Hospitalier (Rhône-Alpes) : Louis J.

 

                                                    Lettre de Louis J. sur l'Hospitalité

  http://www.amis-st-jacques.org/pages/Louis_Janin.html

   

  "Louis J., adhérent bien connu de notre Association, a bien voulu témoigner pour nous de sa riche pratique d'hospitalité dans certaines auberges pour pèlerins, en Espagne.

  Si cette pratique n'est peut-être pas toujours transposable, en Espagne comme en France, son esprit demeure néanmoins exemplaire, partout.

  Merci Louis."

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  C’est dans un tout petit village, dépeuplé, sans épicerie ni restaurant, que l’accueil aux pèlerins peut être des plus bénéfiques.

 

  Accueil et Ecoute, Bienvenue et Disponibilité.

 

  L’accueil fait par l’hospitalier est primordial. Ma propre expérience du chemin me permet d’affirmer que le pèlerin qui a marché pendant de nombreuses heures, tout seul, aime trouver une ambiance fraternelle à l’issue de sa journée.

 

  L’hospitalier attend le pèlerin devant l’Auberge des Pèlerins.

«Bienvenue. Je t’attendais. Je m’appelle Luis, donnes-moi ton sac.»

  Le pèlerin se trouve être plus jeune que moi. Il refuse.

«Donne-la moi, pour que tu saches que je suis ici pour t’aider. Tu es chez toi. Entre !»

 

  Informations pratiques : où sont les douches, les toilettes, la lessive pour laver  le linge, le séchoir, les pinces à linge,…

«Je te conseille de laver le linge dès maintenant. Ainsi il aura le temps de sécher. Tu peux choisir ton lit et te reposer après tous ces kilomètres.»

 

«J’ai vu qu’il n’y avait ni épicerie ni restaurant dans le village. Où peut-on manger ?»

«Tu es invité. Nous partagerons le repas avec les autres pèlerins. Le dîner sera servi à 20h30, ainsi il y aura du temps pour échanger les uns avec les autres.»

  Partager les mêmes joies, les mêmes peines, parler à son voisin, communiquer ses expériences et ses espérances.

 

  Ceux qui finissent de marcher, jour après jour, à base de sandwichs, de bouts de pain et de fromage, apprécient la soupe. Cela leur apporte le liquide, les légumes verts et les sels minéraux dont ils ont besoin. Une salade mixte pour  avoir des sucres lents :  riz, tomates, œufs durs, olives et salade verte, suivie d’un flan au chocolat ou d’un riz au lait.

  La table, suffisamment grande, réunit tous les pèlerins qui ne pensent pas à manger séparément. C’est alors que naît la convivialité, la sympathie. Les conversations sont amicales. Les échanges se multiplient.

 

  Avant de commencer à manger, l’hospitalier bénit le repas en chantant en français, avec traduction en allemand, en espagnol et en anglais.

  Il donne l’étymologie du mot « compañeros », « cum pane » en latin, « con pan » en espagnol.

  Il cite l’Evangile selon Saint Matthieu XXV, 35 à 40.

«J’avais faim et tu m’as donné à manger, j’avais soif et tu m’as donné à boire, j’étais étranger et tu m’as accueilli..»

 

  L’hospitalier précise que le petit-déjeuner est servi à partir de 5h30, très tôt, pour marcher à la fraîche. Il comprend des madeleines, du pain et de la confiture, du miel du café, du chocolat, du muesli avec un yaourt fait maison…

  Il raconte l’histoire des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, plus tard Chevaliers de Malte, qui servaient les pèlerins avec des couverts d’or et d’argent en les appelant «Nos Seigneurs les Pauvres.»

  Dans l’Auberge des Pèlerins, au bout de la table, l’on rajoute une assiette supplémentaire, «le Plat du Pauvre», pour perpétuer la tradition d’hospitalité.

 

  Il est proposé, mais non imposé, aux pèlerins qui le désirent, d’aller prier ensemble, après le dîner, dans l’église voisine.

 

  Aux pèlerins qui demandent combien ils doivent payer pour le dîner et le petit-déjeuner, l’hospitalier répond. «Tu es mon hôte. Je t’invite avec grand plaisir. Cependant si tu peux laisser quelque argent, je te remercie, il profitera aux pèlerins qui arriveront demain.»

  Il y a une boite pour les «donativos» ou une boite ouverte avec à l’intérieur un écriteau : «Laisse ce que tu peux, prend ce dont tu as besoin»

 

  Lorsque l’hospitalier tamponne la crédential du pèlerin avec le tampon de l’Auberge, et pour compenser cet anonymat, il écrit quelques mots. Par exemple, ceux avec lesquels, au Moyen-âge, on saluait les pèlerins de passage : «Prie pour nous à Compostelle.»

 

  Après le petit-déjeuner, on peut chanter en canon «Frère Jacques», chacun dans sa langue.

 

  Nous nous séparons après nous être embrassés en échangeant une phrase, comme : «Tu ne fais pas le chemin, c’est lui qui te fait.» ou «Chemin de solitude et chemin de rencontres.» ou «Marcher comme si tout dépendait de toi, Prier comme si tout dépendait de Dieu.»

 

  Parler plusieurs langues est un plus, mais rien ne vaut un sourire. C’est une façon de vivre l’Evangile, et de rendre grâces aux Espagnols qui m’ont accueilli tant de fois, si bien.

 

  Louis J.

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                                                                       01/12/2012

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