Confrérie de Cazères (31)

 

                                 Petite histoire de la Confrérie de Saint Jacques de Cazères

                                     Dite aussi Confrérie des Pèlerins ou des Sanjacaïres

                                                      Robert FOCH, avril 1994

 

   http://ultreia.pagesperso-orange.fr/confcaz.htm                   

 

                                                                 (extraits)

 

  Le pèlerinage à Compostelle et les Confréries de Saint Jacques

 

  À partir du XIIème siècle, le succès européen du pèlerinage à Compostelle s'affirme et s'amplifie sans cesse. Des milliers de pèlerins se mettent en marche vers l'extrémité des terres connues, vers la lointaine Galice; pour aller vénérer l'apôtre Jacques. Si "tous les chemins mènent à Rome", on peut en dire autant pour Compostelle. La vallée de la Garonne constitue un itinéraire privilégié. De Toulouse à Saint-Bertrand-de-Comminges, elle est parsemée d'abris pour les pèlerins, et les Confréries fleurissent dans toutes les localités.

  Sans que la liste soit complète, on peut citer Muret, Noé, Carbonne, La Salvetat entre Salles et Saint-Julien, Gensac, Cazères, Palamlny, Martres-Tolosane ... et encore Rieux, Montesquieu, Saint-Christaud, Saint-Michel, Le Plan.

  Saint Jacques est honoré dans ces lieux: Confrérie, chapelle, statues et hôpitaux dans les villes les plus importantes.

 

  La confrérie de Cazères.

 

  À Cazères, la Confrérie est fondée vraisemblablement au XIVème siècle, sans qu'on puisse fixer précisément l'année. À cette époque, elle reçoit une importante donation d'un certain Vital Sarlade. Il lègue plusieurs maisons donnant sur la rue Capsubran (actuelle rue du 4 septembre), où la Confrérie établira son siège.

  Au moment de la Révolution, faute d'un Hôtel de Ville assez vaste, "la maison du ci-devant Saint Jacques " servira de lieu de réunions publiques, de Temple de la Raison, et d'école communale. Elle s'élevait sur l'emplacement actuellement occupé par l'immeuble Toigne et la papeterie Abadie-Boué.

 

  L'Hôpital.

 

  L'Hôpital Saint-Jacques pour recevoir les pèlerins allant ou venant de Compostelle, quant à lui, se situait à l'entrée de l'ancien cimetière, sur le jardin public actuel, et confrontait la Chapelle de Saint-Jean-Baptiste. Ces deux bâtiments ont disparu lors du transfert du cimetière dans les années 1830.

  L'Hôpital était rudimentaire, sans doute comparable à celui du Plan, décrit en 1634 comme "une petite maison et dans icelle trois archelits avec quelques coettes et quelques linceuls". La confrérie y tient un hospitalier, chargé de s'occuper des pèlerins de passage, et le cas échéant y loge un confrère cazérien sans ressource. Ainsi en 1785, les Confrères délibèrent que "Laurent Dubouich, confrère, et sa femme, logent à la petite chambre située au midi de l'hôpital et qu'ils y soient tenus par charité jusqu'à leur décès".

 

  Les revenus de la Confrérie.

 

  Au cours des siècles, la Confrérie de Saint Jacques reçoit des legs, sous forme d'argent, de terres, de vignes. Ce qui permet à l'Évêque de Rieux d'affirmer en 1724 qu'elle a "un revenu certain" augmenté des cotisations annuelles des Confrères.

  Parmi les Bienfaiteurs, on retiendra la famille Darbas, au XVIème siècle. Riches marchands, co-seigneurs de Cazères, on leur doit l'établissement de la Chapelle Notre-Dame de la Conception (1523), la fontaine publique du Bourguet (1562), la belle croix à coquilles de Porrus au nom de Jehan Darbas, entre autres. La confrérie reçoit de cette famille une somme d'argent importante qui "placée en mains sûres", selon la formule consacrée, permettra de faire face aux dépenses diverses.

 

  L'entretien et l'ornementation de la Chapelle de Saint-Jacques.

 

  Parmi ces dépenses, on compte l'entretien et l'ornementation de la Chapelle de Saint-Jacques dans l'église paroissiale. En 1655, la Confrérie passe commande à Antoine Fontan, maître sculpteur de Toulouse, d'un retable avec ses colonnes, corniche, fronton et ornementations diverses, lui demande de modifier la statue de Saint Jacques (" lui agrandir le chapeau .. ").

  Deux ans auparavant, c'était Jean Lapouge, peintre et sculpteur de Cazères qui s'était engagé "à faire travailler un reliquaire Monsieur Saint Jacques avec son pied d'estal fermant à clef semblable à celuy de l'église Sainct Sernin de Tholoze, doré, glassé. estouffé et incarné en bon et du estat et le remettre en perfection à ladite frérie, travaillé par ses mains ou celles de son fils , Maître Doreur".

  En 1770, on fait dorer les reliquaires de la chapelle, on dépense la somme importante de 105 livres pour le pied d'argent du reliquaire de la Sainte Croix envoyé de Compostelle par Pierre Lamezan...

  Le retable a disparu, mais les deux statues et le reliquaire d'argent ont traversé les siècles, et font partie intégrante du patrimoine Cazérien, ainsi que le beau drap mortuaire utilisé pour les obsèques des Confrères, orné d'une magnifique broderie représentant saint Jacques en pèlerin et portant l'inscription "Société de Saint Jacques".

  Le nom de "société" avait remplacé celui de "confrérie" après la Révolution, pour se mettre au goût du jour, aussi bien au Plan qu'à Cazères; ces sociétés dureront tant bien que mal jusqu'au début du XXème siècle.   Les plus anciens Cazériens racontaient encore en 1950 qu'avant la guerre de 14, le jour de Saint Jacques, 25 juillet, un membre de la famille Bergès Hyacinthe (actuelle boutique Pilou) arborait à la fenêtre de sa maison "la bannière des Sanjacaïres". Ce Bergès devait être le dernier sociétaire. Il a disparu, de même que la bannière...

 

  L'organisation de la Confrérie et les fêtes

 

  Sous l'ancien régime, la Confrérie, comme toutes les autres associations de ce type (Cazères en compte au moins 16 au XVIIIème siècle), observe scrupuleusement des statuts, régulièrement approuvés par l'autorité ecclésiastique. Chaque année, les Confrères se réunissaient pour élire quatre prieurs ou Bayles, "Pour régir et gouverner" les affaires de la Confrérie. On nomme aussi un Syndic, des auditeurs des comptes qui approuveront ou refuseront certaines dépenses, un Hospitalier...

 

  Chaque 25 juillet a lieu la grande fête de la Confrérie. Messe solennelle accompagnée par l'orgue et les violons, procession générale dans toute la ville. Le lendemain 26 juillet, jour de la Sainte Anne, Messe de Requiem pour tous les Confrères décédés,

  À cette occasion, les Prieurs recueillent des cotisations des Confrères (81 en 1662) , organisent des enchères pour désigner le porteur de la bannière (Jean Courneuil emporte l'enchère en 1662 pour 6 livres), les porteurs du buste de saint Jacques à la procession, les porteurs de bourdons...

 

  Bien sûr, une fête est une fête... Chaque 25 juillet aussi, les Confrères se rassemblent pour une "collation". Collation conséquente si on en croit les comptes de l'année : "Faisons fourniture de 36 livres 6 sols de deux veaux pour notre collation veille St Jacques, de 25 livres 4 sols pour 63 pots de vin à 8 sols le pot, 3 livres 7 sols pour l'apprétage de la viande, 28 livres pour le pain de notre collation, gâteaux et pain bénit".

  

  Ne croyons pas cependant que les Confrères oublient leurs devoirs charitables. Dans leurs dépenses, on trouve aussi des "distributions de fèves aux pauvres à cause de grand nécessité", les frais de sépulture "d'un pauvre pèlerin inconnu qui décéda chez Jean Pey Prades"...

  Au cours des siècles, combien sont partis de chez nous pour atteindre le tombeau de l'Apôtre, combien d'étrangers sont passés et ont trouvé aide et réconfort auprès des sociétés de Saint Jacques ? On ne le saura jamais précisément... D'où venait ce pauvre pèlerin inconnu ?

  Qu'advint-t-il d'un couple de Bruxellois en route vers Compostelle en 1740: une fille leur naît à Cazères ?

 

  D'autres partent et reviennent vite en bonne santé:

  François Lafore, de Palaminy par exemple. Le jour de la Saint Jacques 1715, il fait son testament, étant sur le point de partir à Compostelle. Le 28 octobre, il passe contrat de mariage à la métairie de Barbe avec Marie Abribat.

  Le 10 octobre 1723, Pierre Laveran, Jean Laveran, Bernard Bagnères et Nicolas Abadie arrivent à Carbonne : ils en étaient partis le 11 août "pour accomplir le voeu qu'ils avaient fait" - deux mois et plus de 2000 kilomètres...

 

  Et quelques détails locaux

 

  À Cazères en 1528, les Confrères de Saint Jacques sont 99, parmi lesquels des habitants de Palaminy, Mauran, Gensac, Mondavezan, Plagne, Lavelanet, Marquefave, Saint Cizy...

 

  À Palaminy, c'est à cette époque que la Confrérie s'adresse à l'Évêque de Rieux pour obtenir confirmation de ses statuts. C'est une magnifique page d'occitan classique:

  "A Vos Monsenhor, Monsenhor de Rius, supplican humblement le Priur et Confrays de la Confrayria fundado en l'honor de Monsenhor Sainct Jammes au loc de Palamenic, que vos plasia de vostra benigna gracia confirma et autorisa los articles et estatutz de la dita confrayria , et dona et concedi los perdons afin que lo divin offici sia augmentat, et vos faretz bien et ouvra pia et los ditz confrays seran tenguts de prega Diou a jamès per lo vostre noble estamen."

  (Préambule)

 

                            

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                                                                       07/12/2012

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