Saint Graal (Lobera)  

 

                                                                          Le Graal, mystère et puissance

                                              Marie Ange Lobera (Pyrénées Magazine n° 102 nov-déc 2005)

 

                                                                               

 

  Au XII° siècle, un ouvrage de Chrétien de Troyes, resté inachevé, jette les premières lumières sur l'une des plus fantastiques énigmes de l'humanité, le Saint Graal. Avec ce roman naissent de nombreuses légendes (source de vie éternelle, sang du Christ, calice de la dernière Cène, etc.) qui le situeraient dans différents lieux du globe. Réalité ou légende, les croyances populaires espagnoles localiseraient la plus sublime des reliques du culte chrétien et symbole de quête spirituelle au coeur même des Pyrénées aragonaises.

Récit...

 

  "Mon Père, j'ai accompli la mission que vous m'aviez confiée. Les trésors de l'Eglise ont été vendus et l'argent, distribué aux plus pauvres. Ne m'abandonnez pas, mon Père !". De chaudes larmes coulent sur les joues de Lorenzo, alors qu'il accompagne le pape Sixte II à Rome vers le chemin du supplice. La sérénité emplit enfin l'âme du saint-père, rassuré par les paroles de son diacre et trésorier. Quelques minutes après, la tête de Sixte roule sur le pavé. Quatre jours après la décapitation de Sixte, le 10 août 258, Lorenzo est condamné au bûcher. Heureusement, l'empereur Valérien ne saura jamais où la plus précieuse relique, la merveilleuse coupe qui a servi pour la dernière cène du Christ, le sacro-saint Graal, a été cachée.

 

  Pendant que l'empereur profane les catacombes romaines, deux émissaires envoyés par Lorenzo chevauchent sans relâche vers l'Espagne. Il faut qu'ils arrivent à Loreto, le village natal du diacre, à quelques lieues au sud-ouest de Huesca. Dans une modeste maison, Paciencia et Orencio, parents de Lorenzo, accueillent les braves chevaliers qui leur apprennent, par la missive de leur fils, le sort des chrétiens de Rome. Inspiré certainement par le souhait de sauver la sainte relique, Lorenzo a voulu la remettre à ses parents qui, par souci de sécurité, la transfèrent à l'église de Huesca, où elle est secrètement gardée pendant 450 ans.

 

  Pourtant, en l'an 711, le débarquement et la rapide implantation des Arabes dans la péninsule constituent une réelle menace pour les chrétiens et leurs biens. "Il faut fuir vers les monts Pyrénéens. C'est certain, il faut un endroit isolé, difficile à assiéger, voire inaccessible", réfléchit Acisclo, alors évêque de Huesca et protecteur de la sainte relique. Sans attendre, l'évêque part avec ses neveux, Cornelio et Orosia, une petite caravane de fidèles et toutes les reliques de l'église, dont le Graal. Dans la foulée, nobles, guerriers et paysans s'enfuient avec eux vers les chemins impénétrables des montagnes. Plusieurs étapes sont nécessaires... jusqu'à l'arrivée au hameau de Yebra de Basa, au sud-est de Sabiñanigo. À Yebra, l'évêque Acisclo suit avec son cortège un étroit et sinueux sentier qui mène vers les entrailles du massif d'Oturia. Ils arrivent à l'antichambre des cieux, à 1500 m d'altitude. Dans la blessure profonde de cette montagne, un vétuste ermitage bâti aux temps des cultes païens, appelé la Cueva, se fond à même la roche. Une cascade vertigineuse de 35 m, comme un rideau, cache le futur foyer du vase sacré.

 

  La vie cénobitique des fidèles est soudainement interrompue par l'attaque d'une troupe de Sarrasins qui découvrent les lieux. Les chrétiens comprennent que ce lieu est trop loin des voies de communication et de l'aide. La décision est prise, ils repartent aussitôt vers le cœur des Pyrénées. Le monastère de Siresa, dans

la vallée de Hecho, est l'endroit le plus sûr. L'évêque de Siresa, Ferriolo, protège avec zèle le Graal mais, peu de temps après, il l'emporte au monastère de Santa Maria de Sasave, situé dans une luxuriante et profonde vallée aux pieds de la cordillère. Les évêques se succèdent jusque en 1044, année durant laquelle la sainte relique est conduite à la cathédrale de Jaca, érigée par le roi d'Aragon, Ramiro I°, pour héberger le calice.

 

  Le Graal n'y reste que jusque en 1076, lorsque l'évêque don Garcia se retire au monastère de San Juan de la Peña, près de Jaca, et décide de le prendre avec lui. C'est certainement dans les ateliers monacaux que les maîtres orfèvres ornent la modeste coupe en agate d'anses en or buriné et de pierres précieuses. En 1399, le roi d'Aragon, Martin l'Humain, le réclame aux moines pour les coffres royaux. Ainsi, le Graal voyage avec les monarques; d'abord, au palais de l'Aljaferia de Saragosse et, peu de temps après, à la chapelle royale de Barcelone, où il reste jusqu'au décès du souverain. En 1437 sont signées les écritures qui attestent la donation du Graal par Alphonse V le Magnanime à la cathédrale de Valence, où la relique restera à jamais.

 

  Vraisemblable ou pas, le saint réceptacle qui se trouve à Valence ne flétrit guère la beauté symbolique que représente le Graal pour l'imaginaire collectif, et sa quête qui, ici ou ailleurs, est sans cesse renouvelée par le besoin de croire à la mystérieuse et divine essence spirituelle qui émane de lui.

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        dossier pratique: la Quête du Graal:

 

  Y aller:

- Sur l'A 64, prendre la sortie n°10 direction Saragosse, puis la N 134 vers Bidos jusqu'à la frontière. Passer le

tunnel du Somport par la N 330 par Jaca. 10 km avant Jaca, prendre la direction d'Aisa. Dépassez Borau. À mi-chemin, une petite route bifurque à droite et un panneau indique l'église de Sasave.

- Rebroussez chemin et reprenez la N 330; continuer sur 10 km jusqu'à Jaca. La cathédrale se trouve en plein centre historique.

- Pour aller à Yebra au dernier rond-point de Jaca, prendre la direction de Sabiñanigo (N 330), dépasser cette ville et suivre les panneaux durant 9 km jusqu'à Yebra sur la HU 321.

- Pour aller à San Juan de la Peña, revenir à Jaca. Prendre vers Pamplona (N 240). À 21km, prendre la déviation vers le monastère de San Juan de la Peña - Santa Cruz de la Seros.

- Pour aller à Siresa, revenir à Santa Cruz et reprendre la N 240 direction Pamplona. À quelques km, vous arrivez à Puente la Reina de Jaca, prendre à droite la route A 176 qui mène au village de Siresa.

 

  Les lieux à visiter:

 

- Ermitages de Yebra de Basa:

  Chemin balisé qui mène vers le sanctuaire de Santa Orosia. Huit ermitages parsèment le sentier, dont celui de la Cueva, refuge vraisemblable du Graal. Compter 4 h aller-retour au départ du village.

  Mairie de Yebra: (0034) 974 48 00 82.

 

- Monastère de Siresa:

  Il ne reste de l'ancien monastère que l'église consacrée à San Pedro. Entrée 1,50 euro.

Office de tourisme de Hecho: (0034) 974 37 50 02.

 

- Eglise de Santa Maria de Sasave

  ou Sasabe, autrefois appelée de San Adrian. Libre accès.

 

- Ancien monastère de San Juan de la Peña:

  L'entrée inclut la visite de l'église de Santa Cruz de la Seros et le service de bus reliant les deux sites. Entrée 4,50 euros. Ouvert toute l'année.

  Gestora San Juan de la Peña: (0034) 974 35 51 19.

 

- Cathédrale de Jaca:

  Ouverte tous les jours. Entrée libre.

  Office de tourisme: (0034) 974 36 00 98.

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  Camino del Santo Grial : (Jaca) S.Juan de la Peña-Valencia  

  Le Camino del Santo Grial parcourt le chemin de la relique identifiée comme le Saint Calice de la Cène, depuis les terres aragonaises jusqu'à Valence, en passant par Huesca, Saragosse et Teruel.

                                       

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                                                           delhommeb at wanadoo.fr -  08/08/2016