Dangers de la montagne (J.L. Cazaméa)

 

                     LES DANGERS DE LA MONTAGNE (Jean-Louis CAZAMEA)

 

Qu’il veuille traverser les plateaux de l’Aubrac, franchir les Pyrénées, déposer sa pierre à la Cruz de Hierro, ou monter au Cebreiro, le pèlerin de Saint Jacques sera confronté à la montagne. De graves incidents récents nous incitent à rappeler les plus grands dangers propres à ce milieu, et à publier quelques conseils pour en minimiser les effets.

 

Les dangers de la montagne :

 

          - Tout le monde vous le dira: marcher en montagne, c’est comme marcher en plaine...

 

• Sauf que... Sauf que si vous vous promenez en montagne, les chemins empruntés seront bordés de ravins et non de petits fossés. Vous serez donc obligés de faire très attention à l’endroit exact où vous allez poser vos pieds, et vous savez qu’il est difficile de surveiller deux choses à la fois: le chemin que l’on doit suivre et la pointe de ses chaussures. Dans les passages délicats, il n’est plus permis de penser à autre chose qu’à la marche.

 

• Sauf qu’en montagne, les côtes sont à la fois plus longues et plus raides. Rares sont les temps morts ou les petits replats qui permettent de reprendre son souffle. La respiration est haletante, la vue se brouille un peu, juste au moment où il faut être particulièrement attentif à ne pas trébucher.

 

• Sauf que si vous vous égarez en montagne, vous ne trouverez pas un village ou une ferme accueillante au détour de chaque sentier. De longues heures peuvent être nécessaires pour rejoindre la vallée dans de bonnes conditions. Attention plus soutenue, effort plus intense et de plus longue durée, navigation plus difficile: il n’y a vraiment pas de quoi effrayer le pèlerin expérimenté que vous êtes.

 

          - Tous les pèlerins expérimentés vous le diront: pérégriner en montagne, c’est à peine un peu plus difficile que de pérégriner en plaine...

 

• Sauf que... Sauf que quand il fait beau, le soleil est à la fois plus brillant et plus chaud qu’en plaine. Gare aux coups de soleil et aux ophtalmies qui vous donnent le regard attachant du lapin atteint de myxomatose.

• Sauf que quand il fait froid en plaine, il fait 8 degrés de moins à 1000 mètres plus haut.

 

• Sauf que le petit vent frais que vous appréciez en plaine se transforme en tempête, traverse tous vos vêtements, arrache les chapeaux, retourne les parapluies, et relève les ponchos par dessus la tête.

 

• Sauf que la petite pluie se transforme en averse violente (ou en neige s’il fait froid). Soleil plus chaud, ou froid plus intense, ou vent plus fort, ou pluie plus dense: il n’y a pas encore de quoi effrayer le montagnard expérimenté que vous êtes.

 

          - Tous les montagnards expérimentés vous le diront: traverser les montagne, c’est comme traverser les plaines, sauf que...

 

• Sauf qu’en montagne, une complication arrive rarement seule, et que les grandes difficultés commencent quand plusieurs désagréments se produisent en même temps et conjuguent leurs effets. Voici quelques exemples de ces combinaisons fréquentes :

 

* Le soleil et le vent: le sentiment de fraîcheur procuré par la petite brise qui vous pousse vers les sommets cache les brûlures causées par le soleil, et vous incite à négliger vos protections habituelles (crème solaire et vêtements).Vous ne sentez pas le danger. De la même façon, vous ne voyez pas le danger quand un léger voile de nuages vous cache la vue du soleil. Soleil et vent, soleil et vent et voile de nuages, que de belles brûlures en perspective !

 

* Le froid et le vent: le vent augmente de façon très sensible les effets du froid. On estime par exemple que la déperdition de chaleur quand il fait zéro degré avec un vent de 20 km à l’heure est équivalente à celle subie par moins dix degrés sans vent.

 

* La neige et les nuages: dans certaines conditions d’éclairage, par temps couvert, il devient très difficile de voir le relief, et vous naviguez dans un monde brumeux, sans horizon (jour blanc). Pour peu qu’il s’y ajoute un peu de vent, les fausses sensations que vous éprouvez sont telles que vous tombez même à l’arrêt, car vous êtes incapable de tenir votre corps à la verticale. Imaginez ce qui peut advenir si vous êtes égaré dans ces conditions.

 

* La neige et le vent: Le vent peut transformer une chute de neige anodine en galère. La répartition de la neige peut être très irrégulière et créer des congères. Vous ne verrez plus, ni la signalisation horizontale, ni vos propres traces (sur les quelles vous comptiez pour faire demi tour), car elles seront immédiatement effacées. Les sentiers et même les routes peuvent disparaître. De plus, la progression déjà pénible en montagne va nécessiter un surcroît de dépense d’énergie que vous ne pourrez pas fournir, car vous étiez déjà à la limite de vos forces. D’où épuisement et moindre résistance au froid ... et le cycle des ennuis s’accélère qui conduit à la catastrophe.

 

* Soleil, vent, pluie, neige, grêle, basses températures, fatigue, ravins, visibilité, sans oublier la foudre, l’expérience prouve que tous ces éléments se combinent entre eux, et que le résultat n’est jamais à votre avantage.

 

Conseils :

Je pense qu’il y a ci-dessus de quoi, non pas effrayer (ce n’est pas le but de cet article), mais faire prendre conscience des dangers de la montagne. Le respect de quelques conseils doit permettre de les affronter sans trop de dommages.

 

          • Les premières recommandations concernent ceux qui s’occupent des chemins et des pèlerins. Elles sont déjà appliquées, mais il n’est peut être pas inutile de les rappeler:

 

* Assurer pour les étapes de montagne un balisage particulièrement soigné, visible par tous temps, difficile à recouvrir par la neige.

 

*  Prévoir, chaque fois que possible, un itinéraire alternatif qui passe à une altitude moins élevée, donc moins souvent et moins longtemps enneigé.

 

* Informer des difficultés de la montagne, surtout quand le temps est mauvais. Insister en cas de besoin.

 

* Orienter les pèlerins vers les voies alternatives. Si cela n’est pas suffisant pour éviter les problèmes, leur recommander les routes déneigées empruntées par les voitures. Si cela ne suffit toujours pas, leur conseiller de différer leur départ.

 

          • En ce qui concerne les pèlerins, les conseils sont également très simples:

 

* Se renseigner sur place, et surtout suivre les recommandations que l’on vous donne.

 

* Préparer l’étape avec plus de soin que d’habitude. Noter en particulier les points d’eau et les abris possibles.

 

* Prévoir une alimentation adaptée aux efforts très importants et de longue durée.

 

* Ne pas présumer de ses forces. La montagne en hiver est un milieu hostile réservé à des marcheurs en bonne condition physique, bien entraînés et bien équipés.

 

* Prévenir votre lieu de destination de l’heure de votre départ, de l’itinéraire que vous voulez suivre et de l’heure estimée de votre arrivée. Ce sont ces éléments qui serviront de base à d’éventuelles recherches.

 

* Partir tôt. Les journées sont courtes en hiver, et si vous êtes retardés par un problème, vous serez content de disposer de quelques heures de lumière du jour pour le régler.

 

* Ne jamais partir seul .Essayer de constituer un groupe homogène.

 

* Ne jamais hésiter à faire demi tour. Savoir oublier les contraintes d’un programme serré. Ce que vous ne ferez pas cette année, vous pourrez le faire à une autre occasion.

 

* Ne jamais s’écarter volontairement de la route prévue. C’est par là qu’arriveront les secours.

 

Comme vous le voyez, il s’agit de conseils très simples, que vous devez suivre, même s’ils vont à l’encontre de vos habitudes et de l’esprit de liberté du chemin. C’est, en montagne, le prix à payer pour arriver à bon port.

 

Rappelez vous, vous êtes parti en pèlerinage pour aller jusqu’à Saint Jacques, pas pour mourir en cours de route.

 

 ACSJ 64 / JL C / 04 - 2007

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                                           Appel à la prudence sur les Pyrénées (Janvier 2014)

 

  Pour l'Association des Amis du Chemin de Saint Jacques en Pyrénées-Atlantiques, le flot des pèlerins qui s'est présenté en 2013 à notre accueil (39 rue de la Citadelle) a été très important (49.615 pèlerins à la mi octobre...).

  En ce moment, c'est la période la plus compliquée pour nous, avec les difficultés de passage des Ports de Cize. Chaque année, des pèlerins ne tiennent pas compte de nos conseils, et, au lieu d'utiliser la voie basse par Valcarlos, s'aventurent au risque de leur vie (un décès l'hiver dernier) sur la voie enneigée des ports de Cize.

  A ce sujet, les amateurs de prise de risque doivent savoir une chose importante: sur le territoire Navarrais (Espagne), partie la plus haute de l'étape, les secours effectués par les pompiers ou la Guardia Civil sont gratuits, Mais s'il est demandé à l’hélicoptère de la communauté forale de Navarre d'intervenir, le secours sera facturé, et là ça fera très mal au porte-feuille ....

 

  Aux amateurs de la pérégrination hivernale, nous conseillons la plus grande prudence et la meilleure écoute. Il vaut mieux terminer l'étape à Roncevaux dans de bonnes conditions, qu'à Pampelune dans un hôpital, ou dans un lieu encore mois réjouissant....

 

  N’hésitez pas à le répéter autour de vous. Buen Camino

  Jean-Louis aspirotjl@orange.fr

  ACSJ 64 / JL A / 01 - 2014

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                                                                       15/01/2014

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