Conseils (Charretier)

 

  http://vezelay-santiago.blogspot.fr/

                                                             ---------------------------------

  tout ce que vous avez toujours voulu savoir...

- les motivations

- les chemins

- les périodes

- les moyens

- l'accompagnement

- l'équipement (pèlerin à pied)

- le contenu du sac

- le côté pratique

- la préparation

- le budget, l'argent

- la durée

- les étapes

- l'hébergement

- la marche

- la nourriture

- les craintes

- les joies et les regrets

- les enseignements et le retour

                                               ------------------------------------------------

  Les motivations

 

  Pourquoi entreprend-t-on un jour un tel pèlerinage ? Parce que c'est à la mode ? Pour accomplir un vieux rêve ? Parce que c'est le moment ? Pour honorer un voeu ? Pour prendre du recul ? Pour dresser un bilan ? Pour se prouver quelque chose ? Pour rebondir ? Par souvenir, en mémoire de ? Pour répondre à un besoin impérieux ? Pour soi ? Pour les autres ? Pour que sais-je encore...

 

  Tous ceux qui ont arpenté le chemin un jour ont rencontré des pèlerins animés par une ou plusieurs de ces motivations.

 

  Porté par la foi, la curiosité, le besoin de dépassement, une quête de spiritualité, ou l'impérative nécessité d'un bilan, le pèlerin quittant pour la première fois son foyer, sa famille et ses habitudes durant plusieurs semaines sait qu'il s'engage dans une démarche pas toujours facile, surtout s'il a choisi de voyager seul.

 

  Selon l'itinéraire retenu, chacun dispose d'un à trois mois, parfois plus, pour tenter de faire le tour de la question - sa question - sans nécessairement y parvenir. Durant ces longs parcours, il n'est d'ailleurs pas rare que la motivation initiale évolue vers une autre, ou se démultiplie, embrassant un champ imprévu au départ.

 

  La gestion de cet autre quotidien, fait de problèmes aussi fondamentaux et triviaux que où manger et dormir, l'influence de la météo, la richesse des rencontres sans enjeu de pouvoir ou social, tissent un comportement plus détendu, où l'entraide est la première qualité humaine, fondamentale, bien loin de ce que voudraient nous faire croire tous ceux qui trouvent un profit personnel dans la compétitivité outrancière de notre société, le bénéfice pour quelques uns se faisant au détriment d'une majorité d'autres.

 

  Sur le chemin, j'ai rencontré des croyants plus ou moins fervents, des athées et des agnostiques. Des riches et célèbres partageaient le dortoir de pauvres anonymes. Mais tous fraternisaient, embarqués dans une même communion dont l'ultime but était Compostelle. C'est ça, le chemin.

                                              ------------------------------------------------------

  Les chemins

 

  Historiquement, le chemin prenait sa source devant la porte du pèlerin. C'est encore vrai de nos jours, même si cette tradition est mieux respectée des habitants du nord de l'Europe.

 

  On peut aussi partir d'un lieu symbolique pour soi, ou d'un endroit pratique pour la majorité d'un groupe de pèlerins voyageant ensemble. Plus que le choix du point de départ, c'est bien l'acte de départ qui revêt de l'importance.

 

  Puis, après une sorte de parcours de ralliement, les pèlerins cheminant en France rejoignent l'une des quatre grandes voies que sont :

  - la via Turonensis (ou voie de Tours), qui draine Paris, la façade atlantique et les européens du nord.

  - la via Lemovicensis (ou voie de Vézelay), fréquentée par le reste des nordistes et les européens du nord-est (Pologne, etc...).

  - la via Podensis (ou voie historique - voie du Puy-en-Velay), très usitée par les Français et rassemblant les européens de l'est.

  - la via Tolosana (ou voie d'Arles), intéressant les méditerranéens.

 

  Les trois premières voies se rejoignent à Ostabat, juste avant Saint-Jean-Pied-de-Port; la dernière aboutit au col du Somport. Puis vient le franchissement des Pyrénées.

 

  Côté espagnol, plusieurs voies existent également :

- le camino francés (voie venant de France par le col de Roncevaux), le plus fréquenté, la voie royale, directe vers l'ouest jusqu'à Santiago.

- le camino del Norte (voie longeant l'Atlantique au nord de l'Espagne), plus difficile et sauvage.

- le camino Mozarabe (via de la Plata), venant de Séville.

- le camino del Levante, reliant Valence à la via de la Plata par la Castille.

 

  Enfin, au Portugal, un chemin existe auss, passant par Fatima:

- la via Lusitana (ou chemin portugais).

 

  Il est bien évident qu'entre la grande époque de la création du pèlerinage au 10ème siècle jusqu'à son déclin progressif au 15ème siècle, suivi de sa renaissance dans les années 70-80, le paysage et le tracé des routes a quelque peu changé. De plus, à l'époque médiévale, la cartographie avait encore quelques progrès à accomplir, et le GPS n'était pas la priorité du moment. En fait, on se déplaçait en allant d'une abbaye à un monastère, d'une église à une basilique, d'un hospice géré par des religieux à un havre où se pratiquait la charité.

 

  Celle-ci trouvait souvent sa contrepartie sous la forme d'un temps de travail à accomplir pour le bénéfice de l'hospitalier. C'est ainsi que l'on vit fleurir un peu partout des reliques, réelles, inventées, voire volées, prétextes à détourner le pèlerin du chemin le plus direct; une sorte de contrat moral gagnant-gagnant.

 

  Cette pratique connaît des survivances à travers des bouts de chemin qui tentent de percer de nos jours encore. Religion, commerce et renom des cités ont toujours fait bon ménage dans un bon esprit d'intérêt bien compris.

 

  On comprend donc bien qu'il est illusoire de se lancer sur le chemin en caressant le rêve de poser ses pas dans les empreintes laissées par les pèlerins de la grande époque. En fait, on poursuit un but identique, on suit un itinéraire commun, mais le chemin concret s'est adapté aux contraintes et aux évolutions, comme ce fut le cas sans doute tout au long du Moyen-Age.

 

  Tout le talent des nombreux bénévoles, participant à la relance des parcours et à leur balisage, consiste à faire au mieux pour que le pèlerin vive une expérience dans la nature et le calme, ingrédients nécessaires au cheminement mental, au détriment des routes plus directes qu'empruntaient probablement nos prédécesseurs avant qu'on ait inventé les voitures. Qu'ils en soient remerciés, car ils contribuent ainsi au maintien de l'esprit du chemin.

                                        --------------------------------------------------

  Les périodes

 

  On peut bien sûr faire les chemins en toute saison, à partir du moment où on en connaît les contraintes, et qu'on se sent apte à y faire face. Quelles sont ces contraintes ? Essentiellement deux, dont découlent toutes  les autres.

 

  1 - la durée:

  Les chemins en France et en Espagne nécessitant d'ordinaire de 4 à 5 semaines chacun, il faut prévoir une durée totale de 2 à 2,5 mois. Pour les pèlerins venant de l'Europe du nord ou de l'est, il n'est pas rare de rester 4 à 5 mois sur le chemin, sans compter ceux qui font l'aller-retour !

 

  2- la saison:

  En hiver, il fait froid, donc le sac à dos est généralement chargé d'affaires plus lourdes; il pleut plus souvent; le brouillard est plus fréquent, et la neige est présente. Les conditions de marche sur les chemins sont difficiles et nécessitent une bonne forme physique et une bonne santé. En contrepartie, tranquillité garantie et conditions propices pour de belles photos originales. L'hébergement pèlerin traditionnel sera la plupart du temps fermé.

 

  Au printemps, il fait encore froid aux départs du nord, et il peut faire très chaud à l'arrivée sur le camino francés. La nature est en fleurs et les feuillages poussent; les journées s'allongent, jusqu'à 23 h à Fisterra; il n'y a pas trop de monde jusqu'en juin; tous les hébergements sont ouverts sans être complets. On peut envisager de marcher sans problème l'après-midi, et même en arrivant à 20 h dans des lieux improbables, sous la pluie, on trouve encore de la place (ça sent le vécu, ça). Il n'est pas nécessaire de s'affoler dès 5 h du matin pour être certain d'arriver à l'étape avant le voisin, de peur de manquer de place ou d'être mal situé - vous avez dit "esprit pèlerin"? - mais c'est comme tout, il n'est pas uniformément distribué !

 

  L'été, choix le plus souvent imposé par les contingences du travail ou le rythme scolaire, n'est pas la saison la plus facile. Le sac à dos et les vêtements sont plus légers, mais fatigue due à la chaleur et insolations ou déshydratations sont au rendez-vous. Il faudra partir tôt et s'arrêter avant midi, particulièrement en Espagne. La première auberge rencontrée affichera souvent complet, et il faudra poursuivre sous un soleil mordant. Les petites pluies douces printanières céderont la place aux précipitations orageuses et soudaines de fin août.

 

  L'automne voit la fréquentation nettement baisser. Les pluies et la fraîcheur reviennent, tandis que les jours raccourcissent. Il y a du spleen dans l'air, et ça peut se marier assez bien avec la quête du pèlerinage. Attention cependant à la fermeture progressive des hébergements et albergues, qui influencera les étapes et le ravitaillement.

 

  Ces contraintes, sans être rébarbatives, sont à prendre en considération, car, comme pour toute contrainte, ce n'est pas tant son ampleur que son côté répétitif qui génère de la fatigue allant jusqu'à la rupture. Il est clair qu'une semaine de chemin en hiver ne sera pas trop pénible, alors que deux mois en décembre-janvier avec traversé des Pyrénées demandera une toute autre préparation physique et mentale.

                                     --------------------------------------------------------

  Les moyens

 

  On peut faire le chemin à pied (recommandé), à vélo, à cheval, ou en voiture (déconseillé). On peut être assisté de son âne, de son chien, d'une voiture ou d'un chariot.

 

  Tous les moyens utilisés par le pèlerin sont acceptables, dès lors qu'ils servent l'esprit du pèlerinage, réclamant un certain effort, une ambition de dépassement de soi, une quête spirituelle, la recherche d'une certaine authenticité... Sinon, il s'agit plutôt d'une jolie randonnée sur des chemins mythiques.

 

  Le parcours à pied, le plus respectueux de la tradition, impose le port d'un sac à dos toujours trop lourd, mais également signe de reconnaissance entre pèlerins. Qu'on l'aborde dans l'effort ou au rythme de la balade, la marche favorise l’introspection, et n'est porteuse d'aucune contrainte lorsqu'on s'arrête. On pose le sac et on souffle. Elle se paie souvent d'ampoules et de mal aux épaules, parfois de tendinite, mais a pour elle sa facilité de gestion et la modicité de son coût.

 

  Le voyage à vélo permet de diviser la durée du parcours par deux ou trois, et évite le port du sac à dos. Il faut pour cela disposer d'un bon vélo tout terrain doté de suspension et de solides sacoches. Le poids de l'engin tout équipé en surprend plus d'un, et il n'est pas ridicule d'envisager l'assistance électrique. Le souci sera alors de pouvoir recharger la batterie, mais c'est faisable. En revanche, les étapes seront souvent différentes de celles suivies par les marcheurs. On fréquentera moins souvent les petits sous-bois en France, et davantage les routes, ce qui est particulièrement pénible par temps de pluie, copieusement arrosé par les voitures. Les amateurs de photographie perdront aussi une partie des arrêts spontanés que peuvent s'offrir les piétons. Un ancien pèlerin à pied converti au vélo pour un problème de santé m'a avoué qu'il trouvait le chemin beaucoup moins intéressant avec beaucoup trop de goudron.

 

  Le voyage en voiture, quant à lui, ne relève ni de la boutade ni de la provocation, et se pratique de trois manières au moins. Bien sûr, il ne s'agit en aucune façon de suivre l’itinéraire confortablement installé avec la clim.

  La  première manière consiste à être accompagné d'un véhicule avec chauffeur pour le transport des bagages, voire pour dormir lorsqu'il s'agit d'un camping-car. Si cela résout les soucis d'hébergement, on a malheureusement l'impression de rentrer à la maison chaque soir, et adieu à la variété des gîtes, aux rencontres que l'on y fait, et à la fraternité des repas partagés.

  La deuxième conduit à emprunter un bus ou à faire de l'auto-stop pour raccourcir une étape ou en éviter une autre. C'est parfois bienvenu en cas de problème de santé, ou pour rattraper un pèlerin plus avant, ou encore sous la contrainte d'un billet de retour impératif. Mais est-ce bien raisonnable de prendre un véhicule pour s'affranchir d'un passage jugé peu intéressant ? A ce titre, ça devient très tendance de traverser la longue zone industrielle située à l'entrée nord de Burgos autrement qu'à pied. Certes, ce n'est pas joyeux, mais il me semble que le pèlerinage n'est pas un projet touristique avec sites merveilleux et soleil garanti. Et puis, le coeur de Burgos et sa cathédrale vous font tout oublier en cinq minutes. Réconfort après l'effort.

  La dernière forme d'utilisation d'un véhicule se pratique surtout aux alentours de Saint-Jacques-de-Compostelle, où de multiples opérateurs vous proposent de prendre en charge vos sacs (les retrouver en temps et en lieu n'est pas toujours évident), et vous-même parfois (bien tentant lorsqu'il pleut). On voit aussi des voitures déposant des "pèlerins", surtout espagnols, d'entrée de ville en entrée de ville, pour recueillir les précieux tampons sur leur crédentiale sans fournir trop d'effort ni de temps. C'est assez ridicule, car sans véritable intérêt, même si certains attribuent une valeur au fait de pouvoir marquer sur leur CV qu'ils ont "fait Compostelle".

 

  Le voyage à cheval, lui, est très particulier et assez rare. Il réclame bien sûr des compétences de cavalier spécifiques à la randonnée, mais aussi une attention rigoureuse aux besoins de l'animal (évitement des villes, nourriture, enclos, abri).Il s'adresse aux passionnés ayant déjà une certaine pratique de la randonnée, car le voyage est aussi long qu'à pied, et il ne faut pas s'imaginer régler ainsi le problème des bagages excédentaires, dont l'équipement du cheval, à moins de se déplacer à pied à côté de lui ou de disposer d'un percheron ! La préparation du pèlerinage demande des mois, et d'excellents site sur Internet tels que "par monts et par vaux" délivrent des informations très intéressantes pour les passionnés ou les simples curieux.

 

  Le voyage avec un âne, pour sa part, vous évitera le port des bagages et vous créditera d'emblée d'un fort capital de sympathie auprès des habitants et surtout des enfants. Mais ne lui demandez pas en plus de vous porter, chacun sa part du chemin ! N'oubliez surtout pas qu'un âne n'est pas bête du tout, qu'il apprend très vite qui est le dominant du couple homme-bête (seul l'homme se berce parfois d'illusion), qu'il est têtu au-delà de l'imaginable, et qu'il sait se venger de ce qui lui a déplu par de brusques ruades dangereuses. Ceci dit, quand on sait s'y prendre, on trouve en sa présence un compagnon de route très attachant, dont les besoins spécifiques sont assez proches de ceux du cheval. Il faut aussi se souvenir que le braiment de l'animal en pleine nuit le fait diversement apprécier à proximité des auberges.

 

  Dernière solution pour pèleriner léger, utiliser un chariot. Mono-roue (plus passe-partout) ou bi-roue (plus stable naturellement), il est relié au pèlerin par un harnais. Le poids est ainsi essentiellement supporté par la ou les roues, alors que le bassin sert à la traction. C'est la solution pour tous ceux qui ne peuvent porter de sac à dos, mais elle se paie d'une perte de facilité de déplacement. D'autre part, on peut le trouver encombrant en ville, très gênant dans les escaliers, et parfois rocambolesque dans les passages étroits du chemin ou dans les raidillons empierrés souvent rencontrés.

                                          -------------------------------------------------------

  L'accompagnement

 

  Avec qui partir ? c'est la grande question. Faut-il voyager seul ou avec une personne connue ou inconnue ? Faut-il jouer la sécurité du groupe, du voyage organisé ?

 

  Pour y voir plus clair, on peut se baser sur des données objectives: nombreux récits de pèlerinage accessibles sur la toile; itinéraires faisant l'objet de guides en tout genre signalant hébergements, commerces et services; nombreuses possibilités d'acquérir des connaissances de base en matière d'organisation de son sac, de sa route et de sa préparation physique; impossibilité de se perdre sur le chemin du Puy-en-Velay et sur le Camino Francés; fausse barrière de la langue en Espagne, car on peut acquérir des rudiments d'espagnol sur des sites internet gratuits, et nos voisins transpyrénéens parlent souvent français; et enfin disparition quasi totale des bandits de grands chemins !

 

  Interviennent ensuite les données subjectives. Aurai-je le courage ? Que vais-je faire en cas de problème dans un pays étranger ? Suis-je capable mentalement et physiquement ? Se lancer dans ce qui passe toujours pour une grande aventure - j'entends par là faire au moins quatre semaines de chemin - fait passer le pèlerin impétrant pour quelqu'un de courageux, voire d'aventurier. Autant se l'avouer, la crainte de l'échec assorti du retour piteux chez soi constitue un frein. Et pourtant, n'est-ce pas ce risque permanent qui fait un peu du sel et de la grandeur du pèlerinage ? "A vaincre sans effort, on ne tire aucune gloire". En réalité, il est à la portée de toute personne, nul besoin d'être jeune, sportif ou baroudeur. Il faut tout simplement oser. Et n'oubliez pas la grande solidarité des compagnons du chemin qui seront toujours là pour vous assister, du moins sur les chemins fréquentés rappelés ci-dessus.

 

  Au bilan, on peut partir seul facilement sur la voie du Puy et le Camino Francés. La voie de Vézelay réclame un peu plus d'attention, mais c'est faisable aussi. D'autres chemins comme le Camino del Norte nécessitent une bonne forme physique si on ne veut pas que ça s'éternise, et les auberges et gîtes sont moins fréquents. Le voyage en solitaire est une excellente façon de questionner les motivations qui ont présidé au pèlerinage, et si possible d'y apporter des réponses.

 

  Partager le chemin avec un compagnon ou une compagne feront que les coups de blues - presque inévitables - passeront plus facilement, à condition de bien s'entendre, et on peut encore méditer sur le chemin si on n'est pas trop bavard. Il faut être d'accord sur des points aussi essentiels que l'heure du lever, le rythme de la marche, la durée de l'étape, le bavardage, ou encore les repas (restaurant ou pas). Pas toujours facile durant des semaines de cohabitation, mais ça peut aussi servir d'expérience rendant plus souple.

 

  En revanche, en groupe d'amis ou en voyage organisé, ça se transforme facilement en rando. On parle beaucoup (trop ?), et les arrêts photos ou contemplations se font moins spontanés et plus consensuels. On vit et on mange au rythme du groupe. A table règne bien souvent le même esprit grégaire. Côté positif, on est pris en charge par le groupe; côté négatif, on perd une bonne occasion de renforcer son autonomie et sa confiance en soi.

 

  Autre compagnon possible pour le chemin: son chien. A priori, il peut sembler rassurant et agréable de cheminer avec, mais en réalité il sera plutôt comme un petit enfant auquel il faudra être attentif; c'est un souci supplémentaire. Grand et entraîné aux longues parties de campagne, il aura plus de facilité que petit, un peu gras et habitué des journées télé en appartement. Cela ne le mettra pas à l'abri de souffrir de la chaleur, de l'usure des coussinets sur les routes, de l'effort quotidiennement répété... Mais c'est au niveau de l'hébergement que ça devient plus délicat, les animaux de compagnie n'étant pas admis dans les dortoirs. Sans doute la raison pour laquelle je n'ai vu qu'un pèlerin avec un chien en deux mois.

                                        --------------------------------------------------------

  L'équipement (pèlerin à pied)

 

  1 - le sac à dos

  A tout seigneur, tout honneur: commençons par le sac à dos. Acquérir, si ce n'est déjà fait, un sac à dos moderne. Ils sont légers (parfois moins d'un kilo), confortables, réglables en tout sens, et pourvus de sangles, poches et filets. La capacité couramment utilisée va de 40 à 45 l.

 

  Un tel volume raisonnablement rempli représente une charge totale de 8 à 10 kg, soit un rapport poids du sac/poids de l'individu situé dans une fourchette de 15 à 20 %, cette dernière valeur étant une limite à ne pas dépasser pour les personnes de gabarit et entraînement courants. Ne pas se fier aux sorties d'entraînement faites avant le départ, car l'excédent de poids ne se fera sentir qu'au bout de plusieurs jours de marche répétée avec des conséquences sur le dos, les genoux et les chevilles. Pour réduire le poids transporté sur un itinéraire conduisant des frimas du nord de la France à la chaleur de la Meseta, on peut se faire expédier en poste restante à Saint-Jean-Pied-de-Port les affaires nécessaires pour l'Espagne (de l'autre côté de la frontière c'est nettement plus cher), et renvoyer chez soi celles devenues inutiles (pour ma part, j'ai gagné 1,5 kg). A noter que certains sacs s'ouvrant par le dessus, comme tous, s'ouvrent également par la face apparente lorsqu'ils sont poser à plat sur le sol, un peu comme une valise. Extrêmement pratique pour trouver sans problème ce qui est d'ordinaire caché au fond, et qui, autrement, nécessite de vider tout le contenu.

 

  2 - le duvet

  Sur le haut du sac, on sangle en général le duvet. Les refuges étant chauffés et pourvus presque tout le temps de couvertures, inutiles de prendre un modèle -10 °C, lourd et encombrant, même si vous êtes frileux. En mi-saison, je n'ai utilisé que 3 fois mon duvet +10 °C, et le reste du temps l'équipement mis à disposition. En revanche, un sac à dodo en soie (très léger et doux) est très utile, et s'est révélé suffisant à lui seul pour toutes les étapes du Camino Francés.

 

  3 - la ceinture-banane

  En complément du sac, la ceinture banane plus ou moins sophistiquée permet d'avoir à portée de main devant soi et en sécurité, papiers, argent, couteau suisse, appareil photo ou caméra, gourde, en-cas, guide (1 à 2 kg en plus mais pas sur le dos). Tout ce qui peut être nécessaire est toujours accessible sans devoir poser le sac, et il y a un meilleur équilibre sur le corps. Une autre solution consiste à avoir deux sacs à dos plus petits, l'un derrière et l'autre devant. A l'usage, c'est peu pratique, et je pense qu'il vaut mieux se focaliser sur l'allégement d'un seul sac.

 

  4 - Les chaussures

  Vaste sujet ! On trouve de tout sur le chemin, de la montagnarde aux tongs. Pour orienter son choix, songer qu'en France et en Espagne, la quasi totalité du pèlerinage s'effectue sur du bitume et des sentiers. Quelques passages sont rocailleux, mais ne relèvent pas de l'escalade. Toutefois, par temps de pluie, ils deviennent glissants. Utiliser des chaussures de marche modernes présente les avantages suivants: souplesse des matières utilisées, relative étanchéité à la pluie, respiration, solide liaison entre semelle et dessus de la chaussure, confort à la marche, semelle antidérapante. Lors d'un achat, essayer absolument avec les chaussettes qui seront utilisées, mais inutile de prendre une pointure au-dessus en prévision d'un possible gonflement des pieds qui ne se produit pas si on marche raisonnablement. Par contre, cette pointure au-dessus fera que le pied glissera en permanence, entraînant fatigue et frottement, donc ampoules. De même, trop petit générera des ampoules à d'autres endroits. On peut aussi prendre un peu trop grand (préférable à trop petit), et compenser avec une semelle intérieure.

 

  Ensuite, chaussure haute ou basse ? La chaussure de randonnée haute protège les malléoles des chocs et des griffures, mais ne tient pas le pied. Soyons réaliste, elle n'évitera pas l'entorse. Il faut alors passer à la chaussure de montagne, plus raide, plus lourde et retenant la chaleur, toutes conditions conduisant très vite aux ampoules sur les chemins chauds de l'Espagne. Si votre choix vous porte vers la randonnée haute, vérifiez au toucher que le tissu du doublage intérieur ne cache pas une couture au niveau des chevilles, indolore au début mais qui vous blessera la peau en moins d'une journée (vécu hors chemin). A vrai dire, une large majorité de pèlerins vont en chaussures basses.

 

  Enfin, si les chaussures sont dites respirantes, elles savent aussi être inondées par pluie persistante, mais elles ont trois qualités dues à l'absence de cuir: elles ne se déforment pas, les soudures et les coutures tiennent, et on peut les sécher près du feu ou sur le radiateur (pas de fendillement de la matière), et ça, c'est important.

 

  Elles n'ont pas besoin non plus de se faire à nos pieds en raison des matières utilisées (comme pour les voitures, le rodage n'est plus nécessaire, sauf celui des pieds !). Les miennes, modèle de base à moins de 70 €, présentent des traces superficielles d'usure sous la semelle, en bout, ainsi que sur la semelle intérieure, après 2000 km, mais sont comme neuves pour tout le reste: aspect, forme, coutures, lacets. Les mauvaises langues y décèlent même un supplément: l'odeur ! mais ce sont de mauvaises langues...

 

  Une alternative quand il fait chaud, l'usage de sandales de qualité avec semelles synthétiques antidérapantes. Les pieds sont aérés, et si les ampoules sont donc moins à craindre, porter cependant attention aux gerçures par déshydratation sur les chemins poussiéreux (remèdes: baumes, chaussettes de randonnées).

 

  5 - les bâtons

  Les bâtons sont pour certains un complément indispensable pour rythmer la marche ou servir d'appui. En aluminium ou en carbone, ils ont détrôné le traditionnel bourdon de bois qui servait à l'époque lointaine de défense contre les chiens et les brigands.

 

  A mon avis, et compte tenu des terrains rencontrés, ils me paraissent totalement superflus, sauf dans de très rares cas de chemin inondé et glissant (rencontré une fois en Galice), où ils permettent une bonne stabilité en doublant les points d'appui naturels. Le reste du temps, ils obligent à marcher les bras fléchis alors que, libres, ceux-ci constituent un balancier naturel très efficace (c'est fait pour !). Dans le cas d'un bon marcheur, ils constituent même une véritable gêne bridant l'effort, et il faut porter les 1 à 2 kg de poids supplémentaires. En dernier lieu, je ne trouvais rien de plus horripilant que d'être à proximité de pèlerins dont les bâtons ferrés tintaient allègrement sur les pavés ou l'enrobé dans la cacophonie la plus totale.

                                          ------------------------------------------------------------

  Le contenu du sac

 

  A titre d'exemple, voici la liste de mes bagages avec (en orange) ce qui a peu servi, et (en rouge) ce qui n'a jamais servi :

 

  dans et sur le sac en vrac :

- 1 pyjama - (peu servi)

- 2 paires de chaussettes de randonnée, souples et absorbantes

- 2 slips classiques (pas des minis ou des strings pour éviter les irritations)

- 2 tee-shirts à manche longues (dont 1 porté)

- 2 pantalons (dont 1 sur moi)

- 2 shorts - (jamais servi)

- 1 casquette (moins sensible au vent que le chapeau)

- 1 paire de gants chauds - (peu servi)

- 1 K-way (veste) (le pantalon n'a jamais servi)

- 1 blouson polaire (sur mon dos ou sur le sac)

- 1 pull léger - (jamais servi)

- 1 pull moyen

- 1 pull épais - (jamais servi)

- 1 mouchoir tissu + des papiers

- 1 paire de sandales (utiles le soir)

- 1 serviette sèche-vite de taille moyenne

- 1 sac à dodo

- 1 rouleau de papier toilette

- 1 taie d'oreiller

- 1 sac de couchage + 10°C (sur le haut du sac)

- 1 assiette plastique - (jamais servi)

- 1 petite cuiller en métal

 

  dans la trousse de toilette :

- brosse à dents

- dentifrice

- lessive en tube

- gant sèche-vite

- gel douche 3 en 1 (douche, cheveu, rasage)

- brosse à cheveux

- petits ciseaux

- lentilles (2 paires d'avance)

- nécessaire pour lentilles (existe en petit conditionnement)

 

  dans la trousse à pharmacie :

- pansements (protection ampoules) - (peu servi)

- pulvérisateur de désinfectant (idem) - (peu servi)

- voltarène - (jamais servi)

- mercurius 5 CH - (jamais servi)

- arnica 5 CH - (peu servi)

- 2 épingles à nourrice

- 1 talc - (jamais servi)

- coton-tiges

- rasoir mécanique + lames

- biafine - (jamais servi)

- boules quiès

 

  dans la ceinture ventrale :

- carte d'identité

- carte bleue

- billet de transport + titre de réduction

- carte européenne d'assurance maladie

- crédentiale

- argent

- porte-monnaie

 

  et pour compléter car il en manque :

- appareil photo + cartes SD

- lunettes de soleil

- gourde métallique 0,5 l avec sac isolant (très efficace)

- 5 m de fil à linge - (peu servi)

- 6 pinces à linge - (peu servi)

- carnet de notes avec stylo et adresses pour les cartes postales

- téléphone portable

- chargeurs (photo,  téléphone, etc...)

- couteau suisse

- guide de conversation espagnol

- 2 guides du chemin

- montre-réveil lumineuse

- lampe frontale - (peu servi)

- 1 pochette plastique étanche au format A5 pour lire les guides sous la pluie

 

  Et avec tout ça, on s'étonne que le poids total soit de 10 kg pour le sac, de 12 kg avec la ceinture et de 13,5 kg en tout !

 

  Point essentiel, le rangement. Pensez combien il est malcommode, quand vous avez la bannette du haut d'un lit superposé, de trouver la bricole indispensable glissée dieu sait où au fond du sac. Imaginez la même chose quand les lumières sont éteintes, ou les dortoirs si denses qu'on a peine à circuler entre les lits. Donc, il faut un minimum d'organisation, et les poches latérales du sac sont bien pratiques pour séparer la pharmacie, la trousse de toilette, ou encore la frontale, cette dernière si utile aux matinaux.

 

  Autre point important, la répartition des poids. Les affaires les plus lourdes seront au fond, de façon à peser sur le bassin et non sur les épaules.

 

  Et si c'était à refaire, j'apporterais les modifications suivantes:

- 2 pantalons imperméables, éventuellement shortables

- 1 polaire imperméable (pas de K-way)

- 1 seul pull (moyen)

- des sandales légères, pas pour marcher.

                       -----------------------------------------------------------------------------

  Le côté pratique

 

- la carte d'identité ou le passeport valides sont réclamés en Espagne pour les inscriptions dans les auberges.

 

- la carte européenne d'assurance maladie, qui se substitue à la carte Vitale en Europe, valable un an. Demandée auprès de la caisse d'assurance maladie, elle est reçue dans la semaine.

 

- la crédentiale, à obtenir auprès d'une association jacquaire ou auprès des autorités religieuses. Remplie à raison d'un coup de tampon quotidien (gîte, mairie, cathédrale, commerçant...), elle atteste du parcours effectué, et permet d'obtenir à Saint-Jacques-de-Compostelle la fameuse compostela, sorte de diplôme officiel remis à celui qui a effectué au moins les 100 derniers kilomètres à pied ou les 200 derniers à vélo. Il se dit qu'il faudrait depuis un an deux tampons quotidiens sur ces derniers parcours, mais on ne me les a pas demandés en juin de cette année. La compostela se retire à deux pas de la cathédrale, au 1 rua do Villar.

 

- le GPS, précis et donnant de nombreux renseignements sur les commerces et les gîtes. Les logiciels sont souvent en anglais. Si vous aimez appréhender globalement les situations et détestez taper sur des touches en permanence, choisissez le guide papier.

 

- les guides, très nombreux, mettent l'accent sur le descriptif du parcours avec plans. Ils indiquent les gîtes et les possibilités de ravitaillement et services, donnent des indications sur les régions traversées, l'historique du chemin, les monuments religieux, et sont illustrés. Les guides complets sont assez lourds (300 g), mais agréables à feuilleter; les guides simplifiés, parfois résumés à des plans, sont légers mais frustrants. Avantage du guide papier: il ne tombe pas en panne et n'a pas besoin d'être rechargé. Inconvénient: le lire sous la pluie n'est pas une sinécure; penser à le protéger dans une pochette plastique étanche qu'on peut porter autour du cou.

 

- le téléphone portable permet d'être joint ou d'appeler sans difficulté, avec coût augmenté dès qu'on quitte la France. L'indicatif 06 devient +336 vers la France et +346 vers l'Espagne. La conversion est automatique.

 

- l'appareil photo gagnera à être léger (moins de 300 g) et petit. Les gros réflex avec zoom pèsent trop sur le cou au fil des jours. On trouve de petits appareils à 15 mégapixels, filmant en HD avec zoom 10x, qui se glissent dans la poche, à portée de main et parfaitement adaptés. Leur discrétion n'est d'ailleurs pas la moindre de leur qualité.

 

- la recharge des batteries en revanche est un réel problème. Tout pèlerin arrive maintenant au gîte avec un téléphone portable, auquel est souvent joint un GPS, un appareil photo, et parfois une liseuse. La recharge n'est pas quotidienne, sauf pour le GPS, mais comment faire quand le dortoir de huit n'offre que deux ou trois prises ? Et que dire des dortoirs de 25, avec des lits au milieu de la pièce et quelques prises en périphérie ? Les premiers arrivés les mobilisent, puis oublient de retirer leurs appareils. Sans compter les risques de vol pendant les longues durées de recharge sans personne dans les lieux. Si vous emportez plus qu'un téléphone, prévoyez une multi-prise.

                                      ------------------------------------------------------------

  La préparation

  

  Elle revêt trois aspects: physique, matérielle et psychologique.

  

  Elle peut nécessiter des mois, en particulier pour le pèlerin à cheval qui doit étudier attentivement les routes (on ne traverse pas la ZI de Burgos au trot !), et les possibilités d'hébergement et de ravitaillement. Elle peut aussi se résumer à quinze jours, le temps de rassembler le nécessaire et de régler les affaires courantes. Pour ma part, dans le cadre d'une première expérience, j'ai étalé la préparation sur trois mois.

 

  La préparation physique n'est pas vraiment indispensable, et il suffit d'adapter ses étapes à ses capacités. En revanche, éviter dans ce cas de débuter le chemin par l'étape de Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncesvalles, en raison des huit premiers kilomètres à 10 % qui en ont démoli plus d'un. S'entraîner permet quand même d'améliorer son souffle et ses mollets, donc son endurance.

 

  Ça permet aussi d'endurcir ses pieds et de les roder. En effet, les chaussures en matières synthétiques ont pour elles la souplesse, gage de confort immédiat, seuls les pieds tenus prisonniers pendant des heures souffrent de l'humidité et du frottement, avec sa conséquence: l'ampoule. Pour ma part, habitué à faire du vélo, j'ai marché 1 à 2 fois par semaine durant 2 mois, débutant à 10 km pour finir à 20 km en terrain accidenté à 4 km/h de moyenne, le tout sans ampoule.

 

  Mais, sur le vrai chemin, le problème est venu des tendinites, dues aux efforts soutenus et répétés chaque jour pendant dix jours, ce qu'on ne fait pas à l'entraînement sur une journée. Au début, je souffrais un peu sur les étapes de 30 km, alors qu'au milieu de l'Espagne et malgré la chaleur, je me fixais des étapes supérieures à 40 km, avec des exceptions au-delà de 50. Preuve de l'efficacité du travail quotidien.

 

  La préparation matérielle touche la documentation à rassembler, les papiers à se procurer (carte européenne  d'assurance maladie, crédentiale), l'équipement à acheter, les rudiments d'espagnol à acquérir (gratuit par Internet). Lorsqu'on part de rien, ça prend un certain temps, mais c'est aussi une bonne préparation psychologique.

 

  En effet, cette dernière est importante si on part seul plusieurs mois. Là aussi, c'est la durée qui crée la difficulté. Il faudra pendant des semaines vivre en solitaire ou en groupe sur les chemins et dans la promiscuité des refuges, dans un confort réduit, et des contacts familiaux par téléphone. A ce titre, le portable peut se révéler une vraie nuisance, dans la mesure où on peut appeler chaque soir chez soi et dresser le compte-rendu de la journée. Ça ne favorise pas cet esprit de retraite qu'on peut rechercher dans un pèlerinage.

                                  ----------------------------------------------------------------

  Le budget, l'argent

 

  Mon pèlerinage m'a coûté environ 3200 €, se répartissant comme suit:

- matériel: 350 € (sacs, vêtements, chaussures, etc...)

- transport: 500 € (dont un aller-retour supplémentaire de Vézelay à Saint-Raphaël)

- budget quotidien en France: 40 €

- budget quotidien en Espagne: 35 €

  En France, il s'agit d'un minimum, alors qu'en Espagne on doit pouvoir faire dès 25€.

 

  Si mes dépenses quotidiennes dans chaque pays paraissent si proches, c'est qu'elles ne recouvrent pas les mêmes prestations. Sur la voie de Vézelay, les hébergements pèlerins sont rares au début, et il faut se rabattre sur les hôtels ou les chambres d'hôtes à 35 € minimum. Je compensais en mangeant des sandwiches et autres boîtes de conserve. Nettement insuffisant, et pas bon pour le moral (repas froid dans un abri-bus sous la pluie, bof...). Sanction: perte de 3 kg en 10 jours.

 

  En Espagne, comme la vie est moins chère, et que je réduisais fortement le nombre d'étapes (3 semaines de marche au lieu des 5 habituelles), j'ai réintroduit le budget disponible dans une amélioration de la cantine: restaurant pèlerin tous les soirs, puis midi et soir. Réconfortant, surtout les jours de pluie.

 

  A titre indicatif, le repas pèlerin, comprenant deux plats au choix (toujours les mêmes) + dessert au choix + vin à volonté, coûtait de 9 à 11 €, et était très correct en général, surtout en campagne. Prendre son petit-déjeuner était possible pour 3,50 à 5 euros, avec oranges pressées et croissants (!), et pour se désaltérer au soir de l'étape une bonne cerveza pression (bière espagnole) valait 1,20 à 1,50 €. L'hébergement, (rarement "donativo": montant laissé à la libéralité du pèlerin), valait de 10 à 12 €, même dans les refuges privés, avec des minima atteints en Galice autour de 5-6 €, contre 15 à 20 € en France.

 

  Et ce n'est pas au prétexte qu'on voyage à pied que l'on doit renoncer aux souvenirs. Les commerçants espagnols se feront un plaisir de vous expédier à domicile caisses de vin de la Rioja et autres souvenirs, mais là, pour le budget, faut voir...

 

  Concernant les retraits d'argent liquide, on utilise les cartes bleues classiques. On trouve des distributeurs dans toutes les villes, y compris les petites, aucun souci. Un retrait par semaine de la somme prévue pour mes dépenses me permettait de m'apercevoir sans difficulté si mon budget dérapait ou non.

                                     --------------------------------------------------------------------------

  La durée

 

  Selon la durée retenue pour le cheminement, les effets seront différents.

 

  Bien entendu, à raison de 25 à 30 km quotidiens, une semaine de marche permettra de parcourir un tronçon de 150 à 200 km, le triple à vélo. Si on dispose de 2,5 à 3 mois, le chemin sera fait en une seule fois; compter 4 à 5 mois pour les pèlerins des pays limitrophes rejoignant Santiago depuis chez eux, chose courante dans les pays nordiques.

 

  Ce sont là les effets purement comptables de la mise bout à bout d'une infinité de petits pas dont, c'est bien connu, seul le premier coûte. Quoique, avec les tendinites...

 

  La deuxième série d'effets est plus psychologique.

 

- une semaine naît dans le plaisir de l'aventure, et se termine rapidement en repensant au train pour rentrer, au travail de la semaine prochaine, etc... Le même ressenti qu'à chaque semaine de vacances prise durant son année de labeur. Avantage: on n'a pas vraiment le temps de connaître les premières souffrances physiques, ou peu; inconvénient: on n'a pas non plus le temps de prendre du recul, de s'abandonner dans le pèlerinage.

 

- avec deux semaines, on dispose du temps nécessaire pour se déconnecter, prendre du recul, et on fait un bon bout du chemin. On renforce aussi l'organisme, ce qui hélas ne met pas à l'abri des redoutées tendinites. Le rythme commence à s'installer.

 

- trois à quatre semaines devant soi permettent d'envisager la totalité d'un chemin français ou espagnol. Le rythme est là, le déroulement quotidien ménageant ses surprises berce les étapes, l'immersion dans le pèlerinage est totale. Le corps est aguerri si on a été progressif dans l'effort, les ampoules se font oublier, et le sac paraît moins lourd. Libéré des contraintes de la "vraie vie", l'esprit se rend perméable aux rencontres, aux réflexions, à ses quêtes diverses.  C'est vrai, à condition toutefois de ne pas répondre à tout moment au téléphone portable, ce qui se voit parfois. On vit des moments de pur plaisir renvoyant à l'insouciance enfantine. Au bout du compte, au bonheur d'avoir vécu quelque chose de différent se mêle la contrariété du retour au normal. C'est promis, on reviendra.

 

- sans limite de temps, on vit toutes les étapes ci-dessus en ayant ensuite l'esprit happé par l'arrivée à Santiago (les 100 derniers kilomètres sont plus ou moins balisés régulièrement). De la corne s'est installée sous les pieds, les étapes s'allongent à 50 km, on mène une vie de pèlerin, une vie de chemineau, le vagabondage en moins. Parvenu à Saint-Jacques, on se dit: "voilà, c'est fini, et maintenant ?" .Et puis on prolonge, on poursuit vers Fisterra, là où il faut bien s'arrêter. C'est alors qu'on prend vraiment conscience que tout a une fin, qu'en principe il faut rentrer. Certains ne rentreront jamais, enchaînant vers d'autres chemins; d'autres feront le retour à pied, histoire de poursuivre cette fantastique aventure; d'autres encore se promettront de revenir pour l'ambiance, pour les moments de joie, pour la foi.

 

  Ainsi, de la simple semaine, hésitant entre pèlerinage et randonnée, au voyage au long cours survolant plusieurs mois et s'enfonçant dans l'essence du chemin, chacun peut rapporter de sa pérégrination un morceau de la magie du Camino.

                                 -----------------------------------------------------------------------

  Les étapes

 

  Pour le pèlerin à pied, une longueur moyenne de 25 km est prise comme base quotidienne d'étape. A une vitesse de 4 km/h, ça représente 6 heures de marche, ce qui en inquiète plus d'un, surtout avec un sac sur le dos. Au demeurant, c'est tout à fait raisonnable, et il n'est pas nécessaire pour tenir ce rythme d'être sportif ou jeune, il suffit d'être en bonne santé. Quant bien même celle-ci serait déficiente, il suffit de réduire la longueur des étapes, et de se ménager dans les passages plus difficiles pour pouvoir accomplir ce pèlerinage.

 

  Au départ de Vézelay, j'ai discuté avec l'hospitalier, sportif et âgé, qui me racontait son pèlerinage depuis les pays baltes à raison de 45 km par jour, alors qu'il avait déjà 70 ans. Ça me paraissait ahurissant. Pour ma part, avec ma soixantaine sportive, il ne m'avait fallu que 10 jours et 270 km pour hériter de deux tendinites. Mais après repos et réflexion, l'expérience de ces 10 jours digérée, je suis reparti pour atteindre au bout d'un mois des étapes de 40/45 km, avec 50 et 60 franchis en terrain plat, et 55 km en Galice, région pas vraiment réputée pour son absence de relief. Donc, c'est faisable.

 

  Dans les guides, la longueur des étapes proposées ne peut être à géométrie variable, et les fins sont conditionnées par l'intérêt du lieu et par les possibilités d'hébergement. Après, chacun est libre d'adapter son parcours, les guides mentionnant de nombreuses possibilités intermédiaires de repos. Calquer tout son cheminement sur ceux-là conduit vite à voyager en groupe constitué, toujours le même, qu'on retrouve le soir à chaque étape. En revanche, se déphaser multiplie les rencontres. A chacun de voir selon son humeur.

 

  L'étape standardisée permet aussi de ne marcher que le matin, donc avant les grosses chaleurs en été, et laisse du temps pour visiter les villes. Cependant, beaucoup d'auberges espagnoles ouvrent vers 16 h, aussi les visites se feront sac au dos en début d'après-midi. Ensuite, c'est la bousculade pour le choix des lits en dortoir, le passage à la douche, le lavage du linge, et l'accès aux prises électriques. Une étape beaucoup plus longue se terminant entre 16 et 18 h s'affranchit de ces inconvénients, mais laisse moins de temps pour les visites.

 

  En ce qui me concerne, j'ai toujours trouvé que la soirée était suffisante pour visiter les villages et petites villes, et qu'y ajouter une après-midi était bien trop juste pour apprécier toutes les richesses des grandes villes. Ayant fait le choix réfléchi de ne pas céder à la tentation du tourisme, j'ai préféré marcher plus longtemps chaque jour, et je conditionnais le choix du lieu d'arrivée à ma forme du moment, à la distance qui me séparait de la halte suivante, et aux possibilités d'hébergement.

 

  Ainsi, je restais concentré sur le chemin, et les moments de solitude vécus l'après-midi en Espagne figurent parmi mes plus beaux souvenirs. A bien me remémorer le parcours, ce sont même les arrivées entre 17 et 19 h qui ont été les plus belles, sans doute aussi en raison de la délivrance ressentie devant le gîte que l'on apprécie pleinement. Dans ces étapes de dix à onze heures de marche, l'esprit est tout entier tendu vers le but, atteindre Saint-Jacques, les arrêts n'étant plus dictés que par la nécessité. Plus qu'une ambition sportive ou un refus de se mélanger, c'est probablement une sorte de retraite spirituelle, une mise à distance de la société.

                                         --------------------------------------------------------------

  L'hébergement

 

  Sur les chemins peu fréquentés tels que la voie de Vézelay, il faut souvent recourir aux hôtels et aux chambres d'hôtes, pour un coût minimum en France de 30 à 35 €. En dehors des périodes habituelles (soit entre octobre/novembre et mars/avril), cela devient systématique.

 

  Solution alternative: la tente, autorisée de ce côté de la frontière et sur accord du propriétaire du terrain. Sur les GR, le bivouac (montage pour une nuit) est autorisé, mais pas le camping (plusieurs jours). C'est l'application même du principe de la grande randonnée qui prône le voyage en totale autonomie. En Espagne, le bivouac sauvage est interdit, et nombre de pèlerins non informés promènent une tente inutile et lourde, quelques jours, avant de se résigner à la renvoyer chez eux.

 

  Enfin, les gîtes et refuges (albergues en Espagne), communaux ou privés, souvent gérés par des associations jacquaires, pratiquant des prix raisonnables, de 12 à 15 € en France, et de 8 à 12 E en Espagne, avec des minima à 5 € en Galice. Le "donativo" (don), parfois pratiqué en Espagne, consiste à laisser le prix à la libre appréciation de l'usager. Devant les abus constatés, la notion de donativo s'en est trouvée parfois dévoyée, avec des donativo de 8 € minimum. Cette pratique tend à disparaître.

 

  Une des grandes questions relatives à l'hébergement est: "faut-il réserver ou non ?". En Espagne, la réponse est claire: pas de réservation, premier arrivé, premier servi. Il y a maintenant suffisamment d'albergues bien réparties le long du chemin pour faire halte dès qu'on le souhaite, au pire 5 km plus loin. Les Espagnols évitent ainsi les réservations par téléphone, non suivies d'effet, des petits "malins" réservant plusieurs endroits, de façon à être sûrs d'avoir un toit, négligeant ensuite d'annuler, et privant d'autres pèlerins d'une place, perdue également pour l'hospitalier. Cette pratique a toujours lieu en France, où des pèlerins réservent tout leur parcours au jour le jour, ou pire, avec 15 jours d'avance, façon voyage organisé. Liberté du chemin, certes, mais jamais sans mon portable ni mon planning. L'aventure encadrée, balisée.

 

  Dans le même registre, une particularité des gîtes communaux en France gérés par la ville veut qu'on prévienne la mairie la veille par téléphone. On se demande pourquoi, car le frigo n'est pas davantage rempli, et le chauffage est à mettre en route. Ainsi, quand la mairie est fermée pour un long week-end de pont, si fréquent en mai, c'est 4 jours avant qu'il faut avertir de son passage ! Ce serait si simple de laisser un n° de téléphone sur la porte, et les clés au café du coin... On retombe dans le voyage organisé, ou encore on réserve à tout va de manière à assurer. Et tant pis si c'est pour rien.

 

  En matière de confort, les gîtes sont généralement bons, et les sanitaires convenables, à de rares exceptions près qu'il faudrait muséifier dans le plus pur style moyen-âgeux. Ils sont connus, et on en parle avec gourmandise dans les gîtes suivants. Les chambres vont de 4 lits jusqu'au dortoir de plus de 25 en lits superposés. Il y a toujours au moins un ronfleur, et de rares auberges proposent des chambres spécifiques (vu une fois à Pampelune).

 

  Le rythme de vie y est immuable: arrivée, règlement et tampon sur la crédentiale, dépose des chaussures à l'entrée, prise de possession du lit, déballage des affaires, douche (vivement conseillée le soir pour éviter de partir le matin avec les pieds humides), lavage du linge et repos. Ensuite, visites, discussion avec les autres pèlerins, et repas pris à l'extérieur ou dans la cuisine collective si c'est possible. Puis ce sera le lit pour tout le monde, avec extinction, automatique ou non, de la lumière vers 22 h. Les fêtards, très rares sur le chemin, devront rentrer également, car les portes sont généralement fermées sans possibilité d'être ouvertes. Le lendemain, les plus matinaux se lèveront vers 5 h, et sortiront discrètement à la lueur de leur lampe frontale, alors que la majorité des pèlerins s'apprêtera entre 6 et 7 h. C'est étonnant comme on adopte vite ce rythme de sommeil, qui permet au printemps et en été de partir avec le soleil naissant, et d'éviter les fortes chaleurs de l'après-midi.

 

  Petits conseils pratiques pour finir: avoir un duvet + 10° C pour les lits sans couverture, un sac à dodo pour remplacer les draps inexistants, et une taie pour recouvrir les oreillers. Certains gîtes prévoient un kit drap-taie jetable, idée à priori séduisante, mais un pas de plus dans l'assistanat du pèlerin-touriste, et une source de gaspillage supplémentaire.

 

  Au-delà de tout ça, ne pas oublier que les gîtes et autres auberges sont des lieux de rencontres fantastiques, où l'on échange autour de la vie et du pèlerinage avec des gens de toute nationalité, ce qui ne peut se faire dans le confort et la quiétude des hôtels.

                                   ----------------------------------------------------------------------

  La marche

 

  A la fois source de plaisir (grand) et de souffrance (petite), la marche constitue l'essence même du pèlerinage. La pratique quotidienne et l'expérience du chemin permettent en un mois de passer de 25 km à 45 km et plus par étape. Loin de la quête sportive, de telles distances prolongent cette connivence avec la nature, les paysages, l'ambiance du chemin, et les moments de pure rêverie et de réflexions qui s'instaurent dans la durée. Parfois aussi naissait l'envie de pousser la machine très loin, jusqu'au moment où il fallait bien s’inquiéter du gîte du soir. De cette expérience de deux mois, j'ai tiré les enseignements qui suivent.

 

- même pour un bon marcheur de randonnée sur un week-end, commencer par de petites étapes de 20 à 25 km à vitesse de 4 km/h, car c'est la répétition quotidienne pendant des jours qui use, générant ampoules et tendinites.

 

- au début, se ménager des pauses toutes les 2 h, pieds déchaussés pour les sécher. S'arrêter et sécher les pieds dès qu'on ressent la moindre petite gêne; il ne faudra pas 1/4 h de plus pour créer une ampoule.

 

- en cas de survenance et si elle ne fait pas souffrir en marchant, ne pas percer (fragilisation de la zone, source d'infection, protection nécessaire). Pour ma part, mes rares ampoules aux orteils se sont résorbées sans enlèvement de peau, sans pansement qui se décolle, et sans réelle gêne (tout au plus une journée).

 

- face aux intempéries, ne pas forcer pour maintenir l'étape prévue, mais adapter sa progression pour que l'effort reste le même.

 

- marcher dans l'herbe est plus confortable que sur la terre battue, elle-même moins fatigante que le goudron ou le béton; mais ce qui fait vraiment la différence, c'est la planéité du chemin suivi. Ainsi, on fatigue moins à marcher au milieu du goudron d'une petite route de campagne bombée que sur le bas-côté enherbé mais déformé et incliné dans tous les sens.

 

- lors des montées, incliner son corps vers l'avant. Ça présente le double avantage de déplacer son centre de gravité dans le bon sens et d'améliorer l'efficacité de la poussée sur les jambes, un peu comme les cyclistes qui s'incline sur leur vélo pour accélérer ou gagner en vitesse. Penser aussi à réduire la longueur des pas pour maintenir un effort constant malgré la pente, ce qui diminue considérablement la fatigue, la tension dans les muscles et l'essoufflement.

 

- dans les descentes, incliner son corps vers l'arrière, ce qui évite l'emballement et réduit les efforts sur les genoux pour ralentir. De plus, en cas de glissade, on se retrouve sur les fesses au lieu de terminer à plat-ventre. Le pied se posant naturellement sur les talons, il faut amortir les pas par une légère flexion des jambes, marcher en souplesse.

 

- le sac à dos bien équilibré et bien sanglé doit reposer sur le bassin et non sur les épaules, de façon à ce que les efforts ne soient pas supportés par la colonne vertébrale et ses muscles de soutien, mais par une structure osseuse forte, directement reliée aux jambes. Pour cela, il suffit de serrer la sangle ventrale du sac au niveau de la ceinture d'un pantalon, puis de régler les bretelles pour éviter les ballants en tout sens. Ainsi réglé, le sac à dos ne pèse pas plus sur les épaules lorsqu'on grimpe une côte en s'inclinant, le bassin portant la charge.

 

- marcher sous le soleil demande des précautions (crème, lunettes, casquette, etc...). Pour ma part, j'ai éliminé les risques de brûlure et les contraintes de protection souvent inefficaces en cheminant en pantalon et tee-shirt à manches longues. L'isolation est très bonne, on ne ressent pas la chaleur, et les besoins en eau sont diminués (1 l par jour durant la marche plus 1 l en dehors).

 

- marcher dans le froid fait appel au principe des trois couches superposées selon les besoins: tee-shirt, pull et veste polaire. A ce sujet, ne pas se débarrasser de sa polaire sitôt en Espagne, on sera bien content de la porter pour franchir les cols, même en été.

 

- marcher sous la pluie est très pénible au début, puis on s'y habitue. Pour s'en protéger, avoir un pantalon imperméable est bien, mais pas indispensable. Pour le haut du corps, la solution k-way vous évitera d'être trempé par la pluie, mais pas d'être détrempé par votre transpiration (le sauna en marchant). Il existe aussi des vestes polaires imperméables. Dans ces deux cas, nécessité de protéger le sac à dos par une housse, qui trop souvent couvre mal et ne joue pas correctement son rôle. Ce type de protection (corps et sac séparés) est insensible au vent et permet facilement de déposer son sac. L'autre protection utilisée est le poncho plus ou moins long qui recouvre la tête, le corps et le sac. Plus efficace en terme de protection et de sudation, il est parfois sensible au vent qui s'engouffre, et n'est pas pratique pour le dépôt du sac.

 

- l'alimentation en chemin doit être facile d'accès et ne pas nécessiter la dépose du sac, pas toujours facile dans les passages où tout est détrempé après une forte pluie.

 

- boire en marchant est indispensable. Combien de litres ? Forcément variable, entre les bavards en tee-shirt et short et les solitaires protégés du soleil. Sans aller jusqu'aux excès préconisés par certains, influencés sans doute par les préconisations des multinationales de l'eau en bouteille, il faut boire en fonction des besoins ressentis et de ses urines (couleur et quantité). L'eau pesant 1 kg/l, inutile de se surcharger, car elle est disponible tout le long du chemin espagnol, moins en France où il fait généralement moins chaud. Si vous choisissez de grandes bouteilles en plastique pour la transporter, vous devrez les placer dans les filets du sac: eau chaude garantie en moins de deux heures, et accès peu pratique. En revanche, si vous optez pour de petites gourdes métalliques, vous en placez une dans une housse légèrement isolante accrochée devant, à la ceinture du sac à dos: accès facile, protection à l'égard du soleil en Espagne, maintien de la fraîcheur. Vous en glissez une autre dans le sac sous un vêtement ou une serviette, qui restera fraîche dans l'après-midi.

                           --------------------------------------------------------------------------------

  La nourriture

 

  Cet article complète le précédent qui parlait déjà de la boisson.

 

  Durant la marche, il est nécessaire de grignoter, et chacun juge de ce qui lui convient (fruits, barres énergétiques, etc...). S'il ne faut pas poser le sac pour attraper l'en-cas, c'est parfait.

 

  A midi, il est très fréquent de faire une sorte de pique-nique, mais ne pas abuser des sandwiches, un peu justes en apport énergétique. En Espagne, le menu pèlerin à 10 €, proposé dans de nombreux restaurants, constitue une bonne alternative.

 

  Pour l'en-cas du matin et le pique-nique du midi, mieux vaut avoir fait ses courses la veille à l'étape, car le chemin est loin d'offrir partout une boutique pour les achats. A ce sujet, choisir d'acheter la quantité juste nécessaire pour le lendemain, car il est inutile de porter un poids inutile. Penser aussi à l'influence de la chaleur sur les produits achetés et transportés en haut du sac à dos.

 

  Le soir, repas chaud pris au gîte, en compagnie des autres pèlerins, avec les provisions achetées, sous réserve entre autres des horaires habituels de repas de chacun (c'est fou les décalages au sein de l'Europe: 17 h pour certains, 21 h pour d'autres), et de la présence d’ustensiles de cuisine en quantité suffisante. En France, l'hospitalier qui accueille propose presque systématiquement la préparation du repas.

 

  Autre solution partagée par nombre de pèlerins en Espagne, le dîner pèlerin pris à l'extérieur, peu varié certes, mais pas moins que le sempiternel plat de pâtes accompagné de sa charcuterie. On y fait souvent des rencontres plus enrichissantes, car le repas est moins perturbé par le brouhaha et le va-et-vient, on est servi, et on baigne dans l'ambiance espagnole.

                                   ----------------------------------------------------------------------

  Les craintes

 

  Se lancer dans un long pèlerinage entraîne forcément quelques inquiétudes, qu'on peut minimiser en préparant son parcours, surtout si on part seul.

 

  Le gîte et le couvert sont parfois difficile à trouver sur les voies les moins fréquentées, ou en dehors de la période habituelle des pèlerinages. Inutile d'emporter une tente, on trouve toujours une solution.

 

  Le risque de s'égarer existe, pas celui de se perdre, sauf peut-être dans le brouillard, parfois au passage des Pyrénées. Là aussi, les différentes voies ne sont pas logées à la même enseigne. Curieusement, c'est en ville que le balisage est le plus aléatoire, et on apprécie qu'en Espagne une bonne âme soit toujours là pour vous indiquer que vous faites fausse route, et vous renvoyer sur le chemin.

 

  Les intempéries peuvent être une source de grand déplaisir, surtout lorsqu'on a faim et qu'aucun abri n'est en vue pour faire halte. En fait, je me suis habitué très vite à marcher sous la pluie et avec le vent. Après, on voit ça comme une petite contrainte qui crée parfois de vrais désagréments: boue, pierres glissantes... Au bout d'un moment, on ne souhaite plus forcément le beau temps, mais on accepte le temps comme un élément de la nature, si belle.

 

  Les petits bobos trouvent généralement leur solution dans la trousse à pharmacie, et les zones traversées ne sont pas encore des déserts médicaux ! Quant aux ampoules et aux tendinites, ils sont en partie évitables, et sont un frein aux ardeurs, mais rarement une raison d'abandon.

 

  Les puces existent, c'est vrai, mais je n'en ai jamais rencontré. Il existe des produits et des méthodes de protection plus ou moins contraignants. Pour ma part, je me glissais tout le temps dans mon sac à dodo, et je protégeais ma tête par une taie d'oreiller posée sur celui-ci ou sur ce qui en faisait fonction.

 

  Les chiens sont craints des futurs pèlerins, surtout les espagnols. En fait, si on ne les approche pas de bon matin avant le jour, il n'y aura guère de problème. Je les ai trouvés moins nombreux en Espagne qu'en France, généralement attachés, et ceux en liberté rencontrés dans les villages étaient indolents, couchés en travers de la rue, daignant juste lever les yeux pour jauger le danger, avant de replonger dans leur sieste. En France, ce fut autre chose: aboiements incessants, agressivité derrière les clôtures des pavillons, chiens me poursuivant sur la route, toutes canines dehors.

 

  Autre souci récurrent du pèlerin: le vol. Dans les albergues et pour des raisons bien compréhensibles de responsabilité, des notes affichent une mise en garde. Inévitablement, ça peut créer un climat de craintes. Dans les faits, très nombreux sont les pèlerins qui laissent sans surveillance leurs appareils lors des recharges. Une confiance peut-être exagérée mais souhaitable règne, et comme ces appareils sont d'une grande banalité, on parie sur le désintérêt à les voler. Jugeant inutile de tenter le diable, j'emportais prudemment ma ceinture-banane contenant appareils et argent avec moi à la douche, et la glissais sous mon oreiller pour la nuit.

 

  En définitive, je crois qu'il faut faire confiance en la Providence, et les bonnes surprises du chemin sont là pour le rappeler. Si malgré tout un problème survient, cherchons d'abord si on en n'est pas le premier responsable, puis prenons ça comme une épreuve dont on tirera un enseignement. C'est bien ça la vie, non ?

                                   ------------------------------------------------------------------------

  Les joies et les regrets

 

  C'est bien connu, les soucis s'oublient et les petits bonheurs restent.

 

  Ce chemin m'a apporté beaucoup de joies, pas de celles vives, intenses, qui se consument rapidement, mais plutôt de celles qui s'inscrivent en profondeur et accompagnent le pèlerin bien au-delà de la durée du pèlerinage.

 

  La plus grande pour moi fut la liberté, l'autonomie appliquée à toutes les décisions prises dans la journée, encore plus dès lors que je me suis affranchi des étapes proposées par les guides.

 

  Il y eut aussi la beauté essentielle des paysages, fruit de la nature et du travail des gens, avec une mention toute particulière pour les paysans, insuffisamment reconnus. Je n'oublie pas non plus la magie des rencontres avec les animaux sauvages, du plus petit au plus gros.

 

  Il y eut également les petits matins, et le régal que j'éprouvais à m'éveiller au rythme de la terre, accompagné par le chant des oiseaux.

 

  Il y eut bien sûr les rencontres et les moments de partage. Peu m'importait la quantité, mais la qualité des échanges fortuits donnait corps parfois à la maxime populaire disant qu'il n'y a pas de hasard.

 

  Il y eut enfin quelques moments incroyables que je baptisais "don du ciel" en bon athée que je suis. Je pensais  au Saint-Jacques des croyants, et je remerciais la Providence. Mélange étonnant de culture, d'éducation, de croyance et de raisonnement.

 

  Avec le recul, des regrets sont apparus aussi, pas en raison du chemin, mais de mes limites. J'avais appris quelques règles de grammaire et de conjugaison pour étoffer un vocabulaire espagnol embryonnaire, mais c'était bien insuffisant pour discuter. Les échanges se sont résumées à de l'alimentaire.

 

  Les rencontres avec les autres pèlerins ont parfois été riches, et toujours trop brèves. Et par manque d'habitude ou de clairvoyance, j'ai omis de demander leur adresse à ceux que j'aurais souhaité revoir après le pèlerinage.

 

  Un dernier regret lié au caractère cosmopolite du chemin est celui du regroupement par nationalité, dès qu'un nombre suffisant de locuteurs est atteint, très fréquent en Espagne. On trouve là une bonne occasion de maudire l'enseignement des langues en France. Les Anglais n'avaient aucun effort à produire, et les Hollandais étaient à l'aise en toute circonstance. Les Français d'un certain âge étaient vite hors du coup.

                              ----------------------------------------------------------------------

  Les enseignements et le retour

 

  On découvre, on redécouvre, on apprend beaucoup de choses pendant le chemin, sur soi d'abord, sur ses présomptions, sur ses ressources, sur sa vie, sur son rapport aux êtres et aux choses.

 

  La durée du pèlerinage permet d'ancrer certaines, d'autres seront oubliées, car trop liées sans doute aux conditions si particulières de la vie de pèlerin, voire à l'état de pèlerin.

 

  J'ai dépassé ma crainte des chiens et ça dure, j'ai changé ma relation aux autres mais c'est encore fragile. J'ai renforcé ma confiance en la Providence qui m'a assez bien servi jusque là. J'ai fait des rencontres formidables, dont une semble vouloir perdurer.

 

  Mais j'ai surtout tiré de tout ça une vision radicalement améliorée des jours qui s'écoulent. Disons, pour singer les publicités, qu'AVANT, je regrettais souvent qu'une contrariété vienne inexorablement gâcher une journée qui avait été bonne. MAINTENANT, je recherche et trouve ce qui a été bénéfique dans la journée la plus mauvaise. Cette considération inversée du verre à moitié plein ou à moitié vide peut sembler puérile, en fait elle me paraît fondamentale pour se sentir bien dans une vie qui n'a rien d'un long fleuve tranquille. Cette belle chose quotidienne, je l'ai surnommée "ma pépite du jour", car il faut l'extraire de la gangue des non-événements, et alors elle vient récompenser, voire illuminer la journée.

 

  Si j'applique cette philosophie aux informations déversées quotidiennement par la radio ou la télévision, ça pourrait donner ceci :

- au lieu des seuls guerres, injustices et crimes relatés à chaque journal d'information - entraînant banalisation du mal, rejet de l'autre, repli sur soi, extrémisme - ajoutons des reportages sur la fraternité, les réussites, les belles actions, pour redonner l'envie, l'espérance et un peu de bonheur.

- au lieu de reportages exclusivement à charge contre les banques, l'agro-alimentaire, le réchauffement climatique - c'est indispensable de sensibiliser, certes - faisons les suivre systématiquement de ce qui va à l'encontre de ces pratiques, montrons que d'autres voies sont ouvertes avec succès.

 

  De manière plus globale, cessons de nous indigner uniquement, c'est déprimant et improductif, et martelons ce qui va bien en soulignant les perspectives ouvertes. Il faut se ré-enchanter la vie en France, car je ne crois pas que les jeunes diplômés fuient à l'étranger uniquement pour des raisons fiscales. Retrouvons le goût du rêve et du désir d'entreprendre, ces deux ingrédients nécessaires pour se lancer sur le chemin de Compostelle et sur celui de la vie.

 

  Quant au retour, s'il s'accompagne d'un peu de fierté, il produit aussi assez souvent des difficultés de réinsertion. La perte rapide du rythme du pèlerin, de ses repères, le retour à une vie qu'on avait parfois fuie, le souvenir des goûts puissants et tenaces de l'aventure et de la liberté sont autant de justifications au spleen du pèlerin.

 

  Curieusement, il frappe parfois plus fortement celui ou celle qui n'a pas accompli la totalité du trajet, comme un remords de ne pas être allé au bout de son rêve.

 

  Heureusement, il y a une solution : REPARTIR

                         -----------------------------------------------------------------------------------------------

    

  retour à Q.Pratique Généralités

  home

                                                                       11/11/2012

delhommeb at wanadoo.fr