LE PELERIN DE COMPOSTELLE  (Léon CHANCEREL) : 1

 

     CHAPITRE PREMIER : Saint Jacques le majeur, d’après les Évangiles et les Actes

 

  Jacques et Jean étaient fils de Zébédée et de Marie-Salomé, sœur de Marie, et par conséquent ils auraient été cousins germains de Jésus. Sur cette parenté, beaucoup d’exégètes sont d’accord, dont le R. P. Lagrange, encore qu’il y apporta quelques réserves. Ce qui est certain, c’est que Jacques fut, avec Jean, l’un des disciples les plus chéris du Christ.

 

  Zébédée et ses deux garçons possédaient une barque et ils exerçaient le métier de la pêche sur le lac Génésareth, que l’on nommait aussi mer de Galilée, et qui prit le nom de Tibériade lorsque Hérode eût fait bâtir cette ville en l’honneur de Tibère, sur les ruines, dit-on, de Génésareth. Ce lac offre encore aujourd’hui un aspect particulièrement enchanteur. Bordé de lauriers-roses qui se reflètent dans l’eau calme, il est vraiment le lieu de la Bonne-Nouvelle. "La main du peintre le plus suave, écrivait Lamartine, ne dessinerait pas des contours plus arrondis, plus indécis et plus variés que ceux que la main créatrice a donnés à ces eaux et à ces montagnes ; elle semble avoir préparé la scène évangélique pour l’œuvre de grâce, de paix, de réconciliation et d’amour qui devait une fois s’y accomplir".

 

  Jacques et Jean habitaient, selon toute apparence, à Bethsaïda où vivaient aussi Pierre et André avec qui le patron Zébédée était associé pour la pêche.

  Et, pour nous qui n’avons point vu ces lieux bénis, Bethsaïda, si vous voulez, ce sera telle bourgade maritime que nous aimons, de celles-là que les "baigneurs" n’ont pas encore absorbées ou corrompues. Partout où il subsiste encore des pêcheurs et des barques actives sont présents les premiers apôtres, leurs patrons, et Jésus est au milieu d’eux.

  Donc, comme il allait le long de la mer de Galilée, Jésus, ayant "embauché" Simon et André pour en faire des  "pêcheurs d’hommes", voit Jacques et Jean réparant leurs filets. Il les appelle. "Et eux aussi, laissant à l’heure même et leurs barques et leur père, le suivirent".

 

  Telle est, dans l’Évangile, l’entrée de Jacques. Il est dans sa barque où il travaille humblement de son métier, renouant les fils fragiles de son outil, et sur un simple appel il entre dans l’Histoire, la plus grande histoire de la terre, comme dit Péguy.

                Et aussi la plus grande histoire des cieux,

                La plus grande histoire du monde.

                La plus grande histoire de jamais.

                La seule grande histoire de jamais.

                La plus grande histoire de tout le monde.

                La seule histoire intéressante qui soit jamais arrivée.

                                                         *     *     *

  Le jour que Jésus gravit la montagne et que, d’entre tous ceux qui l’ont suivi, il en établit douze pour les avoir avec lui ; Jacques et Jean, son frère, sont parmi les élus et il leur donne le surnom de Boanergès, c’est-à-dire "Fils du Tonnerre", à cause sans doute de l’impétuosité de leur zèle.

  Jacques est à bord avec Jésus, le jour qu’Il tance le vent et la mer et que la nef aborde au pays des Géraséniens. Il est là, quand, du corps du démoniaque errant au milieu des sépulcres, Jésus fait sortir les esprits impurs qui cherchent leur refuge aux corps des pourceaux ; là encore quand est guérie l’hémorroïsse et quand est ressuscitée la fille du chef de la synagogue : "Talitha, coumi ! Petite éveille-toi". Il est de ceux à qui Jésus donne le pouvoir de chasser les démons et de guérir les malades, de ceux-là qui iront prêcher la pénitence et qui ne prendront rien pour la route, qu’un bâton seulement.

                                                         *     *     *

  "Quand les jours où il devait être enlevé du monde furent près de s’accomplir, Jésus prit la résolution d’aller à Jérusalem".  Et les Samaritains ne voulurent pas le recevoir. Alors Jacques et Jean,  "Fils du Tonnerre", se cabrent et vitupèrent, et, tout grisés de leur nouveau pouvoir, ils disent à Jésus : "Seigneur, voulez-vous que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume ? ".

  Et ils s’attirent cette réprimande qu’ils ne peuvent encore comprendre :

  - Le Fils de l’Homme est venu, non pour perdre les hommes, mais pour les sauver.

  Et de même sera réprimandée leur mère qui les voulait voir dans la gloire céleste à la droite et à la gauche du Seigneur.    

                                                            *     *     *

  Et c’est Gethsémani.

  Jésus a pris avec lui Jacques ainsi que Pierre et Jean.

  "Mon âme est triste jusqu’à la mort. Restez ici et veillez".

  Et Jacques, non plus que Pierre et Jean, ne saura résister au sommeil. La chair triomphe de l’esprit. Il s’endort.  

                                                           *     *     *

  Le Christ est mort. Jacques et Jean ont repris la mer et leur métier pour chercher leur nourriture corporelle, selon la loi, à la sueur de leur front.

  Et le Christ ressuscité leur apparaît.

  – Enfants, n’avez-vous rien à manger ?

  – Non.

  – Jetez le filet à droite de la barque et vous trouverez.

  Et ils le jetèrent. Et ils ne pouvaient plus le tirer à cause de la grande quantité des poissons qui s’y étaient maillés.

 

  Or, à Jérusalem, dans le Cénacle, les apôtres persévéraient dans la prière, et quand les jours de la Pentecôte furent accomplis, il se fit soudain un grand bruit dans le ciel, comme celui d’un vent impétueux et qui emplit toute la maison. Et le feu se posa sur chacun d’eux et ils furent remplis de l’Esprit Saint. Et le don des langues leur fut donné. Et il y eut en eux une force telle qu’ils purent croire qu’ils étaient ivres. Et, dès lors, les fidèles qui n’étaient d’abord qu’une trentaine à Jérusalem devinrent mille et deux mille et trois mille, unis dans la communion de la fraction du pain et dans la prière, dans l’allégresse et la simplicité du cœur.

                                                            *     *     *

  Vint Hérode, Hérode Agrippa Ier, fils d’Aristobule et de Bérénice, petit-fils d’Hérode le Couard sous le règne duquel l’Étoile parut au ciel païen, neveu d’Hérode Antipas, dit le Renard, devant qui Jésus comparut dans sa Passion. Né vers l’an 10 avant notre ère, il avait été subitement porté au trône de Judée par le caprice de Caligula, dont il était le compagnon de débauches et le favori.

  Et le roi Hérode leva la main sur quelques-uns de l’Église pour les tourmenter.

                                                           *     *     *

  Jacques fut le premier des apôtres appelé à la gloire du martyre.

  Cela se passait en l’an 44, onze ans après l’Ascension, aux environs de la Pâque juive, d’après le témoignage de Clément d’Alexandrie, conservé par Eusèbe.

  L’exécution de Jacques eut vraisemblablement lieu sur la colline nommée Sion qui domine Jérusalem au sud-ouest. L’Histoire ne nous a laissé aucun document précis sur sa mort : il n’y eut pas de procès inquisitorial devant le sanhédrin ; la sentence fut prononcée en vertu du pouvoir arbitraire du souverain. C’est ce qui peut expliquer pourquoi saint Jacques fut décapité et non lapidé.

  Une église aujourd’hui couronne l’aire qui fut teinte du sang de l’apôtre.

 

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                                                                       17/09/2008

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