour mieux détruire l'empire du démon, saint Jacques se fixa plus longuement dans cette contrée, aux environs d'Iria-Flavia, qui fait aujourd'hui partie de la ville nommée Padron.

 

  Le globe des anciens finissait là, du moins de ce côté. Selon une tradition, Iria ou Ialla-Flavia avait été fondée par Ialla, fille d'un prince illien ou troyen, et par son origine établissait un lien de parenté entre l'Espagne et l'Asie. Énée n'avait-il pas aussi implanté la race asiatique dans la belle Italie? Mais une parenté plus étroite que celle du sang devait bientôt relier entre elles tous les peuples, tous les climats, sans distinction de Grecs et de Romains, de Juifs ou de Gentils. Il était réservé à saint Jacques, venu de la Palestine aux confins de la péninsule Ibérique, d'opérer pour sa part ce bienheureux prodige de la fraternité chrétienne en prêchant à l'Orient et à l'Occident un seul Dieu, un seul Sauveur, un Père unique du genre humain.

 

  Flavius Dexter, dans sa Chronique, son commentateur Francisons Bivarius et quelques auteurs espagnols attribuent à saint Jacques le Majeur l'épître catholique qui porte son nom. Nous ne souscrivons pas à cette opinion peu commune et peu fondée. Mais s'il était vrai, comme le prétendent les partisans de cette opinion, que cette épître eût été composée en Espagne et par l'Apôtre de l'Espagne, on ne pourrait lui assigner d'autre date que celle du séjour assez prolongé de saint Jacques en Galice.

 

  La prédication de saint Jacques porta ses fruits. La bonne nouvelle eut bientôt des adeptes nombreux, parmi lesquels l'Apôtre choisit neuf disciples qui devaient l'accompagner et le seconder. Anastase, un de ces neuf disciples, mérita que son maître lui confiât l'église naissante d'Iria-Flavia, dont il fut le premier pasteur. Un autre, du nom de Théodore, fut aussi mis à la tête d'une autre chrétienté de la Galice.

 

  La tradition de certaines églises qui se croient redevables à saint Jacques de leurs premiers évêques nous permet de retrouver l'héroïque itinéraire de cet immortel Apôtre depuis Iria-Flavia jusqu'à Saragosse, une de ses plus importantes stations. Il ne nous parait pas improbable que saint Jacques ait suivi la ligne qu'on pourrait tirer par les villes que nous allons nommer avec les évêques ordonnés et préposés à leurs églises par l'Apôtre:

  Braga... saint Pierre.

  Orense... saint Arcadius.

  Lugo... saint Capiton.

  Astorga... saint Efren.

  Palencia... saint Nestor.

 

  On attribue aussi à saint Jacques l'évangélisation de Tudela et de Lérida. Dans cette dernière ville, une curieuse légende, dont les moeurs populaires retracent encore aujourd'hui le souvenir, rappelle la prédication de l'Apôtre. Revêtu de l'habit du pauvre, de la pénule apostolique, saint Jacques marchait encore nu-pieds, ainsi qu'il est représenté sur les monuments religieux du moyen-âge. Un jour ses pieds sont blessés par une épine; l'homme de Dieu ne peut aller plus loin; il s'arrête. Les anges s'approchent avec des fanaux et l'éclairent pendant la douloureuse extraction de l'épine. Le lieu où s'arrêta l'Apôtre, où descendirent les anges, c'est la rue de Lérida qui s'appelle aujourd'hui lu rue des Chevaliers, Calle de los Caballeros. Un oratoire dédié à saint Jacques y a été élevé en mémoire de l'événement; chaque année, an jour de la fête du saint, on y célèbre les saints Mystères et on y prêche. Dès la veille, les enfants, ces anges de la terre, annoncent au peuple par leurs chants et leurs promenades au flambeau la fête de Santiago. Heureux les peuples qui conservent leurs souvenirs et leurs légendes !

 

  Une légende plus autorisée et plus connue concerne Saragosse, ville fameuse à plus d'un titre, fortement assise sur les bords de l'Èbre. Saint Jacques y prêcha plusieurs jours et convertit à la foi de Jésus-Christ huit hommes, succès qu'il n'avait encore obtenu nulle part, quant au nombre. Or, les nouveaux disciples sortaient de la ville, chaque nuit, pour vaquer à la prière et se faire instruire, loin du tumulte et des agitations de la cité. C'est pendant une de ces nuits sanctifiées par de pieux entretiens que saint Jacques et ses néophytes entendirent sur une des rives du fleuve un concert angélique; les esprits célestes chantaient en l'honneur de la Vierge immaculée: Ave, Maria, gratiâ plena. L'Apôtre fléchit le genou et distingua la Mère de Jésus-Christ. Elle était sur un pilier de marbre blanc, supra pilare, entourée de myriades d'anges. Gloire fut rendue au Très-Haut par les anges, qui firent encore retentir les airs de ces paroles empruntées aux offices de la terre: Benedicamus Domino.

                 

  Quand ces voix pures eurent fait silence, la glorieuse Vierge parla au saint Apôtre: "C'est ici, mon fils, la place où il faut bâtir une église en mon honneur. Cette colonne, sur laquelle tu m'aperçois, c'est mon Fils, ton maître, qui l'a envoyée du ciel par les mains des anges; elle sera le centre de la chapelle que tu vas me consacrer; de merveilleuses choses y seront accomplies par mon Fils en faveur de ceux qui viendront m'y implorer. Cette colonne restera là jusqu'à la fin des siècles, et le Christ ne manquera jamais d'adorateurs dans cette cité".

 

  Ainsi parla la Vierge; les anges qui l'assistaient la transportèrent à Jérusalem, auprès de son fils adoptif, frère de saint Jacques, et regagnèrent eux-mêmes le séjour que la Providence leur avait fixé.

 

  Après avoir abandonné son âme à la reconnaissance envers Dieu et la Mère de Dieu, saint Jacques exécuta les ordres qui lui avaient été imposés. L'oratoire qu'il bâtit avec l'aide de ses disciples autour de la colonne avait une longueur de 16 pas sur 8 de large. La sainte Vierge revint souvent dans ce lieu et unit sa voix au chant des fidèles.

 

  Telle est la légende de Notre-Dame del Pilar ou de la Colonne; notre gravure représente l'apparition de la sainte Vierge au grand Apôtre de l'Espagne.

 

  La sainte Église a sanctionné cette légende en autorisant l'office, pour le 12 octobre, de cette bienheureuse apparition. Dans le Propre des Saints espagnols et dans le Breviarium marianum imprimé à Lérida eu 1859 avec l'approbation de Rome, cette fête est inscrite sous ce nom: Comm. B. V. M. de Columnâ. Le concours et la piété des fidèles et les faveurs miraculeuses qu'ils ont recueillies ont donné à ce sanctuaire une popularité et une importance extraordinaires. Les Aragonais, en particulier, sont justement fiers de l'église de la Vierge à Saragosse, qu'ils appellent la mère de toutes les églises de la ville, Madre de todas las iglesias de la ciudad.

 

  Le pape Clément XII autorisa l'office de Notre-Dame del Pilar; Pie VII éleva la fête au rang des fêtes de première classe avec octave et approuva un office propre, mais seulement pour tout le royaume d'Aragon, dont Saragosse est la capitale.

 

  La protection que la sainte Vierge avait promise à la ville de son choix n'a point été stérile, "car, dans les jours naissants de l'Église, lorsque les premiers fidèles n'avaient d'autres temples que les antres des monts sauvages, d'autres images de Dieu et des saints que celles gravées dans les coeurs; lorsque la persécution ne laissait debout que les autels païens et les statues des fausses divinités, Saragosse conserva miraculeusement l'image vénérée de Notre-Dame del Pilar. Les martyrs qu'elle donna à la croix sont innombrables. Pendant le règne affreux de Dioclétien, le sang de ses confesseurs inonda ses places publiques, au point que les habitants avaient nommé Sainte la rue où ils furent immolés en plus grand nombre. Cette ville tomba au pouvoir des Visigoths, commandés par leur roi Euric, et se conserva néanmoins pure d'arianisme; le respect que sa piété inspirait était tel, que dans le VI° siècle, les fils de Clovis, Childebert et Clotaire, l'ayant assiégée dans leur expédition d'Espagne, l'épargnèrent en considération de saint Vincent. Les vainqueurs se retirèrent après avoir demandé pour unique trophée la moitié de l'étole du martyr, auquel ils consacrèrent ensuite une basilique à Paris". La domination musulmane ne put interrompre à Saragosse les exercices du culte chrétien. Le cimeterre des féroces enfants de Mahomet s'émoussa contre la colonne dont la Reine des armées avait fait son trône.

 

  Il n'est pas sans importance pour l'histoire de saint Jacques, et même pour celle de l'Église d'Espagne, de fixer l'époque de l'apparition de la sainte Vierge à Saragosse. L'hymne de Marcus Maximus, pour les premières vêpres de la fête de Notre-Dame del Pilar, lui assigne pour date l'an 39 de l'ère chrétienne:

  O graudis apparitio,

  Jacobo facta primitùs

  Anno nono tricesimo

  Natalis almi Domini!

 

  Ce grand événement eut donc lieu de longues années avant l'Assomption de la sainte Vierge; par une prérogative unique, le sanctuaire qui lui fut dédié l'honora vivante et anticipa en quelque sorte sur les hommages que la cour céleste devait offrir plus tard à la Reine des anges et des hommes.

 

  Le grain de la foi catholique que saint Jacques a semé en Espagne, qu'il a arrosé de ses sueurs, sera dans peu d'années un grand arbre. L'Apôtre a rempli son mandat; mais la Providence qui le rappelle en Palestine le ramènera bientôt en Galice. Le Saint affronte de nouveau les hasards de la mer et revoit le beau ciel qui l'a vu naître. Il se hâte d'aller vénérer à Éphèse la Mère de Dieu qui l'a honoré de tant de faveurs, et retrouve le disciple bien-aimé, son frère, saint Jean l'Évangéliste. L'auguste Reine des Apôtres l'accueille avec bonté, lui communique les progrès de l'Évangile en Espagne et lui révèle son prochain martyre. Notre héros s'enflamme à la pensée du combat suprême qui l'attend; il implore une dernière fois la protection de la Vierge pour l'Espagne et particulièrement pour le sanctuaire qu'il lui a dédié, en reçoit l'assurance par un sourire plein de douceur et reprend le chemin de Jérusalem.

 

  Depuis le jour où la sainte Vierge a promis à l'Espagne aide et protection, dix-huit siècles se sont écoulés à travers les vicissitudes les plus lamentables et les révolutions les plus désastreuses. L'Espagne, si voisine d'autres pays hérétiques ou pervertis, envahie successivement par les bordes barbares et par les voluptueux disciples du Coran, l'Espagne a conservé intacte la foi qu'elle tient de saint Jacques; l'Espagne est. encore aujourd'hui le royaume Catholique par excellence. Heureux les pays qui n'abdiquent pas leurs croyances!

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  CHAPITRE IV.

  MARTYRE DE SAINT JACQUES.

 

  De retour en Palestine, saint Jacques assiste avec quelques autres Apôtres à la consécration de la Santa casa de Nazareth; il prêche aux Juifs le Messie mort par eux et pour eux, ressuscité, assis à la droite du Père; l'Enfant du tonnerre éclate, gronde, tonne dans la synagogue; des prodiges de toute nature démontrent la vérité de sa parole; les pécheurs se jettent à ses pieds; les prêtres et les chefs du peuple, couverts de confusion, se retirent; le démon frémit, les magiciens tremblent.

 

  Parmi ces derniers, l'histoire et la légende citent Hermogène, plus jaloux que tous les autres et plus acharné à la perte de l'apôtre. Le magicien envoye vers saint Jacques son disciple Philétus, pour convaincre d'erreur l'apôtre du Christ en présence des juifs. La foule s'assemble, on se groupe autour des deux champions; mais tous les arguments de Philétus sont réfutés, la vérité triomphe et brille d'un nouvel éclat après avoir dissipé les nuages du paradoxe et de la mauvaise foi. Ce qui est encore plus consolant, c'est que Philétus convaincu et persuadé soit par une simple exposition de la doctrine, soit par les miracles qu'opère saint Jacques, se déclare converti. Il revient vers son maître, exalte l'enseignement nouveau qu'il vient d'entendre et manifeste sans détour sa pleine adhésion à l'Évangile. Confus et furieux, Hermogène fait enchaîner son disciple et le lie si étroitement que tout mouvement lui est interdit. "Nous verrons, s'écrie-t-il, si ton Jacques pourra te délier". Philétus informe saint Jacques du sort auquel il vient d'être réduit. Saint Jacques lui fait parvenir son manteau. A peine le captif a-t-il touché ce manteau, que ses chaînes brisées tombent et qu'il court avertir saint Jacques de sa délivrance.

 

  Hermogène ne peut plus contenir sa colère; il invoque les démons, implore des maléfices plus puissants et conjure tous les malins esprits de lui amener Jacques et Philétus, tous deux garrottés. Les démons font gémir les airs d'horribles hurlements et se plaignent que l'Ange du Seigneur les a attachés avec des chaînes embrasées et qu'il leur fait endurer d'horribles tortures. Une prière de saint Jacques suffit pour faire cesser leurs tourments: "Retournez, leur dit-il, vers celui qui vous a députés vers moi, et amenez-le garrotté, mais sain et sauf". Les démons obéissent, attachent les mains à Hermogène derrière le dos et le traînent auprès de saint Jacques. L'Apôtre adresse quelques reproches au magicien, l'éclaire sur le danger de sa liaison avec les malins esprits et met un terme à sa confusion en le faisant délier par Philétus. "Tu es libre, lui dit saint Jacques, va où tu voudras; car la vengeance n'est pas permise aux disciples du Christ". - "Je connais les fureurs des démons, répond Hermogène; si tu ne me donnes pas quelque chose qui t'appartienne, ils me tueront. Et Jacques lui donne son bâton. Hermogène n'était déjà plus le même homme. Il prend tous ses livres de magie, en charge les bras et la tête de ses disciples et les jette aux pieds de l'Apôtre. Il consomme son sacrifice en les livrant aux flammes; mais Jacques craignant que l'odeur de l'incendie n'inquiète ceux qui ne sont pas prévenus, fait enfermer tous ces livres dans des caisses dont il augmente le poids avec des pierres et du plomb, et les fait précipiter dans la mer: Hermogène se prosterne aux pieds de l'Apôtre dans les sentiments d'une vraie pénitence, s'attache à l'homme de Dieu et obéit à toutes ses volontés. La crainte du Seigneur hâte ses progrès dans la perfection; le Tout-Puissant opère par ses mains de nombreux prodiges, à la suite desquels quantité d'hommes abjurent leurs égarements d'esprit et de cœur et, se convertissent à la foi du Christ.

 

  L'épisode de saint Jacques et d'Hermogène est le thème d'admirables bas-reliefs du XVI° siècle qui décorent un des transepts de la cathédrale d'Amiens. Cette composition est partagée en quatre compartiments: 1° saint Jacques prêche la Loi nouvelle aux Juifs; 2° il fait un exorcisme; 3° en présence des juges africains, il présente deux de ses doigts au démon et le défie de les mordre; 4° Hermogène enchaîné demande pardon à saint Jacques. "L'expression simple et naïve des têtes, dit M. Dusevel, la singularité des costumes des divers personnages, notamment de Philète et d'Hermogène qui, suivant l'usage du temps, ont des robes à fleurs d'or et à ramages, bordées de caractères grecs et latins et la curieuse dentelle des arcades sous lesquelles ils se trouvent, excitent vivement l'attention des étrangers".

 

  Une peinture de l'église Saint-Macaire (Gironde) a également pour sujet la légende du célèbre Hermogène, que nous trouvons encore reproduite sur les vitraux de Bourges et de Chartres.

 

  Les Juifs irrités de la défection d'un magicien en renom qu'ils croyaient inébranlable et de celle de tous ses admirateurs, corrompent à prix d'argent deux centurions de Jérusalem, Lysias et Théocrite, et obtiennent l'incarcération de Jacques; ils organisent ensuite une sédition et font traduire leur victime devant un tribunal; mais l'attitude magnanime de l'Apôtre leur impose un respect qui les étonne eux-mêmes; ils l'écoutent pendant qu'il démontre, par les Écritures, la Passion et la Résurrection de Jésus-Christ. Ils se sentent touchés et éclairés, confessent leurs torts et se rangent parmi les disciples de la nouvelle doctrine.

 

  Quelques jours s'écoulent; Abiathar, grand-prêtre pour cette année, jure de venger ses autels déserts et, dans ce but, provoque par ses largesses une violente émeute. Un scribe, du nom de Josias, jette une corde au cou de l'Apôtre et le conduit au prétoire d'Hérode, fils d'Aristobule. Le roi Hérode était un vrai courtisan du peuple, esclave de l'opinion publique beaucoup plus que de son devoir. "Les plus grands crimes commis à cette époque, dit Mgr Mislin, portent tous le cachet de la faiblesse des princes qui voulaient se rendre populaires. C'est une des marques distinctives de la famille d'Hérode". Plût à Dieu que cette marque eût disparu avec cette famille ! Combien est juste cette exclamation de Bossuet: "Rois, gouvernez hardiment. Le peuple doit craindre le prince; le prince ne doit craindre que de faire le mal. Si le prince craint le peuple, tout est perdu".

 

  Au lieu de résister aux passions sanguinaires de la foule, Hérode lui promet une large satisfaction, et, sans procès, sans jugement, il condamne le juste à la décollation. L'apôtre marche au supplice d'un pas ferme et généreux; une joie sereine brille sur son front et va s'accroître par la consolation d'un acte de bienfaisance envers un infortuné. Il s'approche d'un paralytique couché sur le chemin et répond par ces paroles à sa prière: "Au nom de Jésus-Christ pour l'amour duquel je vais au supplice, lève-toi et bénis le Seigneur". Et le paralytique se lève guéri.

 

  Témoin de ce miracle, Josias tombe aux pieds de l'Apôtre et sollicite son pardon par un torrent de larmes. "La paix soit avec toi", lui dit saint Jacques en l'embrassant. Ce baiser du pardon avant le martyre, ces paroles si fraternelles, ce souhait si tendre sont, aux yeux des investigateurs des coutumes chrétiennes, la forme et la formule la plus antique du baiser de paix que le ministre des autels donnait autrefois au peuple avant la communion, dont les pieux Maronites ont conservé l'usage et que le rit romain a maintenu entre les membres du clergé dans les Messes solennelles. Peu de cérémonies ont une origine aussi reculée, aussi vénérable, aussi touchante que le baiser de paix de nos sanctuaires.

 

  Saint Jacques arrive au lieu du supplice avec Josias, son nouveau disciple, bientôt son néophyte par le baptême qu'il lui confère et bientôt encore le compagnon de son martyre et de sa gloire; il adresse à Dieu une prière et présente sa tête au bourreau, qui l'abat par un double coup d'épée:

  "Occidit autem Jaeobum, fratrem Joannis, gladio".

 

  L'exécuteur ramasse cette tête sanglante, la lève vers le ciel et la montre, un genou en terre, aux satellites envoyés par Hérode. Ceux-ci veulent s'en emparer, mais leurs mains se dessèchent, la terre tremble et les anges entonnent dans les cieux les louanges de l'Apôtre protomartyr, immolé par les ordres du prince protopersécuteur de l'Église.

 

  Tous les Apôtres ont conquis la palme du martyre; mais saint Jacques est le seul dont saint Luc nous ait raconté la mort. Cette glorieuse exception s'explique par les circonstances extraordinaires qui ont signalé ce drame sanglant.

 

  Il n'est pas inutile de remarquer que les deux Apôtres du nom de Jacques, tous les deux parents de Notre-Seigneur, sont morts dans la même ville que leur divin Maître, aux environs du Calvaire; ils ont été dignes de mêler leur sang au sang divin du Rédempteur, leur frère, et par la confession de leur foi, ils ont scellé avec l'auteur de leur glorieuse noblesse une alliance nouvelle plus durable que celle de la nature, et aussi immuable que les joies éternelles qui en sont la récompense.

 

  Saint Jacques tient le même rang entre les Apôtres que saint Étienne entre les Saints; ils sont tous les deux, en un sens, les prémices des Martyrs. Saint Jean l'Évangéliste, martyr de désir, a donné le premier, il est vrai, l'exemple du martyre; mais saint Jacques en a achevé la consommation.

 

  Sainte Hélène honora par la construction d'une superbe église l'immortel théâtre du martyre de saint Jacques; plus tard, l'Espagne, si zélée pour le culte de son premier apôtre, bâtit un magnifique couvent sur le même emplacement. C'était le célèbre Monastère de Saint-Jacques, sur le mont Sion. Une petite chapelle occupa et occupe encore la parcelle de terre arrosée d'un sang si précieux. Les Espagnols en ont été dépossédés par les Arméniens schismatiques, qui en sont encore aujourd'hui les maîtres.

 

  On s'accorde généralement à fixer au 25 mars, jour si mémorable dans l'Église, la décollation de saint Jacques. Mais la sainte Église célèbre, sous le signe du Lion, le 25 juillet, cette mort ou plutôt ce triomphe de l'invincible apôtre.

 

  Il est moins facile d'en préciser l'année. François Bivarius, commentateur de Flavius Dexter, a essayé de résoudre cette dernière question dans une longue et savante dissertation. Nous croyons nous écarter peu de la vérité en donnant pour date à un événement aussi important l'une des années 43 ou 44.

 

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                                                                       12/11/2011

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