Journée (Kirsch)

 

                                                Compostelle- La journée type du pèlerin

                                                                  (Richard Kirsch)

 

  http://rando-parigots.com/

 

  Le Camino Francés comporte en gros 34 à 37 étapes, de 20 à 30 km, voire 40 pour les grands marcheurs.

 

  Il est préférable de se lever tôt pour marcher à la fraîche, notamment dès le mois de juin. Pour ma part, je suis parti le 9 avril, et là, j’eus plutôt la sensation de me les cailler vraiment ! Il n’était pas rare que le thermomètre affiche 4 ou 5 °c. Très sympa, de partir vers 7h00, les mains gelées, avec deux polaires, et l’espoir de rencontrer un café ouvert . De toute façon, les hospitaleros des albergues vous demandent de quitter les lieux avant 8h, ou parfois 8h30. Certains pèlerins se lèvent à lueur de la lampe frontale dès 6h. Je l’ai fait deux fois à la fin d'une nuit blanche, torturé par les ronfleurs. La première fois, je me suis perdu dans la noirceur de la nuit en rase campagne. La seconde fut moins pénible mais rigolote, avant d’arriver à Compostelle. Toujours réveillé par ces ronfleurs, je suis donc sorti à la frontale dès 5h30 afin d’être à l’heure à la messe des pèlerins dans la Cathédrale. Pour un juif, ça frise, je sais, le surréalisme. Alors que je bouclais le sac, je tombais en panne de batterie. Partir seul, en pleine nuit et sans lumière, je le sentais, disons, .. moyen. Par chance, un couple espagnol s’était levé, et je demandais de me joindre à eux. Deux minettes, elles aussi espagnoles, vinrent aussi. Et nous avons ainsi marché 5 ou 6 km en plein bois, en cherchant les fameuses flèches jaunes et les bornes cachées dans la nature. J’ignore toujours pourquoi les filles ont chanté et sifflé, tout au long parcours, le Pont de la Rivière Kwaï !

 

  5h30, 6h00, ou 7h00. Il est temps de sonner le réveil général dans les albergues. D’ailleurs, pas trop le choix, les hospitaleros veulent que tout le monde dégage pour faire le ménage et accueillir la vague de pèlerins du soir. Ce départ est très rapide, vu que tous voyagent léger. L’essentiel et l’important est de remettre chaque chose dans le bon sac de congélation Ikea zippé. Ce compartimentage des fringues et des accessoires évite entre autres que tout soit humide, voire trempé en cas d’orage violent. J’avais ainsi mon "sac congélation pour la nuit", véritable table de nuit mobile dans le lit, avec Boules Quiès, Ipod, lunettes, téléphone, caleçon, sac à viande. Le sac congélation "salle de bains" comprenait gant de toilette, bloc de savon Alep, et serviette Décathlon légère à séchage rapide.

 

  7h00. Si l’albergue dispose d’un distributeur de boissons, c ‘est l’occasion de prendre un premier café en poudre dégueulasse, puis partir. Vers 11h00, le corps réclame son carburant. Une pause s’impose, et le pèlerin sort du sac tout ce qui peut le caler, bananes, fruits secs, barres de céréales etc.. D’autres se calent, eux, directement en terrasse, et commandent bocadillo (le sandwich ) avec une bière ! Et tu marches, tu marches en souhaitant "Buen Camino"  à tout moment. Enfin, au début. Car au bout de cinq semaines, entendre toute la journée ces mots devient carrément .. chiant. Un Américain, un peu imbibé après quatre pintes, préférait dire OLA ! (Bonjour) en pensant très fort "Ok Leave me ALone" .

 

  Sortez vos calculettes: à raison de 4 à 5 km/heure en moyenne, il vous faudra 5 à 6 heures pour boucler votre parcours quotidien. Donc, j’arrivais relativement tôt dans les auberges des villages ou des villes, c’est à dire entre 14 et 16 heures. Dans le passé, il fallait attendre au moins 17h l’ouverture de ces établissements. Aujourd’hui, ils accueillent le pèlerin toute la journée. En général, et comme la plupart, je visais l’Auberge Municipale, histoire de ne pas me casser la tête, et payer le moins cher possible (entre 5 et 10 €). C’était aussi l’occasion et une chance de revoir les copains de rencontre. Dès l’arrivée, l’hospitalero tamponne la crédentiale, encaisse, vous donne le kit de draps en papier, et vous attribue un dortoir. A vous de choisir le bon lit au bon endroit, avec une prise de courant à proximité si possible pour recharger le portable. Mais c’est toujours la loterie. Le choix fait, chacun étale alors son duvet en guise de réservation.

 

  15h00. Une fois installé, ma première tâche important fut toujours la lessive. Le but étant de repartir le lendemain avec du linge de rechange sec, je profitais donc du soleil et des courants d’air dès que possible. On croise sur le chemin bon nombre de marcheurs avec la lessive qui sèche avec des épingles à nourrice sur le sac à dos toute la journée. J’ai horreur de çà, même si j’ai dû m’y contraindre une ou deux fois. En théorie, le pèlerin doit avoir trois tenues: sa tenue du jour, un tenue de rechange, et une tenue sale. Tout ceci étant en fait très variable. L’essentiel étant surtout d’être au sec. Les albergues proposent souvent des machines à laver (4€) et des sèche-linge (4€). On peut toujours partager la lessive avec d’autres pèlerins.

 

  17h00. Après la lessive, et vu que les épiceries ouvrent vers 16 ou 17h, autant s’offrir une petite sieste, ou écrire des cartes postales, ou encore son journal de voyage, ou..., bref s’occuper. Après ce repos bien mérité, direction la tienda, donc l’épicerie, pour refaire le plein en vue du petit déjeuner ou du repas de midi. Toujours soucieux de l’équilibre alimentaire, j’alternais la délicieuse charcuterie espagnole avec divers sortes de sardines et des boîtes de pâtes au thon et à je ne sais quoi. Je rajoutais du fromage local et un ou deux tomates mangées à la croque-sel. Côté fruit, difficile d’échapper aux bananes, hélas souvent trop vertes. Ayant la gueule sucrée, j’améliorais l’ordinaire avec multiples madeleines, quatre-quarts, et plus surprenant, pour un homme de mon âge, des Princes au chocolat. Pour une dizaine d’euros, j’étais nourri pour deux ou trois jours. Il m’est arrivé de faire des courses pour manger dans la cuisine de l’albergue. Surtout de partager quelques salades et les incontournables pâtes. Au sujet des cuisines, notez que certaines ne disposent pas du tout d’accessoires, ou si peu. Le but étant visiblement d’inciter le pèlerin à fréquenter les restaurants du coin et leurs "Pelgrims Menu" à 10€. Ce tarif comprend une entrée, un plat principal, un dessert, et une boisson. Dans la catégorie boisson, on vous sert carrément un litre de vin pour une ou deux personnes. Je me suis surpris, comme beaucoup, à picoler bien plus que chez moi sans être saoul. La ration du marcheur de force ! Certains se douchent dès leur arrivée, d’autres laissent passer le rush et attendent la nuit.

 

  20h00 environ, Après le repas, on se retrouve de nouveau autour d’une table pour refaire le monde devant une bière, écouter toutes les joies et les misères de chacun sur ce chemin.

 

  En parlant de misères, c’est aussi l’heure de soigner ses bobos. Après une très longue étape, je me découvrais une très grosse ampoule au talon droit. Un truc tout à fait inhabituel chez moi qui prends un soin méticuleux à me talquer les pieds (et le reste), de choisir des chaussettes haut de gamme, d’ajuster mon laçage de chaussure au millimètre près, etc.. Mais la distance avait eu raison de toute ces précautions. Percer, ne pas percer .. ? Telle est la même question que se posent des générations de marcheurs depuis des lustres. Ayant vu les bons résultats chez mon amie Carmella opérée par Kim, j’optais pour la voie radicale. Seul problème, je ne possédais pas l’intégralité de l’équipement requis. Arrivé à Léon, je me mis en quête de trouver une mercerie pour acheter une grosse aiguille et un bon fil de coton en guise de drain. Comment expliquer à une employée, sans parler espagnol, que je ne suis pas là pour investir dans un matériel de broderie, mais pour percer et drainer une saloperie d’ampoule ? Sympa et attentive, elle me déballa sa collection complète d’aiguilles et une demi-douzaine de bobines de fil. J’ai adoré sa dernière question: quelle couleur, le fil ?!

 

  Le soir même, je m’opérais sous le regard dubitatif ou dégoûté de mes congénères. Puis je recouvrais le mal d’un fameux Compeed, puis d’une couche de bande autocollante. Du solide. Inutile de faire le malin, le premier kilomètre du matin fut une gentille torture. Ce mal sans gravité provoque un réel déséquilibre de marche. Durant un ou deux jours, mon corps montra une vilaine inclinaison à droite, surtout en fin de journée avec la fatigue. Je craignais que ce déséquilibre engendre des maux plus graves, dont une tendinite beaucoup plus invalidante. Fallait redresser le bonhomme. Je commençais par déplacer du poids dans le sac à dos, et notamment le kilo du bidon d’eau, que je mutais du côté droit vers le côté gauche. Je m’en sortais bien, et boitillais encore durant quelques jours avant d’oublier ce bobo.

 

  A 22 heures ou 22h30. Extinction des feux, comme il est stipulé dans le règlement. C’est le moment où chacun sort sa tablette ou son Smartphone au lit pour Skype à la famille. A condition que le Wifi soit opérationnel. Ça marche plutôt bien. D’ailleurs, le Wifi "gratuit" est un argument commercial important. Dans le moindre bar où il s’arrête, le pèlerin high-tech demande le code de connexion pour envoyer ses mails ou s’informer sur la météo, .etc… Le soir dans les albergues, tout cet attirail pendouille aux prises de courant ,souvent multiples, pour être rechargé. Une belle guirlande de Noël...

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                                                                       07/07/2014

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