HISTOIRE DE S. JACQUES LE MAJEUR et du Pèlerinage de Compostelle

(abbé J.B. PARDIAC)

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  CHAPITRE II.

  SAINT JACQUES LE MAJEUR ET QUELQUES PERSONNAGES EVANGÉLIQUES.

 

  Deux apôtres ont également porté le nom de Jacques; le saint Évangile les distingue de deux manières: d'abord, par leur nom patronymique: l'un est Jacques de Zébédée, c'est- à dire fils de Zébédée, Jacobus Zebedei. L'autre est Jacques d'Alphée, c'est-à-dire fils d'Alphée, Jacobus Alphei; ensuite, par voie de dissemblance: l'un est Jacques le Mineur, Maria Jacobi Minoris, qualification qui a valu à l'autre apôtre le nom de Majeur, quoique ce dernier terme n'ait pas été employé par les écrivains sacrés.

 

  Saint Jacques le Majeur, fils de Zébédée, a été ainsi surnommé soit à cause d'un âge plus avancé que celui de son homonyme, soit à cause de la priorité de sa vocation, soit à cause d'une taille plus élevée, soit enfin à cause de l'importance des faveurs dont son divin Maître daigna l'honorer.

 

  Il n'entre pas dans notre sujet de parler longuement de saint Jacques le Mineur. Il était fils d'Alphée et de Marie, parente de la très sainte Vierge; il était donc, selon la chair, parent de Notre-Seigneur, et non son frère, quoique le saint Évangile, pour se conformer au langage des Juifs, lui donne cette épithète: "Fratres ejus Jacobus et Joseph et Simon et Judas"'.. Marie, sa mère, est appelée dans l'Évangile Marie de Cléophas, Maria Cleopha, c'est-à-dire femme de Cléophas, qui est le même qu'Alphée, et Marie de Jacques, Maria Jacobi, c'est-à-dire mère de Jacques.

 

  Saint Jacques le Mineur eut quatre frères: 1° Saint Simon, apôtre, surnommé le zélé, Simonem, qui vocatur zelotes, et le Cananéen, Cananoeus, sans doute pour le distinguer de Simon-Pierre, de Simon le Cyrénéen, de Simon le Lépreux, de Simon le Corroyeur, de Simon le Noir, et surtout de Judas Iscariote, fils de Simon, et ensuite parce qu'il était, comme saint Barthélemy, de la célèbre ville de Cana, en Galilée, où Notre-Seigneur opéra son premier miracle. 2° Saint Jude, apôtre et auteur de la deuxième épitre Catholique, où il s'appelle lui-même frère de Jacques, frater Jacobi, pour donner plus d'autorité à sa parole. Le texte sacré exprime sa fraternité avec saint Jacques par ces mots: Jude de Jacques, Judas Jacobi, c'est-à-dire frère de Jacques. Saint Matthieu, saint Marc, et le canon de la Messe le nomment Thaddée. On le distingue plus communément sous ce nom, de peur que son nom de Jude, dont l'orthographe latine est la même que celle de Judas Iscariote, ne soit confondu avec celui du traître qui livra Notre-Seigneur aux Juifs. Le texte grec de saint Mathieu l'appelle Lebbée. Il prêcha la Foi en Mésopotamie, pendant que saint Simon évangélisait l'Égypte. Les deux frères se réunirent en Perse, y convertirent un grand nombre d'infidèles, et furent martyrisés en même temps. Une fête commune leur a été consacrée par l'Église, le 28 octobre. 3° Saint Joseph, appelé Barsabas, surnommé le Juste, qui fut mis sur les rangs avec saint Matthias, lorsque les Apôtres s'assemblèrent pour donner un successeur au traître Judas. Le Martyrologe Romain fixe sa fête au 20 juillet. 4° Saint Siméon, qui n'est pas mentionné dans le Nouveau Testament, mais dont la tradition et le Martyrologe Romain célèbrent les louanges. Il fut évêque de Jérusalem après son frère saint Jacques le Mineur et fut crucifié à l'âge de 120 ans. La sainte Église l'honore le 18 février.

 

  Telles sont les annales évangéliques, annales mille fois glorieuses, de l'immortelle famille de saint Jacques le Mineur. Privilégié entre tous ses frères, il fut élevé, dit saint Épiphane, avec l'enfant Jésus. Il partage avec ses frères l'honneur d'avoir été appelé dans l'Évangile frère, c'est-à- dire parent de Notre-Seigneur. Il est le seul de sa famille et le seul des Apôtres à qui saint Paul ait donné cette précieuse qualification: "Alium Apostolorum vidi neminem, nisi Jacobum fratrem Domini". Selon les apparences physiques, il était frère de Notre-Seigneur par une ressemblance de traits si frappante que Judas craignait une méprise de la part des Juifs qui devaient arrêter son maître et se crut obligé de le leur signaler d'une manière infaillible par un baiser perfide. Quelques interprètes ont supposé que saint Jean faisait allusion à cette ressemblance par ces mots de l'Apocalypse: J'ai vu quelqu'un qui ressemblait au Fils de l'Homme: "Vidi... a similern Filio hominis". Il avait aussi, à un degré éminent, la pureté de Notre-Seigneur, sa foi, sa sagesse, son amour de la paix et l'innocence de sa vie. Comme le Sauveur, il priait sans cesse et le front contre terre, à tel point que son front et ses genoux étaient devenus aussi durs que la peau d'un chameau. A l'austérité d'un jeûne de chaque jour, il ajoutait la privation constante de vin et de viande. Après la mort de son divin Maître, il jura de ne rien manger jusqu'à ce qu'il l'eût vu ressuscité. Notre-Seigneur récompensa sa foi par la faveur d'une apparition spéciale: "Deinde visus est Jacobo".

 

  La sainteté de saint Jacques lui valut, comme à l'un de ses frères, le surnom de Juste. Les fidèles se réjouissaient, quand ils pouvaient toucher la frange de ses vêtements. De leur côté, les Apôtres, par une considération particulière pour sa vertu, lui confièrent le gouvernement de l'Église naissante de Jérusalem et la garde du saint Sépulcre. Il fut donc le premier évêque de la ville sainte; il fut aussi le premier parmi les apôtres qui célébra la messe, après l'Ascension du Seigneur, s'il faut en croire un auteur du XIII° siècle, Jacques de Voragine, auquel nous devons une précieuse collection de curieux récits, connus sons le nom d'Histoire Lombarde ou Légende dorée. Un autre auteur ajoute, dans un ouvrage non moins curieux et plus rare, que les Apôtres et la sainte Vierge communièrent de la main de saint Jacques le Mineur.

 

  Son zèle s'étendait au delà de Jérusalem, comme le témoigne son épitre catholique, ainsi appelée parce qu'elle n'est adressée à aucune église particulière, mais aux douze tribus dispersées dans l'univers. Par cette épitre, un des modèles de l'éloquence chrétienne, il partage avec saint Jude l'honneur d'être classé parmi les écrivains sacrés. Il assista, l'an 51, au concile de Jérusalem, où fut discutée la question de la circoncision et des autres cérémonies légales. Il y parla après saint Pierre et fit adopter par les Apôtres une décision qui fut envoyée aux chrétiens que les Juifs convertis avaient voulu inquiéter. Au témoignage de saint Paul, il était avec saint Pierre et saint Jean une des colonnes de l'Église.

 

  Épuisé de travaux et de vieillesse, le saint Apôtre avait atteint la 30° année de son épiscopat et la 96° de son âge. Les Juifs, irrités d'avoir échoué contre saint Paul, parce qu'il en avait appelé à César et qu'il avait été envoyé à Rome, tournèrent toute leur fureur contre saint Jacques. Ils le lapidèrent et le précipitèrent du haut du temple. Surmontant la douleur de ses membres brisés, le Saint levait les mains vers le ciel et priait pour ses bourreaux, en empruntant les paroles du Sauveur:. Pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font.. Pendant que ses lèvres mourantes murmuraient ces douces paroles de la miséricorde divine, un foulon déchargea sur sa tête un coup violent avec l'instrument de son métier et consomma son martyre. C'était l'an 63 de l'ère nouvelle; Néron régnait à Rome depuis sept ans. Saint Jacques fut enseveli près du temple; mais plus tard son corps fut porté à Rome; le pape Jean III lui dédia une église en 559 et assigna à sa fête, jointe à celle de saint Philippe, le 1° jour de mai.

 

  L'Art chrétien, convertissant en un titre de gloire pour saint Jacques le Mineur l'instrument de son supplice, lui a donné pour attribut caractéristique un bâton de foulon. Contentons-nous de citer la façade méridionale de la cathédrale de Chartres, un triptyque du maître-autel de la cathédrale de Meissen, en Allemagne, et un retable de la cathédrale de Clermont.

 

  La question ainsi dégagée, nous étudierons plus facilement le Saint le plus populaire de la catholique Espagne, saint Jacques le Majeur ou saint Jacques le Grand, ainsi qu'il est appelé dans certains livres. Retracer sa vie, ses courses apostoliques, ses prédications et les hommages que toute la chrétienté, mais surtout l'Espagne et la France, lui ont décernés, c'est presque écrire une épopée. L'histoire a ses grands hommes, connus d'un petit nombre de lettrés; l'Église a ses héros, dont le nom est répété chaque jour par des milliers de savants et d'ignorants, de grands et de petits, dont le nom est invoqué, dont le nom est porté comme une marque assurée de protection. Celui dont j'ai entrepris un peu témérairement l'histoire et que dorénavant je n'appellerai plus que saint Jacques, sans addition de son surnom de Majeur, est grand et illustre entre tous les autres. A défaut d'éloquence, il me suffira d'être vrai pour faire aimer et admirer un des parents du Sauveur, un de ses plus chers disciples, un de nos premiers pères dans la foi.

 

  Saint Jacques naquit à Bethsaïde, petite ville de la Galilée, située à l'une des extrémités du fameux lac de Génésareth. Il eut donc la même patrie que le Prince des Apôtres, saint Philippe et saint André. Zébédée fut son père; par sa mère Salomé, sœur ou du moins parente de la sainte Vierge, selon l'interprétation fournie par le Propre des Saints du diocèse de Bordeaux, il était lui-même parent, à un degré plus ou moins éloigné, du Messie promis à l'univers.

 

  On s'accorde généralement à croire que Marie Jacobé et Marie Salomé, mères des deux apôtres appelés Jacques, étaient soeurs; les deux apôtres dont elles étaient les mères, étaient donc cousins germains.

 

  La tradition rapporte qu'après la mort du Christ les deux sœurs s'embarquèrent avec sainte Madeleine, saint Lazare, etc., et que cette sainte troupe aborda en Provence, à l'embouchure du Rhône, sur les côtes de l'île appelée aujourd'hui la Camargue. "On croit, dit M. Faillon, que l'endroit où abordèrent les saints Apôtres de la Provence est dans le voisinage du Gras d'Orgon, à une petite distance de la ville qui porte aujourd'hui indifféremment le nom des Saintes Maries ou celui de Notre-Dame-de-la-Mer. On ajoute que, voulant rendre grâce à Dieu, qui les avait conduits par sa providence, ces saints personnages lui élevèrent un autel de terre pétrie, parce que, sans doute, ils ne trouvaient pas d'autres matériaux dans ce lieu; et que Dieu, pour témoigner combien leur religion lui était agréable, fit sourdre une source d'eau douce dans cet endroit même, où l'on n'en trouvait auparavant que de salée; que ce prodige les déterminant à convertir ce lieu en oratoire, ils le dédièrent à Dieu en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie, et que cette circonstance engagea les saintes Maries Jacobé et Salomé à se fixer elles-mêmes dans ce lieu, en se construisant une cellule jointe à l'oratoire, tandis que les autres saints personnages de cette troupe allèrent exercer leur zèle à Marseille, à Aix et ailleurs. Ces deux pièces, l'oratoire et la cellule qui y était jointe, furent l'origine de l'église actuelle de Notre-Dame-de-la-Mer, et le motif de la réédification de cette ville après sa destruction par les Sarrasins. La tradition ajoute que ces saintes femmes, sachant par les prophéties de Notre-Seigneur que la Palestine devait être bientôt dévastée et entièrement ruinée, avaient apporté avec elles, en partant de Jérusalem, trois têtes des saints Innocents, et une autre qu'on prétend être celle de saint Jacques. Il est certain, du moins, que trois têtes de petits enfants, et une autre plus considérable, furent déposées dans la terre avec les corps des saintes Maries, qu'on inhuma à côté de la source, dans l'oratoire dédié à la très-sainte Vierge, et où était l'autel dont nous avons parlé".

 

  L'auteur si érudit que nous venons de citer démontre la vérité de cette tradition par des arguments trop péremptoires pour n'être pas acceptés, mais trop étendus pour être admis dans mon travail. Cette tradition, qui fait remonter au 1° siècle la prédication de l'Évangile dans une partie des Gaules, est mille fois glorieuse pour notre pays et méritait une mention particulière. Le soleil de la loi de grâce s'est levé sur nous en même temps que sur la Péninsule Ibérique.

 

  L'Art chrétien a reproduit le voyage des saintes Maries Jacobé et Salomé dans un petit groupe, aujourd'hui mutilé, qui termine la crête du toit de l'église de Notre-Dame-de-la-Mer, du côté du couchant. Un jeune artiste plein d'avenir, M. Alc. Giraud, a bien voulu dessiner ce groupe, au profit de mes lecteurs.

 

  Cc sont deux figures de femmes dans une nacelle qui vogue sur la mer; type reçu dans le pays pour désigner ces deux saintes, ainsi que la ville de Notre-Dame-de-la-Mer.

                              

 

  Nous n'avons assigné qu'une date approximative. au monument de l'église dont nous parlons. Mais les draperies rappellent les formes et les règles de la sculpture des Romains. L'église, à son tour, offre des caractères non contredits par l'histoire de sa fondation, et d'une antiquité telle qu'il n'y a point de témérité à adopter pour ce monument une époque antérieure au siècle de Louis-le-Débonnaire.

 

  Ce type explique l'origine du nom de Notre-Dame-de-la-Barque, sancta Maria de Ratis, donné primitivement à l'église des Saintes, en mémoire de la barque sur laquelle abordèrent les saints Apôtres du pays, comme l'attestent les auteurs de Provence, Ruffi, Suarez, Bouche, Guesnay, Noguier.

 

  Lors des ravages des Sarrasins, les reliques des saintes Maries furent cachées sous terre. On les découvrit en 1448, au moyen des fouilles ordonnées par le roi René et dirigées par les commissaires que délégua le pape Nicolas V. Leur authenticité une fois reconnue, le roi René et la reine Isabelle de Lorraine arrivèrent pour les honorer. La cour brillante qui les accompagnait assista aux fêtes par lesquelles on célébra la bienheureuse invention de ces reliques. Le bon roi offrit des châsses pour renfermer le pieux trésor; puis il fit présent à l'église de trois tableaux peints par lui-même, que la gravure a reproduits dans le siècle dernier. L'un avait pour sujet la Vierge-Mère, une autre sainte Marie Jacobé et le troisième sainte Marie Salomé. Le roi-artiste avait représenté les saintes Maries avec un vase de parfums à la main, conformément au texte de saint Marc, qui nous apprend qu'après le sabbat elles achetèrent des parfums pour venir embaumer Jésus: "Et cum transisset sabbatum, Maria Magdalene, et Maria Jabobi, et Salome emerunt aromata ut venientes ungerent Jesum". La prose si populaire, O filii et filiae, que les fidèles chantent avec tant d'allégresse au jour de Pâques, rend aussi hommage à cet acte intentionnel de piété:

  Et Maria Magdalene,

  Et Jacobi et Salome

  Venerunt corpus ungere.

 

  Les Grecs ont donné le nom de Myrrophores aux saintes embaumeuses de Jésus. Ils en comptent six, parmi lesquelles figurent de plein droit Jacobé et Salomé. Elles figurent aussi, sous un costume de veuve, avec on sans parfums, auprès des saints sépulcres dont la religion de nos pères a décoré tant de chapelles.

 

  L'église de Notre-Dame-de-la-Mer a conservé les précieux restes de ses évangéliques fondatrices et les montre chaque année, le 22 octobre, à la foule empressée et recueillie. On ne saurait trop honorer les illustres ancêtres de notre foi.

 

  Saint Jacques me pardonnera d'avoir consacré quelques lignes à sa glorieuse mère et à la soeur de sa mère, inséparables dans leur tombeau comme dans notre culte. Quand la mère et le fils sont grands tous les deux devant Dieu et devant les hommes, comment parler de l'un sans parler de l'autre? Et quand la Providence, la céleste distributrice des faveurs temporelles et spirituelles, a doté de leurs cendres des royaumes différents, le pèlerin qui s'exile pour quelques jours dans un but de dévotion, peut-il oublier les sanctuaires chéris qu'il a laissés dans sa patrie? A chaque pays ses joies et ses consolations. Si la Galice nous vante le tombeau de saint Jacques et contemple avec orgueil les phalanges de pèlerins qui se succèdent de siècle en siècle dans son immortelle basilique, celui de la mère de cet apôtre, sur les bords d'une île provençale, n'est pas sans quelque gloire. Il a eu ses historiens, ses poètes, ses prodiges et ses pèlerins de toute classe et de toute province. Le royaume très-chrétien n'est pas un des moins riches en reliques et en souvenirs religieux.

 

  Par un privilège qui ne devait pas être réservé à tous les Apôtres, le texte sacré nous a révélé les noms du père et de la mère de saint Jacques, et leur a assuré par cette seule mention une infaillible immortalité.

La Providence donna tardivement à saint Jacques un frère, du nom de Jean, encore plus illustre que les auteurs de ses jours, un frère qui devait être l'ami du Sauveur, apôtre, évangéliste, martyr, le type le plus complet de l'innocence, le favori du ciel et de la terre.

 

  Jacques et Jean étaient pêcheurs comme leur père. Un jour qu'ils raccommodaient leurs filets, Notre-Seigneur les aperçut dans leur barque et les appela. A l'instant, ils quittent leurs filets et leur père et suivent Jésus de Nazareth. "Illi autem, statim relictis retibus et patre, secuti sunt eum". Leur vocation avait suivi de près, peut-être immédiatement, celle de saint Pierre et de saint André, avec lesquels ils avaient de commun la patrie et la profession.

 

  Le nom de Jacques a la même étymologie que celui de Jacob; en hébreu, il signifie littéralement supplantateur, supplantator; celui de Jean se traduit par deux mots, grâce du Seigneur, Domini gratia. Dans le sens spirituel, ces deux noms signifient chacun une vertu, selon saint Bernardin de Sienne: "Petrus interpretatur obediens, Jacobus pauper, Joannes castus et luminosus gratiâ Dei".

 

  Les deux frères reçurent du divin Maître un surnom qui exprime un nouveau mérite: ils furent appelés Boanerges, c'est-à-dire enfants du tonnerre: "imposuit eis nomen Boanerges, quod est filii tonitrui". Par cette qualification, le Sauveur désignait cette trompette éclatante de la vérité, que ces deux apôtres devaient faire retentir dans tout l'univers, et qui fit trembler la terre pour l'assujettir au joug adorable du Seigneur.

 

  Quelques interprètes appliquent particulièrement à saint Jean ce nom d'enfant du tonnerre, parce que ses écrits, surtout son évangile, sont comme un tonnerre qui se fait entendre du haut des nuées à cause de leur sublimité; une légende rapporte que lorsque saint Jean écrivit son immortel chapitre de la divinité du Verbe, le ciel souscrivit à chacune de ses paroles par un coup de tonnerre.

 

  Mais la même épithète exprime aussi la puissance, l'énergie et la sphère d'activité de la prédication de saint Jacques qui retentit du couchant à l'aurore, en Espagne et en Palestine; elle peint également la mâle sévérité des traits qui distinguent la figure de cet apôtre, et elle symbolise la terreur qu'il imprima aux ennemis du nom chrétien, comme nous le dirons plus tard. Il faut ajouter que les phénomènes atmosphériques de la Galice, patrie adoptive de saint Jacques après sa mort, justifient, à leur façon, le surnom de Boanerges. J'ai entendu, près de Compostelle, des explosions électriques tellement formidables que le sol ébranlé semblait s'agiter sur ses bases. L'enfant du tonnerre habite donc le pays des tonnerres, pour en être sans doute le paratonnerre. On l'invoque avec saint Jean l'évangéliste et sainte Barbe contre la foudre.

 

  Saint Jacques fut honoré comme saint Jean, mais à un degré inférieur, de l'amitié de Jésus-Christ. Il assista comme témoin et comme acteur à l'une des pêches miraculeuses; il assista à la guérison de la belle-mère de saint Pierre et de l'hémorroïsse, à la résurrection de la fille d'un chef de la synagogue nommé Jaïre, à la transfiguration, à l'agonie de Notre-Seigneur dans le jardin des Oliviers et à toutes les apparitions de Notre-Seigneur après sa glorieuse résurrection.

 

  Les Samaritains refusèrent un jour de recevoir Notre-Seigneur chez eux parce qu'il allait à Jérusalem. Jacques et Jean, les deux enfants du tonnerre, indignés de cet outrage, dirent à leur maître: "Voulez-vous que nous commandions au feu du ciel de descendre sur ces gens-là ? ' - "Vous ne savez à quel esprit vous appartenez", répondit le Sauveur. A une autre époque, le prophète Élie avait pu user de moyens violents pour venger la gloire du Seigneur; mais la loi de grâce venait d'être inaugurée par l'Agneau de Dieu. L'esprit de douceur, de mansuétude et d'immolation devait seul présider au zèle des Apôtres.

 

  Les Apôtres avaient tout abandonné pour suivre Jésus- Christ. Quelle devait être leur récompense ? Notre-Seigneur promit à chacun d'eux un trône à côté du trône de sa gloire, quand viendrait le temps de la Régénération, c'est-à-dire du jugement dernier. Salomé appliquait à la création d'un royaume temporel ces paroles qui flattaient son ambition maternelle; d'un côté, elle redoutait la prépondérance de saint Pierre, qu'elle voyait préféré aux autres dans les grandes occasions; mais d'un autre côté, elle comptait sur le mérite de ses fils et sur les droits que leur parenté avec le Sauveur semblait leur conférer. Elle aborde donc avec confiance Notre-Seigneur: "Ordonnez, lui dit-elle, que mes deux fils soient assis dans votre royaume, l'un à votre droite et l'autre à votre gauche". - "Vous ne savez pas ce que vous demandez", leur répond Jésus. Les disciples insistent; Notre-Seigneur supporte leur ignorante importunité et en profite pour leur tracer une règle de conduite plus conforme à l'humilité évangélique. Une primauté autrement désirable que toutes celles de ce monde était réservée à saint Jacques; le moment approche d'en parler.

    

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                                                                       12/110/2011

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