Confrérie de Senlis (60)

 

                          

 

 Une étude du livre de la confrérie de Senlis (1745) a été publiée par E. MÜLLER dans son article "Une confrérie de Saint-Jacques à Senlis" (Bulletin de la Société de la Société historique de Compiègne. 1914).

 

                     

    Le chapitre II est consacré à la confrérie même.

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                                                                 CHAPITRE II

                                             Confrérie de Saint-Jacques de Senlis

 

  La Confrérie des pèlerins de Senlis avait ses fêtes, ses habitudes, ses statuts, que les feuillets des Comptes nous permettent de découvrir entre leurs lignes.

 

  1. Fêtes.

 

  Les Confréries célébraient en corps la fête du patron, laquelle tombait le 25 juillet. Alors le "tapicier", sous la direction du curé de Sainte-Geneviève, Pascal, Chéron, Huard ou Couet, ornait de ses plus riches atours la chapelle de la Confrérie:

  "1680. Pour avoir... paré la chapelle où se fait le service", Pierre Godait reçoit... - 1768. "Payé au tapicier pour la tanture de la chapelle 1 l.5".  Le "petit marguillier" jonchait le pavé d'herbes odorantes et de feuilles vertes: "1685. Je soubz signé Louis Paien petit marguilier... confesse avoir reçu de Jacques Girard prevost... pour avoir sonné et jonsé [jonché] la chapelle, 4 l" - 1695. Pour branches d'arbre fournies, 12 s. Des torches et des cierges étaient disposés pour ordre devant. l'image [statue] peinte et chamarrée du patron: "Plus pour un sierge devant l'image de saint Jacques".

 

  Le confrère nouveau qui "avait reçu l'habit et pris le chanteau du pain bény" s'engageait par écrit à le rendre "l'année prochainement venante". Alors il commandera chez le boulanger-pâtissier 4, 6, 7 ou 8 douzaines de pain bénit au lait:

  "1685. Du mesme jour Vincent Piquet garson a porté l'aby et a pris le chanteau du pain bény et promet de le rendre en l'année 1686". - 1688. Le mesme jour le dit Antoine Marlin quy a porté l'habit et receu le chanteau du pain bénist, a promis le rendre l'année prochaine et a signé... - 1738. 7 douzaines de pain au lait à six liards la pitre, fourni par Pierre Couvreur, 6 l. 6 s.".

 

  Que l'on me pardonne ces détails infiniment petits. Ils forment la mosaïque de l'histoire et aident à faire mieux comprendre ses lignes vraies et la couleur de l'époque.

 

  Dès les premières vêpres, les sonneurs enlèvent leurs cloches et le carillonneur frappe ses vieux airs sur son clavier de bronze. Deux pots de vin qu'on leur apporte "de chez l'hostelier" ajoutent de la vigueur à leurs bras: "Peu fait beaucoup !".

 

  Les comptes qui révèlent ces préparatifs aideront, sans qu'il faille grand effort d'imagination, à reconstituer la pompe des offices du jour. Après. la messe et la prédication, procession. Tandis que l'orgue touché par Verrières  (1680), Michel Taconnet (1681), Philippe (1682), Claude Brillant (1690) ou le Roux (1718), continue à scander à travers les nefs les airs de quelque chanson naïve de pèlerins, le "porte-verge" Pierre Girard ou Jean Guichard dirige avec maestria la procession. En tète des confrères s'avancent gravement le prévôt, le boëttier portant le bâton enrubanné, puis les autres confrères tenant à la main un cierge allumé que décore une plaque où l'on admire "la représentation peinte du patron", oeuvre de l'artiste Foulon, puis la bannière en soie à personnages brodés.

 

  Certaines expressions des comptes m'inclineraient à croire que le pèlerin admis récemment à la Confrérie portait dans la cérémonie le costume pittoresque des Jacquiers: robe de bure roussâtre qu'une corde serrait à la taille, pèlerine constellée de coquilles, vaste chapeau de feutre dont le bord retroussé sur le devant était orné aussi du "pecten Saint-Jacobi".   Voici mes pièces justificatives.

  "1768. Claude Monet pellerin... a fait présens du bourdon que l'on porteras tous les ans le jour de la feste de Saint- Jacques. Pour le dit présens nous le déchargons des années qu'il doit. - 1690. Anthoine Watbled, nommé boëttier, a pris le batton, promis le rendre à ses frais et despens. - Jay soubsigné [Foulon] peintre à Senlis, confesse avoir resus.... la somme de 4 l. 10 s. pour avoir peint deux placque représentant saint Jacques pour les confrères pellerins de Saint-Jacques. 27 juillet 1690. - Jé déboursé," dit Jacques Sirot en 1736, "trois livres 10 s. pour les deux placque de saint Jacques". Derrière les Confréries, le clergé "curé, vicaire, deux chantres et trois petits clercs", puis la foule... "La Confrairie paye par chacun an pour le service du jour de saint Jacques et du lendemain, a Monsieur le Curé pour les 1res et 2es vêpres, 2 grand messes et la procession. 4 l. 10, au vicaire 1 l. 10, aux deux chantres 2 l. 10, etc.".

 

  Le prédicateur qui a trouvé dans l'église de Sainte-Geneviève cet auditoire d'élite, a réussi aisément a émouvoir ces âmes croyantes et avides de récits. Le prévôt lui fait remettre honoraires et collation s'élevant ensemble à une somme de 3 l. 12 s. à 4. 1. 12 s. :

  "Au prédicateur 3 l ; pour la collation du prédicateur 1 l. J'ay recru de M. Duvivier prévôt... 3 l. pour le sermon qui a été prêché le jour de la faitte". Duchaulfour 1719.

  L'après-midi, après que chacun a dîné en famille, vêpres et nouvelle procession.

 

  Comme l'a répété avec insistance un charmant écrivain du Senlis d'autrefois, Onésime Leroy, nos pères, s'ils pratiquaient le grand art de la prière, ne négligeaient point pour cela le soin de leur estomac, et les past étaient l'accompagnement obligé de toutes les fêtes de confréries, souvenir plus ou moins fidèle des anciennes agapes.

 

  Le lendemain de la fête, selon une tradition que les pays religieux ont retenue avec fidélité et scrupule, service solennel pour les confrères trépassés "avec vigiles et recommandations" et offrandes de pain, vin et cierge des trépassés: "Plus pour le pain et vin des trépassés, 5 s. Pour vin; pain et chandelle, 6 s. ".

 

   2.

 

  L'un des buts de la Confrérie était d'établir entre ses membres une communion de prières tant pour les vivants que pour les morts. Qu'on lise plutôt ce procès-verbal d'une assemblée des Pèlerins. Le prévôt était lors Claude Labitte, capitaine du château de Senlis:

  "Le dimanche 25e jour de jtillel 1688, en l'église et paroisse de Saincte-Genniesve de Senlis, ensuitte de la messe et prédication dites et célébrées en icelle, où estoient tous les pellerins confrers et confrères dont les noms seront cy après transcripts en la manière acoustumée, et se sont mis en la dite confrairie les personnes dévotes dont les noms se voyent cy après et ce pour participer aux prières qui se font et disent journellement dans la dite église Saincte-Genneviesve à leurs intentions et de celles des bienfaiteurs à la dite confrairie".

  Aussi quand un pèlerin mourait, il avait "droit à un service" ou "mortuaire", 1689, avec sonnerie... dont le coût était de 3 livres, 3 1. 5 ou 3 l. 8 s.

  Cette mention en un latin de cuisine que les Comptes amènent plus d'une fois:

  "Pro lingintibus 5 s., - pour le linguentibus, 5 s., - au magister pour le lingantibus à la messe des trépassés, 5 s." indique un chant funèbre comme celui-ci: "Languentibus in purgatorio.... Subveniat  tua compassio, o Maria", dont le magister développait avec une lenteur prétentieuse les notes touchantes.

 

  Les emprunts aux feuillets des comptes trahissent un esprit et une réglementation éminemment religieux et familiaux, dont nous ne possédons pas malheureusement la formule en rédaction officielle. De fait les statuts des Confréries de Saint-Jacques sont extrêmement rares; l'on ne connaît guère que ceux de Bagnêres, de Roquefort et de Moissac.

 

  3.

 

  Le Registre doit à la sollicitude des prévôts Jean le Sueur, marchand et bourgeois, Nicolas Dayart, maître maçon, Jacques Girard, marchand cordonnier, et Pierre Couvreur, maître boulanger, de nous avoir conservé plusieurs listes de pèlerins depuis la date de 1529 jusqu'à 1639. En voici un extrait, où se coudoient dans la communauté de la prière et du dévouement des personnages de toute condition et de tous pays circonvoisins.

 

  1529.

Messire Philippe de Ruissel.

Messire Nicolas Larget.

Messire Michel de Dury (Duvy)

Laurens de Béthisy.

Denis de La Mothie, chapelier.

Jean de Saint-Vaast, de Beaumont (Longmont).

Colin de Douy.

Jean du Four, chaussetier.

Jean Piese, teillier.

Nicolas Defmens.

Pierre Bobelin.

Jeun Aubin de Montataire.

Pierre Auvray dit Montivilier.

Gille de Fescam.

Gérardin Dupré.

Jean Rugnard (Regnard).

Paul du Fresnov.

Guillaume Maillard.

Guillaume Endé.

Jean Boyart.

Pantaléon Calier.

Jacque le Rat.

Jacque du Change.

Jacque de Tremignye (Turmenies).

Jean Soyé, pigneur à Pontz.

Jean Martine, pelletier.

Nicolas Ringard, boulanger.

Jean Lescuyer de Montlevesque.

Jean Vaillant.

Jean de Montigny.

Denis Chotin.

Jean Marguier (marguillier) de Villers-St-Frambourg.

Christophle Bourdin de Versagny (Versigny).

Jean le Gones.

Michelet Trousse.

André Laisan.

Pierre George.

Nicolas Fétel.

Guillaume Reneau.

Jean de Myon.

Pierre Cornu.

Adam Duprez.

Gérard Chastelain.

Nicolas Vincent.

La veuve Richer.

Denis Salmont.

Pierre Labourier.

Antoine Moguier.

La veuve Henry Noudart.

La veuve Nicolas Chotin.

La veuve Asselin de Silly.

La veuve Charlotte Blondeau.

La veuve Nicolas du Chasteau.

La veuve Jean Goulias.

 

  1530.

Thomas des Maisons.

Simon de Gavois.

Antoine Richevilin d'evilé (Evillers).

La veuve Denis de la Motte.

La veuve Meulas Dasnier.

 

  1531

  1533.

Nicolas Voitelles.

La veuve Nicolas Denseigner.

La veuve Antoine Monier.

La veuve Robin du Mur.

 

  1533.

Simon Auborgne.

Collect l.adeame.

Pierre Poirée d'Apremont.

Guillaume Bouraine de Malassise.

 

  1534.

Nicolas Fleury.

Pierre Dubart, gouverneur de Senlis.

Jean Henry.

Jean Fillion.

Pierre Tempé.

Antoine Poiris (Poiret).

Robinet Le Mercier.

Antoine Barbier.

 

  1535.

  1536.

La veuve Nicolas Fleury.

Henry Coqu.

Jeanne Crossette (Croisette).

 

  1537.

Antoine Pochier, serrurier.

Ondin Dupart (Duport).

Michel de Lair.

La veuve Jean de Myon.

 

  1538.

Pierre Guillain.

Nicolas de Cornouaille.

 

  1539.

Nicolas Doyeme.

Jean Samson.

Jean Festoc (Stocq).

 

  1540.

Benoist le Roy.

Jean Flocq (Stocq).

Jean Dupart (Duport).

Jacque Chastellain.

Jean Guillain.

        

  1556.

Jacque du Change.

 

  1558.

La veuve Pierre Guillain.

 

  1584.

Pierre Billon.

 

  1596. Denis Flament, curé de Rully

        

  1681.

Charles Perel, md apotiquaire.

Claude Labitte, huissier, capitaine du château.

Madame Lequoy, femme de M. Pierre Lequoy, procureur.

 

  1687.

Nicolas Herbet, pindépissier.

Anne Méthelet, femme de Claude Labitte.

 

  L'on distinguera à. la tête de cette Confrérie: le prévôt et le boîtier. Pour le prévôt, sa charge était bisannuelle. Son élection avait lieu le lendemain de la Saint-Jacques par les suffrages des confrères. Il était parfois continué dans son titre et ses responsabilités.

 

  Le boîtier, boittier ou boëttier était élu en même temps que le prévôt. Alors "luy a esté mis en main la boëte et le livre", c'est-à-dire la caisse et. le Registre. Aux dates moins anciennes de 1688, 1693, 1759, 1768, le nom archaïque de boëttier (buxerius) tend à disparaître devant ceux de greffier, de receveur ou même d'agent des confrères.

 

  Voici une formule ou procès-verbal de la nomination du prévôt:

  "Du 26 juillet de la dite année 1680, les pelerins et confrères soubzsignés assemblez en la manière acoutumée, après avoir conterez ensernhlement et. pour décharger Jean Lesueur, cy devant notre prevost de communauté de la Confrairie de Saint-Jacques fondée en l'église Sainte-Geneviefve de Senlis, avons en son lieu et place et d'une commune voix, après en avoir murement conferez, nommé la personne de Jacques Bonnet, maistre patissier charcutier à Seuils, y demeurant, pelerin et confrère de ladite Confrairie de Saint-Jacques, lequel pour et en exécution de la dite nomination de prevost, après que le dit Lesueur aura rendu son compte qui sera dimanche prochain, le dit Bonnet a accepté la dite charge et avons signé

  Pierre Sentiny (Salentin).      Jacques Bonnet.

  Jacques Gérard.                   J. Couvreur

  Labitte Jean.                        François Barbier."

 

  4. Administration financière de la Confrérie

 

  1.

 

  L'actif de la Confrérie ou les ressources consistaient en "droits d'entrée et cotisations mensuelles des confrères", en quelques rentes, en quêtes et dons.

 

  Chaque pèlerin nouveau acquittait un droit d'entrée de 10 sols et s'engageait par écrit à verser une cotisation mensuelle d'un sol. Voici un type, celui-1à en une écriture et orthographe acceptables, d'une de ces entrées:   "Du 24 juillet 1680. Est entré à la Confrairie de Saint-Jacques la personne de Jacques Hébrard, lequel a paié dix sols pour son entrée et a promis payer douze sols par ans pour la Confrairie, scavoir un sols touts les premiers dimanche du mois, en présence des pellerins qui onts cy après signé

  Pierre Salentin. P. Pecquet.  Jacques Bonnet."

 

  Parfois cependant quand un personnage d'importance entrait dans la Confrérie, cette "réception" sensationnelle était signalée par le bruit des cloches et des démonstrations de joie. C'est ce qui arriva en juillet 1680 quand Alexandre Labitte, dernier pèlerin ayant accepté le chanteau, a promis de le rendre, etc. Bref  "à la réception d'Alexandre Labitte, dit le compte de Lesueur, tant pour vin, sonneurs que carillonneurs, 1 l. 10 s. ".

 

  Mais cette bonne fortune était rare. Si l'on songe que les entrées dans la Confrérie étaient de 6 en 1680, de 5 en 1681, de 3 en 1682, de 1 en 1683, de 7 en 1684, de 9 en 1685, etc., l'on en déduira que les sols tombant de ce chapitre dans la boëtte ne pouvaient l'emplir que bien lentement.

 

  Il convient de noter aussi que certains pèlerins acquittaient leur cotisation en un service personnel au lieu de la verser en monnaie.

  "Le dit jour XXVI° juillet au dit an 1681", écrit le prévôt, "s'est mis en la Confrairie de Saint- Jacques Pierre Drujon, sonneur de l'église cathédralle Nostre-Dame de Senlis, à la charge par luv tant qu'il demeurera confrère, de sonner et carillonner les cloches de l'église Sainte-Geneviève en laquelle est fondée la dite Confrairie, les veilles et jours de saint Jacques par chacun an sans qu'il luy soit donné aucune chose pour son payement ni qu'il paye à son esgard par chacune des dites années aucun droit de Confrairie ni d'entrée, ce quv a esté accordé".

 

  Les listes de pèlerins ajoutent à certains noms, la note: à dévotion : 1643 François Dubois coutellier. à dévotion, Roch de la Haye, chaufourier. à dévotion, 1655 Jean Lemaire, à dévotion à cause du carillonnage, - ou distinguent ce qu'elles appellent des confrères à dévotion.

  Quel est le sens exact de cette expression ? L'on sait qu'il. la fin du xvn° siècle il y eut une recrudescence singulière de la manie des voyages lointains, d'où, comme nous le constaterons sur place, des pasades fréquentes ou des retours de pèlerins, et le stratagème ou roublardise de jouer an pèlerin comme on joue aujourd'hui au "pauvre voyageur". C'est probablement pour n'être pas leurrés par les faux coquillards qui n'étaient pas des revenants puisqu'ils n'étaient jamais partis, que la Confrérie de Senlis avisa sagement et prit cette décision où la prudence du financier s'accorde avec la religion de l'hospitalité:

  "Ce jourdhuy vingt septiesme jour de juliet 16S2... nous soubz signez pellerins et confrères tous asselnblez en la manière acoustumé, ont ressolus tous d'une commune vois que tous pellerins revenans du volage de Saint-Jacques voullans estre admis en la dicte Confrerye payeront tant pour leurs entré et resceptions en la chappelle de Saint-Jacques fondé en l'esglise de Sainte-Jenneviesve de Senlis la somme de 30 s. pour chacun pellerin arivant du volage, lesquel trente solz seront mis es mains du prevost de la dite Confrerye et en rendra bon conte. Le huictiesme jour d'octobre 1682 est avivé Thomas Sirier pellerin et a satisfaict au contenus cy dessus... Nicolas Dayart".

  Le Registre mentionnera en 1682 et en 1714 que Nicolas Buhot, Pierre Conin, eux aussi, ont satisfait aux exigences de ce règlement.

 

  Le Chapitre des Rentes se résume en quelques indications du Registre. Ces rentes, autant que j'ai pu voir clair dans une comptabilité faite avec plus d'honnêteté que de méthode, reposaient sur trois ou quatre immeubles, maisons, jardins, grange, situés à la porte de Meaux, à la rue Sainte-Geneviève et à la porte Bellon, ainsi qu'en témoignent ces reçus et engagements:

  "Sur un jardin et grange sciz à la porte de Meaux, appartenant ce semble au Couvent de la Présentation et occupés par Pierre Lange. Charles Lange marchand masson et François Dumesnage, sur la maison dite l'Image Saint-Gerosme rue Sainte-Genevieve". Mais ces Comptes sont expliqués par cette note: "Donnation faite. 1617, Guillaume Cornu a donné par dévotion pour le service de Saint-Jacque quarante sols de rente à prendre sur les dames de la Présentation. - 1619. Charle de Montagny sergent a donné à la dite Confrérie vingt sols de rente sur une maison rue Sainte-Genneviefve à l'image Saint Gerosme. - 1645. Jean Cohu marchand tonnelier doit 40 s. de rente par chacun an. - 1663. Antoine Sanguin doit vingt sols de rente par chacun an. - Nicolas Chevallier receveur des entrée de la porte dite Bellon, et Marie-Jeanne Bazin mon épouse... promettons payer chacun an au jour saint Jacques... à la Confrairie du dit Saint-Jacques... quatre livres de rente annuel au principal de cent livres prêtées par la dite Confiserie au nommé Duvivier, et ce pour avoir acquis des héritiers du dit sieur Duvivier une maison scise attenant la porto Bellon, laquelle les dits héritiers ont chargée de la ditte rente, etc."

 

  Comme on le devine, il était parfois malaisé, quand la Confrérie avait avancé quelques fonds à certains de ses membres, de faire rentrer les intérêts plus ou moins accumulés. Alors la Confrérie donnait à son prévôt les pouvoirs nécessaires pour agir en justice et faire les poursuites; comme il arriva en 1735 pour Jacques de la Ville, meunier de Borée (Boretz), lequel "doit à la Confrérie 20 s. par chacun an d'arrérages".

 

  Ces non-paiements et les procédures avaient mis en 1700 la caisse de la Confrérie dans une situation embarrassée, voire même dramatique. Qu'on lise plutôt cet exposé :

  Dimanche 28 Nov. 1700. "Sous la prévôté" de Vincent Pecquet, épicier, prévôt de la Confrérie... "Après qu'il nous a esté exposé par ledit Me Vincent Pecquet qu'il est deub à monsr Desvoye procureur de la dite Confrérie la somme de 54 livres 10 s. tant pour ses sallaires en l'instance poursuivie par luy en conséquence de la saisie réelle faite de la maison scise rue Saint-Pierre, cy devant appartenant à Jacque de Breban, tonnellier, faute de payement de plusieurs années d'arrérages de 40 s. de rente... à prendre sur ladite maison, que pour les deniers par luy avancés pour réparations faites en ladite maison, pour payer laquelle somme de 54 l. 10 s. il n'y a aucuns deniers en la bourse et boëte, etc. ".

 

  Quelques mots échappés comme par mégarde sur l'appoint chétif des quêtes:

  "A la mes (la messe) de Saint-Jacque sé [s'est] trouvé à la queste 16 s. - Plus le jour de saint Jacque 12 s. - 1741.  Quete pour les deux années 3 l.".  

  C'est dans le fond de la boite un peu plus que l'espérance.

 

  Les pèlerins font parfois de petits cadeaux.

  "En la dite année 1681", écrit le prévôt Jacques Bonnet, "a esté donné par François Barbier Pellerin un coffre en bois de noyer pour servir à resserrer les ornemens appartenans à la Confrérie, pourquoy je prie ses frères et confreres de prier Dieu pour li....". - 1740. "Le chapeau et la coquille qui y est attachée, ont été donnés par le dit Nicolas Dupressoir prevost".

 

  2. Passif ou dépenses.

 

  La tenue des livres, comme on l'a vu, était peu compliquée. Il s'agissait - ce que notre époque de progrès néglige volontiers - d'équilibrer le budget, c'est-à-dire de dépenser sagement sans aller au-delà des ressources certaines. Une première saignée faite aux finances de la Confrérie, c'était la dépense que causait la fête du patron: ornementation de la chapelle de Saint-Jacques, luminaire, honoraires du clergé, sonneries et carillon, collation du prédicateur, etc.

 

  Le chapitre Mobilier et Vêtements n'est point non plus sans recoins curieux où l'on aimerait à fourrager. J'indique en suivant les feuillets du Registre quelques singularités.

  "1684. Jay moy Jacques Girard paié 50 s. pour deux torche à Monsieur la Verdure... - Jé déboursé, dit Jacques Sirot, 3 livres dix solle pour les deux placque du dit saint Jacque. Pour devant d'autel rouge à la chapelle de la Vierge. - Je soussigné prêtre, curé de Sainte-Geneviève, ai reçu de M. Dupressoir, prévôt de la Confrérie de Saint-Jacques, la somme de trente livres pour un étoffe de rencontre que j'ai vendu pour faire une robe pour servir le jour de la fête de Saint-Jacques; fait à Senlis le second mars 1741, Huart, curé". - "Je reconnais", dit Marguerite Brunet, "avoir receu de Nicolas Dupressoy prevaux de la Confréry de Saint-Jacques la somme de cent cinq sols pour la fason de la robe de la Confréry de Saint-Jacques et pour la frange de la ditte robe, 28 juillelte 1741". "Le dit Dupressoir", dit le procès-verbal de l'assemblée du 26, "ayant fait des dépenses extraordinaires, scavoir une robe neuve pour le jour de lu tète... Le chapeau et la coquille qui y est attachée ont été donnés par le dit Nicolas Dupressoir prevost".

 

  Un chapitre intéressant de notre Registre, c'est celui des pasades ou passages des pèlerins qui sollicitaient comme officiellement les secours de la Confrérie, ou de la réception des pèlerins du pays qui revenaient de Compostelle.

  Tout à coup le quartier de la rue de Meaux était éveillé par le chant nasillard et dolent de quelque complainte de pèlerin :

  Le mont estant descendu.

  J'ont venus

  Pour passer le pont qui tremble,

  Lequel nous fit grand peur

  Et tremeur,

  Voyant la mer en tourmante.

 

  Les femmes et leurs enfants accrochés à leur jupe, les gens de tous métiers se pressaient vite autour du revenant, considérant bouche bée les pièces usées de son accoutrement, la négligence de sa chevelure inculte et de sa barbe en juif errant, la calebasse qui se  dodinait au haut de son bourdon, la musette pendue en bandoulière où étaient entassés recommandations, chapelets, médailles, spectacle plus sain pour les yeux et l'esprit que beaucoup d'autres... d'un style moderne. Quand le curé de Saint-Rieul, qui avait de préférence la commission "d'examiner toutes les Compostelle", et était comme un greffier des affaires de pèlerinage, avait jeté un coup d'œil sur les permis, les attestations, les certificats..., le pèlerin était admis nu bénéfice du mandat (secours, aide), ou même de la réception.

 

  Notre Registre compte, de la fin d'octobre 1682 jusqu'au milieu de l'année 1739, 31 pasades; de 1749 à 1752, 40 autres pasades .. Chaque pasade coûtait à la Confrérie en secours 5 s.

 

  Quelques retours de revenants de Saint-Jacques de Compostelle méritent d'être notés. Je les range chronologiquement.

  1682. "Le 8e jour d'octobre est arrivé Thomas Sirier pellerin et a satisfait au contenus ci dessus". Nous le retrouverons: "avons nomé Thomas Cirier maistre menusier pour prevost". Quiconque a beaucoup vu peut avoir beaucoup retenu. Qui sait l'influence qu'un voyage au milieu des merveilles un peu clinquantes mais charmeuses de l'Espagne, put exercer sur un ouvrier intelligent et observateur ? - Pierre Conin, pèlerin. -   "1732. 20 juillet, est entré en la Confrérie et communauté de Saint-Jacques, Louis Lhôte pèlerin, arivé du 2e du dit mois 1732". Rieul Duval pèlerin, arrivé le 24 juin. - "Les réceptions des cinq pèlerins revenus de Saint-Jacques du temps de François Guichart se montent (comme avoir) à 16 1. 2 s. et la despence pour les dites réceptions se monte à 17 1. 17. Il y a par conséquent sur cela de plus 1 l. 15" .

  Il est regrettable que nous ne connaissions les détails de cette dépense, le menu du repas, le vin. L'article qui suit n'est pas plus explicite.

  "Plus jé déboursé douze sol pour le soupez du dit pellerins Huber resu le dis sept juin de l'anc mille cept san trante sise".

 

  Le Compte de l'année 1750 nous a laissé une petite peinture de vieilles moeurs qui a son charme:

  "Le 25 juillet, fête de Saint-Jacques, le nommé Claude Blosset, natif de Creil, qui venait de faire le voyage de Compostelle en Espagne, s'est présenté à la porte de Saint-Rieul où (d'où) les anciens pèlerins l'ont conduit avec la bannière à la porte de notre église où nous l'avons reçu avec la croix et l'eau bénite et accueilli dans la Confrairie du grand Saint-Jaque parce qu'il a donné trente sols".

 

  "Ce jourd'hui 1 aoust 1756 a été reçu pour pèlerin selon la forme de la réception ordinaire Claude Minet, qui nous a assuré et affirmé avoir fait le voiage de Saint-Jacques à Compostelle et a paié à la Confrérie, etc. Conet, curé". Le bourdon qu'il donnera en 1768 est probablement un souvenir de son pèlerinage et de ses fatigues pieuses.

 

  Ce cadeau ou ex-voto me rappelle un objet dont il convient de dire un mot. La cathédrale Notre-Dame de Senlis, laquelle a succédé lors de la restauration du culte à l'église Sainte-Geneviève vis-à-vis de l'oeuvre de la Confrérie des Pèlerins de Saint-Jacques, a gardé dans sou arrière-sacristie une vieille bannière de patron dont voici le dessin.

 

  5. Un mot sur la bannière de Saint-Jacques

 

  Cette bannière, qui porte la date de 1660 et aidera à reconstituer le costume de nos Jacquiers de cette époque, représente saint Jacques entre deux priants. Le saint patron est ainsi vêtu. Par dessous une robe ou aube, une pèlerine ornée de coquilles et de bourdons entrecroisés couvre les épaules; un manteau flotte assez maladroitement; un chapeau à revers marqué des insignes connus, comme la pèlerine, se détache sur le nimbe. La main gauche, qui retient un livre, rappelle que saint Jacques a écrit une Epitre toute pleine d'une doctrine sublime "aux douze tribus qui sont dans la dispersion". L'autre main s'appuie haut sur un bourdon auquel se balance la calebasse habituelle. Aux pieds nus que la mystique veut aux apôtres, on a concédé des sandales que fixent des courroies de cuir.

 

  Quant aux deux priants qui sont â genoux devant le patron de la Confrérie, ils ont robe courte à ceinture, pèlerine, chapeau à bords relevés, chaussettes flasques et souliers de cuir. Ils sont munis d'un bâton auquel est suspendu un petit tonnelet de terre cuite, selon un vieil usage que le Psautier de Saint-Louis signale dans la miniature de la Fuite en Egypte.

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                                                                       07/12/2012

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