Confrérie de Béthune (62)

 

                                         Une confrérie de Saint-Jacques à Bethune (1439)

                                                              Daniel Brette

                                                                

  http://interlangues.discipline.ac-lille.fr/

 

                                                                  (extraits)

 

   DES CONFRERIES SAINT JACQUES EN GENERAL…

 

  Les premières confréries Saint Jacques apparurent en France au XIIIème siècle, qui est la période de grand essor du pèlerinage. Nées en un premier temps dans les grandes villes, elles essaiment progressivement dans les localités moyennes pour atteindre rapidement le chiffre de deux cents.

  Très vite, ces confréries se dotent de signes distinctifs (bannière de procession, costumes, statues,  gravures…). Leurs buts sont multiples: organisation de l’accueil des pèlerins, aide aux futurs pèlerins, dévotion, participation aux manifestations et cérémonies de la cité.

 

  …AUX CONFRERIES BETHUNOISES, ET A CELLE DE SAINT JACQUES EN PARTICULIER

 

  Les statuts de la confrérie béthunoise de saint Jacques figurent dans un document conservé à la Médiathèque Elie Wiesel de Béthune (série HH) et datent de 1439.

  Existait-il des statuts antérieurs, à l’instar de ceux qui régissent la Confrérie des Charitables ? Les statuts de 1439 sont-ils une refonte, une adaptation d’autres plus anciens ? Il n’y a pas de réponse à ces questions.

 

  A Béthune, un grand nombre de confréries, appelées aussi "candeilles ou carités", sont répertoriées en cette première moitié du XVème siècle: confréries de métiers (par exemple), confréries d’archers, confréries de dévotion. On peut dire que la majorité des foyers, directement ou en la personne d’un proche, sont en relation avec une ou plusieurs confréries. Les confréries structurent la vie sociale de la cité.

 

  Au nombre des raisons que l’on peut invoquer pour expliquer cet état de fait figurent :

- la volonté de l’autorité seigneuriale de favoriser des structures sociales cohérentes…. et de percevoir des revenus(chaque confrérie doit verser chaque année, à un terme fixé une redevance qui constitue une sorte de "droit au bail ",

- le souhait par la population de se constituer une sorte d’assurance contre la pauvreté, la maladie, et les aléas de l’existence, car les confréries fonctionnent aussi comme des caisses d’entre aide.

 

  Il est intéressant de noter que ce souci de cohésion dans l’esprit et le fonctionnement des confréries, apparaît nettement lorsque compare leurs statuts respectifs: il existe une sorte de modèle commun dont les grands axes sont:

- l’élection régulière d’une hiérarchie (un prévôt et des mayeurs),

- la confection d’une chandelle,

- la célébration solennelle de la fête du saint patron,

- l’assistance obligatoire des confrères à un certain nombre de manifestations et cérémonies

- une caisse alimentée par les droits d’entrée, les dons et les amendes pour manquement à la règle,

- une assistance mutuelle

- une exigence de bonnes moeurs.

 

  Nous retrouvons-là , y compris dans le vocabulaire - avec quelques petites variantes - les règles qui régissent depuis des siècles notre vénérable Confrérie des Charitables.

  La plupart de ces confréries possédaient des biens meubles et immeubles et parfois des

moyens financiers importants.

 

  DES STATUTS DE LA CONFRERIE SAINT JACQUES TELS QUE DEFINIS DANS LA CHARTE DE 1439

 

  Je ne présenterai pas ces statuts tels qu’ils figurent dans la charte, car les redites et recoupements sont nombreux, mais les regrouperai par thèmes.

 

  Vie interne de la confrérie

 

- Chaque année, le jour de la Saint Jacques et de la Saint Christoffe seront élus un prévôt et deux mayeurs. Ils prêtent serment. Les confrères leur doivent obéissance et sont tenus de "faire leurs commandemens raisonnables et telz qu’il appartendra à faire touchant ladite carité".

 

- Lors de cette assemblée générale on procède également à la reddition des comptes qui engage la responsabilité du prévôt et des deux mayeurs

 

- Le repas annuel statutaire ("le disner") a lieu à l’intérieur de la chapelle Saint Jacques. Les confrères sont tenus d’y participer sous peine d’amende dont le montant est fixé d’avance.

 

- Admission d’un nouveau confrère. La confrérie est ouverte à tous, ce qui pose le problème de l’accomplissement du pèlerinage. Il ressort des statuts que la confrérie réunit de simples confrères et d’autres ayant réalisé le pèlerinage. Les uns et les autres doivent être "gens de bien, d’onneur, de bonne vie et renommée sans vilaine reproche". Certaines confréries - ce qui, on le voit n’est pas le cas à Béthune - n’admettent que d’anciens pèlerins; mais cette clause restrictive est de nature à en limiter fortement l’effectif, voire à la conduire à disparaître purement et simplement, faute de combattants.

 

- Décès d’un confrère. L’organisation des obsèques est particulièrement précise et rigoureuse. Le service funèbre sera célébré "a diacre et soubz diacre" dans la chapelle. Le prévôt et les mayeurs ont obligation de convoquer les confrères. Ceux-ci devront accompagner le corps et le porter.

 

- Aide mutuelle. La confrérie fonctionne comme une assurance. Le groupe protège matériellement chacun de ses membres contre la pauvreté et la maladie. Les statuts précisent de quelle façon se fera cette aide: une somme sera versée par tous les membres chaque semaine.

 

- Paix et sociabilité. Le long article 6 s’étend longuement sur tous les manquements possibles à la sociabilité entre confrères : injures, voies de fait, blessures…Le prévôt et ses mayeurs ont obligation de régler les conflits dans un délai prescrit de sept jours et sept nuits suivant "la dite noise, débat ou question". Tout un système de pénalités proportionnelles à la gravité du manquement est prévu.

 

- Le costume. Il s’agit là d’une marque distinctive de grande importance qui permet aux confrères de se reconnaître et de se faire reconnaître par le biais de symboles communs. Les confrères de la carité de Béthune porteront lors de toutes les manifestations et cérémonies internes et externes "un capperon" dont forme et couleur sont laissées à l’appréciation du prévôt et des mayeurs. Dans l’année qui suit leur confection, il est interdit sous peine d’amende de vendre, donner et gager ces "capperons". Détail capital: les confrères qui ont fait pèlerinage sont tenus de porter leur "jayet" rapporté de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il est formellement interdit aux confrères n’y sont pas allés de porter cet objet.

 

- Les prescriptions concernant "candeilles, cierges et cire" sont nombreuses et extrêmement précises. Il sera fait chaque année une "candeille" pour accompagner le précieux corps de Notre Seigneur Jésus Christ le jour du Saint Sacrement, et seuls pourront (et seront tenus) la porter les membres de la confrérie qui seront récemment revenus du pèlerinage de Saint Jacques en Galice. Les autres confrères ne feront qu’accompagner ladite chandelle. En outre, les dix confrères feront faire chaque année six cierges de deux livres chacun qui seront disposés dans la chapelle et allumés les nuits de la saint Jacques et de la saint Christoffe, ainsi qu’à la messe et aux vêpres de ces mêmes fêtes. Lors des obsèques d’un confrère, ses "hoirs" ( = ses héritiers) devront financer l’achat d’une quantité déterminée de cire destinée à l’offrande.

 

  On voit là l’extraordinaire importance symbolique que revêt la lumière. Il est remarquable à ce sujet qu’un synonyme du mot "confrérie" soit le terme "candeille". Certaines confréries désireuses de montrer à la fois leur richesse et leur dévotion font en ce domaine des sortes d’exploits; ainsi la confrérie parisienne de saint Antoine fait confectionner à l’occasion d’une épidémie une immense chandelle enroulée sur un moulinet d’une longueur équivalente à celle du tour des remparts.

 

  La confrérie de saint Jacques dans la cité

 

  Bien que les statuts de la confrérie n’y fassent que légèrement allusion, on sait par d’autres sources que la confrérie de Saint Jacques, à l’instar des autres confréries de la ville est en représentation lors des nombreuses festivités civiles et religieuses: joyeuses entrées, fêtes de Carnaval. Traditionnellement, les confréries donnent des représentations théâtrales dans l’esprit des "mystères"; la confrérie de Saint Jacques y représente certains miracles réalisés par l’apôtre saint Jacques, en particulier le très populaire miracle du "pendu dépendu". On joue également des "jeux de farce". La confrérie participe aussi à des fêtes bouffonnes - fêtes fortement critiquées en raison des débordements auxquels elles donnent lieu. A Béthune on élit "le Prince de Saint Jacques", et on frappe des monnaies "pour rire" à l’effigie de ce dernier.

 

  DECLIN ET DISPARITION DES CONFRERIES SAINT JACQUES

 

  A l’époque de la Renaissance de nombreux humanistes s’interrogent sur la valeur religieuse des pèlerinages. Luther, Rabelais, Erasme et bien d’autres prônent une foi intériorisée et authentique et condamnent les formes superstitieuses d’expression de la foi. Le pèlerinage à Compostelle commence à décliner. La pensée rationaliste des Lumières, la Révolution française lui porteront un coup sévère. Le pèlerinage disparaissant, les confréries saint Jacques subiront le même sort. En 1985 on n’en recensait plus qu’une seule en Europe: la Guilde Saint Jacques de Harlem aux Pays Bas. Sa vocation n’était plus que caritative.

 

Remerciements à Bernard Caron (Médiathèque Elie Wiesel), ainsi qu’au Musée d’Ethnologie régionale de Béthune.

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                                                                       07/12/2012

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