Généralités (Kirsch)

 

                                                      Kirschos Goes to Compostelle

                                                                 Richard Kirsch   http://rando-parigots.com

  

  Kirschos Goes to Compostelle PDF (3,3 Mo)

 

  Depuis le IXe Siècle des millions de pèlerins venus du monde entier convergent vers Saint-Jean de Compostelle. Randonneur passionné, j’ai voulu partager le long voyage de ces hommes animés par la foi vers cette ville de Galice. Pour une première expérience en solo, j’ai choisi de parcourir les 800 km du Camino de Francés entre Saint-Jean-Pied-de-Port(64) et Santiago. Du 9 avril au 14 mai 2014, durant près de cinq semaines, j’ai donc suivi cet itinéraire parfaitement balisé, de plaines en zones montagneuses, en traversant villes et villages, de sentiers en échangeurs d’autoroute. Au travers d’anecdotes, j’ai surtout souhaité vous faire découvrir l’ambiance et le mode d’emploi de cette joyeuse (et douloureuse !) balade vers Compostelle.

 

  Richard Kirsch

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                                                     Kirschos Goes to Compostelle.

  9 avril - 14 mai 2014. De Saint-Jean-Pied-de-Port à St Jacques de Compostelle sur le Camino Francés, une marche de 800 km. Joies & douleurs diverses.

 

  Lors de multiples sorties effectuées dans divers clubs de rando, en Indre et Loire ou à Paris, j’avais eu l’occasion de débattre avec mes collègues de l’intérêt ou non de parcourir les chemins de Compostelle. Ces itinéraires mythiques ne présentent plus aucun secret pour le randonneur averti, tant la littérature, les forums, les derniers films, les livres, en font écho. Les partisans invoqueront les bienfaits d’un voyage intérieur en rupture totale avec le quotidien, ou encore le potentiel culturel et humain des parcours. Leurs adversaires les plus virulents évoqueront la douleur, l’ennui de couvrir souvent des kilomètres d’asphalte sous le cagnard ou la pluie, la surpopulation de pèlerins, le business, les distributeurs de canettes en rase campagne, ou que sais-je encore, le risque croissant de rapporter des punaises de lit ! Après une première analyse du projet, j’avoue que mon coeur penchait plutôt du côté des sceptiques.

 

  Tout aurait pu en rester là si un jour, Françoise ne n’avait pas offert le bouquin de Jean-Christophe Rufin "Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi". L’Académicien, auteur entre autres du fameux livre "Rouge Brésil", y raconte son périple improvisé sur le Camino del Norte, le chemin de Compostelle qui suit la côte nord espagnole depuis Irun, alors qu’il avait planifié une traversée des Pyrénées d’ouest en est. La météo en décida autrement. Ce récit m’a tout de suite emballé, et donné l’envie immédiate de tenter cette expérience en solo. J’allais donc me lancer dans l’aventure, ce serait mi-avril 2014. Comble du hasard, j’apprenais peu de temps avant mon départ que JC Rufin venait à La Garenne-Colombes dédicacer son dernier livre, le Collier rouge. Le jour J, je me rendais à ce rendez-vous, et lui déclarais: "Je pars mercredi à Compostelle, et c’est à cause de vous !", et l’auteur signa mon livre une très jolie dédicace.

 

  Néanmoins, je m’informais sérieusement sur le Net des caractéristiques de ce parcours, notamment sur les possibilités d’hébergement pour un départ en avril, les dénivelés, les chiens errants, ces horribles punaises, enfin bref tout qui pouvait me décider ou non à m’y lancer. Après une seconde analyse toute aussi sérieuse et une collecte copieuse d’informations sur les autres chemins, il m’apparut plus sage de réaliser une première expérience sur le Camino Francés, le plus fréquenté de tous, bien balisé et parsemé de nombreux albergues (auberges), tiendas (épiceries), et bars (pour les bières ! ). Toute idée de camping étant déconseillée, donc exclue d’emblée.

 

  Se préparer, c’est déjà partir.

 

  Chez moi, la moindre rando en région parisienne fait déjà l’objet d’une prépa minutieuse. Je vous laisse imaginer mes cogitations pour parcourir près de 800 km sur près de 34 étapes de 20 à 30 km quotidiens, avec un sac le plus léger possible !! Se lancer sur Compostelle vous place immédiatement devant vos angoisses. La distance à parcourir chaque jour me plongeait durant de nombreux jours dans un profond doute: allais-je la tenir, cette distance, ou craquer au bout d’une semaine pour revenir en France, terrassé par la honte de l’échec ? Car j’avais mis la barre tout de suite en haut, à savoir parcourir les 800 km d’un bloc, et non pas morceler le parcours sur plusieurs voyages. Afin de rester "raisonnable", et aussi pour des problèmes de temps (maman resterait longtemps seule dans sa maison de retraite), je renonçais à partir du Puy en Velay, véritable origine de ce Camino, donc de rajouter 800 km à mon projet, mais de St Jean Pied de Port dans les Pyrénées. Cette ville reste tout de même LE point de départ mentionné dans la plupart des guides.

 

  Ce fut également pour des raisons logistiques et de budget. La portion française nécessite en effet de faire des réservations et les prix sont deux à trois fois plus élevés qu’en Espagne où aucune réservation n’est demandée. Parmi les multiples questions qui me tenaillaient, j’en retiendrais trois principales. Que mettre dans mon sac ? Où et quoi manger ? Et enfin, en bon hypocondriaque, comment me soigner de tous mes maux actuels et futurs.

 

  Angoisses du pèlerin débutant ordinaire.

 

  De l’avis général, le poids est l’ennemi numéro un du marcheur. Je fais de la randonnée depuis plusieurs années, mais jamais je ne me suis retrouver confronté à marcher sur de telles distances, aussi chargé. Les spécialistes sont formels: le poids du sac ne doit pas dépasser 10% de celui du marcheur.

 

  Je montai, nu, sur la balance, qui afficha 77 kg. En théorie, mon sac pèserait 8 kg maxi, avec nourriture et un litre d’eau. Et là commença cet énorme casse-tête du choix des vêtements de nomade. Avec cette incertitude sur cet immense territoire espagnol à traverser d’est en ouest: fera t-il chaud ou froid en avril en franchissant les Pyrénées, puis sur le haut et terrible plateau de la Meseta, et enfin l’entrée en Galice ? Un coup à se retrouver avec 2 kg de polaires en trop, ou se les geler sérieux ! Cela dit, la littérature mentionnait un autre fait: le pèlerin s’allège sur le Camino au fil des jours. En se libérant des ses angoisses, il allège aussi son sac du superflu, abandonné, donné, ou renvoyé par la poste chez lui ou à Compostelle. Un autre type de pèlerin ne se pose pas cette question.. pesante. Il choisit de faire porter son sac par une société spécialisée d’étape en étape. Je citerai Jacotrans, la plus connue, qui, pour 6 euros/jour, vous allège la vie. Il était bien sûr hors de question que je fasse appel à ses services en la faisant petit joueur, moi le grand randonneur !

 

  Pour la faire courte, je mis sur la balance mon sac Osprey de 50 litres (made in USA, 1,3 kg à vide, du bon matos), chargé de 3 T-shirts, 3 slips, 3 paires de chaussettes, des tongs, une tenue du soir, une pour dormir, un pantalon de pluie, une polaire, un micro doudoune Patagonia, deux pantalons de rando transformables, un duvet polonais ultra compact de 650 g, un sac à viande en soie, une trousse à pharmacie et une trousse de toilette.

 

  Charger son sac à dos, un long casse-tête.

 

  Côté petit matériel, un sac contenant 4 épingles à linge, des épingles à nourrice, une lampe frontale, des couverts, un Opinel, une boussole, une popote, une couverture de survie. La balance annonça 8,5 kg, c’était gagné ! Nous verrons par la suite pourquoi j’allais me débarrasser de quelques uns de ces objets. Je collais également au sac deux bâtons de marche en alu.

 

  La chasse au poids passa évidemment par l’optimisation de la trousse de toilette. Un pain de savon Alep allait me servir au rasage, à la douche et à la lessive quotidienne. Un tube de crème Eight hours d’Elizabeth Arden fut mon seul luxe. Côté pharmacie, l’angoissé de première força un peu sur les soins de ses petits bobos d’estomac, de ses gratte-grattes, mais aussi d’éventuelles tendinites, et incontournables ampoules. Compeed, Tricostéryl, Bétadyne ou Eosyne mono doses, Elastoplast, restent les marques reines sur le Camino ! Tout cela pour pas grand chose, puisque je n’ai pris durant les 5 semaines de marche que 2 comprimés d’Ibuprofène, 2 de Voltarène retard pour un mal de dos tenace, et ne soigner qu’un seule ampoule. Je reviendrai sur ce dernier bobo très anecdotique, et comment j’ai traité le problème.

 

  L’autre angoisse du néophyte sur le chemin de Compostelle est de se perdre, ou de se retrouver dehors en pleine nuit et en pleine nature, faute d’avoir trouvé un lit assez tôt. J’ajoutai un porte-feuille de surfer, un appareil photo Nikon C27 acheté d’occasion 35 € sur le Bon Coin, et collai le tout dans une pochette Eastpack, genre cake de banlieue, sans oublier la Credentiale.

 

  Cette préparation dura de très nombreuses semaines, et jusqu’au dernier moment, à savoir prendre le train puis le métro en direction de la gare Montparnasse le 9 avril 2014 à 11h00. Durant ce court trajet, je mesurais déjà combien ce chargement était lourd, qu’il me sciait déjà gentiment les épaules, et qu’il allait falloir le porter encore sur 800 km.

 

  Où tout commence à St Jean-Pied-de-Port.

 

  Pendant les six heures de train entre Paris et Bayonne, j’eus tout le temps de cogiter, m’interroger, analyser l’ampleur de ce projet. Je relus pour la énième fois le guide, mes documents relatifs à la longueur des étapes, les dénivelés etc.. Après tout, des milliers de marcheurs parcouraient le chemin depuis le 9e siècle. Certes, j’avais bien lu que certains y étaient morts, ou étaient encore aujourd’hui portés disparus. Un site spécial répertorie d’ailleurs cette macabre actualité. Durant mon périple, je ne pus que vérifier cette réalité. On trouve régulièrement sur le chemin des plaques gravées, rendant hommage à un parent ou un ami mort en route. Sympa. who’ s next ?!

 

  Arrivé en gare de Bayonne, je rencontrais mes premiers congénères pèlerins attendant le bus vers St Jean, en remplacement du train habituel. Je renseignais un couple d’Australiens et un groupe de coréens, un peu paumés de ce changement. Au moment de monter dans le car, une américaine demanda au chauffeur si son bus proposait du Wifi. Rigolade générale, lorsque l’homme répondit, avec un incroyable accent: "Vous êtes au Pays Basque, et ici , c’est pas l’Amérique ! " .

 

  Toujours très angoissé, j’avais réservé une place dans une auberge pour ma première nuit. Avant de m’y rendre, je suivis la file de pèlerins en route vers la rue de la Citadelle où se trouve l’accueil des Amis de St Jacques. Les retardataires y achètent la Crédentiale, et tout le monde reçoit les infos sur le Camino Francés. Cette nuit là, je me retrouvais seul, un peu perdu, dans un dortoir de vingt personnes. La patronne me prépara un dîner. J’allai zoner dans le quartier déjà déserté par les marcheurs. Je pris un déjeuner vers 7h00, puis direction de la sortie de la ville, vers le refuge d’Orisson, soit 7 km de pente raide. Les choses sérieuses commençaient.

 

  La vie d’un pèlerin moderne, nomade, randonneur sportif, juif non pratiquant, en terre chrétienne, en route vers la sagesse .. et la douleur.

 

  Ami lecteur, je vous épargnerai le récit de la totalité des étapes de ce long périple. C’eût été un peu comme une invitation à une soirée diapo au retour des vacances, on y va en marche arrière. Je préfère vous faire partager l’ambiance vécue, mes joies et mes douleurs, et vous faire part de quelques anecdotes savoureuses. Et pourquoi pas, soit vous inciter à prendre la route, soit à rayer définitivement Compostelle de vos projets. Au choix.

 

  Au premier abord Compostelle se présente comme une grande rando internationale. Je me suis rapidement demandé ce qui poussait des Australiens, Néo Z, Coréens, Japonais, à faire un si long voyage en Europe dans le seul but d’atteindre une ville, certes chargée d’histoire, aux confins de la péninsule ibérique. A ce jour, je n’ai pas vraiment de réponse. Compostelle exerce une vraie fascination , sinon de la curiosité, ses chemins ont acquis une certaine renommée internationale, via quelques films et une abondante littérature. Ainsi, le film récent "The

Way" a déclenché beaucoup de vocations au départ chez les Américains.

 

  J’ai croisé en route aussi beaucoup de Brésiliens. On retrouve chez eux probablement une vraie dimension spirituelle. Quoique .. Dans le bus qui me ramenait du Cap Finisterre vers Santiago, j’ai eu l’occasion de discuter de son expérience avec une jolie quadragénaire en compagnie de son ami. Ils venaient de parcourir le chemin à vélo en 11 jours, soit des étapes de 95km ! Elle avoua être passé à côté de son voyage, et se promit de refaire le chemin à pied. Et lors d’une soirée bien arrosée en compagnie de deux marcheurs italiens, un jeune prêtre brésilien, jouant fort bien de la guitare, dévoila son aventure avec une pèlerine espagnole. Que Dieu le pardonne.

 

  Comme le dit fort justement Jean-Christophe Rufin dans son bouquin, personne ne pose plus la question "où tu vas ?", mais celle "d’où tu viens ?". La réponse informe immédiatement sur la catégorie du pèlerin rencontré. Celui qui vient de loin force l’admiration, celui qui saucissonne le parcours depuis dix ans est presque rejeté au niveau du touriste. Cette différenciation se retrouve également entre le pèlerin qui porte son sac et celui qui le confie chaque jour à un transporteur.

 

  Le caractère cosmopolite du chemin fait apparaître une autre évidence: celui qui part seul et ne parle pas un mot d’anglais risque un réel isolement. S’il s’agit d’une quête personnelle, après tout, tant mieux pour lui. En regardant autour de moi durant la longue montée qui me conduisait le premier jour vers Orisson, j’observais les divers choix de chacun pour effectuer ce parcours: seul, en couple, en groupe. Les couples se reconnaissent facilement, les époux, pacsés, ou autres concubins, ont choisi souvent le même équipement, à quelques détails près. De vrais jumeaux ! Le plus flagrant reste le cas des couples de lesbiennes. Cheveux courts, démarche engagée, la meneuse ouvre la marche devant sa compagne un pas derrière. Cette domination se retrouve en fin d’après-midi dans les auberges lorsqu’il s’agit d’organiser la soirée, faire la lessive ou les courses. On les retrouve après dîner bras-dessus bras-dessous à se balader en ville. Le pèlerin gay se montre beaucoup plus discret.

 

  Le Camino en couple marié n’a rien avoir avec le Camino en solo. Les couples "de longue date", sauf exception, sont davantage enclins à vivre ensemble sur le chemin, en se mêlant de temps en temps aux autres. L’occasion de ressouder le couple ? Je crains que celui-ci ne ressasse tous ses problèmes en route, voire se dispute, ou carrément explose sur une telle distance, face à la douleur, la promiscuité, etc.. C’est vraiment dommage, car la magie du chemin se distingue par l’étonnante facilité et spontanéité que tout le monde affiche pour se regrouper et communiquer sur le sentier ou à la terrasse d’un bar. C’est pourquoi d’emblée j’avais choisi aussi la version solo, avec cette liberté de marcher seul et me resocialiser le soir.

 

  Autre idée reçue sur le chemin de Compostelle: la solitude est un voyage en soi même. C’est vrai que la solitude, la vraie durant toute une journée, vous laisse le temps de réfléchir sur tout, sur soi, sa vie. Mais après cette phase de face à face avec son âme, on revient vite à un face à face avec son corps ! Au fil des kilomètres quotidiens, je me suis vu confronté à diverses douleurs. On marche en fait en examen médical permanent, en essayant de trouver un diagnostic au mal, en mesurant son amplitude, en espérant surtout qu’il ne va pas stopper net votre progression. Ça passe des genoux au dos, ça revient dans une cheville, ça disparaît et revient dans l’épaule ! Le mieux est encore de s’arrêter, poser son sac, faire quelques étirements, manger sa banane, et repartir un peu plus frais.

 

  J’ai rencontré toutefois des pèlerins qui n’avaient jamais mal nulle part, et se plaignaient juste de la fatigue de l’étape. En tant que pèlerin hypocondriaque, je les écoutais avec admiration. En revanche, j’ai croisé des vrais éclopés du chemin, un vrai carnage ! Je faisais une pause-café dans un bar, lorsque un australien plutôt costaud vint s’asseoir à la table voisine. Il passa commande, et on lui apporta une poche de glace qu’il vint immobiliser sur son tibia sous une bande molletière. Un soir au restau, je me retrouvais à dîner avec une bande de pèlerins fêtant un anniversaire. L’un d’entre eux, un italien, la cinquantaine, avait la tronche tuméfiée et recouverte de Bétadyne, nez explosé, le poignet bandé. Le genre Frankenstein en ballade. Il avait juste ouvert son guide pour étudier l’itinéraire en marchant dans une descente rocailleuse, et il avait chuté comme une crêpe de tout son long. Pas de casse, mais un repos de trois jours ordonné par le médecin de l’hôpital. Je rencontrai également un duo étonnant. Une éducatrice, la trentaine, marchait avec une adolescente de 13 ans depuis deux semaines, style thérapie par le chemin. La gamine boitait depuis dix jours, et avançait en crabe sans trop se plaindre. L’hôpital diagnostiqua une tendinite sérieuse. La seule idée de s’arrêter quelques jours la fit fondre en larmes.

 

  Journée ordinaire du pèlerin: marcher, laver, picoler, manger et dormir.

 

  Le Camino Francés comporte en gros 34 à 37 étapes, de 20 à 30 km, voire 40 pour les grands marcheurs.

 

  Il est préférable de se lever tôt pour marcher à la fraîche, notamment dès le mois de juin. Pour ma part, je suis parti le 9 avril, et là, j’eus plutôt la sensation de me les cailler vraiment ! Il n’était pas rare que le thermomètre affiche 4 ou 5 °c. Très sympa, de partir vers 7h00, les mains gelées, avec deux polaires, et l’espoir de rencontrer un café ouvert . De toute façon, les hospitaleros des albergues vous demandent de quitter les lieux avant 8h, ou parfois 8h30. Certains pèlerins se lèvent à lueur de la lampe frontale dès 6h. Je l’ai fait deux fois à la fin d'une nuit blanche, torturé par les ronfleurs. La première fois, je me suis perdu dans la noirceur de la nuit en rase campagne. La seconde fut moins pénible mais rigolote, avant d’arriver à Compostelle. Toujours réveillé par ces ronfleurs, je suis donc sorti à la frontale dès 5h30 afin d’être à l’heure à la messe des pèlerins dans la Cathédrale. Pour un juif, ça frise, je sais, le surréalisme. Alors que je bouclais le sac, je tombais en panne de batterie. Partir seul, en pleine nuit et sans lumière, je le sentais, disons, .. moyen. Par chance, un couple espagnol s’était levé, et je demandais de me joindre à eux. Deux minettes, elles aussi espagnoles, vinrent aussi. Et nous avons ainsi marché 5 ou 6 km en plein bois, en cherchant les fameuses flèches jaunes et les bornes cachées dans la nature. J’ignore toujours pourquoi les filles ont chanté et sifflé, tout au long parcours, le Pont de la Rivière Kwaï !

 

  5h30, 6h00, ou 7h00. Il est temps de sonner le réveil général dans les albergues. D’ailleurs, pas trop le choix, les hospitaleros veulent que tout le monde dégage pour faire le ménage et accueillir la vague de pèlerins du soir. Ce départ est très rapide, vu que tous voyagent léger. L’essentiel et l’important est de remettre chaque chose dans le bon sac de congélation Ikea zippé. Ce compartimentage des fringues et des accessoires évite entre autres que tout soit humide, voire trempé en cas d’orage violent. J’avais ainsi mon "sac congélation pour la nuit", véritable table de nuit mobile dans le lit, avec Boules Quiès, Ipod, lunettes, téléphone, caleçon, sac à viande. Le sac congélation "salle de bains" comprenait gant de toilette, bloc de savon Alep, et serviette Décathlon légère à séchage rapide.

 

  7h00. Si l’albergue dispose d’un distributeur de boissons, c ‘est l’occasion de prendre un premier café en poudre dégueulasse, puis partir. Vers 11h00, le corps réclame son carburant. Une pause s’impose, et le pèlerin sort du sac tout ce qui peut le caler, bananes, fruits secs, barres de céréales etc.. D’autres se calent, eux, directement en terrasse, et commandent bocadillo (le sandwich ) avec une bière ! Et tu marches, tu marches en souhaitant "Buen Camino"  à tout moment. Enfin, au début. Car au bout de cinq semaines, entendre toute la journée ces mots devient carrément .. chiant. Un Américain, un peu imbibé après quatre pintes, préférait dire OLA ! (Bonjour) en pensant très fort "Ok Leave me ALone" .

 

  Sortez vos calculettes: à raison de 4 à 5 km/heure en moyenne, il vous faudra 5 à 6 heures pour boucler votre parcours quotidien. Donc, j’arrivais relativement tôt dans les auberges des villages ou des villes, c’est à dire entre 14 et 16 heures. Dans le passé, il fallait attendre au moins 17h l’ouverture de ces établissements. Aujourd’hui, ils accueillent le pèlerin toute la journée. En général, et comme la plupart, je visais l’Auberge Municipale, histoire de ne pas me casser la tête, et payer le moins cher possible (entre 5 et 10 €). C’était aussi l’occasion et une chance de revoir les copains de rencontre. Dès l’arrivée, l’hospitalero tamponne la crédentiale, encaisse, vous donne le kit de draps en papier, et vous attribue un dortoir. A vous de choisir le bon lit au bon endroit, avec une prise de courant à proximité si possible pour recharger le portable. Mais c’est toujours la loterie. Le choix fait, chacun étale alors son duvet en guise de réservation.

 

  15h00. Une fois installé, ma première tâche important fut toujours la lessive. Le but étant de repartir le lendemain avec du linge de rechange sec, je profitais donc du soleil et des courants d’air dès que possible. On croise sur le chemin bon nombre de marcheurs avec la lessive qui sèche avec des épingles à nourrice sur le sac à dos toute la journée. J’ai horreur de çà, même si j’ai dû m’y contraindre une ou deux fois. En théorie, le pèlerin doit avoir trois tenues: sa tenue du jour, un tenue de rechange, et une tenue sale. Tout ceci étant en fait très variable. L’essentiel étant surtout d’être au sec. Les albergues proposent souvent des machines à laver (4€) et des sèche-linge (4€). On peut toujours partager la lessive avec d’autres pèlerins.

 

  17h00. Après la lessive, et vu que les épiceries ouvrent vers 16 ou 17h, autant s’offrir une petite sieste, ou écrire des cartes postales, ou encore son journal de voyage, ou..., bref s’occuper. Après ce repos bien mérité, direction la tienda, donc l’épicerie, pour refaire le plein en vue du petit déjeuner ou du repas de midi. Toujours soucieux de l’équilibre alimentaire, j’alternais la délicieuse charcuterie espagnole avec divers sortes de sardines et des boîtes de pâtes au thon et à je ne sais quoi. Je rajoutais du fromage local et un ou deux tomates mangées à la croque-sel. Côté fruit, difficile d’échapper aux bananes, hélas souvent trop vertes. Ayant la gueule sucrée, j’améliorais l’ordinaire avec multiples madeleines, quatre-quarts, et plus surprenant, pour un homme de mon âge, des Princes au chocolat. Pour une dizaine d’euros, j’étais nourri pour deux ou trois jours. Il m’est arrivé de faire des courses pour manger dans la cuisine de l’albergue. Surtout de partager quelques salades et les incontournables pâtes. Au sujet des cuisines, notez que certaines ne disposent pas du tout d’accessoires, ou si peu. Le but étant visiblement d’inciter le pèlerin à fréquenter les restaurants du coin et leurs "Pelgrims Menu" à 10€. Ce tarif comprend une entrée, un plat principal, un dessert, et une boisson. Dans la catégorie boisson, on vous sert carrément un litre de vin pour une ou deux personnes. Je me suis surpris, comme beaucoup, à picoler bien plus que chez moi sans être saoul. La ration du marcheur de force ! Certains se douchent dès leur arrivée, d’autres laissent passer le rush et attendent la nuit.

 

  20h00 environ, Après le repas, on se retrouve de nouveau autour d’une table pour refaire le monde devant une bière, écouter toutes les joies et les misères de chacun sur ce chemin.

 

  En parlant de misères, c’est aussi l’heure de soigner ses bobos. Après une très longue étape, je me découvrais une très grosse ampoule au talon droit. Un truc tout à fait inhabituel chez moi qui prends un soin méticuleux à me talquer les pieds (et le reste), de choisir des chaussettes haut de gamme, d’ajuster mon laçage de chaussure au millimètre près, etc.. Mais la distance avait eu raison de toute ces précautions. Percer, ne pas percer .. ? Telle est la même question que se posent des générations de marcheurs depuis des lustres. Ayant vu les bons résultats chez mon amie Carmella opérée par Kim, j’optais pour la voie radicale. Seul problème, je ne possédais pas l’intégralité de l’équipement requis. Arrivé à Léon, je me mis en quête de trouver une mercerie pour acheter une grosse aiguille et un bon fil de coton en guise de drain. Comment expliquer à une employée, sans parler espagnol, que je ne suis pas là pour investir dans un matériel de broderie, mais pour percer et drainer une saloperie d’ampoule ? Sympa et attentive, elle me déballa sa collection complète d’aiguilles et une demi-douzaine de bobines de fil. J’ai adoré sa dernière question: quelle couleur, le fil ?!

 

  Le soir même, je m’opérais sous le regard dubitatif ou dégoûté de mes congénères. Puis je recouvrais le mal d’un fameux Compeed, puis d’une couche de bande autocollante. Du solide. Inutile de faire le malin, le premier kilomètre du matin fut une gentille torture. Ce mal sans gravité provoque un réel déséquilibre de marche. Durant un ou deux jours, mon corps montra une vilaine inclinaison à droite, surtout en fin de journée avec la fatigue. Je craignais que ce déséquilibre engendre des maux plus graves, dont une tendinite beaucoup plus invalidante. Fallait redresser le bonhomme. Je commençais par déplacer du poids dans le sac à dos, et notamment le kilo du bidon d’eau, que je mutais du côté droit vers le côté gauche. Je m’en sortais bien, et boitillais encore durant quelques jours avant d’oublier ce bobo.

 

  A 22 heures ou 22h30. Extinction des feux, comme il est stipulé dans le règlement. C’est le moment où chacun sort sa tablette ou son Smartphone au lit pour Skype à la famille. A condition que le Wifi soit opérationnel. Ça marche plutôt bien. D’ailleurs, le Wifi "gratuit" est un argument commercial important. Dans le moindre bar où il s’arrête, le pèlerin high-tech demande le code de connexion pour envoyer ses mails ou s’informer sur la météo, .etc… Le soir dans les albergues, tout cet attirail pendouille aux prises de courant, souvent multiples, pour être rechargé. Une belle guirlande de Noël...

 

  Le ronfleur, l’ennemi public no 1.

 

  Le ronfleur, l’ennemi public no1. Dans tout pèlerin sommeil un ronfleur. Et pour le dénicher, l’éviter, c’est vraiment la loterie. J’avais beau essayer de repérer les gros, au niveau de décibels habituellement élevé, dès mon arrivée dans un dortoir, j’avoue que je suis allé d’échec en échec durant ces longues semaines. Une petite mamie toute menue m’a pourri la nuit, tout comme ce gentil germain un peu ventru. La palme, la coupe, le trophée, le record du monde toutes catégories, revient sans aucun doute à un Français, un expert du Camino Francés depuis trente ans. J’étais allongé sur mon lit vers les 16 heures lorsqu’il est arrivé avec son épouse sur les lits superposés voisins. Après avoir vaqué à sa lessive, il est venu s’étendre sur son lit en se glissant dans son duvet. En moins d’une minute, il s’était endormi sur le côté et nous balança un des ronflements les plus puissants de ce voyage. Avec ma voisine d’en face, nous nous sommes regardés. L’un et l’autre savions que c’était foutu et que la nuit serait sacrifiée. Je décidais de tenter le tout pour le tout en investissant dans des boules Quiès à l’ancienne, non pas en mousse, cette fois en cire. Il me fallut visiter trois pharmacies avant de les trouver. La nuit venue, ce que je redoutais arriva, je m’équipais des précieuses barrières sonores. Mais les basses fréquences auraient transpercé les murs. Réveillé en pleine nuit, je pris mon duvet et cherchai un lit de libre le plus loin possible de ce diesel. A 5h du matin, je décidais de revenir sur ma couche. Face à ce monstre sonore je capitulais, je rangeais mes affaires dans mon sac à dos, et mis les bouts vers St Jacques avec un couple d’Espagnol à la lampe frontale !

 

  Il existe une infinité d’histoires de ronflettes, comme celle ci. Chacun a connu un jour ou l’autre cette calamité et une nuit blanche. Mon ami Giovanni, un italien de Milan, me raconta sa version. Il s’était retrouvé dans une petite chambre avec quatre polonais bourrés comme des coins. Devant une telle débauche de ronflements, il avait sorti son Smartphone pour enregistrer cet enfer. J’ai écouté le morceau et lui ai demandé comment il avait pu survivre toute une nuit. Il l’ignore encore, mais évoqua une sorte d’état de méditation qui atténua sa douleur ! Une autre fois, je pris la fuite d’un dortoir pour me réfugier sur un canapé dans un couloir. Un après-midi, je croisai un type de rencontre dans un bled, et lui demandai s’il cherchait une albergue. "NON, me dit il, une pension avec une chambre seule, je n’en peux plus, je m’accorde ce luxe pour récupérer !"

 

Comment enchaîner 34 étapes, sur 800 km, d’un seul jet.

 

  Marcher l’intégralité du chemin de Compostelle n’a rien d’un exploit. Il suffit d’avoir le temps pour partir et prendre son temps durant le parcours. Ceux qui partent du Puy en Velay ou de Vézelay s’octroient un mois supplémentaire, donc plus de 70 jours. Il faut ensuite gérer l’effort, la fatigue, les coups de blues. Vu le nombre de personnes que l’on rencontre, et notre propension à sympathiser, il est facile, et peut être dangereux, de se faire absorber par un groupe. Par confort, par peur de la solitude, on adopte alors le rythme du groupe. Si celui ci est trop rapide, on s’épuise vite; s'il est trop lent, on perd son précieux temps.

 

  Cela dit, Compostelle n’est pas une course de vitesse. Chacun est libre d’atteindre St Jacques en 25 jours ou 45 jours. De vrais liens se tissent parfois, et certains ne se quittent plus. Amandine, une jeune routarde bretonne, avait le don d’agglomérer les potes, et le soir venu, la bande partageait tous les repas. Elle tomba amoureuse de Matt, un géant norvégien, et on ne les revit plus. Je n’avais pas l’intention de lambiner, et j’ai suivi grosso modo le rythme proposé par les Amis de St Jacques depuis Saint-Jean-Pied-de-Port. Quelques de mes amis m’ont semé, d’autres ont ralenti la cadence et se sont même arrêtés. La magie du Chemin reste avant tout cette totale liberté d’accélérer ou de se poser sans jamais nuire à ce sentiment d’amitié. Kim, la fragile coréenne, décrocha ainsi un matin, le moral au plus bas. Elle avait appris le naufrage d’un ferry bondé d’étudiants. Près de 200 jeunes avaient péri, et ce drame l’avait terriblement affectée. Je restai seul avec Carmella, l’Américaine du New Jersey, puis plus tard avec Sabrina, une allemande joviale et tonique, avec laquelle j’allais marcher toute une semaine.

 

  Les 20 km quotidiens deviennent rapidement une balade de santé au bout de quelques jours, excepté si le parcours affiche bien sûr du dénivelé, ou si une mauvaise météo s’en mêle. De ce côté-là, la chance fut de mon côté, et je n’ai ni souffert ni de la pluie ou d’une forte chaleur. L’enchaînement facile des étapes repose donc sur cette ambiance amicale mouvante, la diversité des paysages, et l’inexplicable force qui nous pousse vers le but. Il ne s’agit pas forcément de foi, ni de recherche d’un exploit. Pour ma part, je m‘étais octroyé du temps, un budget, j’avais travaillé correctement l’entraînement, et bien choisi mon équipement. Bref, mis à part la tendinite ou un pépin, je n’avais aucune raison de ne pas finir ce parcours de 800 km. En revanche, je ne me suis pas accordé d’arrêt total durant cette marche. Je n’ai pas cédé à la tentation de prendre un hôtel, excepté mes deux nuits à St-Jacques.

 

  De cette privation, un peu maso, j’en ai tiré un vrai bonheur. Ah oui, le bonheur au fait ? C’est une accumulation de tout petits bonheurs au quotidien. Un bel endroit pour un pique-nique, le soleil levant qui te chauffe le corps après un départ matinal glacial, le plaisir de retrouver des copains perdus de vue, le premier café aussi, ou encore le vent du soir et la chaleur comme une promesse de voir sécher sa lessive pour le lendemain. Vous l’avez compris, au delà de la randonnée, Compostelle nous offre une longue et sublime rupture avec la vie "normale", de part son caractère nomade, mais ce fut aussi une occasion unique de renouer avec ces plaisirs anodins nés du manque de confort, et ce dépouillement volontaire du superflu, de l’inutile, du clinquant, de tout ce matériel qui nous fait croire à un bonheur tellement consumériste, si superficiel. Il faut parfois de l’effort pour s’en rendre compte. La traversée de la Meseta en est un bel exemple. N’exagérons pas, ce n’est pas une traversée du désert, mais une semaine de marche dans une plaine battue par le vent, la pluie, et peu de refuges. Le chemin semble ici interminable, et l’on guette sa fin sans cesse. Peut-être après le prochain vallon je verrai le clocher de l’église du village ? Et non ! Je regardais régulièrement mon podomètre Décathlon (si peu précis), les kilomètres semblaient si longs. St Jacques nous mettrait-il à l’épreuve, nous les pèlerins modernes ? Je songeais alors à ces hommes au Xe siècle, si dénudés, si vulnérables, qui se lançaient sur le chemin. Puis un matin, je suis enfin arrivé en Galice, et ce fut un choc. Saint-Jacques m’offrait une récompense pour me remercier de ma patience, de mon modeste courage d’avoir plaqué mon confort, mon backgammon, et de venir vers lui avec le bagage léger et l’esprit libre. J’arrivais dans une espèce de paradis verdoyant sous le soleil. Des ruisseaux, des troupeaux, des clairières, des chemins abrités dans la forêt. Et ici, de petits villages avec leur place paisible, une fontaine, parfois un bar ou une épicerie, et une chapelle romane, ou encore un modeste cimetière rempli des caveaux en surface, comme des boîtes empilées.

 

  Les journées vers Compostelle passent incroyablement vite. Une fois le rythme pris, elles s’enchaînent avec fatigue, mais sans la douleur des premiers jours. Pour s‘occuper le soir, on consulte son guide, on planifie l’étape du lendemain en mesurant la distance, le dénivelé, en consultant la liste des albergues potentielles, les panoramas intéressants. Sur ce dernier point, il est bon de préciser que le tracé du chemin de Compostelle n’a plus rien à voir avec celui d’origine. Les autoroutes ont modifié le décor, et les flèches jaunes des aubergistes invitent souvent le pèlerin à modifier sa route. Le pire reste sans aucun doute les échangeurs d’autoroute, les bordures des aéroports, notamment celui de Burgos. L’entrée des villes, avec leurs banlieues sans âmes, n’est pas non plus très palpitante. On apprécie encore plus le moment de pénétrer dans les vieux quartiers. Cela fait partie du chemin. Il m’est arrivé de me paumer en ville, en perdant les repères. Alors je demandais mon chemin à des passants. Certains me fournirent des informations exactes, d’autres confondaient la route et le chemin vers mon but. Résultat : je me payais 8 km de nationale avant de rejoindre enfin le sentier pédestre balisé !

 

  Les moments forts.

 

  Orisson: le premier refuge.

  L’arrivée à la gare de Saint-Jean-Pied-de-Port constitue déjà un moment intéressant. A cause de travaux sur les voies, le train est remplacé par un bus, c‘est donc par la route que les futurs pèlerins débarquent. On remonte tous en file jusqu’au bureau des Amis de Saint-Jacques, et chacun se disperse dans les pensions ou auberges. Première nuit en guise de veillée d’armes. Puis autre nuit à Orisson, avec le premier dortoir, le premier pot avec les autres en toute spontanéité.

 

  La Meseta: moral en voie de désertification.

  Après une étape plutôt sympathique à Burgos, avec sa cathédrale, son quartier ancien, ses bars et autres restaus pour pèlerins, le Camino Francés vous invite à 7 jours de marche au milieu de nulle part, avec un ventilateur de face, éventuellement un brumisateur "made in Bretagne" .

 

  La Croix de Fer: séquence émotion.

  A mi-parcours, le pèlerin tombe sur cette croix sur un monticule de cailloux. Chacun y laisse depuis longtemps des messages, des photos, et toutes sortes d’objets, de pensées, de poids existentiels, dont il se débarrasse ici. Les gens pleurent, s’embrassent, s’agenouillent et prient. J’ai aussi succombé à cet endroit bien plus chargé en émotions que St Jacques de Compostelle.

 

  Les albergues paroissiales: l’esprit du chemin.

  Elles sont tenues par de drôles de gaillards, à la fois catholiques fervents et fêtards. Ce fut toujours un accueil chaleureux, de vrais moments de convivialité internationale. J’ai retrouvé dans ces lieux probablement l’esprit authentique du chemin. On y cuisine, dîne, joue ensemble, et chacun verse ce qu’il veut, dans la pure tradition du "Donativo", le don.

 

  L’entrée en Galice: après l’enfer, l’entrée au paradis.

  Après une semaine à se les peler, à méditer, à se demander ce qu’on fait dans la dite Meseta, l’entrée en Galice relève de la jouissance pure.

 

  Simplicité: la bière à l’arrivée, les potes retrouvés.

  J’ai souvent marché seul sans voir personne durant toute une journée, face à face avec ma boîte de sardines, ma tomate croque-sel sur les marches d’une église ou dans l’ombre d’un arbre. Quand on débarque enfin au bout de 20, 25 km dans un village, et en découvrant les copains à la terrasse du café, et qu’ils vous invitent à partager quelques tapas, la vie est vraiment belle. Simple, non ?

 

  La liberté totale, l’improvisation, l’autonomie.

  Partir seul vers Compostelle, c’est en effet un grand sentiment de liberté. Celle de marcher avec d’autres pèlerins, de se laisser distancer, de les abandonner sans aucune culpabilité. Chacun improvise ses étapes selon sa forme, son moral. Lors de cette errance en solo, on apprend ou réapprend à vivre en totale autonomie: se nourrir, se loger, se gérer.

 

  St Jacques de Compostelle et le Cap Finisterre.

  J’ai donc marché durant 800 km pour y arriver. Chacun retire la Compostela au bureau d’accueil avec une vraie fierté: je l’ai fait. Mais une fois sur place, j’ai ressenti un vrai coup de blues, celui d’arrêter ce voyage de nomade pour revenir dans "la vraie vie", la réalité et le quotidien. Alors on joue les prolongations en se rendant au Cap Finisterre, en trois jours de marche, ou en bus. Là, c’est le bout du chemin, on n’ira pas plus loin, et il faut bien rentrer.

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  PS. J’ai oublié de mentionner une chose importante dans mon récit PDF:

  OUI, j’ai été piqué par des punaises de lit ! C’est arrivé à deux jours de l’arrivée à St Jacques. Trois fois sur le même bras: double boutons rougeâtres. Une fois au cap Finisterre, j’ai fait laver tout mon linge à 90°C par l’hopistalero (certains vêtements n’ont pas aimé, bon ..). Rentré chez moi, j’ai mis sac à doc, duvet, fringues, dans un sac poubelle de 100 litres où j’ai balancé une bombe insecticide spécial punaises durant 6 heures. Affaire classée.

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                                                                       07/07/2014

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